Les Rites Jumeaux - Beth Greene - E-Book

Les Rites Jumeaux E-Book

Beth Greene

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Beschreibung

Piégée, Johanna est désormais sous l'influence d'Ambrosia. La Mère Première, sous ses multiples avatars, prépare un mystérieux rituel qui risquerait de la rendre définitivement toute-puissante. Serait-il déjà trop tard ? Malgré tout, Sonia trouve refuge dans une enquête auprès de Damien Mirisse. Une maison hantée, quatre jeunes gens aventureux et des ombres qui les poursuivent. Face aux périls qui les menacent, Sonia et ses amis devront trouver les ressources nécessaires pour contrecarrer les plans d'Ambrosia.

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Seitenzahl: 181

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Table des matières

PROLOGUE

CHAPITRE 1

CHAPITRE 2

CHAPITRE 3

CHAPITRE 4

CHAPITRE 5

CHAPITRE 6

CHAPITRE 7

CHAPITRE 8

CHAPITRE 9

CHAPITRE 10

CHAPITRE 11

CHAPITRE 12

CHAPITRE 13

CHAPITRE 14

CHAPITRE 15

CHAPITRE 16

CHAPITRE 17

CHAPITRE 18

CHAPITRE 19

CHAPITRE 20

CHAPITRE 21

CHAPITRE 22

CHAPITRE 23

CHAPITRE 24

CHAPITRE 25

CHAPITRE 26

CHAPITRE 27

CHAPITRE 28

CHAPITRE 29

CHAPITRE 30

CHAPITRE 31

CHAPITRE 32

CHAPITRE 33

CHAPITRE 34

CHAPITRE 35

CHAPITRE 36

CHAPITRE 37

CHAPITRE 38

CHAPITRE 39

CHAPITRE 40

EPILOGUE

PROLOGUE

La jeune fille hurle. Les aiguilles de la vieille femme lui mordent le dos. La douleur est insupportable. Depuis combien de temps est-elle allongée sur cette table inconfortable ? Deux heures, trois, peut-être plus… Elle sait qu’elle devra serrer les dents encore un moment. Mais parfois, elle craque et crie. Les larmes inondent ses joues et ses boucles noires lui collent au front. La femme opère en silence dans la salle éclairée de dizaines de bougies. De temps en temps la jeune fille entend venir celle qui a ordonné ce supplice. Elle sent sa présence envahir la pièce, une main caresser son dos, délicatement. Puis elle repart, sans un mot. Point par point, on encre la peau de la fille. Le corps déformé de la vieille est penché sur la table depuis des heures, ses yeux sont aveugles mais elle n’a pas besoin de voir, elle connaît le tracé par cœur. Le dessin se révèle au fur et à mesure sous sa main experte. Un enchevêtrement de ronces, ici une lune inversée, là un signe cabalistique, puis un pentacle… Cette peau est une page blanche sur laquelle elle a tout le loisir de s’exprimer. Sa main ne tremble pas, n’hésite jamais. La toile est parfaite. A elle de se montrer à la hauteur de la tâche qui lui a été confiée par sa maîtresse. La fille ne bouge pas. Elle entend ses sanglots et ses cris mais la petite endure la souffrance qu’elle lui cause. Sa peau saigne très peu et l’encre magique pénètre facilement. Un bon présage. Preuve que sa maîtresse a choisi la bonne personne. Il lui faudra encore deux heures de travail avant de lever définitivement la main.

Le calvaire est enfin terminé. La jeune fille ouvre les yeux. Son dos la brûle mais elle accueille cette douleur avec soulagement. Près d’elle, la femme aveugle range son matériel. Le silence est pesant. La fille s’assoit, essuie ses larmes et soupire. La vieille s’approche d’elle, ses vieux doigts crochus effleurent son visage et sa bouche sans dent s’ouvre sur un rictus. Ses yeux blancs plongent dans les siens. Le moment semble suspendu puis la tension retombe et la femme quitte la pièce. La fille se retrouve seule. Elle est vêtue d’un pantalon de toile blanche et frissonne. Ses pieds nus touchent la pierre froide du sol, elle attrape sa tunique et l’enfile avec précaution. Soudain, la tête lui tourne, elle manque de tomber mais se rattrape à la table. Elle souffle, s’assoit par terre et calme sa respiration. Les minutes passent, le vertige s’estompe. Elle ne peut empêcher ses mains de palper son dos, s’attendant à ressentir le relief de son tatouage mais la peau est lisse. La brûlure a disparu. Elle se relève et s'apprête à quitter la pièce quand la porte s’ouvre. Deux prêtresses encapuchonnées font leur apparition. De leurs toges bordeaux dépassent de longues griffes. Mentalement elles lui demandent si elle peut marcher. La fille acquiesce.

Elles parcourent toutes trois un long couloir sombre éclairé de candélabres puis débouchent sur une grande pièce décorée d’or et de bronze. La jeune fille laisse les deux prêtresses pour se diriger vers une porte finement ouvragée. De l’autre côté, dans une petite pièce envahie de milliers de fleurs, sa maîtresse l’attend. Ambrosia est là, occupée à humer des roses aux couleurs impossibles. Elle est vêtue d’une robe blanche aux longues manches. Sa taille trop fine et son cou trop grand la font paraître immense et majestueuse. Ses cheveux blonds touchent terre. Son visage respire la sérénité mais également une certaine fermeté. La jeune fille s’avance vers elle. Ambrosia lui fait signe de se tourner et soulève sa tunique.

— Te voilà marquée ma fille. Xenadia a bien travaillé… dit-elle satisfaite. Mais tu ne mérites pas encore le titre de sorcière. Il te faut attendre la prochaine pleine lune.

— Que se passera-t-il alors ?

— Nous t’introniserons.

— J’ai hâte…

— Nous avons toutes hâte, Johanna.

CHAPITRE 1

Sonia regardait distraitement le café refroidir dans sa tasse. Elle se mit à le remuer machinalement de sa main droite toujours gantée. Dehors la pluie tombait sur Paris. Assise en face d’elle, Alicia Herbert ne disait pas un mot et buvait un thé à petites gorgées. Près d’elle, sur le canapé, Jean restait également silencieux. Ils avaient discuté à bâtons rompus de tout et de rien pendant une heure ou deux et puis chacun était revenu à la réalité. Sonia détestait particulièrement ces moments-là, à la fin d’une discussion ou quand une consultation se terminait, cette impression de se réveiller d’un rêve pour plonger dans un cauchemar. Johanna était partie avec la Déesse Hibou depuis six mois. Six mois qui paraissaient des années. Lourdes à porter. Bien sûr l’enquête officielle n’avançait pas et ceux qui connaissaient la vérité ne variaient pas leur fausse version. Six mois pendant lesquels Sonia avait pleuré toutes les larmes de son corps, avait crié, hurlé son désespoir dans la chambre vide de sa fille.

Ce samedi, dans l’appartement d’Alicia, elle aurait voulu mettre des mots sur ce qu’elle ressentait, expliquer sa douleur, sa culpabilité mais elle n’y arrivait pas. Elle avait une boule dans la gorge. Face à elle, Alicia avait perdu de sa superbe. Elle avait l’air d’avoir pris dix ans. Sa peau était terne et tâchée, des rides s’accentuaient au coin de ses yeux. Elle allait voir Nathalie chaque jour à la clinique et l’état de sa femme ne s’arrangeait pas. L’ancienne sorcière était une coquille vide qui ne reconnaissait personne, se faisait nourrir et parlait parfois de manière incohérente. A cette pensée, Sonia serra les dents. La cruauté d’Ambrosia avait été sans limites. Elle aurait pu tuer Nathalie mais avait préféré la rendre folle et à la charge d’Alicia. Ce n’était qu’un avertissement. Et qu’allait-elle faire de Johanna? Pourquoi l’avait-elle prise ? Sonia soupira.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Jean en posant sa main sur son poignet.

— Rien, rien de plus… Que veux-tu que je te dise ?

— Je ne sais pas. Tu ne dis pas grand-chose, justement. J’aimerais que tu arrives à parler. Que tu nous dises ce que tu ressens, ce que tu penses. Je suis là. Alicia est là aussi…

— Elle me manque tellement, lâcha Sonia dans un sanglot. Tellement…

— Moi aussi, ma chérie, moi aussi, dit Jean en la prenant dans ses bras.

Alicia quitta la pièce. Les deux amis l’entendirent se moucher dans la cuisine. Il était impensable qu’elle leur montre ses larmes. Elle revint quelques minutes plus tard, les yeux rougis.

— Sonia, cela fait des mois que nous évitons d’avoir cette conversation. Mais il faudra bien que nous affrontions la situation. On tourne autour du pot, on s’évite, on parle de la pluie et du beau temps… Mais nous n’avançons à rien. L’état de Nathalie ne varie pas, Johanna reste introuvable. Il faut réagir. Je sais que c’est dur, que ça vous paraît impossible mais il va falloir vous ouvrir à nous.

— Je ne sais pas ce que je dois faire, répondit Sonia. Je suis complètement perdue !

— Votre fille est partie de son plein gré et…

— Elle a été piégée ! Jamais elle ne serait partie ainsi. C’est à cause de son pouvoir, de ses sorts… Elle a tout fait pour attirer Johanna et l’enlever ! Comment une petite fille aurait pu résister à cette force ?

— Il faut nous demander pourquoi Ambrosia a besoin d’elle. Il est temps que je travaille, que je me mette en quête d’informations. J’ai trop attendu…

— C’est normal, ne te blâme pas, intervint Jean. Avec Nathalie…

— Nathalie aurait voulu que je me mette au travail immédiatement. Elle aimait beaucoup cette petite. Elle disait qu’elle avait un pouvoir incroyable. C’est sans aucun doute pour ça qu’Ambrosia l’a prise. Pour en faire une apprentie ? Je ne la vois pas préparer sa succession, il est encore bien trop tôt. Elle amasse encore du pouvoir… J’ai délaissé mes recherches pendant trop longtemps, je vais m’y remettre au plus vite.

— Et pour Nathalie, que comptes-tu faire ? demanda Sonia.

Alicia lui jeta un regard nerveux.

— C’est mon affaire.

— Non, c’est notre affaire. Il faut nous unir, dit Jean. C’est Ambrosia qui a enlevé Johanna, c’est Ambrosia qui a… qui a fait ça à Nathalie. Nous avons un ennemi commun, on doit rester soudés! Les deux femmes se turent. Jean avait raison mais comment rejoindre leurs intérêts communs? Il était question de magie or ni l’une ni l’autre n’en possédait l’art. Il leur fallait trouver un autre allié, et rapidement.

A l’heure de rejoindre Aurac, Sonia étreignit Jean sur le quai de la gare. Il lui manquait beaucoup, surtout en ces funestes circonstances. Bien sûr, elle pouvait compter sur le soutien de Damien, mais leur amitié venait juste de naître. Sonia se rendait compte de la place qu’avait pris Jean dans sa vie. Cet imbécile comptait énormément pour elle et elle avait maintenant peur de le perdre.

CHAPITRE 2

Sonia écrasa sa cigarette et mit le mégot dans un cendrier de poche. Quand elle releva les yeux, elle croisa le regard pâle de Charlotte Lesage. Ses cheveux roux coupés très courts étaient humides. Sa collègue psychologue la salua et se faufila dans l’immeuble. Sonia la suivit.

— Alors ces longueurs ?

— Oh, comme d’habitude. Tranquille. Le matin c’est toujours calme. Tu pourrais m’accompagner de temps en temps, ça fait le plus grand bien avant d’attaquer la journée.

— Beaucoup de rendez-vous aujourd’hui ?

— Journée pleine, comme d’habitude. J’ai pas mal d’appels en ce moment pour des séances d’hypnose. Arrêt du tabac.

— T’es d’une subtilité, lança Sonia.

— Je ne cesserai jamais de le répéter, Sonia, en tant qu’ancienne fumeuse, je certifie que l’hypnose fonctionne.

— Merci mais je n’ai aucune envie d’arrêter, surtout en ce moment.

— Excuse-moi, se reprit Charlotte. Tu me connais, je suis maladroite…

Les deux femmes arrivèrent à leur étage et entrèrent dans le cabinet. Il était 8h30. Elles étaient encore seules et se servirent des cafés bien forts. Premiers rendez-vous à 9h pour toutes les deux. Sonia avait pris un arrêt de trois semaines après la disparition de sa fille puis s’était remis au travail d’arrache-pied. Elle devait garder son esprit occupé sinon elle devenait folle. La psychologue avait l’impression depuis plusieurs mois d’attirer de plus en plus de patients convaincus d’avoir vécu des expériences paranormales. Même ceux de longue date commençaient à lui en raconter de belles… Sonia pensa à Marion Delgado. La pauvre fille était en prison en attendant son procès qui ne surviendrait pas avant plusieurs mois. Elle était allée la voir une fois. Son avocate se battait pour la sortir de là et la placer dans un institut psychiatrique. Sonia l’appuyait dans cette démarche mais en vain. Marion était considérée comme une meurtrière qui n’avait pas supporté le retour de son père. Dans l’opinion, ça n’allait pas plus loin. La psychologue était triste et en colère car elle connaissait la vérité. Elle avait gardé avec elle quelques pages que Paul Delgado avait écrites, décrivant le Pays de l’Autre Côté, Ins Gehaïth.

— Sonia ? Sonia ?

La voix de Charlotte la tira de ses rêveries.

— Excuse-moi, j’étais partie loin…

— Oui, j’ai vu ça. Il est moins le quart, je te laisse.

— Oh, j’allais y aller de toute façon.

Sonia pénétra dans son bureau. Elle alluma son vieil ordinateur qui continuait à la servir avec courage alors qu’elle menaçait chaque jour de le mettre au rebut. Jetant un œil à son agenda, elle soupira. Journée remplie. Une heure pour déjeuner. Dernier rendez-vous à 19h. Sonia attacha ses cheveux en queue de cheval et reprit les notes concernant son premier patient. Un quarantenaire qu’elle voyait depuis deux ans suite à un burn out. Depuis trois séances, il lui parlait de rêves étranges, de mers lointaines, de créatures fantastiques… Cela ne lui ressemblait pas du tout. Il arriva avec dix minutes de retard, les yeux cernés par le manque de sommeil. Encore une fois, il tint à lui raconter ses nuits agitées. Il dormait maintenant sur le canapé car il bougeait trop et réveillait sa femme au milieu de la nuit. Il fut question d’océans profonds, d’échos indicibles, de choses mi-hommes mi-poissons qui vécurent bien avant les grands singes… Plus il en parlait, plus il transpirait et tremblait. La main droite de Sonia se mit à la démanger. La séance fut éprouvante pour lui comme pour elle. Elle le laissa repartir trois quarts d’heure plus tard, épuisé. Sonia, inquiète, le regarda parcourir le couloir en tanguant légèrement, jusqu’à la porte du cabinet. Elle rentra dans la pièce pour préparer son second rendez-vous. Une nouvelle patiente.

Une jeune femme ronde et vêtue de noir à la mode gothique fit son entrée. Ses cheveux blonds coiffés en tresse lui tombaient dans le bas du dos. Elle n’avait pas plus de vingt ans. Après les présentations d’usage, Sonia lui demanda pourquoi elle avait senti le besoin de voir une psychologue. La jeune femme qui s’appelait Rose parlait d’une voix de gorge profonde. Elle raconta à Sonia qu’elle faisait partie d’un club de chercheurs en paranormal. Avec trois amis, ils faisaient de l’exploration urbaine dans des endroits dits hantés, venaient en aide aux personnes qui les appelaient… Ils couvraient toute la région. Elle croyait plus que tout au paranormal mais avoua n’avoir jamais rencontré de cas probant ni avoir filmé de preuve convaincante. Jusqu’à six mois auparavant.

— Nous sommes allés dans une vieille maison abandonnée dans les quartiers sud. Un petit pavillon à la con… Mais selon les rumeurs et nos sources, il y a eu un meurtre il y a quelques années. L’affaire Marlaud. Je sais pas si vous connaissez ? C’est un mec qui a buté sa femme et qui a plaidé la folie. Il s’est suicidé en prison. Bref. Avec les copains on a pris le matos et on est allé là-bas. De nuit évidemment. Déjà, il y avait une ambiance horrible dans la maison. C’était oppressant. J'avais l’impression de ne pas pouvoir respirer. On a fait quelques expériences : enregistrement de voix, caméra infrarouge… Mais ça ne donnait rien. Et à l’étage, c’est parti en live. On a tous entendu des soupirs, comme venir de partout à la fois. Et c’est comme si les murs bougeaient dans la pénombre, comme s’ils étaient plus noirs que la nuit même. Et puis il y a eu les silhouettes. Partout. Autour de nous. Alors là on est tous partis en courant. Depuis, je ne dors plus très bien. Je laisse la lumière allumée. On a rien pu filmer ou photographier mais on a tous vu et entendu. Je mens pas. Mais ça me hante et je deviens folle.

Sonia écouta attentivement Rose. Et espéra que son prochain patient serait plus terre à terre. Il y avait bien assez d’extraordinaire dans sa propre vie.

CHAPITRE 3

Allongée dans le bassin d’eau chaude, Johanna contemplait son nouveau corps. Sous elle, le sable était fin et doux ; l’eau transparente était à température idéale. Elle regardait ses longues jambes, les poils de son pubis et ses seins naissants. Sa transformation l’avait d’abord choquée mais plus le temps passait, plus elle se surprenait à aimer ses nouvelles formes. La douleur des premiers jours n’était plus qu’un lointain souvenir, tout comme la souffrance de son tatouage dans le dos. C’était un des prix à payer pour développer ses pouvoirs et devenir une véritable sorcière, un vieillissement prématuré, la faisant passer de cinq à quinze ans. Mais Ambrosia l’avait rassurée, elle allait maintenant continuer sa croissance normalement et plus tard, quand elle aurait assez de pouvoirs, elle pourrait même arrêter de vieillir. La jeunesse éternelle. Voilà ce que lui promettait entre autres sa nouvelle mentor.

Près du bassin se tenaient deux prêtresses, debout et silencieuses. Johanna n’avait pas le droit d’être seule. Jamais. Emmitouflée dans de longues capes rouges, ces créatures ne montraient pas leurs corps impies. Tant mieux. Johanna ne les aimait pas. Elle les trouvait trop disgracieux avec leurs longues griffes et leurs sabots. La jeune fille avait interrogé Ambrosia au sujet de leur continuelle présence mais la sorcière avait éludé la question. Johanna s’enfonça un peu plus dans l’eau. Elle avait parfois peur qu’on lise dans ses pensées. Finalement elle plongea toute entière. Enfin, là, elle se sentait libre d’être elle-même, sans surveillance. Elle retint sa respiration autant qu’elle le put. Quand elle émergea, une des prêtresses lui tendait un grand linge blanc. Il était temps de sortir, puis d’aller manger, seule et enfin de regagner sa chambre pour la nuit.

La nuit… Quelle heure pouvait-il être ? Il n’y avait pas d’horloge dans cet endroit. Ni aucune fenêtre. Le temps s’écoulait-il vraiment ? C’était l’un des nombreux secrets d’Ambrosia qu’elle percerait un jour. Mais pour l’heure, il était temps d’obéir. Johanna ne dérogeait jamais à aucune règle. Elle craignait bien trop sa maîtresse. Ses immenses pouvoirs étaient une menace qui n’était pas à prendre à la légère. Et puis, Johanna ne voulait pas la décevoir. La jeune fille regrettait parfois l’époque où elle n’était qu’une enfant, apprenant à maîtriser des dons extraordinaires en compagnie d’une autre fille aux longs cheveux bleus. Mais Ambrosia n’avait plus besoin de Demetra, celle-ci avait disparu. Parfois, elle repensait à sa vie sur Terre, à ce qu’elle avait laissé là-bas, à sa mère, à Jean, à Nathalie, à son chat. Mais si elle se noyait dans ses souvenirs, un mal de tête incroyable la prenait. Elle avait donc appris à se remémorer ces moments avec parcimonie. Un petit peu, de temps en temps. Préférait-elle sa nouvelle vie ? Assurément. Avec l’arrogance de ses quinze ans, elle estimait avoir choisi par elle-même sa voie : elle ne raisonnait plus comme une fille de cinq ans.

Les prêtresses l’enveloppèrent dans le linge propre et la laissèrent se sécher et s’habiller. Johanna passa une robe de lin blanc, enfila des sandales de cuir et attacha ses longs cheveux bruns et bouclés en queue de cheval. Elle fut conduite dans les cuisines où un repas lui fut servi. Elle mangea rapidement et en silence sous le regard de ses chaperonnes. Enfin, l’adolescente put rejoindre sa chambre. Là encore, une prêtresse restait avec elle et la surveillait toute la nuit. Avant de dormir, Johanna s’installa à son bureau et se mit à la lecture. Des traités de sorcellerie, des grimoires, des essais en démonologie… Chaque jour, de nouveaux ouvrages étaient déposés dans sa chambre et elle les lisait consciencieusement. Elle apprenait ainsi nombre de recettes et de sorts, le nom d’entités indicibles… mais rien ne valait ses séances avec Ambrosia. Celle-ci la mettait à l’épreuve et était particulièrement exigeante. Finis les jeux avec Demetra, son apprentissage n’avait plus rien de ludique. Mais ses efforts payaient. Johanna s’appliquait au maximum et écoutait sa professeure avec attention. Elle lut ainsi plusieurs heures, elle apprit de nouvelles prières, de nouveaux sortilèges puis quand ses paupières se firent lourdes, elle se glissa sous les couvertures de son grand et confortable lit.

Quand Johanna se réveilla, de nouvelles bougies brillaient dans sa chambre. Une prêtresse était au pied du lit, comme à son habitude. Une autre entra dans la pièce et tendit à l’adolescente une robe de lin bleu pâle. Johanna se changea et suivit la nouvelle venue jusqu’aux cuisines où un petit-déjeuner lui fut servi. Elle sentit soudain une main glacée plonger dans son cerveau et une sensation d’empressement, de retard… C’était la façon de communiquer des prêtresses. Elles lui disaient de se dépêcher. Johanna engloutit une dernière bouchée de pain et se leva de table. Toujours en silence, elle suivit ses gardes jusqu’à une grande pièce, sorte de salle du trône où se tenait parfois Ambrosia. Cette dernière était assise sur un grand fauteuil de pierre qui avait l’air inconfortable. A la surprise de Johanna, elle était habillée à la mode terrienne avec un tailleur noir ajusté, ses longs cheveux blonds ramenés en chignon strict. Juchée sur de hauts talons, elle paraissait gigantesque. Ses yeux noirs fixèrent la jeune fille avec attention.

— Ça te plaît ? Il est temps pour moi de me rendre sur Terre. Qui sait, peut-être passerai-je le bonjour à ta mère…

CHAPITRE 4

Sonia sirotait un whisky en compagnie de Damien Mirisse. Les deux amis s’étaient retrouvés dans un nouveau bar dans le centre-ville d’Aurac. Dehors, le froid mordant faisait fuir les rares badauds. Damien avait certifié à la psychologue que l’enquête sur la disparition de Johanna était au point mort et qu’elle ne serait pas inquiétée. Un problème de moins. L’ancien policier se sentait bien dans son nouveau rôle de privé. La plupart de ses affaires concernaient surtout des divorces ou des héritages à contester mais il avait eu affaire à un ou deux cas sortant de l’ordinaire.