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1920. Dans le petit village de Windsworth, l'horreur s'installe après la mort de la petite Mary. Après ce décès tragique, des événements étranges se succèdent. Le journal de son grand frère nous éclaire sur ces nuits de terreur qui ont fait basculer la fragile communauté.
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Seitenzahl: 23
Veröffentlichungsjahr: 2017
23 septembre 1920
Aujourd’hui, ce 23 septembre, on a enterré ma petite sœur. Mary. Elle a 6 ans. Moi j’en ai 12. Enfin presque. Il a beaucoup plu, d’ailleurs il pleut encore. Ma tante Margaret m’a dit que c’était le bon Dieu qui pleurait la petite Mary. Je ne sais pas si je dois y croire.
Nous habitons dans une petite maison dans le village de Windsworth perdu au milieu de hautes collines. Le vent ici souffle très fort, parfois si fort qu’il donne mal à la tête, on dit qu’il peut rendre fou. Ici, les gens sont tristes. Pauvres et tristes. Le ciel semble toujours gris, comme les maisons, comme les arbres. Comme si les couleurs s’étaient enfuies. A cause du vent, il n’y a plus aucun arbre droit. Leurs branches font penser à de grands bras terminés par des doigts crochus. Quand ils se balancent, on a toujours l’impression qu’ils vont essayer de vous attraper. Les vieux sont presque tous sourds. Les hommes renfermés. Les femmes comme mortes à l’intérieur.
Un jour, quand je serai un homme, je quitterai Windsworth. Je ne sais pas ce qu’il y a au-delà des collines. Mais peut-être qu’il n’y a pas autant de vent qu’ici. Peut-être que les petites sœurs n’y meurent pas. Peut-être qu’il n’y a pas de rivière glacée dans lesquelles elles tombent.
C’est le chien du vieux Douglas qui l’a trouvée. Trempée et gelée. Comme si la rivière l’avait mâchée et recrachée sur les rochers. Quand ils l’ont ramenée à la maison, mon père a hurlé, ma mère a pleuré. Moi je l’ai regardée. Sa peau était si blanche, presque bleue. Elle semblait dormir. On aurait dit un ange. Les voisins sont entrés aussi. Tout le monde parlait, criait, courrait. Moi je n’entendais rien, je la regardais, fascinée. Je me suis demandé à quoi elle pouvait rêver.
Pendant 3 semaines, elle est restée couchée. On a fait venir un médecin. Il a dit qu’elle avait plein d’eau froide dans les poumons. On l’a installée dans la grande pièce près de la cheminée, pour qu’elle se réchauffe. Mais ça n’a pas marché.
Aujourd’hui, ils ont mis Mary dans une petite caisse en bois. On a prié tous ensemble au temple. Le pasteur Pete est très vieux, il a dit beaucoup de choses pendant la messe mais je n’ai pas tout compris. Mary est dans un monde meilleur maintenant. Là où elle est partie, il ne doit plus y avoir de vent. Elle avait toujours les cheveux dans les yeux, elle détestait ça. Mais elle doit être toute seule. J’espère qu’elle n’a pas trop peur. On l’a enterré dans le cimetière. Les femmes et les enfants pleuraient. Les hommes non. Moi je n’ai pas pleuré non plus. J’ai regardé cette caisse dans laquelle on avait mis ma petite sœur. Elle a toujours eu peur du noir.
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24 septembre 1920
