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Le père Max naît en 1939 à l’ombre de la cathédrale de Chartres, dans une famille aimante et pieuse. Petit dernier de sa “sainte maman”, il vit une enfance heureuse jusqu’au drame de la mort de son frère aîné à 22 ans, alors qu’il n’a que 14 ans. A 24 ans, il épouse Françoise et entame une carrière dans l’automobile (qui durera 26 ans). Leur fille Marie-Clotilde naît en 1965. Après la terrible épreuve de la maladie et de la mort de son épouse en 1984, il vit une véritable “renaissance” en entrant au séminaire de Paris pour être ordonné prêtre en 1995. Beaucoup de citations ponctuent le récit, ainsi que des réflexions spirituelles sur la liberté, le combat spirituel, l’humilité, la miséricorde, la prière, la sainteté, l’eucharistie et surtout la joie, qui est le fil rouge de ce texte. Quatre grandes figures chrétiennes l’inspirent et nous guident : Maurice Zundel, Madeleine Delbrêl, le père Ceyrac et Édith Stein. Sainte Thérèse de Lisieux, sainte François de Sales, saint Jean-Marie Vianney sont aussi très présents.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né en 1939 à Chartres,
Maxime d’Arbaumont est élevé dans une famille aimante. Il épouse Françoise en 1963, avec qui il aura une fille, Marie-Clotilde, qui lui donnera, avec Christophe, 4 petits-enfants. Sa femme décède en 1984 d’un cancer des ovaires. Après une carrière de 26 ans dans l’automobile, il entre au séminaire de Paris. Ordonné en 1995, il exerce plusieurs ministères : chapelain à la basilique de Montmartre, curé, prêtre-exorciste (20072014), supérieur de la Maison Marie-Thérèse et depuis 2018, vicaire à la paroisse Sainte Marie des Batignolles et prêtre de l’abbaye Notre Dame de l’Ouÿe.
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Seitenzahl: 156
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Maxime d’Arbaumont
De naissance en renaissance
Traverser la nuit pour entrer dans la joie
Préface de Mgr Michel Aupetit
Collaboration
Texte écrit en collaboration avec Tiphaine de Lachaise, biographe certifiée
www.livrez-vous.fr
Citation
« Personne s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le Royaume de Dieu. »
Évangile selon saint Jean (chapitre 3, verset 3)
Dédicace
À toute ma famille
à mes si chers Marie-Clotilde et Christophe
et mes petits-enfants bien-aimés
Romain, Marion, Victor, Dimitri
Préface de Mgr Michel Aupetit
En ouvrant ce livre, vous allez découvrir l’histoire d’une vocation. Cette vocation, c’est l’amour. Elle est celle de tout être humain car fondamentalement nous sommes tous des êtres de relation qui ne pouvons trouver notre chemin que dans la plénitude de l’amour. Bien sûr, les chemins de chacun sont très différents parce que nous sommes uniques. Maxime d’Arbaumont1, mon ami, l’a vécue dans les différents états de vie qu’il a connus. Tout d’abord dans sa famille qui a constitué pour lui le premier creuset où il a appris de ses parents, en particulier de sa maman, la magnifique charité qui est un don de Dieu qui, en nous configurant au Christ, nous permet de nous donner véritablement bien au-delà de la plus belle des empathies naturelles. Ensuite ce fut la rencontre éblouissante et évidente avec Françoise son épouse où, là encore, le don total de sa personne a pu manifester la qualité de son amour pour elle. Sa chère Marie-Clotilde, fruit de cet amour, a pu bénéficier et partager ce don qui, au-delà de la vie simplement terrestre, nous introduit à la vie divine à laquelle nous sommes tous appelés. Tout cela aurait pu combler Maxime jusqu’à la fin de ses jours, mais le Seigneur dans sa Providence imprévisible pour nous, en avait décidé autrement. En rappelant Françoise auprès de lui après une agonie où l’intense communion des époux a encore grandi, le Seigneur a laissé un Maxime désemparé mais dont le cœur avait été ouvert et préparé à l’accueil de la grâce. C’est ainsi que le 21 septembre 1990, le premier jour de mon entrée au séminaire, je vis cet homme plus âgé que moi au sourire lumineux s’avancer vers moi et me tendre une main bienveillante. En effet, la veille, glissant stupidement dans ma baignoire, je m’étais fracturé le pied et j’avançais avec ma béquille sous l’œil goguenard des plus jeunes : « Ah, c’est lui le médecin ! » Bienheureuse « petite humiliation » qui m’a permis de comprendre dès le départ le chemin le plus sûr vers l’humilité. Maxime, qu’au premier regard j’avais pensé être un des formateurs, m’a tout de suite fait sentir par sa gentillesse que j’étais chez moi parce qu’il y avait là un véritable ami.
La suite fut un encouragement mutuel dans un parcours particulier qui, en sus des enseignements et de l’apprentissage de la vie fraternelle, nous valut de nous inscrire ensemble aux Amis du Louvre pour faire quelques escapades culturelles bienvenues. Maxime a toujours gardé un cœur d’enfant. C’était le plus facétieux d’entre nous et à bien des reprises je me suis fait le complice de ces farces les plus délirantes dont je ne dévoilerai pas le contenu pour ne pas entamer la réputation de sérieux qui pourrait encore nous être créditée.
Après notre ordination commune le 24 juin 1995, nous avons reçu des missions différentes qui n’ont pas empêché de rester fidèles à cette amitié de séminaire. À bien des reprises nous nous sommes revus avec joie, toujours attachés à ce lien indéfectible qui nous a vus recevoir ensemble la grâce insigne du sacerdoce.
Partout où il est passé pour donner le meilleur de sa vie, Maxime a été un véritable serviteur de la joie et sa bienveillante bonne humeur a su apaiser les inévitables conflits qui naissent dès que les humains se trouvent ensemble, alimentés par les jalousies, les trahisons mais aussi la lâcheté. Fidèle à l’Évangile, il apporta le pardon et la miséricorde qui sont les dons que le Seigneur donne à ceux qui les lui demandent. À la basilique du Sacré-Cœur, puis comme curé, exorciste, responsable de la Maison des prêtres âgés, accompagnateur de Notre-Dame de l’Ouÿe qui accueille tant de jeunes, il a su rester le même dans ces ministères si différents.
Cher Maxime, je sais que le Seigneur a grande hâte que tu le rejoignes pour le faire rire, mais j’ai demandé à la Sainte Vierge que tu aimes tant de te garder encore avec nous pour longtemps, car nous aussi avons besoin de ta joie consolatrice.
Ton ami.
+ Michel
1 Son oncle Denys d’Arbaumont a déjà intégré cette même école, devenu à Dijon ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Son cousin Édouard d’Arbaumont, de la même promotion que lui, choisit la voie militaire dans l’artillerie.
Avant-propos
Écrire pour relire sa vie
Il faut toujours suivre un bon exemple et c’est ainsi que j’ai voulu imiter mon beau-père, André Fonteneau, général d’artillerie. Une fois à la retraite, il a voulu raconter les épisodes majeurs de sa belle et longue carrière militaire durant les années de guerre, dont la campagne d’Italie. Ses petits-enfants et toute sa famille furent très heureux de découvrir ces souvenirs ignorés. Il est vrai qu’on ne connaît jamais suffisamment ceux avec lesquels on vit…
C’est pourquoi je souhaite à mon tour relire ma vie et en faire découvrir quelques belles facettes à ma famille, mes petits-enfants – il y en a quatre –, mes amis et ceux qui prendront la peine de me connaître davantage.
Dans une lettre à ses compagnons, saint François Xavier (1506-1552) les invite à écrire pour noter leur progression spirituelle, les traces de Dieu dans leur vie : « Par-dessus tout, cherchez de toute manière à noter et consigner par écrit ce que Dieu, notre Seigneur, vous donnera particulièrement à sentir : là se trouve le germe de l’avancement spirituel. Je vous recommande donc de mettre par écrit vos sentiments spirituels et de les garder en très grande estime. Estimez-les, humiliez-vous et abaissez-vous de plus en plus afin que le Seigneur vous fasse grandir »(avril 1552).
Il n’y a pas si longtemps, un enfant de 8 ou 9 ans monte sur mes chaussures pour se mettre à ma hauteur et me demande : « Mon père, d’un seul mot, dites-moi ce qu’est pour vous le bonheur ? » Surpris par cette intervention, je lui réponds immédiatement, certainement avec l’aide de l’Esprit-Saint : « C’est la rencontre. » Pour y avoir réfléchi ensuite, me revient à l’esprit une rubrique qui paraissait chaque mois dans cette revue qu’est la Sélection du Reader Digest : « L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré. » Vous l’aurez facilement deviné, il s’agit pour moi du Christ-Seigneur, Jésus, le Ressuscité, qui a passionné, illuminé, enthousiasmé, émerveillé mais aussi bousculé ma vie. C’est là une des premières raisons de ce livre : le témoignage d’une profonde action de grâce pour tant d’amour reçu, pour tant de joies partagées.
C’est encore l’histoire de mon engagement personnel vécu comme une réponse offerte au pape François qui ne cesse d’insister sur la fécondité de la foi du chrétien. Cet amour suscité par la tendresse du Père, devenir capable de sortir de soi pour aller vers les autres, pour faire de sa vie un symbole, un témoignage, une participation d’enfant de Dieu. Cette Bonne nouvelle, ne faut-il pas l’écrire pour mieux l’annoncer ?
Dans son exhortation apostolique La joie de l’allégresse, le pape François est très précis :
« Nous sommes tous appelés à être des témoins. »
« Dieu nous dépasse infiniment, il est toujours une surprise et ce n’est pas nous qui décidons dans quelle circonstance historique le rencontrer, puisqu’il ne dépend pas de nous de déterminer le temps, le lieu et la modalité de la rencontre. »
« Ce qui m’importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui. »
Un jour, en 2010, un grand et profond ami, Mgr Michel Aupetit, qui était alors évêque auxiliaire en charge du service de l’exorcisme, était venu me rendre visite. J’étais à cette époque prêtre exorciste à l’Accueil Saint-Michel. J’en reparlerai. Partageant notre déjeuner, avec l’équipe de bénévoles, mon associé le père Georges Berson et moi, il avait été passionné par notre combat peu banal où la grâce de l’Esprit-Saint est notre arme de victoires. Il m’avait dit en partant : « Maxime, tu devrais écrire un livre ! » Mais la production littéraire sur l’exorcisme était si abondante que je n’avais pas voulu y répondre. Aujourd’hui, mon archevêque bien-aimé va comprendre et admettre que la rédaction de cet humble ouvrage est enfin la réponse à ce qu’il désirait de ma part !
Sœur Marie-Ève de la Résurrection, moniale du carmel de Montmartre qui est une grande et chère amie, me disait un jour, alors que je lui parlais de la joie de mon cœur à être prêtre : « Face au Malin, prince du mensonge, de la peur et des ténèbres, la joie est un exorcisme ! »
Eh bien, la joie est le fil rouge de ce témoignage…
Il n’est que temps de raconter mon histoire. « Un vieillard qui disparaît, c’est une bibliothèque qui brûle » dit un proverbe africain. J’ai fêté fin octobre 2023 mes 84 ans. Même la Bible parle de moi, au psaume 90 : « Soixante-dix ans, c’est parfois la durée de notre vie. Quatre-vingt, si elle est vigoureuse ! »
Au-delà d’une réelle exigence, c’est pour moi une grande joie que d’exprimer et partager, noir sur blanc, le bonheur de mon cœur d’homme : époux, père, grand-père et prêtre ! Jésus l’avait bien promis à ses disciples : « Je veux que ma joie soit en vous et qu’elle soit parfaite ! »
« Il y a toujours à apprendre quand on écoute, sans préjugés, les conceptions des plus anciens. et qu’on y réfléchit mûrement. Et ceci d’abord à partir de leur expérience. » Édith Stein
Comme sait nous y inviter un Chartreux, à l’école de la sainteté : « Jetez-vous dans l’amour, avec vos petites ailes et elles auront vite fait de grandir. Abandonnez-vous au souffle du Saint-Esprit, plongez-vous dans la certitude d’être aimé, vous y trouverez la lumière, la liberté et la joie. »
Oui, Seigneur, que tout au long de mes jours, dans cette ample et belle vie, que tu puisses continuer de m’offrir la grâce de vouloir te révéler, avec joie !
Mon enfance (1939-1950) : rien n’est vrai que d’aimer
« L’Amour est plus grand que le monde. »
Père Pierre Ceyrac, jésuite (1914-2012)
« Dieu est le Dieu de la joie » écrivait saint François de Sales au xvie siècle. Chaque matin, à l’office des Laudes, les premiers versets du psaume 94 n’annoncent-ils pas la couleur ?
Venez, crions de joie pour le Seigneur,
Allons jusqu’à lui en rendant grâce
Par nos hymnes de fête, acclamons-le.
Je suis un enfant de la guerre. Et de la joie. Et de l’amour aussi, celui de mes parents. Celui qu’ils s’offraient l’un à l’autre et qu’ils n’ont cessé de donner à leurs quatre enfants. Je suis né dans un temps d’incertitudes où l’avenir s’annonçait lourd de menaces et d’angoisses, la France étant en guerre depuis peu contre l’Allemagne. Juste avant ma naissance, mes parents ont eu la sagesse de quitter Rouen, port stratégique trop exposé aux bombardements. Ils se sont installés à Chartres pour se rapprocher de ma grand-mère maternelle, Renée Chaligne.
J’ai vu le jour le soir du 29 octobre 1939. C’était un dimanche, jour du Seigneur, à l’Hôtel-Dieu, à l’ombre de la cathédrale, que j’ai très vite aimée. Fasciné et ému par sa beauté, je suis quasiment tombé amoureux du vitrail de Notre-Dame de la Belle Verrière, pur chef-d’œuvre du xiie siècle, fameux pour son bleu cobalt exceptionnel, le « bleu de Chartres ».
Mes parents m’ont appelé Maxime, comme mon grand-père paternel, que je n’ai pas connu. Lui et sa femme, Charlotte de Montangon, sont morts quand j’étais tout petit.
Mes sœurs Jacqueline et Catherine, qui avaient respectivement 12 et 10 ans, se sont réjouies de devenir de véritables petites mamans. Mon frère Pierre, âgé de 8 ans, a bien compris que « des sœurs c’est bien, mais un frère, c’est encore mieux ! ».
***
Nous avons rapidement déménagé à Saint-Cloud dans une maison entourée d’un grand jardin où j’ai découvert la nature. J’avais élu domicile en haut d’un magnifique marronnier, dans une cabane qui fut mon meilleur terrain de jeux, pour le plus grand bonheur de mes amis. Yack, le chien de la famille, superbe berger allemand aussi doux qu’un agneau, était tout dépité de ne pouvoir me suivre quand j’escaladais mon terrain d’aventure.
J’ai été pensionnaire un an à l’Institution Notre-Dame de Chartres. Je passais un week-end sur deux chez ma grand-mère à Chartres. Elle n’a jamais voulu me parler des drames qu’elle a connus : la perte de son mari, capitaine de réserve, en 1916, la difficulté à élever ses deux enfants. Ma mère lui écrivait tous les jours.
Sur les instructions de la mairie, pour protéger notre famille, un abri fut creusé dans le jardin, où nous nous sommes engouffrés à plusieurs reprises. Une nuit, en quittant notre abri lorsque la sirène s’est arrêtée, j’ai perdu un de mes chaussons dans le jardin, ce qui a valu une colère épouvantable.
Un jour, un client de mon père a envoyé un magnifique jambon, une aubaine incroyable en ces temps de restrictions ! Mes parents l’ont installé dans l’abri en se jurant de ne le manger qu’une fois la guerre terminée. Mais le jour où papa l’a découpé, quelle ne fut pas notre déception d’apercevoir les vers fourmiller à l’intérieur… Nous pensions nous consoler avec le colis reçu de mon parrain François, frère de ma mère, officier des Spahis marocains qui avait été muté comme officier à la fin de la guerre en Allemagne, en armée d’occupation. Il avait gentiment envoyé du savon et du chocolat, mais l’emballage n’était pas assez épais… Le chocolat avait le goût de savon… Fort heureusement pour moi, les Américains ont débarqué puis stationné à Saint-Cloud : quelle merveille de monter sur leurs gros camions GMC et d’en redescendre les poches pleines de tablettes de chocolat et de ce qu’ils appelaient le « chewing-gum » !
***
Le 1er août 1944, j’ai 4 ans et demi. 1 014 quadrimoteurs et 397 chasseurs d’escorte de la 8e Air Force américaine décollent d’Angleterre, objectif Berlin. En raison d’un ciel extrêmement nuageux, le commandement change de décision et bombarde Chartres, sa gare et sa base aérienne… Ma grand-mère part au marché et lorsqu’elle revient, il ne reste de sa magnifique maison qu’un énorme cratère profond d’une quinzaine de mètres.
Présidente de la Croix rouge, elle a réussi un coup d’éclat : alors que les approvisionnements étaient difficiles, elle a su trouver des menuisiers qui ont livré des cercueils, afin d’enterrer les quatre cents morts de la journée. C’était une femme remarquable, d’une grande honnêteté et très humble. Elle a refusé la Légion d’honneur, rétorquant « Je n’ai fait que mon travail, vous rigolez ! »
***
J’ai eu la chance de savourer, toute mon enfance, l’amour de mes parents. La grâce fondamentale de ma vie est l’amour, qui m’a appelé à l’existence, dans une famille dont l’amour humain s’est voulu sacramentellement divin. Père Géranios Mourany, fils spirituel de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, écrivait : « L’amour appelle l’amour et engendre l’amour. Plus on aime, plus on a soif d’aimer et plus, par la suite, on s’élance avec courage sur la voie de l’amour. »
Il y avait dans ma famille une atmosphère de joie intense. J’ai communié à cette joie en comprenant que quand la vie est joyeuse, elle est tellement belle.
Papa, François d’Arbaumont, grand et bel homme, était plein d’humour. Né en 1900, il disait qu’il était « un homme du siècle ». Grand chrétien, c’était un cœur d’or, membre de la Conférence Saint Vincent de Paul. Il nous racontait ses visites à une famille algérienne en grande difficulté. Je me disais alors : « Mon papa est un héros ! »
Maman, Madeleine Chaligne, aussi belle que douce, n’était qu’amour et tendresse. Elle avait rencontré papa dans les soirées chartraines, pendant qu’il faisait son service militaire à Chartes. Sa tolérance impressionnait. Lors d’une fête de mon école Saint-Joseph, tenue par les Frères, je devais avoir 7 ans et j’étais heureux et fier d’avoir vendu un grand nombre de billets de tombola. Une famille voisine très généreuse m’avait acheté plusieurs carnets de 10 billets mais n’avait rien gagné. Maman a alors sorti d’un placard un très beau vase en cristal en me disant : « Va le donner à cette famille et félicite-la d’avoir gagné ce magnifique lot ! »
Maman avait de temps en temps au service de la maison une toute petite femme polonaise, Léocadie, qui vivait dans une grande pauvreté dans une petite chambre. Pour moi, sa peau striée était comme celle d’un éléphant ! Mes parents, en l’embauchant, lui ont sauvé la vie. Elle était adorable et faisait vraiment partie de la famille.
Maman m’avait demandé de faire les courses chaque jour au retour de l’école pour Madame Dubois, une vieille dame handicapée qui habitait en face de la maison. Un jour où je l’avais complètement oubliée, maman m’avait réprimandé : « Tu n’es pas raisonnable, vas-y tout de suite, tu finiras de déjeuner au retour ! »
***
En 1950, mes parents ont emménagé à Paris dans le XVIIe arrondissement. C’est assez original : ils ont échangé leur maison de Saint-Cloud, dont ils étaient locataires, contre un appartement dans lequel habitait un couple qui souhaitait quitter Paris.
Maman se rendait régulièrement à Montmartre, pour l’adoration. Elle prenait le train à Saint-Cloud, puis le métro pour grimper les marches jusqu’au sommet de la butte sacrée. Il est évident qu’il fallait un cœur aussi grand que celui de maman pour entreprendre cette épopée si régulièrement. Oui, une sainte maman ! J’entendais d’ailleurs mon père l’appeler plusieurs fois par jour « ma sainte femme… ». Elle reçut « la médaille d’adoratrice » au Sacré-Cœur de Montmartre, couronnant sa fidélité. J’aime lui attribuer ce mot de Beethoven : « Je ne connais pas d’autre signe de supériorité que la bonté ! »
***
Le Seigneur m’a fait un cadeau inestimable : la foi. Toute ma vie, je rendrai grâce au Seigneur pour la foi que m’ont transmise mes parents, en actes et en vérité. Ils m’ont montré comment vivre en chrétiens convaincus, engagés, heureux de transmettre le trésor de leur cœur.
J’avais plusieurs modèles de sainteté dans ma famille. Sœur Anne-Monique, une cousine de maman, religieuse, professeur à l’Institut de l’Assomption Lübeck dans le 16e
