Dieu nous devance - Christian Daleau - E-Book

Dieu nous devance E-Book

Christian Daleau

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Beschreibung

Persuadé que Dieu nous devance toujours, j’ai vu des signes de sa Présence active dans certaines personnes qui pourraient se reconnaître dans ces lignes que j’écris pour sa plus grande gloire et pour les encourager. Les circonstances qui ont suscité ces articles sont très variées, du baptême d’une enfant aux larmes d’un agonisant. Le maître de nos vies nous précède dans tout ce que nous sommes appelés à vivre. Comme Jésus L’a rappelé à deux disciples, c’est Lui qui « inscrit nos noms dans les cieux. » (Luc 10, 20) « Maître des temps et de l’histoire », Il continue d’inscrire la durée de nos vies dans son éternité. Lui, qui nous a précédés, nous accompagne jusque dans son éternité, parce qu’Il veut notre bonheur : être avec Lui. Ainsi fait-Il pour son Église, et toutes ses périphéries, comme au temps de la Samaritaine ou de Zachée…

À PROPOS DE L'AUTEUR 

Le Père Christian Daleau, prêtre vendéen, a commencé par le professorat à Ussel en Corrèze. Puis, responsable de l’œuvre de Mère Teresa, il a parcouru toute la France pour la faire connaître. De1991 à 2000, il a été prêtre en paroisse dans le Bocage vendéen, puis en Charente, de 2000 à 2011. Après avoir été aumônier de l'hôpital de Luçon, il est depuis cinq ans aumônier dans un EHPAD de religieuses des Sacrés-Coeurs, Sœurs de Mormaison. Sa passion ? Faire connaître la Parole de Dieu.


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Seitenzahl: 209

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Père Christian Daleau

Dieunous devance

Méditations bibliques

sur les sources de l’Amour

1. Aggiornamento

Comment j’ai « reçu » Vatican II ?

L’annonce du Concile surprit le monde. Jean XXIII avait 78 ans. À toutes les résistances qu’il sentait autour de lui, il disait : « Le Concile se fera. »

Lors des premières « séances », les Pères (quelque 2 200 évêques !) ont réagi contre les « schémas », préparés par la Curie, et en bas desquels, pensait-on, ils n’auraient plus qu’à apposer leurs signatures. Le cardinal Liénart, de Lille, refusa de se plier aux manœuvres en signifiant qu’il voulait, lui et beaucoup d’évêques occidentaux, un vrai débat sur des questions aussi importantes que la nature de l’Église, la réforme liturgique ou la liberté religieuse… Il faut se rappeler que l’Église vivait dans la mouvance du Concile de Trente (xvie siècle), à peine modifié par le Concile interrompu de Vatican I (1870).

*

Notre Grand Séminaire s’était achevé en 1961, après une année universitaire à Strasbourg, au cours de laquelle le diaconat avait été précédé pour moi par une retraite prêchée par le Père Congar. Le Concile s’est réuni le 11 octobre 1962. Le « cursus » des études n’avait pas changé dans les Séminaires depuis des siècles peut-être, et ressemblait fort à celui du xviie siècle ; les disciplines importantes consistaient dans le Dogme et la Morale, alors que l’Écriture Sainte était réduite au rang de l’Histoire de l’Église.

Comment nous apparaissaient les premières réformes, dès 1963 ? La Liturgie était complètement rénovée, centrée sur une Christologie puisée dans la Parole de Dieu. La mise en place de ces réformes, un peu précipitée, avec la reconnaissance des langues « vernaculaires », fut un peu chaotique. Certains confrères en ont abusé en innovant à leur fantaisie.

Pour moi, la grande découverte, le « regard neuf » sur la Parole de Dieu prenait la première place… « Dieu est Présent quand on lit en Église sa Parole… L’Église a toujours vénéré d’un respect égal les Saintes Écritures et l’Eucharistie »…Tout cela aidait à redécouvrir le pivot essentiel résumé en saint Jean 6, 63 : « Mes Paroles sont Esprit et elles sont Vie. » C’était splendide et enthousiasmant ; il fallait méditer « la Bible » avec un regard neuf… Ce « nouveau regard » s’élargissait, au fil des ans, à l’Église capable de trouver en son Seigneur Ressuscité une éternelle jeunesse… Elle n’était plus une structure à l’architecture puissante, elle devenait « Lumen Gentium », Corps du Christ dont chaque homme pouvait être un membre. Les positions n’étaient plus figées, statiques, mais vivantes…

L’ouverture de « Nostra aetate », les décrets sur la liberté religieuse, ont provoqué les « remous historiques » que l’on sait. Ayant médité un livre prophétique (« Méditations sur l’Église », d’Henri de Lubac), je me sentais à l’aise avec les perspectives du Concile qui se mettaient en place progressivement. (Les deux théologiens français, Congar et de Lubac, longtemps suspects, ont terminé leur vie cardinaux.)

*

Le Vent de l’Esprit Saint avait soufflé en nouvelle Pentecôte sur l’Église. Le bilan, esquissé ici, ne saurait rendre compte de l’importance historique pour le monde entier. Ce Concile a renouvelé la face du monde. Il reste encore beaucoup à découvrir de ce que nous devons à saint Jean XXIII. Que continue « l’aggiornamento » !

2. Alléluia

Cri du cœur et de la foi ! « Louez Dieu ! » Le terme juif domine et inspire toute la liturgie chrétienne. La Résurrection de Jésus est une « clé de voûte ». Benoît XVI – voix et plume autorisées ! – écrivait dans « Jésus de Nazareth » : « La foi chrétienne tient par la vérité du témoignage selon lequel le Christ est ressuscité des morts, ou bien elle s’effondre » (Page 275).

Pâques est donc une base. Il importe d’en préciser les contours, à partir des témoignages. Fête de la foi, appuyée sur un événement, elle a orienté la vie d’une partie de l’humanité depuis vingt siècles…

Jadis

La Pâque commémorait la sortie d’Égypte du peuple hébreu. À travers l’événement de la mort des premiers-nés égyptiens et du salut des descendants d’Abraham, on voyait le « Passage » de Dieu qui visitait son peuple.Il le sauvait en lui faisant traverser la Mer Rouge à pied sec, alors que l’armée du Pharaon y était engloutie. Les faits furent commémorés comme des événements fondateurs et leur anniversaire célébré chaque année par un repas rituel. La Pâque reste une fête familiale et « nationale » en Israël.

Orientation nouvelle

La résurrection du Christ a coïncidé avec la célébration de la Pâque juive. Jésus, par sa prédication et son attitude avait contesté les responsables religieux d’Israël. Il avait notamment dénoncé le formalisme religieux. Ses prétentions messianiques ne cadraient pas avec les attentes populaires d’un bienfaiteur ou d’un libérateur militaire. Bref, il dérangeait. Un complot aboutit à le faire condamner. Comme il avait annoncé sa résurrection, on fit même garder son tombeau dans la crainte que ses amis ne viennent enlever le corps et proclament la nouvelle incroyable de son retour à la vie ; la mort avait été dûment constatée par un coup de lance au cœur.

Le lendemain du grand sabbat de la Pâque, des femmes qui le connaissaient voulurent compléter l’embaumement du corps, esquissé hâtivement après la mort, le vendredi précédent. Or, en arrivant au tombeau, elles ne trouvent pas le corps. L’une d’elles, Marie-Madeleine, court avertir en ville deux de ses disciples, Pierre et Jean. Ceux-ci accourent et constatent que les linges entourant le corps ont changé de place. Jean « vit et crut » (Jn 20, 8) en se souvenant de l’annonce aux termes sibyllins.

Jésus apparaît à Madeleine qui ne le reconnaît pas, puis à deux de ses amis qui fuient Jérusalem, découragés par la fin d’une aventure qui faisait entrevoir « la libération d’Israël ». L’explication qu’il donne des Écritures leur fait chaud au cœur, et ils le reconnaissent quand il rompt le pain. Il vient trouver en plein dîner les apôtres. « Il leur ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures » (Lc 24, 45), et se soustrait à leur vue, après avoir mangé un morceau de poisson grillé en leur présence.

Tout était changé puisqu’il était de nouveau vivant. Cet « Événement » allait bouleverser surtout la vie spirituelle des croyants. Les disciples qu’il avait choisis, cinquante jours après cette résurrection, reçoivent une Lumière qui éclaire pour eux le sens de tout ce qu’ils ont vécu et réorientent le reste de leur vie. Ils partent annoncer la Bonne Nouvelle : « La Mort et la Résurrection de Jésus sauvent le monde. » La Nouvelle court encore et ne pourra pas s’arrêter : elle s’adresse à tous les hommes « en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Ac 2, 39).

Et depuis ?

Dieu a visité son peuple d’une manière particulière. Il rendait aux hommes ce Fils qu’il leur avait envoyé et qu’ils avaient refusé.

Si le fait de la Résurrection n’est pas attesté, la foi chrétienne meurt. Jésus n’est plus qu’un bienfaiteur de l’humanité ; certes il reste un grand homme, mais il n’est plus le « critère de référence ». Au chapitre 15 de la Première Lettre aux Corinthiens, Paul avait déjà répondu à la question que lui posaient les membres de cette communauté. Les objections récurrentes ont poussé les théologiens à préciser en quoi consistait La Résurrection. Il ne saurait s’agir d’une simple réanimation. « Le Christ ressuscité ne meurt plus : sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir » (Rm 6, 9), tandis que les personnes réanimées par Jésus (la fille de Jaïre, Mc 5, 42 ; le fils de la veuve de Naïm, Luc 7, 15 ; Lazare, Jean 11, 44) sont mortes « une deuxième fois » et définitivement. Il faut donc chercher ailleurs ce qu’est une résurrection ; pour les apôtres comme pour nous, lire « différemment » les Écritures ! Or seul Jésus a su les interpréter justement parce qu’Il en était le « sujet ». Cette « nouvelle lecture » n’était possible, précisément, qu’après la Résurrection.

« C’est seulement en raison de la Résurrection que Jésus a été accrédité comme Envoyé de Dieu ; il fallait alors discerner les deux événements – Croix et Résurrection – dans les Écritures, les comprendre de manière nouvelle et ainsi arriver à la foi en Jésus comme Fils de Dieu », écrit Benoît XVI. Nul n’a vu Jésus sortir du tombeau. Mais ceux qui l’ont vu après sa mort ont aussi mangé avec lui et l’ont touché. S’ils avaient inventé ces détails, la supercherie ferait sourire.

*

Ce qu’a fait Jésus ne s’explique pas comme un phénomène rationnel. Seule l’intervention de Dieu a pu provoquer un « saut ontologique qui concerne l’être en tant que tel ». « La Résurrection inaugure une dimension qui nous intéresse tous et qui a créé pour nous tous un nouveau milieu de vie, de l’être en Dieu. » Elle crée le définitif.

Source : « Jésus de Nazareth » (Éd. du Rocher. 2011) (Benoît XVI).

3. Amnésie et foi

«Les Israélites recommencèrent à faire ce qui est mal aux yeux de Yahvé. » Un véritable « refrain » dans l’Ancien Testament ! Dès leur installation en Terre promise, les Hébreux se laissèrent souvent prendre aux pièges des cultes autochtones, idolâtriques. Dieu suscita les Juges. Plus tard, les prophètes s’inspirèrent surtout de leur foi. « Après avoir parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils »… (cf. He 1, 12). La Parole de Dieu a-t-elle suffi pour que ses « fils adoptifs » vivent comme s’ils n’avaient pas « d’autres dieux que Lui » ? (Ex 20, 3). Et aujourd’hui, qu’en est-il ? La foi a une histoire : Dieu la donne en germe, « comme une graine de moutarde » ; chaque homme devient responsable de sa foi. Nul ne la vit seule mais en relation avec Dieu et avec ses frères. La foi n’est pas innée. Elle se fonde sur ce qu’on a appris.

*

L’illettrisme est quantifié : il atteint 9 % en France. Nul, sinon Dieu, ne peut connaître l’intensité de la foi d’un homme. Mais l’ignorance religieuse prend, sous nos yeux, une proportion inquiétante, voire vertigineuse. Apparemment beaucoup de chrétiens ne savent plus grand-chose de leurs « sources chrétiennes ». Saint Jérôme disait : « Ignorer l’Écriture c’est ignorer Jésus-Christ. » Or l’Église, experte en humanité, sait bien que les leçons du passé éclairent la route du présent et permettent de construire un avenir meilleur…

Comme le laissent entendre plusieurs écrivains du Nouveau Testament, tout ce qui est arrivé à nos pères dans la foi a été écrit pour notre instruction. Ainsi chaque chrétien revit-il, dans son expérience spirituelle, toute « l’histoire » biblique (cf. Rm 15, 4). Faire mémoire n’est donc pas une attitude passéiste, c’est trouver dans la vie de ses aïeux des éléments vitaux qui vont orienter la conduite et la recherche inhérente à la vie de l’esprit. Prenons ici l’exemple du Maître et de sa divine pédagogie sur le chemin d’Emmaüs. Laissés à leurs seules habitudes Cléophas et son compagnon n’avaient pas « vu » l’annonce du Messie dans les écrits de Moïse ou les psaumes. Eux deux, et, quelques heures plus tard, le groupe des apôtres, tous avaient besoin que Jésus « ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures » (Lc 24, 45). L’invitation lancée par ce texte interpelle-t-elle nos contemporains ?

*

Faut-il voir un lien entre l’ignorance de la Bible et l’abandon de la pratique religieuse ? Avec beaucoup de nuances, c’est probable. Car notre « Credo », « je crois », suppose toujours une adhésion qui n’est pas qu’intellectuelle. Or beaucoup de « pratiquants » l’avouent eux-mêmes : ils se sentent démunis pour « rendre compte de l’espérance qui est en eux » (cf. 1 P 3, 15). Tous les pasteurs le savent : il y a beaucoup à faire pour faire admettre, par exemple, que l’Ancien Testament soit inséparable du Nouveau en ce sens qu’il le prépare. Jésus n’est pas un météorite venu « au hasard ». Son « enseignement » est « nouveau » mais il vient comme un aboutissement, une marche vers la sainteté inspirée de celle même du Père. Ici il faut parler d’une histoire de la révélation, celle de l’Être de Dieu. Qui ne voit, par exemple, que les nombreux « Je suis » de l’Évangile de Jean dévoilent ce que nos « aînés dans la foi » savaient déjà ? Les Pères de l’Église développeront, à partir de saint Jean surtout, ce que nous appellerons le dogme de la Trinité. Ce sommet de la Révélation plongeait ses racines dans « l’Esprit » souvent reconnu à l’œuvre dans l’Ancien Testament, le Père Créateur et le Fils « par Qui tout a été fait » (Jn 1, 3), celui qui est « à l’origine de notre foi et qui la mène à sa perfection » (He 12, 2).

*

« Souviens-toi de Jésus-Christ » (2 Tm 1, 8). Toute la vie de l’Église, et notamment la liturgie où elle exprime sa foi, ne se comprend que si elle est perçue comme un « mémorial », une action qui prolonge ses effets acquis à jamais dans le Christ. Il importe donc de « connaître » tout ce qui est condensé dans la Vigile pascale. Nul ne pourrait trouver celle-ci « longue » s’il contemplait la création et, en Jésus, Celui qui « fait toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). Que dire de la traversée de la Mer rouge pour celui qui a médité, après saint Paul, le sens profond du baptême ? Chacun peut reconnaître, en un mot, que toute son existence chrétienne suit une démarche « pascale ». Pour que ces Vigiles pascales deviennent un sommet de l’année liturgique aux yeux des chrétiens, une formation, surtout biblique, s’avère indispensable.

Le « déracinement » des sources bibliques aboutit à ce que certains chrétiens ne voient plus de lien profond entre la Parole de Dieu, « esprit et vie » (Jn 6, 63) et la célébration de l’Eucharistie proprement dite. On ne voit plus assez que « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14). Luc signalait à ceux qui ne « voyaient plus » Dieu et demandaient où et comment Le rencontrer, qu’il faut aller à présent Le chercher dans la liturgie de la Parole et la fraction du pain. Sur le chemin d’Emmaüs… une Messe itinérante.

*

L’histoire, même celle de la Bible, n’est jamais un « long fleuve tranquille ». « Nos pères ont abandonné Dieu », et nous nous tournons vers les idoles modernes tout aussi insidieuses. Si de nos jours, l’ignorance religieuse semble faire oublier les bienfaits de Dieu pour son peuple, l’espérance née à l’aube de Pâques fait voir à ceux qui veulent bien ouvrir les yeux de leur foi « les signes par milliers » qui montrent Dieu « toujours à l’œuvre » (Jn 5, 17).

4. Anges – et – gardiens

L’Église fête, le 29 septembre, les trois archanges Michel, Gabriel et Raphaël, et trois jours après, plus modestement, les « anges gardiens ». Il arrive parfois que le doute sur l’existence des anges soit perceptible à la moue de certains adultes. Comme il s’agit « d’esprits », par définition invisibles, la foi seule nous permet de les rejoindre dans leur nature et leur action. L’enseignement de l’Église à leur sujet trouve des appuis dans la Première Alliance (« Ancien testament ») qui sont confirmés par des paroles de Jésus.

De la Genèse…

La Genèse met en scène à plusieurs reprises des anges : postés aux entrées du Jardin d’Éden, ils en interdisent l’accès au premier couple d’Adam et d’Ève, après leur désobéissance à Dieu (Gn 3, 24). Deux anges viennent punir Sodome (Gn 19, 1). Un ange retient la main d’Abraham au moment où il va frapper Isaac (Gn 22, 11). Encore plus célèbre, le songe de Jacob, où « des anges montaient et descendaient » sur une échelle qui relie la terre et le ciel (Gn 28, 10-19) !

… aux histoires édifiantes

Bien plus tard, un roman, situé à Ninive en souvenir de l’Exil, tend à affirmer qu’un ange « marche avec le jeune Tobie ». Comme un guide et conseiller, il instruit ce jeune, trouve un remède à la cécité de son père et, s’élevant au-dessus d’eux ne veut accepter en guise de remerciement que leurs hommages au Dieu tout-puissant : c’était l’Ange Raphaël, le guérisseur :« Et maintenant, bénissez le Seigneur sur la terre ! Célébrez Dieu ! Voici que je remonte auprès de celui qui m’a envoyé. Mettez par écrit tout ce qui vous est arrivé. Alors l’ange remonta au ciel » (Tb 12, 20).

Des créatures spirituelles

Nombreuses sont les interventions des anges ! Pour ne pas nommer le « Nom Ineffable », on employait volontiers une périphrase formaliste du genre : « La terre de Dieu », ou « les anges de Dieu ». On les « voyait » donc à l’œuvre, « mains » de Dieu ou « messagers » envoyés par lui, pour guider les hommes dans leur itinéraire vers Dieu. Dans cette perception, les « puissances » de Dieu sont représentées par Michel qui défend les droits de Dieu en questionnant : « Qui est comme Dieu ? » Gabriel, lui, portera et annoncera les merveilles de Dieu pour les hommes, telles que l’Incarnation du Verbe de Dieu, à Marie.

Les affirmations de Jésus Lui-même

Les évangélistes ont suivi l’exemple des prophètes et d’autres auteurs de l’Ancien Testament : les « anges » faisaient partie de leur culture tout imprégnée de foi. On les retrouve à des moments forts dans l’Évangile : auprès de Marie lors de l’annonciation, dans l’intervention auprès de Joseph, à Gethsémani auprès de Jésus et au moment de la visite des femmes au tombeau vide.

Et Jésus, Lui-même, a parlé de ces messagers de Dieu.« Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 10). Ainsi Jésus affirmait que les hommes ont un ange qui les guide, « l’ange gardien ».

Jésus répond à Nathanaël : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme » (Jn 1, 51). Cette allusion à la divinité de Jésus anticipe sur le temps de sa glorification.

Jésus doit revenir pour le Jugement : « Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite » (Mt 16, 27). Les anges constituent une escorte divine.

Jésus ne rougira pas devant son Père pour qui n’a pas rougi de Lui devant les hommes : « Je vous le dis : Quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tour en face des anges de Dieu »(Lc 12, 8-9).

Expliquant la parabole de l’ivraie (Mt 13, 39), Jésus parle des anges comme « moissonneurs ». Enfin, dans le dialogue avec les Sadducéens, Il déclare que l’homme, libéré de la condition humaine, ne se marie pas, car il est devenu « comme les anges dans le ciel » (Mt 22, 30).

Anges « gardiens »

Ils ont une fête, le 2 octobre. L’Église exprime sa foi en leur existence et rend grâce à Dieu pour leur « service ». Ces anges ne sont pas seulement nos gardiens, ils constituent une « escorte » de Dieu pour chanter sa Gloire, et aussi des « messagers » de Dieu auprès des hommes, pour les éclairer et les guider vers Lui.

Nous n’adorons pas les anges ; l’adoration convient à Dieu seul. La « vénération » pour les anges ne peut donc aller jusqu’à nuire au culte dû à Dieu par son fils, Jésus-Christ. Les honorer c’est leur demander de protéger notre route vers Lui en nous montrant le chemin à poursuivre entre la terre et le Ciel.

5. Antioche, ville missionnaire

Les données des Actes des Apôtres 11, 19-26 constituent une base précieuse de l’histoire des Missions : en l’an 37, semble-t-il, et donc peu d’années après la mort et la Résurrection de Jésus, Antioche de Syrie, troisième ville de l’Empire romain, accueille les disciples qui se sentent menacés à Jérusalem. La persécution qui a abouti à la lapidation d’Étienne (en l’an 33 ou 36) aura donc des effets remarquables, non seulement dans cette ville, mais dans le monde.

*

Ville ouverte

Fondée par l’un des généraux d’Alexandre, Antioche, au milieu du premier siècle de notre ère, était devenue la « porte de l’Orient ». Équipée d’un port, Séleucie, elle prospérait grâce au commerce entre l’Asie et Rome. Enrichie, elle avait établi notamment un système hydraulique performant, en plus des installations traditionnelles, théâtres et temples qui copiaient Athènes et Rome.

Grâce à Barnabé, qui avait compris l’atout pour la diffusion de la Bonne Nouvelle, Paul allait y séjourner vingt ans et faire d’Antioche le pivot de son action : c’est de là qu’il partira et c’est là qu’il reviendra, l’Église d’Antioche étant sa « base missionnaire ».

Vers le large

« Les frères dispersés par la tourmente qui se produisit lors de l’affaire d’Étienne allèrent jusqu’en Phénicie, puis à Chypre et Antioche, sans annoncer la Parole à personne d’autre qu’aux Juifs.

Parmi eux, il y en avait qui étaient originaires de Chypre et de Cyrène, et qui, en arrivant à Antioche, s’adressaient aussi aux gens de langue grecque pour leur annoncer la Bonne Nouvelle : Jésus est le Seigneur. »

Ces disciples s’en tiennent au « kérygme », le « noyau » de la prédication : la Passion, Mort et Résurrection de Jésus. Mais ils s’adressent « aux gens de langue grecque », les païens et tous ceux qui cherchent Dieu. Ils constatent vite que « la main du Seigneur était avec eux », comme la finale de l’Évangile de Marc : « Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16, 20).

Conséquence heureuse ! « Un grand nombre de gens devinrent croyants et se tournèrent vers le Seigneur. »

Un écho stimulant

« La nouvelle parvint aux oreilles de l’Église de Jérusalem, et l’on envoya Barnabé jusqu’à Antioche. »

Barnabé, lévite chypriote, avait déjà donné des gages à la Communauté formée à Jérusalem après l’Ascension : sa générosité, évoquée par les Actes 4, 36-37, et reconnue ouvertement par son attitude générale, méritait tous les éloges résumés en ce simple verset 11, 24 a : « C’était en effet un homme de bien, rempli d’Esprit Saint et de foi. » Pas étonnant qu’ait germé en son esprit l’idée « missionnaire », pour laquelle Barnabé va s’adjoindre Paul. Les Apôtres l’avaient surnommé « homme du réconfort » (4, 36).

« Barnabé partit alors à Tarse chercher Saul. L’ayant trouvé, il l’amena à Antioche. »

Si Antioche était la troisième ville de l’Empire, Tarse était la quatrième. Paul avait fait des études à Jérusalem, auprès d’un maître réputé, Gamaliel, dont nous parlent les Actes 5, 34-39, et Paul lui-même (22, 3).

« Pendant toute une année, ils participèrent aux assemblées de l’Église, ils instruisirent une foule considérable » (Ac 11, 25-26a).

C’est alors que se situe la nouvelle appellation des disciples de Jésus ; au lieu de « Nazoréens », ils seront désignés d’un mot qui exprime leur relation au Christ, les « chrétiens ». Leur première action d’envergure consistera en une collecte en vue d’aider les frères de Jérusalem victimes d’une famine (Ac 11, 27-30).

Événement providentiel

« Or il y avait dans l’Église qui était à Antioche des prophètes et des hommes chargés d’enseigner : Barnabé, Syméon appelé Le Noir, Lucius de Cyrène, Manahène, compagnon d’enfance d’Hérode le Tétrarque, et Saul.

Un jour qu’ils célébraient le culte du Seigneur et qu’ils jeûnaient, l’Esprit Saint leur dit : “Mettez à part pour moi Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés.”

Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir. »

Nous ne sommes pas surpris de ce choix de l’Esprit Saint. C’est le départ d’une « aventure » qui va engager Paul pour la vie : non seulement il annonce Jésus, mais il se heurte assez souvent à ses compatriotes et coreligionnaires. Il va rédiger des Lettres qui sont autant de traités doctrinaux, une bonne part du Nouveau Testament.

Le premier voyage, raconté en détail dans les chapitres 13 et 14 des Actes, se termine en ramenant Barnabé et Paul à Antioche.

« C’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi. Ils passèrent alors un certain temps avec les disciples. »

Les deux « apôtres » ont touché du doigt l’action de Dieu ; ils rendent grâce avec la communauté.

Controverse à Antioche

Une question grave se trouve posée à Antioche par des membres « venus sans mandat » de l’Église de Jérusalem ; ils veulent imposer la circoncision ! Alors Paul et Barnabé sont envoyés pour traiter de cette affaire avec les Apôtres Pierre, Jude et Jean à Jérusalem. Une lettre de ceux-ci apporte, après l’invocation à l’Esprit Saint et une épineuse réflexion, la sérénité à l’Église d’Antioche.

Épilogue

Sur le point d’entreprendre un deuxième voyage pour « visiter les frères », Paul et Barnabé se séparent. Paul gardera Antioche comme port d’attache.

6. Artisans de paix

Sourire au mystère de Dieu !

Sourire à l’Incarnation, prolongée dans toute son humilité réaliste, sous nos yeux !

Sourire à l’Autre qui vient toujours bousculer quelque chose en soi-même que l’on croyait bien !

Sourire à ses noces avec Dieu dans l’engagement des vœux !

Sourire de tout son cœur « aux plus pauvres parmi les pauvres », sans jamais demander une récompense !

Sourire à l’homme vidé de sa dignité par une misère inadmissible !

Sourire à la vie de Dieu, mèche jamais éteinte dans l’homme créé à son image !

Sourire à la vie vacillante dans le petit prématuré en survie

ou ballotté comme l’Enfant sur le dos de l’ânon qui l’emportait en exil !