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Jordan, du haut de ses treize ans, nous raconte sa vie sur les routes.Cleveland, 2011. Comme des dizaines de milliers d’Américains mis à la rue ou sur la route, les parents de Jordan se trouvent contraints de quitter leur maison faute de pouvoir faire face au crédit immobilier qu’ils ont contracté auprès d’un agent véreux.Comment la crise se traduit-elle au quotidien pour ceux qu’elle frappe de plein fouet ‒ cette crise dont on parle comme s’il s’agissait d’une maladie pour laquelle il n’existe pas de remède ? En quoi peut-elle balayer une famille comme les autres et bouleverser entièrement la vie d’un garçon de 13 ans ?Un récit court, efficace, émouvant et instructif !EXTRAITAvant-hier soir, Katelyn nous a lancé avec un clin d’œil :— Salut ! les Ooljee, ça gaze ?Ça se passe comme ça chaque fois qu’on arrive sur le parking de l’ACE, l’Association Cleveland Entraide.M’am s’est contentée de répliquer :— Ouais, comme tu vois, ma poule, ça roule !Un rituel qu’elles ont entre elles. L’humour, M’am le sait mieux que personne : c’est une barrière qui tient à l’écart la pitié.CE QU’EN PENSE LA CRITIQUE« Du sable entre tes doigts, didactique sans jamais le montrer, reste le roman junior le plus abouti sur ce dramatique sujet. A lire d'urgence ! » – Ricochet Jeunes« Patrice Favaro dépeint la crise des subprimes de façon terrible, sans qu’il n’y ait pourtant rien de morbide ou de déprimant dans ce livre. Juste le quotidien de dizaines de milliers de familles américaines confrontées à la cruauté d’un système social qui n’hésite pas à les broyer sans aucun état d’âme. » – Jacques Trémintin, Lien social« Haletant, jamais larmoyant, en plus d’être un roman à conseiller, Du sable entre tes doigts est un outil de compréhension du monde contemporain. » – Claire D., Croquelinottes« Nul besoin de postface documentaire, tout est dit en moins de cent pages, l'émotion frappante incluse. » – Les riches heures de FantasiaA PROPOS DE L’AUTEURAprès avoir fait des études de journalisme et travaillé un temps comme luthier, Patrice Favaro a voyagé pendant plusieurs années avec un théâtre ambulant, avant de se consacrer à la littérature. Depuis plus de vingt ans, il arpente l’Asie, son continent de prédilection. De chacun de ses voyages, il tire des livres où l’on retrouve à la fois les pays qui lui sont les plus chers – l’Inde, la Birmanie, la Thaïlande, les contrées himalayennes –, mais aussi les thèmes sur lesquels il lui importe de témoigner, comme le travail des enfants (Mahout, Thierry Magnier, 2010), les discriminations sociales (Tina, Simon, Rachid et la politique, la vraie !, Actes Sud Junior, 2011) ou les violations des droits humains (Princesse Laque, Syros, 2005). Auteur d’une quarantaine d’ouvrages pour adultes et pour la jeunesse, c’est la première fois, avec Du sable entre tes doigts, qu’il aborde les réalités du continent américain.
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Seitenzahl: 60
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Du sable entre tes doigts
Patrice Favaro
DANS LA MÊME COLLECTION
Les orphelins d’Amérique
(MICHEL PIQUEMAL
)
40 jours d’automne
(
PHILIPPE MILBERGUE
)
Promesses
(
JULIA BILLET
)
Plus belle la ville
(
PHILIPPE MILBERGUE
)
Pense bêtes
(
CHRISTOPHE LÉON
)
Charlie
(
FRANÇOIS DAVID
)
© Le muscadier, 2013
48 rue Sarrette – 75685 Paris cedex 14
www.muscadier.fr
Directeur de collection: Éric Denniel
Couverture & maquette: Espelette
Photographie de couverture: © DR
ISBN: 9791090685376
Cleveland, un matin de septembre 2011
J’aurais dû te dire, avoir confiance. Manque de courage. Peur. Oui, peur d’être mis au rancart. J’ai été débile, bien sûr. Maintenant, c’est moi qui te tourne le dos: je pars. Ta silhouette rapetisse à travers la lunette arrière du van. J’abaisse la vitre, je me penche dehors pour regarder en arrière. Tu me fais un signe de la main: levée, grande ouverte. L’autre est cachée, je sais ton poing serré à faire mal. Garder l’émotion en dedans. Faut pas qu’elle déborde, qu’elle nous trahisse. Est-ce qu’on se reverra un jour, Diego? Une chance sur un million que ça nous arrive, pas vrai? Je crie de toutes mes forces dans l’air qui me fouette le visage: Adios compañero!
Et je me détourne pour regarder droit devant.
La vérité, Diego, tu la connaissais depuis longtemps. Tu n’as rien montré pourtant. Jamais dit un mot. Pour m’éviter la gêne. Merci pour ça. Ce matin, plus possible de continuer à faire comme si tu ignorais tout. Tu t’es pointé devant le parking de l’église Saint-Bernard. Pour la première et la dernière fois. À l’heure précise où s’ouvre le portail de l’aire de stationnement parce que tu savais que j’allais quitter Cleveland.
Quatre roues.
Elles m’emportent vers l’inconnu. Ma maison a quatre roues, Diego. Je loge en Dodge, modèle Caravan de 2005. Des semaines qu’on vit là-dedans, ma mère et moi. Comme des tas d’autres sans-domicile à travers le pays.
Tu m’as dit que, pour toi, ça ne changeait rien à l’amitié.
Avant, j’avais un toit de tuiles rouges au-dessus de ma tête, comme il y en a un sur toutes les maisons dans mon quartier. Sur le devant de celle qu’on habitait, la fierté de mon père: un carré de pelouse, du gazon aussi vert qu’une menthe à l’eau, toujours impeccablement tondu. Côté trottoir, D’ad avait planté un tube métallique supportant une belle boîte à lettres en aluminium, un petit drapeau américain flottait sur le dessus. On avait un vrai foyer: pas luxueux, non, mais avec juste ce qu’il fallait pour s’y sentir bien. Aujourd’hui, j’ai un toit de tôle, oui, ma maison a un toit de tôle. Plus de portes ni de fenêtres: des portières coulissantes, un hayon à l’arrière qui m’abrite de la pluie ou du soleil quand je suis assis dans le coffre avec les jambes qui pendent dehors… Parfois, je n’en peux plus de rester dans un espace aussi étroit.
C’est là-dedans qu’on vit désormais ma mère et moi. Rien que nous deux. D’ad? Lui, il est sorti de notre vie. Mon père s’est envolé au même moment que le toit de tuiles rouges. Emporté comme un fétu de paille pris dans une tornade. Elles sont nombreuses à ravager le coin. Il fait un sale temps sur Cleveland. On appelle ça la crise.
Tu me l’as dit il y a une minute, Diego, quand M’am a mis le moteur du van en marche: la seule chose que tu n’aimais pas, c’est qu’un jour les quatre roues de cette maison risquaient de me conduire loin d’ici.
Et ce jour est venu.
Adios compañero!
Avant-hier soir, Katelyn nous a lancé avec un clin d’œil:
— Salut! les Ooljee, ça gaze?
Ça se passe comme ça chaque fois qu’on arrive sur le parking de l’ACE, l’Association Cleveland Entraide.
M’am s’est contentée de répliquer:
— Ouais, comme tu vois, ma poule, ça roule!
Un rituel qu’elles ont entre elles. L’humour, M’am le sait mieux que personne: c’est une barrière qui tient à l’écart la pitié.
Comme d’habitude, Katelyn a continué avec son fort accent du Middle West:
— Et toi, Jordan? À l’école, t’appuies un peu sur l’accélérateur?
Je n’ai rien dit; de toute façon, Katelyn n’attend jamais ma réponse. Elle a trop de boulot: c’est l’heure où des tas de familles qui sont dans la même galère que nous se pointent à l’entrée du parking situé derrière l’église Saint-Bernard. L’évêque de la ville l’a fait mettre à disposition des vehicular-homeless, les sans-logis véhiculés. J’ai entendu dire qu’on est des milliers, des dizaines de milliers peut-être, à vivre dans une voiture ou un van dans ce pays.
Ici, les règles sont strictes: on peut rester parqué de 7 heures du soir à 7 heures du matin, mais seulement pendant une période de deux mois et à condition d’avoir été accepté par les responsables de l’association qui font le tri entre les uns et les autres. « Pour séparer le bon grain de l’ivraie », répète Katelyn, qui aime citer les Évangiles à tous les nouveaux qui se présentent – et tu n’as pas intérêt à lui raconter que tu n’as jamais ouvert une bible; M’am s’est bien abstenue de le faire. Pas de musique, pas de tapage, pas de consommation d’alcool, pas d’allers et venues avec l’extérieur parce que le parking est clôturé et que personne ne peut en sortir ou y entrer pendant la nuit. Forcément, ça fait des mécontents et il y a des histoires, des coups de gueule même, aussi bien chez ceux qui ont l’autorisation de demeurer là que chez ceux qui sont obligés de tenter leur chance ailleurs quand se referment les grilles de l’aire de stationnement derrière Saint-Bernard.
Avant-hier soir donc, M’am va se garer en roulant au pas à la place qui nous est réservée, sans un regard pour les recalés en train de faire demi-tour devant les portes de notre refuge. Nous, on fait encore partie des heureux élus, mais c’est seulement pour les deux prochaines semaines. Le paradis n’est pas donné à tout le monde et, même quand tu as décroché le droit d’y entrer, la belle vie ne dure jamais longtemps. Les jours filent et celui où nous ne serons plus tolérés ici approche. Nos nuits ressembleront alors à celles de ces pauvres gens qui repartent dans leur voiture. M’am le sait, mais elle ne veut pas repenser à ce qu’on a connu avant notre arrivée à Saint-Bernard. Pas encore. C’est pour ça qu’elle a détourné les yeux.
Pas moi.
Les mauvais souvenirs ne sont pas loin, il suffit d’un rien pour qu’ils remontent à la surface. Tout ça, j’aurais pu te le dire, Diego, si j’avais eu un peu plus de courage, un peu moins de honte. À la fin de la journée, on commençait à chercher un endroit pour passer la nuit, ça nous obligeait souvent à traverser la ville. Toujours avec la peur au ventre. Ce bout de rue, le territoire d’un gang? Combien de dealers sur ce trottoir? Par là, les flics ne vont pas débarquer en pleine nuit pour tambouriner à coups de matraque sur la carrosserie de la voiture
