De la police au clergé - Bienvenu Hoïssou - E-Book

De la police au clergé E-Book

Bienvenu Hoïssou

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De la police au clergé retrace le parcours d’un jeune policier très compétent, intelligent mais orgueilleux, qui ne croyait ni en Dieu ni aux forces occultes. Ses grandes capacités à résoudre les enquêtes le conduisent dans la localité de Tchakalaï pour une affaire de disparition, trafic d’organes et sorcellerie qui fait couler beaucoup d’encre et de salive.
Notre héros en ressort possédé et ne s’en sort que grâce à l’intervention d’un prêtre.
De la police au clergé nous plonge dans un univers fantastique tout en nous faisant comprendre l’existence réelle du combat que mènent tous les jours les fils de Dieu contre les forces du mal. Il fustige l’attitude orgueilleuse de l'Homme et les méfaits de la recherche du gain facile. Il met enfin à nu les ravages du capitalisme dans l’administration.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né en 1989 à Bertoua, dans la région de l'Est du Cameroun, mais originaire de la région de l’Extrême-Nord, Bienvenu Hoïssou est titulaire d’une licence en Sociologie rurale obtenue à l’université de Ngaoundéré. Il exerce depuis 2012 comme chef de bureau des affaires administratives, juridiques et politiques à la sous-préfecture de Mbé dans l’Adamaoua.

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Bienvenu Hoïssou

De la police au clergé

Témoignage d’un policier

qui veut devenir prêtre

Roman

© Lys Bleu Éditions – Bienvenu Hoïssou

ISBN : 979-10-377-1706-1

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

À ma mère Manda Martine qui m’a fait connaître le Christ

À mon père Fissou Martin qui m’a appris la sagesse

Prologue

Alors, les enfants, est-ce que vous êtes prêts pour une nouvelle histoire ?

Nous répondîmes tous en chœur :

— Oui, tonton !

Comme tous les samedis soir, nous étions assis devant la cheminée autour de l’ami de mon père qui venait tous les samedis soir et qui s’apprêtait une fois de plus à nous raconter une fable.

— Alors, je vais vous raconter l’histoire du Loup et de l’Agneau ! reprit-il.

— On la connaît déjà, tonton !

— Celle de la cigale et la fourmi !

— Déjà !

— Celle du laboureur et ses enfants !

— Déjà, tonton !

— Qu’est-ce que je vais donc vous raconter aujourd’hui ? s’interrogea mon tonton en se grattant la tête avec un sourire ironique.

— Raconte-nous une histoire vraie, une histoire venant de toi, une histoire que tu as vécue ! intervint ma tante chérie, la benjamine de la famille de ma mère.

Notre tonton, comme nous l’appelions affectueusement, eut un moment d’hésitation. Il fit voir une certaine gêne et finit par dire.

— À vrai dire, je n’ai vécu que des horreurs dans ma vie !

Toute l’assistance devint calme, chacun posa un regard interrogateur sur son voisin avant de le retourner vers notre tonton.

Là, je n’ai pu me retenir.

— Ça tombe bien, tonton, nous adorons les films d’horreur !

Toujours gêné, notre tonton se leva et dit.

— Un instant, j’arrive !

Nous restâmes tous perplexes en le voyant se diriger vers la terrasse où papa et maman tenaient un conciliabule avant de venir prendre une tasse de thé avec nous, écouter notre tonton nous raconter des histoires avant de rentrer chez lui.

J’étais assise avec mes 02 petits frères jumeaux qui étaient âgés de 11 ans et moi de 14 ans.

Ma tante, Maeni, tenait sur ses jambes notre benjamin qui s’appelait Benjamin, lui, âgé de 5 ans. Mes parents avaient décidé de s’arrêter à quatre enfants seulement. Bien que moi, je souhaitais avoir une sœur après Benjamin.

Notre tante vivait chez nous parce qu’elle poursuivait des études de psychologie à l’université.

Perdue dans mes pensées, à la suite de la gêne de mon tonton, je le vis revenir, tenant papa et maman l’un à sa droite et l’autre à sa gauche.

Il reprit place sur son fauteuil et tout le monde resta silencieux.

Il commença donc.

— L’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui, c’est mon histoire personnelle, seul votre père la connaît en profondeur dans cette salle. C’est une histoire émouvante et je la qualifierai même d’affreuse, il faut que vous la connaissiez afin d’en tirer des leçons et que vous sachiez que rien ne dépasse Dieu sur cette terre.

Aujourd’hui, j’ai 40 ans. Quand j’étais plus jeune, je menai une vie de débauche. J’étais athée, je ne croyais pas en Dieu, je ne croyais pas en la sorcellerie, bref, je ne croyais pas aux forces occultes et surnaturelles. J’étudiai la philosophie à l’université et pour moi, aucune pensée vérifiable rationnellement ne devrait être admise.

J’ai grandi en ville sans mes parents que je n’ai d’ailleurs jamais connus. J’ai été éduqué par une famille animiste dont j’ai rejeté toutes les croyances quand j’ai commencé à étudier la philosophie.

À l’âge de 22 ans, j’ai été recruté dans la police et j’excellais dans la conduite des enquêtes car j’avais un sens poussé de l’observation, de la logique, de l’analyse et des déductions. Très apprécié de mes patrons, les missions les plus complexes m’étaient confiées et je les remplissais avec maestria jusqu’au jour où il m’a confié un dossier qui allait donner une nouvelle tournure à ma vie.

Chapitre 1

Le dossier qui a gâché ma vie

Je devais avoir entre 29 et 30 ans quand j’ai été affecté dans une nouvelle unité. Ma réputation m’avait précédé.

Le jour de ma prise de service, mon nouveau patron me fit venir dans son bureau et me dit.

— Inspecteur, vous êtes un très bon agent et tout patron souhaiterait avoir un collaborateur de votre trame. Plusieurs personnes m’ont appelé pour me féliciter de vous avoir comme agent.

— Je suis flatté, mon commissaire ! répondis-je.

— Vous méritez amplement tout ce qu’on dit de bon sur vous. Vos états de service en témoignent. Toutes vos enquêtes ont été conclues avec professionnalisme. Cependant, excusez-moi de ne pas vous donner de répit, vous vous reposerez plus tard. J’ai une mission de la plus haute importance à vous confier. Je préfère être honnête avec vous, elle ne sera pas facile et apparemment, il y a une histoire de sorcellerie là-dedans…

Quand j’entendis le mot sorcellerie, je fus irrité.

Je l’interrompis.

— Mon Commissaire, la sorcellerie, je n’y crois pas. Donnez-moi l’enquête, je l’accepte !

Le commissaire me regarda avec admiration et me dit :

— Mon Inspecteur, je n’attendais pas moins de vous. Mais vous n’avez même pas encore pris connaissance du dossier. À ce que je vois, vous n’avez pas encore eu affaire à un sorcier.

— Jamais de ma vie, mon Commissaire, vous savez pourquoi ? parce que les sorciers n’existent pas. C’est juste une histoire inventée par les vieux au village pour effrayer les autres et se faire craindre.

— J’admire votre courage, Inspecteur, peut-être que vous avez là une occasion de nous prouver que votre conception de la chose est la bonne.

— J’accepte l’enquête, mon Commissaire ! tranchais-je !

Je parlais avec autorité au point de devenir arrogant.

— Je suis rassuré car vous commencez sans appréhension. Voici le dossier, il s’agit d’une histoire de disparition de jeunes filles que nous assimilons à un trafic d’organes humains.

En effet, dans la localité de Tchakalaï, depuis six mois déjà, il y a disparition de jeunes filles. Les enquêtes menées n’ont jamais abouti. Cette fois, une proche de l’un de nos patrons fait partie des victimes et le haut commandement nous met la pression pour résoudre cette affaire au plus vite.

En l’espace de six mois, deux de mes prédécesseurs ont perdu leur poste à cause de cette histoire. Ceux d’entre eux qui ont essayé d’approfondir les enquêtes se sont mystérieusement désistés. Pour tout vous dire, cette histoire me fait peur. Vous et moi avons été affectés ici pour régler ce dossier diligemment !

Un frisson m’a parcouru mais mon orgueil a pris le dessus.

— Pas de panique, mon Commissaire, je prends le dossier. Après son étude, je vous rends compte de la conduite à tenir !

Sur ce, je pris congé du Commissaire et je partis directement pour mon bureau. Je m’assis et j’ouvris le dossier. Il était presque vide. Quand je dis vide, c’est en termes techniques. C’est-à-dire qu’il n’y avait aucun élément qui pouvait me faire avancer dans l’enquête. Il n’y avait que des photos de jeunes filles avec, au verso, leurs noms, leurs âges et la date de leur disparition.

Aucun procès-verbal d’audition, aucune piste, aucun suspect. On me disait juste que toutes ces filles étaient originaires de la localité de Tchakalaï et que tous les enquêteurs qui avaient reçu le dossier n’avaient pas du tout avancé.

Je confirmais donc l’objet de mon affectation dans cette localité. Mon orgueil enfla encore et j’étais prêt à faire la différence.

Je me résolus donc à faire les 72 kilomètres qui me mèneraient à Tchakalaï. J’invitai des collègues à me suivre mais ils déclinèrent gentiment l’invitation en trouvant chacun un prétexte. Je compris donc que j’étais seul.

Dès le lendemain, je me rendis à Tchakalaï avec comme mode opératoire : l’infiltration.

Le voyage fut très pénible car la région était très enclavée. Pour parcourir les 72 kilomètres, nous avons fait presque trois heures de route dans un bus de transport en commun.

J’y suis arrivé autour de midi et me suis directement dirigé vers un restaurant. J’ai commandé un plat de nourriture et me suis assis auprès d’un jeune qui, vu son apparence, devait être dans la vingtaine. J’engageai la conversation.

— Bon appétit, jeune homme.

— Merci, monsieur, me répondit-il calmement et gentiment.

Le contact était établi et c’était plus facile que je ne le pensais. Malgré ce qui se passait dans cette ville, elle était vivante, les activités s’y déroulaient normalement.

J’ai poursuivi.

— Alors, mon petit, moi, c’est Martin (un faux nom, bien sûr), je suis un touriste. J’ai entendu dire qu’il y a de très belles filles par ici.

— Non, me répondit-il sèchement. On vous a mal renseigné. Rentrez d’où vous venez, nous n’avons pas de filles ici et si l’on apprend que vous cherchez des filles, vous aurez de gros ennuis. Il se leva et partit sans plus rien ajouter.

J’avais touché un point sensible et le petit qui m’avait paru si gentil, tout à l’heure, avait complètement changé.

Je continuai tout doucement mon repas quand le jeune homme revint en compagnie d’un homme d’environ soixante ans et me pointa du doigt.

C’était un vieillard au visage ridé, bien que physiquement encore solide, son visage en disait long. Il montrait les signes d’un individu qui avait beaucoup souffert, un individu rongé par une souffrance psychologique.

Le vieillard s’adressa à moi tout calmement.

— Monsieur, je ne vous connais pas. Levez-vous et rentrez d’où vous venez.

Comme par enchantement, je ne savais plus où j’étais ni ce que j’y étais allé faire. Je n’avais plus qu’une seule idée en tête : rentrer chez moi. J’ai repris le bus et j’ai refait le chemin inverse sans me poser de questions.

Arrivé chez moi, je me suis mis au lit et j’ai dormi comme un nouveau-né.

Que s’était-il passé ? pourquoi suis-je rentré sans mot dire ? Pourquoi je ne me souvenais plus de l’objet de ma présence à Tchakalaï ?

Chapitre 2

Le vieil hypnotiseur

Le lendemain, je me rendis au bureau. Une fois installé, j’ouvris ma serviette et je vis un dossier sur lequel il était écrit « Les disparues de Tchakalaï ». Je l’ouvris, et je vis des photos de jeunes filles avec au verso leurs noms, leurs âges et la date de leur disparition. Je n’y compris rien. J’attendis l’arrivée du Commissaire et je me rendis dans son bureau.

— Bonjour, mon Commissaire.

Il donna l’impression d’être surpris de me voir.

— Mon Inspecteur. Déjà de retour ?

Je me demandais comment il avait su que j’étais allé en voyage. Je répondis néanmoins.

— Oui, mon Commissaire.

— Et comment était le voyage ?

— Très pénible et vague. Je ne sais même plus ce que j’y étais allé faire.

Je lui tendis le dossier en disant :

— Mon Commissaire, j’ai retrouvé ce dossier dans mes affaires, je ne sais pas si c’est vous qui me l’avez envoyé.

Il prit un air contrarié en voyant le dossier entre mes mains et me dit.

— Mais c’est l’enquête que je vous ai confiée il y a deux jours, vous ne vous en souvenez plus ?

— Non, mon Commissaire, je ne m’en souviens pas ! répondis-je sûr de moi.

— Et votre voyage d’hier pour Tchakalaï, c’était pourquoi ?

— J’étais à Tchakalaï ? repris-je étonné.

— Voilà que ça recommence. Même scénario qu’avec les autres. Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? Qui va me sortir de ce merdier ? répondit le Commissaire, visiblement énervé.

— Mais calmez-vous, mon Commissaire, il y a sûrement une explication, balbutiai-je.

— Je ne vous ai pas tout dit sur ce dossier quand j’ai vu votre engouement. Il y a déjà sept inspecteurs qui ont travaillé sur ce dossier. Tous ont opéré une descente à Tchakalaï, tous sont rentrés en ne se souvenant plus de l’objet de leur visite là-bas. Certains avaient même égaré le dossier et j’ai dû les relancer. J’ai la pression de ma hiérarchie. Il faut qu’on résolve cette affaire, mon Inspecteur. Vous êtes mon seul espoir.

En l’entendant, mon orgueil enfla encore un peu plus, j’étais vraiment son seul espoir et je n’allais pas le décevoir. Je repris donc.

— Mon Commissaire, si j’ai accepté ce dossier, c’est que je me crois capable de le résoudre. Je crois savoir ce qui s’est passé. Je vais continuer à aller investiguer.

J’étais énervé. Bien que je ne me souvienne pas exactement de ce qui s’était passé, je décidai de reprendre l’affaire. Je m’assis dans mon bureau, je mis tout en veilleuse et essayais de me remémorer ce qui s’était passé. Tout ce qui me revenait c’était ce vieillard qui me disait : « Monsieur, je ne vous connais pas. Levez-vous et rentrez d’où vous venez. »

Il fallait que je rentre à Tchakalaï. Quoiqu’il s’y passe, il fallait que je le découvre.

Le soir, je me suis couché toujours en pensant à ce dossier. Je n’aimais pas quand quelque chose me dépasse, tout cela m’irritait mais contribuait à me rendre plus performant car j’allais chercher à me surpasser.

Au milieu de la nuit, je me suis réveillé en sursaut.

Oui, c’était ça, le vieillard avait utilisé l’hypnose. Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? C’était logique, il m’avait hypnotisé et j’avais été sous son emprise pendant tout le voyage.

Rapidement, je me suis connecté sur internet pour savoir comment résister à l’hypnose.

Après mes recherches, je me résolus donc d’adopter deux attitudes : ne pas croiser le regard de mon bourreau, ne pas écouter ce qu’il me dira.

Le lendemain très tôt, je me rendis à Tchakalaï. Après mon pénible voyage et tout épuisé, je me dirige vers un vendeur d’eau minérale. Après m’être rafraîchi, quelqu’un me fît une tape sur l’épaule droite. Je me retournais et croisais le regard de mon vieillard. J’ai juste eu le temps d’entendre : « rentre chez toi ! »

Merde, le salaud m’avait de nouveau devancé.

Je retrouve mes esprits le lendemain au bureau. Heureusement, j’avais pris mes dispositions.

J’ai laissé un mot sur mon bureau qui disait : « concentre-toi sur le dossier des disparues de Tchakalaï, tu as voyagé hier pour Tchakalaï. Si tu es rentré sans aucun indice et que tu ne te souviens plus de rien, cela voudrait dire que ta protection contre l’hypnose a échoué. »

J’éclatai de rire dans mon bureau jusqu’à attirer l’attention de quelques collègues qui se sont précipités pour savoir ce qui m’amusait tant.

Tout en continuant de rire, je me suis dirigé vers le bureau du Commissaire pour tout lui raconter.

Je lui proposai donc de convoquer une réunion du personnel à laquelle j’ai tenu le discours suivant :

— Mon commissaire, chers collègues. Je le sais maintenant, si j’ai été affecté ici c’est parce que j’ai des compétences particulières et bien sûr je les ai. Le dossier Tchakalaï que voici a dépassé des collègues plus expérimentés que moi. J’ai une bonne nouvelle pour vous. Je l’ai résolu !

À ces mots, un brouhaha s’éleva dans la salle. Certains éclatèrent de rire, d’autres étaient étonnés. Le commissaire me regardait aussi, étonné avec la bouche grande ouverte. Certains se levèrent en montrant un sentiment de déception et d’autres se mirent à applaudir, des acclamations d’hypocrites, bien sûr. Car personne ne me croyait.

— Silence ! trancha le commissaire. C’est une affaire sérieuse là. Écoutons ce qu’il a à dire.

S’adressant à moi, il reprit plus posément.

— Mon Inspecteur, c’est une bonne nouvelle là. S’il vous plaît, expliquez-vous !

Je repris donc.