Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Ma rencontre avec les humains ? Bien sûr que ça a changé ma vie et, je l‘espère, un peu celle de Jules, un garçon de dix ans, et de quelques adultes aussi.
Je suis sûre que toi, lorsque que tu me vois sautillant dans l’herbe, avec ma belle robe blanche et noire, tu n’imagines pas tout ce qu’une pie peut vivre, ressentir et apporter aux autres. Alors viens, je t’emmène dans mes aventures. Tu es prêt ? Eh bien, prends ton envol et suis-moi au cœur du magnifique marais où je vis. Tu seras surpris !
À partir de 8 ans
À PROPOS DE L'AUTEUR
Philippe Légereau vit dans les Deux-Sèvres où il a travaillé comme professeur des écoles en cycle 3 et comme conseiller pédagogique. La littérature de jeunesse a toujours trouvé une place importante dans sa pédagogie. Après un recueil de nouvelles, Drôles de vies, il publie son premier roman, "Pica Pica".
Un récit de vie ayant pour narrateur une pie. Sa rencontre avec des hommes, son point de vue original sur les situations, ses remarques sur le genre humain emmènent le lecteur avec humour et réflexion dans des aventures riches en émotions.
Un petit dossier en fin d’ouvrage présente le Marais poitevin de façon ludique.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 71
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Philippe Légereau
Roman Jeunesse
ISBN :979-10-388-0842-3
Collection Saute-Mouton
ISSN : 2610-4024
Dépôt légal : mars 2024
© Couverture Ex Æquo
© 2024 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les Bains
www.editions-exaequo.com
15
211
314
417
521
623
727
830
933
1035
1141
1245
1348
1451
1555
1658
1762
1866
1970
En savoir plus sur le Marais poitevin72
Solution des jeux79
Du même auteur81
Dans la même collection81
Les humains, surtout les enfants, sont naturellement attirés par nous. Je n’en connais pas qui détournent leur regard quand je joue avec mes copines sur l’herbe. Il faut dire que notre robe blanche et noire, avec ses reflets d’un bleu métallique, a beaucoup d’allure. En disant cela, je ne suis absolument pas prétentieuse, mais simplement objective. C’est une véritable chance d’être aussi jolie alors que les membres de ma grande famille sont d’une tristesse infinie sur le plan vestimentaire. Les corvidés, c’est comme ça que les scientifiques nous appellent, sont presque tous vêtus de noir : les corbeaux, les corneilles, les choucas. Seuls mes cousins les geais portent des couleurs un peu plus gaies. Je ne sais pas si cela a un rapport avec leur nom, mais c’est amusant de constater cette particularité orthographique. On appelle ça une anagramme{1}.
En revanche, nous avons tous de grandes qualités : une adaptation facile à beaucoup de situations, des comportements sociaux en groupe à faire pâlir de jalousie bien des humains, la capacité d’utiliser des outils et d’en fabriquer. Bref, nous possédons une intelligence que les chercheurs viennent enfin de reconnaître.
Le plus simple pour que nous fassions connaissance c’est que je vous montre ma carte d’identité. Contrairement à celle des hommes, elle comporte quelques détails nous caractérisant.
Certaines personnes pourraient ajouter qu’il est facile de nous apprivoiser, ce qui est vrai.
Ce n’est pas toujours une très bonne idée, car nous sommes ensuite incapables de nous débrouiller dans la nature. Mais lorsqu’un petit tombe du nid avant d’être autonome, c’est la catastrophe : les parents sont alors démunis et ne peuvent pas s’en occuper. Dans ce cas-là, sans l’homme, c’est très compliqué. J’ai connu une petite pie qui a été récupérée par un garçon. Il a réussi à la sauver en la nourrissant, avec beaucoup de patience, de petits bouts de jambon blanc, si bien qu’au bout d’un mois, elle volait comme une grande. Le matin, comme il venait à l’école à pied, elle l’accompagnait, perchée sur son épaule. L’après-midi, à quatre heures et demie précises, elle l’attendait à la sortie des classes, sur la grille en fer forgé, ce qui suscitait l’admiration des petits et des grands. Cela prouve une nouvelle fois que notre espèce possède de grandes qualités. C’est indéniable.
Je vous ai dit tout à l’heure que nous avions beaucoup d’allure contrairement aux autres corvidés. Depuis quelques siècles, la preuve est faite que notre élégance est enviée par les humains. Ils ont créé un costume de cérémonie appelé queue-de-pie, un vêtement magnifique réservé aux grandes occasions. Vous, les garçons, vous êtes sans doute trop jeunes pour en porter et de toute façon l’usage en est assez rare. Mais c’est une grande satisfaction intérieure de penser que les hommes nous ont imitées.
Comme l’indique notre nom, je suis bavarde. Avec mes copines, c’est vrai que nous jacassons beaucoup. De même que les poules caquettent et que les oies cacardent, les pies jacassent. C’est le verbe précis qui exprime notre façon de parler. Tendez l’oreille au printemps, il y a de fortes chances que vous nous entendiez. Aussi, les humains ont pris l’habitude d’utiliser l’expression « bavard comme une pie ». Bon, ce n’est pas vraiment un compliment, mais si on vous qualifie ainsi ce n’est pas dramatique. Ce sont surtout les professeurs qui n’aiment pas ça. D’ailleurs, on les entend parfois dire aux élèves « Arrêtez de jacasser ».
Une autre expression est utilisée fréquemment pour comparer les hommes à notre espèce. Il s’agit de « curieux comme une pie » ou parfois « curieux comme une vieille pie ». La curiosité exprimée ici est plutôt un défaut qui se manifeste par un désir de savoir des choses sur des personnes, d’observer des situations alors que ça ne nous concerne pas. Mais n’en déduisez pas qu’être curieux est un défaut majeur, surtout pas. C’est même une grande qualité, absolument nécessaire pour apprendre.
Voilà, maintenant que les présentations sont faites, j’aimerais vous raconter quelques histoires auxquelles j’ai assisté ou que j’ai vécues et qui, parfois, m’ont procuré des émotions très fortes. Mais, pour ça, il va falloir vous imaginer dans le cerveau d’un oiseau, c’est-à-dire prendre un peu de hauteur par rapport aux évènements, éviter d’avoir une vision étriquée des choses comme l’ont certains humains (pas tous je vous l’accorde). Il arrive fréquemment que tous les éléments d’une situation ne soient pas perçus par l’œil humain. Bien souvent, il se situe entre 1,20 m et 1,80 m du sol, ce qui est bien sûr insuffisant pour avoir un aperçu plus étendu de ce qui se passe vraiment. Vues d’en haut, ces histoires pourraient bien vous surprendre.
Bon, je parle, je parle. Que voulez-vous, je suis bavarde ! Alors c’est parti, on prend de la hauteur, on s’imagine dans le cerveau d’une pie !
En général, les petits sortent du nid au bout de quatre semaines. Ce n’est pas du tout comme les humains qui mettent souvent plus de vingt ans pour quitter le cocon familial ! Sans blague, vingt ans pour être autonome, quand ce n’est pas vingt-cinq !
Contrairement à beaucoup de nos congénères qui laissent leur progéniture se débrouiller dès qu’ils sont autonomes pour trouver leur nourriture, nous avons décidé, mon mari et moi, de les épauler encore un peu.
Nous habitons dans le Marais poitevin, tout en haut d’un peuplier. Si vous ne connaissez pas cette région, je vous conseille d’y faire un tour. C’est très calme, verdoyant, avec de nombreux canaux, presque sans pollution, pas de voitures, pas de maisons, juste quelques touristes qui se promènent en barque. Nous y sommes vraiment très heureux. La nourriture est facile à trouver et les prédateurs très peu nombreux. Un matin, j’ai dit à mon mari :
— Chéri, ce serait peut-être bien que l’on fasse un voyage avec les petits pour continuer leurs apprentissages dans un autre environnement.
— Oui, tu as raison. On pourrait partir quelques jours !
Et c’est comme ça que, dès le soir, nous étions tous à l’abri en haut d’un grand chêne de la forêt de l’Hermitain. Ce n’est pas très loin de la maison, mais pour un premier voyage c’était déjà bien suffisant ! Nous avons tout fait d’une traite, ce qui était beaucoup trop long pour les enfants à mon avis. Mais que voulez-vous, mon compagnon est toujours pressé. Au retour, nous ferons des pauses, c’est certain ! Il y a toujours des choses à découvrir sur le trajet lorsqu’on voyage, pour peu qu’on ouvre un peu les yeux.
La forêt, c’est plutôt calme, dépaysant et nous avons très bien dormi. Enfin, calme, c’est vite dit, car le lendemain, j’ai aperçu cinq bus en faisant mes premiers repérages du secteur ! À ma grande surprise, j’ai vu descendre deux bonnes centaines d’élèves, qui venaient, je l’ai compris plus tard, faire des courses et des activités d’orientation. Avec tous ces petits humains qui couraient dans tous les sens en criant souvent, nous n’avons pas vu beaucoup d’animaux cette journée-là. Nous avons passé une bonne partie du temps à observer les enfants. C’était la première fois que j’en voyais autant d’aussi près, enfin à une bonne vingtaine de mètres quand même ! C’était bien sympathique toute cette animation, mais je ne suis pas habituée à autant de bruit en pleine nature. La forêt a ensuite retrouvé son calme en fin d’après-midi et, pendant deux jours, nous avons pleinement profité de ce bel endroit.
C’est drôle quand même ! Les humains, comme nous, aiment les endroits naturels, et comme nous, ils y envoient leurs petits pour qu’ils découvrent l’environnement ! J’ai eu alors le sentiment bizarre de me rapprocher de cette étrange espèce, d’avoir des points communs avec elle.
