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Les objets du quotidien racontent leur histoire ! Sauras-tu deviner qui se cache derrière ce "je" ?
« Il y en a qui voient la vie en rose. Il y en d’autres qui nagent dans le bonheur. Eh bien moi, je nage dans le bleu, depuis longtemps déjà. Si longtemps que je ne croyais pas en sortir, jusqu’au jour où… »
Alors ? Tu as une idée ?Chaque histoire est aussi racontée d’un autre point de vue, humain cette fois : seize nouvelles pour découvrir avec le sourire la drôle de vie des choses qui t’entourent.9/12 ans
À PROPOS DE L'AUTEURPhilippe Légereau vit dans les Deux-Sèvres où il a travaillé comme professeur des écoles pendant vingt ans en cycle 3 et comme conseiller pédagogique pendant dix années. La littérature de jeunesse et les prolongements possibles en production d’écrits ont toujours trouvé une place importante dans sa pédagogie. C’est dans cet esprit qu’il a écrit son premier recueil de nouvelles.
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Seitenzahl: 72
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Philippe Légereau
Drôles de vies
Recueil de courtes nouvelles à lire deux fois
ISBN : 979-10-38-0576-7
Collection Saute-Mouton
ISSN : 2610-4024
Dépôt légal : février 2023
©Couverture Ex Aequo
©2023. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières-les-bains
www.editions-exaequo.com
à Léa et Juliette,
Chère lectrice, cher lecteur,
Les histoires courtes que tu vas découvrir sont à lire deux fois. Tout d’abord, c’est le monde des objets qui s’offre à toi. Peut-être te faudra-t-il un peu de temps pour découvrir chaque narrateur qui se cache dans ces nouvelles imaginaires du quotidien. Une relecture te permettra, une fois l’objet découvert, de mieux comprendre et de saisir quelques subtilités qui t’auraient échappé. C’est le premier sens de « à lire deux fois ». Le deuxième sens de cette remarque est tout simple. Chaque histoire est écrite une nouvelle fois avec un nouveau point de vue, celui des humains. Le narrateur est alors un enfant, un parent ou un autre adulte. Voilà, j’espère que tu prendras du plaisir à lire ces nouvelles et que tu auras peut-être envie, pourquoi pas, d’en écrire toi aussi !
Déterminant (1)
La grammaire, avec les mômes, c’est parfois drôle, mais pas tout le temps, c’est vrai. Il faut dire que la terminologie un peu compliquée provoque souvent des confusions, des oublis, des erreurs en tout genre, cela dépend des cerveaux. Moi, par exemple, je fourmille d’éléments grammaticaux. Ce n’est pas pour ça que les enfants m’adorent, mais, parfois, ils m’utilisent pour vérifier la classe grammaticale d’un mot. En général, ils préfèrent ricaner en regardant mes planches anatomiques ou en cherchant des mots familiers ou légèrement grossiers. Mais… tout le monde l’a fait non ?
J’habite dans une classe où travaille une maîtresse grande, maigre, toute sèche comme une éponge oubliée dans un placard. Sans humour non plus d’ailleurs. Dommage, parce qu’hier, le Petit Robert aurait pu faire rire une bonne partie des élèves. Pendant la séance de grammaire, l’enseignante montre le déterminant le en interrogeant ses élèves. Le Petit Robert lève le doigt tout en répondant en même temps : « Je sais, je sais, c’est un article définitif. » Elle vérifie immédiatement en le questionnant sur la nature du mot un, il répond sans sourcilier que c’est un article indéfinitif. Elle aurait pu sourire, au moins un peu. Elle a préféré se désoler du manque de connaissances de ses élèves. Le temps qui passe, la jeunesse disparue, l’absence d’humour de la maîtresse, ça, c’est définitif !
Alors, le Petit Robert a eu le bon réflexe, il est venu me chercher pendant la récréation, m’a feuilleté délicatement : défaut… défectueux… déferler… déficient… défini. Son erreur était réparée, définitivement.
Et puis, tous les jours, il est venu me parcourir quelques minutes pour apprendre des mots nouveaux, vérifier leur nature, leur orthographe, rechercher le sens précis d’une expression. En quelques semaines, c’est devenu un as en français, ce qu’a d’ailleurs confirmé sa maîtresse avec ces mots : « Mon Petit Robert, je vois que mes leçons commencent à porter leurs fruits. » C’est une manie des enseignants de croire qu’ils sont toujours responsables de tout.
J’imaginais à juste titre le cerveau de mon ami rempli de fraises, de bananes, de mangues, de framboises puisqu’il s’est précipité vers moi pour découvrir le sens figuré du mot fruit : avantage, bénéfice tiré d’un travail, d’une activité. J’ai pensé alors, en m’endormant sur l’étagère : « La curiosité pour apprendre, c’est quand même déterminant. »
Déterminant (2)
Mardi dernier, c’était le jour des rendez-vous parents-professeur. Je déteste ça. En général, je suis assis entre mon père et ma mère, face à la maîtresse. Comme je suis en CM2, ils s’inquiètent pour mon avenir au collège alors que, je me suis renseigné auprès de mes anciens copains qui y sont, la sixième c’est plutôt facile. Mais que voulez-vous c’est comme ça, les parents s’inquiètent souvent pour rien. Quant à ma maîtresse (je devrais dire « Madame suivi de son nom de famille » ou « ma professeure » parce que « maîtresse », ça fait petit, ça va jusqu’en CE2, mais après, il faut grandir paraît-il), eh bien, elle n’est pas très drôle. L’autre jour, en grammaire, je me suis trompé de mot. J’ai dit « indéfinitif » mot qui n’existe pas, au lieu de « indéfini » mot qui existe et qui veut dire qu’on ne sait pas précisément de quel objet il s’agit. Mon copain Antoine qui comprend tout, les problèmes difficiles, les textes compliqués, s’est mis à rire parce qu’il aime bien quand j’invente des mots. La maîtresse l’a immédiatement disputé, car elle pensait qu’il se moquait de moi. C’est comme ça, elle ne peut pas s’imaginer qu’on rit sans se moquer.
Pour revenir au rendez-vous avec mes parents, après m’avoir questionné sur ce que je pensais de mon travail à l’école, elle a fait un rapide bilan puis a ajouté : « Ce que j’apprécie beaucoup chez Robert, c’est sa curiosité. Depuis quelques semaines, il dévore le dictionnaire. »
Ma mère a répondu : « C’est vrai qu’il prend plaisir à utiliser des mots nouveaux. En tout cas, je vous remercie beaucoup d’avoir su développer la curiosité de Robert. » Alors, j’ai pensé, sans rien dire parce que le moment n’était pas propice : « Décidément, c’est vraiment une manie chez les adultes de croire qu’ils sont toujours responsables de tout. Mais ce n’est pas grave, ils ont l’air contents de moi, c’est le principal. »
Puis, mon père s’est empressé d’ajouter : « Je suis ravi aussi de voir que vos leçons portent leurs fruits. Merci bien. »
Il y a quelque temps, je me serais demandé ce que le mot fruit venait faire ici, mais je sais maintenant, grâce à ma curiosité, que le sens figuré est souvent employé dans la langue française. Mais, cela ne m’a pas empêché d’imaginer le visage de ma maîtresse dans un tableau de Guiseppe Arcimboldo.
Exactitude (1)
Je me sens molle, complètement ramollie. C’est comme ça depuis que ma pile a rendu l’âme. Il suffit pourtant de m’opérer, de m’ouvrir le ventre trente secondes pour que je reprenne goût à la vie. Mais non, il ne se passe rien depuis longtemps. Chaque minute qui s’écoule me semble une éternité. Pourtant, c’est lui qui m’a voulue pour son anniversaire parce que son ancienne faisait trop bébé.
Deux semaines sur une table de nuit sans bouger ! Quelle horreur ! Heureusement, un jour, il est entré dans la maison en bougonnant :
« Maman, j’ai raté mon devoir de maths. Y’avait cinq exos, j’en ai fait trois. Bref, j’ai très mal géré mon temps ! »
J’étais ravie d’entendre ça parce que moi, ma spécialité, c’est justement la gestion du temps. Sa mère lui a demandé ce qu’il comptait faire. Eh bien, il lui a répondu qu’il allait s’acheter un stylo de compétition pour écrire plus vite ! Alors, la discussion s’est stoppée net et j’ai bien senti que la mère se taisait, car elle était agacée par sa provocation. Au bout de deux minutes d’un silence insoutenable, elle lui a rappelé d’une façon sèche et ironique qu’il existait des objets qui permettaient de gérer le temps qui passe.
« Oui, oui, la prochaine fois j’emmène un sablier ! » a-t-il répondu sur un ton sarcastique.
Mais il avait beau se cacher derrière l’insolence caractéristique de certains adolescents, le brevet approchait. Il s’est alors résigné à me remettre en fonctionnement.
Clic ! Crac ! Clic !
« Voilà ! La voilà repartie pour deux ans ! » s’est écrié l’horloger.
Quel plaisir de me sentir revivre, d’entendre mon tic-tac régulier. Je calculais rapidement, deux ans ça faisait 17 520 heures ou 1 051 200 minutes ou encore 63 072 000 secondes. On a tout même le temps de faire des choses.
Par exemple, on peut regarder 8760 films de deux heures. On peut écouter 262 800 chansons de quatre minutes. On peut faire cuire un par un 350 400 œufs à la coque. On peut se brosser les dents deux fois trois minutes 175 200 fois. On peut courir 4380 marathons à condition de le courir en quatre heures ce qui ferait environ 180 456 kilomètres.
Et puis, on peut aussi vivre sans compter tout ce qu’on fait, sans compter tout ce qu’on donne, en profitant du temps présent, c’est plus reposant. Moi c’est différent, le temps qui passe c’est ma raison de vivre, mais vous…. Prenez le temps !
Exactitude (2)
