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Dans ce livre, je vous raconte mon histoire, celle d'une mère face à la prématurité et à la grossesse gémellaire. Un parcours semé de doutes et de décisions brutales, où il a fallu apprendre, encaisser, accepter, souvent sans comprendre. Chaque jour est une nouvelle épreuve. Car comment tenir quand la vie de mes jumeaux est en danger, et que l’incertitude devient notre quotidien ? Comment prendre la bonne décision, quand sauver l'un peut nuire à l'autre, voire lui être fatal ?
La prématurité nous a forcés à naviguer entre l’espoir et la peur, à faire des choix difficiles, imposés, parfois incompréhensibles, souvent sans avoir le temps de respirer. "S’en sortiront-ils sans séquelles ?" Cette question m’a hantée, poussée à me battre encore et encore, même dans le noir.
À travers ce témoignage, je partage les montagnes russes de ce combat : la force, l’amour maternel, et cette question qui ne me quitte pas : pourront-ils s’en sortir et faire face à la vie ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Tamara Alvarez est esthéticienne et formatrice. Elle partage son temps entre son institut, l’enseignement et ses enfants. Après une grossesse gémellaire complexe et la naissance prématurée de ses fils, l'écriture est devenue sa thérapie, l’aidant à surmonter ses épreuves. Aujourd’hui, elle continue de se reconstruire, guidée par l'amour profond de sa famille.
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Seitenzahl: 223
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Tamara Alvarez
De l’ombreà la lumière
La force d’une mère faceà la prématurité
© 2025, Tamara Alvarez.
Reproduction et traduction, même partielles, interdites.Tous droits réservés pour tous les pays.
ISBN 9782889820962
Le Professeur Vérité me confie un secret terrifiant, un abîme d’incertitudes : un lien mystérieux et fragile unit les jumeaux. Lorsque l’un d’eux est en danger, des mécanismes invisibles s’enclenchent, une ultime respiration de survie qui frappe comme un ultimatum.
Le jumeau en bonne santé peut intervenir, redistribuant ses ressources vitales – nutriments, circulation sanguine – dans une tentative désespérée de sauver l’autre. Mais chaque geste, chaque seconde de cette solidarité, est un pari mortel. Dans le meilleur des cas, celui qui se sacrifie portera des séquelles à vie : des lésions neurologiques irréversibles, une pression artérielle qui pourrait l’anéantir lentement. Dans le pire des cas, ce sacrifice sera vain, et les deux pourraient succomber ensemble. Une double condamnation.
Ce lien, aussi puissant qu’indéniable, demeure néanmoins fragile, prêt à se briser au moindre faux pas. Et au cœur de ce chaos, une question déchire l’âme : jusqu’où irait-on pour sauver l’autre ? Quelle limite franchirait-on dans ce choix insoutenable, sachant qu’à chaque mouvement, à chaque respiration, l’une ou l’autre des vies pourrait être irrémédiablement perdue ? Le dilemme est insoutenable, et chaque instant d’hésitation en est un de trop. Ce n’est pas simplement une question de vie ou de mort ; c’est une question de tout perdre… ou de tout sacrifier.
Un rêve, un désir, une réalité, de la peur, une grossesse désirée, une grossesse gémellaire surprise, des complications, une prématurité. Tout ceci dans un si petit laps de temps…
Femme de 28 ans, mariée, ayant déjà une petite merveille de tout juste 2 ans, nous parlons avec mon mari d’un deuxième enfant prochainement pour compléter notre belle famille.
Nous voulions que nos enfants aient un âge suffisamment rapproché pour que la grande soit assez autonome pour alléger l’arrivée de notre deuxième bébé.
Dans ma tête, j’avais tout imaginé.
En janvier 2022, nous nous disions qu’il arriverait quand ce serait le bon moment.
Le 16 mai 2022, le test de grossesse est positif. Surexcitée, je m’empresse de faire un deuxième test, qui me confirme à nouveau la nouvelle en précisant que j’étais enceinte depuis environ deux à trois semaines. J’appelle donc mon gynécologue pour fixer un rendez-vous de contrôle des huit semaines et, une fois fixé, je file acheter un petit ensemble de bébé pour faire la surprise à papa.
Le 8 juin 2022, lors du rendez-vous gynécologique, nous voyons le cœur de bébé battre, il est bien placé, tout se passe pour le mieux et un seul bébé est confirmé.
Dix jours plus tard, je ressens une douleur plus forte que lors de ma première grossesse et une petite voix en moi me dit d’appeler et de retourner effectuer un contrôle chez mon gynécologue que j’appellerai Dr Joie, car il est toujours de bonne humeur et voit toujours le positif, comme s’il était constamment sur son nuage.
Le 21 juin 2022, lors de ce nouveau contrôle, c’est LA surprise : ce n’est pas un mais deux embryons que je vois là devant moi sur l’écran. Voilà que je crie : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
Je ressens une pointe de stress chez le Dr Joie, qui m’annonce qu’il s’agit d’une grossesse gémellaire.
Je n’y crois pas. Enfin, je ne veux pas y croire.
Ma peur devient réalité, le stress monte, je me répète que c’est une blague, que ce n’est pas possible. Pourtant, ils sont bien là, avec leurs petits cœurs qui battent. J’essaye de garder mon sang-froid, même si, à cet instant précis, j’ai envie de m’écrouler et pleurer, tout en ressentant un sentiment de culpabilité d’oser avoir des pensées négatives. J’essaie de ne pas m’effondrer, mais je perds totalement le contrôle.
Je reprends rendez-vous rapidement avec le Dr Joie pour faire davantage d’examens. Il m’a expliqué que, désormais, le suivi devrait être plus régulier, car les grossesses gémellaires sont considérées comme des grossesses à risques.
Nous en sommes restés là ce jour-là, car Dr Joie avait bien compris que j’avais du mal à réfléchir à cause du choc.
Mon mari m’attendait à la maison. Je n’avais pas encore osé lui annoncer la nouvelle, car je ne voulais pas perdre mes moyens. Une fois devant lui, je m’écroule et lui annonce que nous attendons des jumeaux. Il est content et me rassure en me disant que si Dieu l’a décidé ainsi, c’était bel et bien un beau cadeau et que s’il y en a pour deux, il y en aura pour trois. Sa réaction m’a réconfortée, il a été le capitaine du bateau à ce moment-là.
Je me demande encore pourquoi de mon côté j’avais si mal pris cette nouvelle. Pourquoi je n’ai pas réussi à ressentir de la joie ? Certainement parce que, tout au long de ma vie, je me suis construit l’image idéale d’une famille composée d’un homme, d’une femme, d’une fille et d’un garçon. Une fois atteint, j’aurais ainsi la plus belles des richesses du monde, le choix du roi comme on dit.
Dans mon récit, certains mots peuvent paraître crus, mais je tiens à m’exprimer sans aucune censure et en toute franchise sur les aspects positifs autant que négatifs de mon histoire, convaincue que de poser mes mots ainsi m’aidera à digérer cette expérience.
Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours craint d’avoir des jumeaux. Premièrement, car les gens prennent le terme jumeau pour identifier les deux, alors qu’ils sont distincts l’un de l’autre malgré la ressemblance, c’est une fascination chez certaines personnes et, pourtant, ils ne se rendent pas compte de l’impact négatif que ça a de les assembler les deux pour un et que cela puisse avoir des répercussions sur leurs vies, sur leurs choix et leurs bien-être. Je n’ai jamais aimé les phrases du type : « Les jumeaux vont comment ? », ou « Les jumeaux, venez ici. » Pour moi, les jumeaux ne sont pas une seule personne, ils sont deux êtres distincts, chacun avec une âme et des pensées distinctes.
Lorsque j’étais plus jeune, les quelques jumeaux que je connaissais semblaient souvent en désaccord, voire en concurrence l’un avec l’autre. Il était courant de les voir se disputer pour attirer l’attention ou prouver leur valeur. À mes yeux, cela reflétait un manque d’identité chez l’un ou l’autre, une lutte pour se démarquer dans un monde où ils étaient souvent perçus comme un ensemble indistinct.
Cette uniformité physique, qui devrait idéalement célébrer leur lien unique, devenait parfois un obstacle à leur épanouissement individuel. J’observais comment leur ressemblance, au lieu de renforcer leur connexion, pouvait les enfermer dans des rôles prédéfinis, limitant ainsi leur capacité à vivre pleinement leur propre vie. Chacun semblait se battre pour définir qui il était, cherchant à échapper à l’ombre de l’autre.
Cela me laissait perplexe. Je me demandais comment deux personnes si intimement liées pouvaient éprouver une telle distance. Je comprenais que, derrière leur apparence identique, il y avait des rêves, des passions et des personnalités distinctes, souvent étouffées par la comparaison constante. Ces observations me poussaient à réfléchir sur l’importance de l’identité individuelle et de l’acceptation de soi, même dans le cadre d’un lien aussi spécial que celui des jumeaux.
De manière générale, la plupart des gens ne se rendent malheureusement pas compte des dégâts voire des traumatismes que cette situation peut engendrer, sans parler de leur curiosité mal placée à l’égard des jumeaux.
Je ressentais clairement cette angoisse de les associer sans cesse et que tout ceci provoque des tensions au sein de la famille. C’est pourquoi je mets un point d’honneur à ce qu’ils soient différenciés et que chacun ait sa place.
Au-delà de leur apparence identique se pose également la question de leur santé, car une grossesse gémellaire comporte beaucoup de risques, d’inquiétudes, d’incertitude, de problèmes à la naissance et de croissance in utero. À tout cela s’ajoute, la charge financière supplémentaire d’élever deux bébés au lieu d’un seul. Sans parler de l’aspect logistique, comme l’organisation de la voiture avec deux sièges bébés et un siège enfant, par exemple. Ces perspectives généraient en moi beaucoup d’angoisse.
En parallèle, lorsque je regardais ma première fille, j’en étais à me demander comment j’allais pouvoir aimer un autre être aussi fort que je l’aime, elle. Et voilà que j’apprends qu’il y aura deux bébés ! De plus, je pensais pouvoir mieux gérer certains aspects de cette nouvelle grossesse que la première, comme l’allaitement, qui avait été très difficile pour ma fille. J’avais espéré que l’expérience serait meilleure avec le deuxième bébé et en profiter, mais tout s’est écroulé.
Avec le recul, je me rends compte que j’ai laissé trop de place au stress, alors que je n’avais pas la possibilité de contrôler ce qui m’arrivait.
Au fil des semaines, j’ai commencé à intégrer la nouvelle. Nous avions prévu des vacances et tous les tests avec le Dr Joie étaient bons. Les bébés, deux garçons, étaient en bonne santé et c’était tout ce qui comptait. Mais, lors du contrôle des dix semaines, nous voyons un placenta pour les deux bébés, mais deux poches différentes. Dans le cadre d’une grossesse gémellaire, le type de placenta peut avoir des implications significatives pour la santé des jumeaux. Lorsqu’il n’y a qu’un seul placenta pour deux fœtus, on parle de grossesse gémellaire mono-choriale. On peut avoir le syndrome du transfuseur-transfusé qui survient lorsque le sang est inégalement distribué entre les jumeaux à travers les vaisseaux sanguins partagés du placenta. Un des jumeaux peut devenir trop hydraté (donneur) tandis que l’autre peut souffrir de déshydratation (receveur), ce qui peut entraîner des complications graves pour les deux. Ce qui va entraîner un retard de croissance, ils sont plus susceptibles de présenter des retards de croissance in utero, souvent à cause d’une circulation sanguine déséquilibrée de ce fait cela va entraîner des risques accrus de complication pour les bébés. Il est toujours compliqué de surveiller la santé des deux bébés in utero par le monitoring. Le monitoring est un dispositif qui enregistre en continu le rythme des battements cardiaques du fœtus grâce à un capteur à ultrasons posé sur le bas-ventre de la maman.
Alors, toutes les deux semaines, je me rends chez le Dr Joie qui me dit que l’accouchement devra avoir lieu sous césarienne, et avant le terme. Si tout se passe bien, ils pourraient naître à la mi-décembre 2022, alors que le terme est prévu au 21 janvier 2023.
Dès le départ, lorsque Dr Joie procédait à la mesure des deux bébés, il relevait une différence de 50 g, une différence qui revient souvent dans les grossesses gémellaires. Il me prévient que si l’écart s’agrandit, je devrai me rendre au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) pour un contrôle, car l’établissement compte l’infrastructure et les spécialistes de ce type de grossesse.
À ce moment-là, c’était pour moi de la musique d’avenir. Nous sommes au mois d’août 2022 et je tente de rester optimiste.
En septembre, nous profitons de nos vacances dans la famille de mon mari, nos dernières vacances à trois. Nous avançons un pas après l’autre, et nous nous répétons que tout ira bien.
Début octobre, le Dr Joie m’informe que tout se passe bien à l’exception du « bébé J1 » qui commence à montrer un écart de poids plus grand que prévu. Il s’agit d’une petite sonnette d’alarme pour nous, mais nous restons optimistes quoiqu’il arrive.
À la mi-octobre, tout est stable mais la différence de poids est toujours là. Je me rends alors au CHUV pour assurer le suivi de la fin de grossesse par un spécialiste. De mon côté, je garde en tête la césarienne de décembre et me dis toujours que tout va bien se passer.
Mais le jeudi 10 novembre 2022, à 14 h 30, je me rends au rendez-vous de contrôle qui allait tout changer…
Section hospitalière Prénatal – Mon premier combat avant la naissance
Jeudi 10 novembre 2022 – 14 h 30, j’arrive au CHUV la boule au ventre car je sais que cet examen sera déterminant pour la suite.
Une fois installée, le spécialiste que j’appellerai le Professeur Vérité, pour sa capacité à toujours nous dire clairement les choses, réalise le relevé des mesures in utero et se retire pour les analyser avec son assistante. Pour mon mari et moi, les minutes sont très longues.
À son retour, il nous annonce que J1 montre un retard de croissance contrairement à J2 qui, lui, se porte très bien. Il a remarqué que le rythme cardiaque de J1 est trop rapide, ce qui pourrait indiquer qu’il est en souffrance. Il nous explique que, lors de la fécondation, un seul œuf s’est divisé en deux cellules et que, en se divisant, J1 et J2 n’ont pas pu prendre la même part de placenta. J2 possède plus de placentas, laissant J1 en difficulté.
À ce moment-là, je suis à 29 semaines de grossesse et il est compliqué de mesurer le bénéfice-risque.
Professeur Vérité m’explique les différents grades de gravité de 1 à 4. Je me trouve à 3, très proche de 4. Ce qui nécessite une hospitalisation immédiate jusqu’à l’accouchement. Autour de moi, c’est la première chute. Tout s’effondre. Comment vais-je expliquer à ma fille que je vais devoir partir de la maison pour rester loin d’elle ? Comment vais-je moi-même être loin d’elle et de mon mari dans le doute et la peur de l’avenir ?
Ma seule préoccupation était d’être loin de ma fille, j’étais terrorisée par cette idée, alors que mon mari voit avant tout la gravité de la situation pour les bébés et, de mon côté, je vois la difficulté pour ma fille qui, elle, est physiquement là, qui a besoin de moi, et moi d’elle.
Le Professeur Vérité me propose alors l’option d’une surveillance très accrue avec une sage-femme qui viendrait à domicile contrôler les constances de J1 et J2 entre deux visites à l’hôpital. Je choisis de prendre cette option même si ce n’est pas la meilleure. Avec le recul, je pense qu’il m’a laissé un laps de temps pour me permettre d’accepter et d’anticiper la séparation avec ma fille, pour le bien de mes fils.
Le vendredi 11 novembre 2022, la sage-femme vient à la maison pour vérifier les constances de J1 et J2. J’étais très stressée, car je sentais que j’allais devoir me rendre à l’hôpital et j’avais beaucoup de mal à me faire à cette idée.
Après son contrôle, elle me rappelle que ce type de monitoring n’est pas habituel et qu’elle va transmettre les relevés au Professeur Vérité. Elle s’en va en espérant me revoir 48 heures plus tard.
Environ une heure après sa visite, je reçois un appel de l’hôpital qui m’annonce que les résultats ne sont pas bons et que je dois immédiatement me faire hospitaliser.
Ma peine est immense, mais je me rends à l’évidence. Je serai à l’hôpital dans la soirée, vers 19 h-19 h 30, le temps de passer chercher ma fille à la garderie. Effondrée, j’appelle mon mari qui rentre aussitôt. Nous préparons les affaires pour l’hôpital durant mes courses, je croise des connaissances qui me demandent comment se passe la grossesse. Quelle difficulté de sourire montrant que tout va bien alors que cela fait 24 heures que je pleure sans relâche car je dois aller me faire hospitaliser pour une durée indéterminée. Lors de mon arrivée à la garderie, je retrouve ma fille que je câline et que j’embrasse en lui expliquant que, ce soir, c’est spécial, car elle sera avec sa nanny (ma maman), car je dois aller à l’hôpital pour ses frères, et que papa reviendra plus tard, mais sans moi. Sur le moment, elle ne réagit pas trop, ce qui me va très bien. Lorsque nous la déposons chez ma maman, je tente de garder le sourire et repars la boule au ventre et la gorge nouée. J’ai réussi à ne pas lui montrer ma peine et c’était le plus important pour moi à ce moment-là.
Une fois arrivée à la maternité du CHUV, je m’annonce et on m’installe avec le monitoring et on me pose le cathéter, ce qui va permettre de prendre du sang pour faire des analyses ou, si toute intervention devait venir à se présenter, il est posé pour pouvoir administrer les médicaments nécessaires pour l’intervention.
Des spécialistes procèdent à des examens puis prennent mes constances, qui s’affichent très hautes sur le moniteur patient (ce sont des appareils de mesure qui ont pour rôle principal d’observer les signes vitaux essentiels d’un patient comme le rythme cardiaque, la pression artérielle, la saturation sanguine en oxygène ou la fréquence respiratoire). Pour être sûrs que tout va bien, il faut procéder à un examen complet à l’aide d’un électrocardiogramme, qui, lui, est un examen qui montre et enregistre l’activité électrique du cœur pendant un certain temps. Il vérifie la vitesse à laquelle le cœur bat (fréquence cardiaque), si le cœur bat normalement (rythme cardiaque) et l’efficacité du muscle cardiaque.
Après plusieurs heures de prise en charge et d’examens, on m’explique comment va se passer l’hospitalisation et qu’à ce stade 29 semaines de grossesse c’est une période où les bébés continuent de grandir et de se développer dans l’utérus de ce fait, c’est un stade délicat car les bébés sont encore très petits : J1 pèse tout juste 1 kg alors J2 pèse aux alentours de 1 kg 35.
Le Professeur Vérité m’explique le risque : à un moment donné, si l’un des jumeaux est en danger, plusieurs mécanismes peuvent intervenir pour assurer la survie. Parfois, le jumeau en bonne santé peut compenser en partageant certains nutriments ou en modifiant le flux sanguin.
Le cas échéant, dans le « meilleur » des scénarios, J2 aurait des séquelles neurologiques, car sa pression aurait fait un bond trop important qu’il y aurait de fortes répercussions, tandis que J1 risquerait très certainement de ne pas survivre. Dans le second scénario, tous ces changements si brusques amèneraient les deux à ne pas survivre. Cependant, dans ces cas plus graves, des interventions médicales peuvent être nécessaires, comme un suivi rapproché, des transfusions ou même une naissance prématurée pour protéger les deux bébés. Il faut donc vérifier très régulièrement les constantes pour pouvoir anticiper cette phase et nous permettre ainsi de gagner un maximum de temps pour permettre leur développement.
Le dilemme est donc le suivant : J1 et J2 doivent encore se développer in utero pour leur survie, mais la vie intra utérine présente les risques cités plus haut ; donc, nous restons en alerte rouge maximale, car tout peut basculer très rapidement.
Vers une heure du matin, alors que je suis épuisée, une infirmière revient vers moi avec un médecin pour m’expliquer qu’il n’y a plus assez de places pour deux nouveaux bébés au CHUV, à cause d’une de bronchiolite. Je dois donc me rendre aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).
C’est la douche froide. Je ne peux pas y croire. Je ne sais plus comment réagir. J’essaye de trouver toutes les excuses et solutions pour ne pas partir aux HUG, mais je n’ai pas le choix.
Le médecin de néonatologie m’a expliqué que, malheureusement, je ne pouvais pas être hospitalisée dans leur service. Ils manquent de personnel pour gérer une naissance aussi complexe, qui requiert une équipe disponible 24 heures sur 24. Avant d’être confrontée à cette situation, je n’avais pas réalisé à quel point il était essentiel d’avoir autant de professionnels présents pour accueillir deux bébés en même temps.
Il fallait agir vite pour me rendre aux HUG : le médecin m’explique que, dans une heure, peut-être, ils pourraient eux aussi être complets, ce qui impliquerait un déplacement dans un autre hôpital universitaire, probablement en Suisse alémanique. Or, il était pour moi inconcevable de me rendre dans un établissement où on ne parlait pas français. Je me rends à l’évidence et accepte d’être transférée aux HUG dans l’espoir d’un rapatriement au CHUV avant l’accouchement.
Vers 2 h 45, je suis transférée à Genève après avoir dit au revoir à mon mari, certainement le plus déchirant des au revoir, car je sais qu’il est lui aussi dans la peur et l’incertitude la plus totale.
La situation est difficile pour moi, mais pour lui aussi : je pars alors que les nouvelles ne sont pas rassurantes, et il se retrouve à devoir gérer notre fille et son travail, avec la crainte constante d’un appel d’urgence.
Sur le chemin des HUG, je me sens perdue. Je regarde autour de moi, les routes sont désertes, la nuit est calme alors qu’à l’intérieur de moi cela crie de tous les côtés. Je sens mon cœur battre si fort que j’ai l’impression qu’il va sortir de ma gorge qui, elle, est tellement nouée que j’en ai le souffle court.
Vers 3 h 30 du matin, je suis enfin prise en charge aux HUG avec la reprise du dossier à compléter et à nouveau le monitoring. Je suis si fatiguée que je somnole. Mais je sais que le stress me garde éveillée et je reste malgré tout en alerte. Le moindre bruit, la moindre lumière que j’entends près de la salle où j’attends, me réveille, avec un sentiment de panique qui revient constamment.
Après deux heures d’examen et d’attente, je peux enfin rejoindre ma chambre. Je m’écroule dans le lit, la boule au ventre. Je pose mes mains sur mon ventre en espérant apaiser cette sensation jusqu’à ce que je réussisse à fermer les yeux pendant quelques heures.
Vers 9 h du matin, alors que j’en suis à 30 semaines, j’émerge gentiment. Une sage-femme entre dans la chambre, se présente et m’explique que la journée va commencer par un monitoring et que le médecin qui va s’occuper de moi n’est pas là, car, pendant le week-end, l’équipe médicale n’est pas au complet. Elle m’annonce que des anesthésistes vont aussi venir durant le week-end pour discuter avec moi de l’accouchement et des modalités. Comme je n’ai pas faim du tout, je propose à la sage-femme de procéder directement au monitoring. À savoir que j’allais ainsi avoir un monitoring trois fois par jour pour une durée de trente minutes à une heure, chacun pour établir une courbure correcte et harmonieuse et procéder une analyse pertinente de la situation.
On fera, aussi, une échographie tous les deux jours pour vérifier les flux sanguins in utero et observer la croissance des bébés, car un écart brutal de poids pourrait aussi annoncer un début de détresse pour J1 et, potentiellement, pour J2.
Durant l’après-midi, la visite de ma fille et de mon mari m’apporte de la joie et de l’apaisement. Je suis si heureuse de la voir, mais mon cœur pleure, car je sais qu’elle ne sera là que pour quelques heures seulement. Elle ne se rend pas compte de ce qui se passe exactement, ni que je suis là pour une durée indéterminée.
Mon cœur est donc partagé entre le désir que cette situation se termine le plus vite possible pour être près d’elle, et celui de rester le plus longtemps possible pour mes garçons qui doivent se battre. Pour les aider, je dois me battre avec eux et résister, car un jour de plus est un jour de gagné.
L’heure du départ est arrivée ; j’embrasse ma fille en lui disant : « À dimanche. » Je la regarde partir en retenant mes larmes jusqu’à ce qu’elle tourne le dos et qu’elle ne soit plus là pour voir ma détresse.
Je me couche pour que le temps passe plus vite. Demain est un autre jour.
Dans la nuit, je vois qu’une voisine de chambre arrive. Je verrai à mon réveil ce qui m’attend.
Je vais appeler ma voisine de chambre « Douceur », car c’est une femme tout en tendresse, et qui prend les choses comme elles viennent. Le courant passe bien et nous échangeons beaucoup. Nous n’avons pas forcément les mêmes idées, mais nous nous rejoignons sur énormément de choses. J’aime beaucoup sa compagnie, à tel point que nous décidons de toujours manger ensemble. Nous aimons garder les rideaux ouverts et nous cohabitons en harmonie. Nous nous soutenons lors de chacun de nos rendez-vous et nous aidons à relativiser. Voilà qui me réchauffe le cœur. C’est si réconfortant de pouvoir bénéficier de soutien, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une personne avec laquelle on se sent bien. Le destin fait toujours bien les choses et je la remercie vraiment pour ces jours passés en sa présence car, habitant loin et sans repère, elle m’a apporté un immense réconfort.
Nous sommes restées unies jusqu’au bout, du prénatal au post-accouchement. Merci à toi, Douceur.
Durant la première semaine en prénatal, Je commence à connaître le personnel qui est extraordinaire, et d’une bienveillance sans faille. Je me sens rassurée d’être entourée de personnes si humaines, à l’écoute.
Je vois aussi les anesthésistes qui m’expliquent le déroulement de la césarienne et quel sera le type d’anesthésie. Ils me demandent comment s’est passée l’anesthésie pour ma première grossesse, afin de les aider à définir également ce qu’ils vont faire, car il y a deux types d’anesthésie pour une césarienne hormis la narcose. Je rencontre également le gynécologue qui assure le suivi des résultats de mes échographies.
Je fais connaissance de la personne qui va me prendre en charge, que j’appellerai Luz. Je reviendrai sur elle très rapidement.
Elle m’explique le déroulement du séjour, pour autant que je reste aux HUG, car je reste toujours en attente d’un possible rapatriement au CHUV.
J’enchaîne les monitorings et les échographies pour pouvoir faire un bilan. Parfois, ils sont plus rapides, tout dépend de comment les bébés sont placés et si on arrive à capter rapidement et efficacement leurs constances.
Je passe beaucoup de temps à discuter avec les sages-femmes. Je ne les remercierai jamais assez, car elles sont présentes à mes côtés durant toute la période de prénatale. Elles sont là pour nous soulager, nous motiver, également pour prendre soin de nous et surtout nous garder en sécurité.
Avec le temps, je me suis attachée à ces inconnues qui sont devenues si proches de moi. Nous avons partagé tant de choses sur nos vies, et cet échange rapide a créé un lien fort. J’avais besoin de leur présence pour me rassurer. Elles ont véritablement façonné mon expérience jusqu’à l’accouchement. Leur système de travail en rotation me permettait de me réjouir de les revoir, chacune à leur tour. Je me disais : « Encore un jour ou deux avant de retrouver celle-ci et de reprendre nos discussions. » Elles m’ont énormément aidée à avancer. Je ne pourrai jamais les remercier assez pour leur bienveillance, leur soutien indéfectible, leur gentillesse, leur motivation et, surtout, pour leurs sourires qui réchauffaient véritablement mon cœur.
On ne parle pas assez de celles qui font le travail dans l’ombre, mais elles ont un rôle tellement important : elles nous aident à nous préparer, nous rassurent, ne nous consolent rien qu’avec des mots. J’y repense souvent car une fois l’accouchement arrivé, nous sommes orientées vers un autre secteur avec d’autres tournus d’infirmières, sans forcément réussir à les revoir et les remercier.
