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Théologien espagnol reconnu, José Arregi enseigne à la prestigieuse université jésuite de Deusto, à Bilbao. Pendant dix-sept ans, il a vécu au monastère d'Arrantzazu, au pays basque espagnol, comme religieux franciscain. En 2009, pour avoir critiqué son évêque qu'il jugeait trop conservateur, sa hiérarchie lui a demandé de ne plus s'exprimer publiquement. Il a alors quitté les ordres. Il vit toujours au pays basque espagnol, où il s'est marié. Et tient une chronique régulière sur son blog (www.religiondigital.org). C'est une sélection de ces textes qui compose le présent ouvrage. Les titres permettent d'en deviner l'esprit : « Ni clerc ni laïc », « Amour homosexuel », « Le langage des oiseaux », « Les prostituées d'abord », « Église cléricale et abus sexuels », etc. Ce qui se dégage de ses textes, c'est avant tout « une douceur et une humilité », comme le souligne Jacques Gaillot dans sa préface.
À PROPOS DE L'AUTEUR
José Arregi est théologien, professeur à l’université jésuite de Deusto, à Bilbao (Espagne), et ancien moine franciscain.
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Seitenzahl: 315
Veröffentlichungsjahr: 2022
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préface
Douceur et humilité
par Jacques Gaillot, évêque de Partenia
~
Amis lecteurs et lectrices, imaginez que vous soyez invités à une fête. Vous voici devant un buffet très fourni. C’est l’heure du choix. Vos commencez par prendre ce que vous aimez, puis vous désirez goûter ce que vous mangez rarement et enfin vous acceptez de mettre dans votre assiette un mets exotique inconnu. S’il ne vous convient pas, vous le laissez.
J’ai fait cette expérience de me trouver devant une grande diversité de récits en recevant le Journal de José Arregi. En parcourant rapidement les titres, je me suis arrêté à ceux qui m’intéressaient : « Saint Romero d’Amérique », « Vieillir », « Luther, prophète hérétique », « Le Cantique des Cantiques », « À Ekai, avec regret », « À la mémoire de José Setién », « François d’Assise, signe du futur »... Un véritable enchantement. Ces textes sont des bijoux.
Puis je me suis mis à lire le Journal dans son ensemble, sans rien laisser de côté. Ce qui m’impressionna d’emblée, c’est le ton donné à tous ces récits. Deux mots émergeaient en moi : « Douceur et humilité ». Deux mots qui, à mes yeux, imprègnent et transfigurent ce Journal.
José porte un grand respect aux personnes à qui il s’adresse. Il se met à leur niveau et prend soin d’elles avec tendresse.
C’est un homme en chemin au grand cœur, un chercheur de Dieu, un chrétien en liberté comme nous, qui essaie de vivre selon ses convictions et non pas selon ses intérêts.
« Douceur et humilité » : c’est si rare à notre société ! Aujourd’hui les interviews et les tables rondes dans les médias ont une violence qui me surprend. Comme si la dureté des échanges, les injures, les mots assassins, faisaient partie des règles du jeu. Comme si un bon débat supposait d’invectiver l’adversaire pour le déstabiliser et lui faire perdre la face.
José ne se départit jamais de la douceur franciscaine qui fait partie de lui. C’est sa force. Ainsi quand il n’est pas d’accord avec les propos du pape François sur la théorie du genre, les personnes homosexuelles, Satan, les indulgences... il le dit nettement, sans biaiser, mais avec respect et sans jamais utiliser les mots qui blessent. Car José a de l’affection pour le pape François qui porte si bien la joie de l’Évangile partout où il va.
De la lecture de ce Journal, je retiens trois invitations.
Une invitation à vivre
José ne nous dit pas ce qu’il faut croire mais ce qui fait vivre. Avoir un cœur qui aime avec tendresse. C’est ce qui nous rend heureux de vivre.
José partage ses expériences vécues, ses choix de vie, ses rencontres, ses fragilités, ses peurs, ses émotions...
À nous de voir ce qui nous fait vivre avant la mort, et ce qui nous empêche de vivre aujourd’hui.
Chacun, chacune est unique. Avec un chemin qui ne peut être que le sien et qui ne sera jamais celui des autres. Nous ne sommes pas faits pour copier, pour imiter. Nous sommes faits pour être nous-mêmes. Tâche passionnante et redoutable !
Une invitation à l’ouverture
Ouverture aux autres, à tous les autres, à l’Esprit, au monde des vivants, à l’universel.
José nous fait bouger. Il emmène ailleurs, opère des déplacements, dévoile des horizons insoupçonnés.
Les gestes les plus simples, comme celui du repas partagé, nous relient à l’humanité. Les liens que nous tissons ont une grande importance.
Comme le dit Jésus : ce que nous lions ou délions sur la terre sera lié ou délié dans le ciel. Il existe un lien étroit entre l’humain et le céleste, entre ce que nous lions ou délions sur terre et ses répercussions dans le ciel.
Les relations que nous établissons aujourd’hui auront une dimension d’éternité. Rien dans l’humain n’est à court terme ; tout dans notre manière d’être et d’agir engage infiniment plus qu’il n’y paraît.
Une invitation à dire « Je »
Il s’agit de nous. Rendre compte par nous-même de ce que nous vivons et croyons. J’ai toujours aimé cette parole de Jésus : Pourquoi ne jugez-vous pas par vous-même de ce qui est juste ? (Luc 12,27).
C’est un appel à la responsabilité. À nous d’apprécier ce qu’il est juste de penser et de faire, de nous interroger sur le bien-fondé de nos pratiques et de nos croyances. Nous avons la possibilité de juger, la capacité intellectuelle et la lucidité suffisante pour apprécier ce qui est valable ou non. C’est notre conscience qui fait autorité pour penser et agir, et assumer nos propres choix.
Merci à José Arregi de nous faire confiance : le vrai journal, c’est celui de nos vies que nous écrivons jour après jour. Demain est à faire.
Les plus belles années de notre vie
sont celles qui nous restent à vivre.
Victor Hugo
Ont participé à la traduction :
Edurne Alegria
François-Xavier Barandiaran
Rose-Marie Barandiaran
Arrosa Camblong
Pierre Collet
M.D
Miren de Ynchausti Garate
Eugénie Errea
Peio Ospital
Dominique Pontier
René Sournac.
Ni clerc, ni laïc
J’allais intituler cet article : « Je suis un laïc ». Maintenant que, pour des raisons d’interprétations doctrinales qui n’auraient jamais dû nous mener jusqu’ici, j’ai entamé le double processus d’exclaustration (abandon de la « vie religieuse ») et de sécularisation (abandon du sacerdoce), je voulais saluer mon nouvel état de vie en disant : « Je suis honoré d’être un laïc par la grâce de Dieu. Je me réjouis d’être l’un d’entre vous, l’immense majorité de l’Église. »
Mais je dois immédiatement me corriger. Laïc ? Non, je ne suis pas réellement un laïc ni ne veux l’être, parce que ce terme n’a de sens que par opposition au clergé et signifie toujours qu’on est en situation de perdant. Je ne suis pas laïc ni ne veux l’être, parce que ce nom a été inventé par les clercs – personne ne s’en étonnera : les puissants ont toujours imposé leur langage. Je ne veux pas être laïc, comme si on disait « chrétien inférieur et de deuxième classe, chrétien subalterne ».
Le Droit Canonique en vigueur donne une définition étrange du terme : le « laïc » est celui qui n’est ni clerc ordonné ni religieux ayant prononcé des vœux. Il ne désigne pas ce que le laïc est, mais ce qu’il n’est pas. Le laïc est celui qui, par définition canonique, n’a pas dans l’Église d’identité et de fonction, parce qu’il en est privé. Le laïc, c’est celui qui n’a pas prononcé les trois vœux canoniques de pauvreté, obéissance et chasteté, bien qu’il soit presque sûr qu’il devra vivre ces vœux, et bien d’autres, autant ou plus encore que les religieux installés dans leur « état de perfection ». Le laïc, c’est celui qui ne peut pas présider à la fraction du pain, au repas de Jésus, au mémorial de la vie. Le laïc, c’est celui qui ne peut pas dire au nom de Jésus de manière efficace : « Frère, sœur, ne sois pas triste, parce que tu es pardonné, et tu le seras toujours. Personne ne te condamne, ne condamne personne. Va en paix, vis en paix. » Le laïc, c’est celui qui ne peut pas dire à un couple amoureux : « Je bénis votre amour. Tant qu’il durera, votre amour est sacrement de Dieu. » Le laïc, c’est celui qui n’a dans l’Église aucun pouvoir parce qu’on le lui a volé. Ceux qui se sont approprié tous les pouvoirs s’appellent des clercs, c’est-à-dire « ceux qui sont élus ». Ils étaient choisis par la communauté, mais ils se sont ensuite choisis eux-mêmes et ont dit : « Nous sommes les élus de Dieu. »
Je ne suis pas laïc ni ne veux l’être, parce que je ne crois pas en une Église tripartite faite de religieux, de clercs et de laïcs, composée de chrétiens qui ont un certain rang et de chrétiens ordinaires, d’une classe dirigeante et d’une masse dirigée. Jésus n’a pas institué de classes, mais il les a toutes annulées. Et quiconque connaît quelque chose du Jésus historique ne pourra pas dire des « Douze » – qui ont été ensuite appelés les apôtres – que Jésus les a institués comme maîtres, et moins encore comme une classe dirigeante avec droit de succession. Tout au plus, et en bon juif qu’il était, il les a désignés comme l’image de l’Israël idéal des douze tribus, du peuple rassemblé de tous les exils, du peuple fraternel, libéré de tous les maîtres (et, en outre, que dire des « soixante-douze » que Jésus a aussi choisis et qu’il a envoyés pour annoncer qu’un autre monde est possible ? Comment se fait-il qu’ils n’aient pas eu de successeurs ? Cela a bien dû intéresser quelqu’un qu’ils n’en aient pas, peut-être pour que le pouvoir ne soit pas partagé). Jésus n’était pas prêtre, mais ce n’est pas pour autant qu’il a été considéré comme laïc et personne ne l’a appelé de ce nom. C’est un terme trompeur.
Il y a vingt ans que je vois les choses ainsi et que je le dis. Pourquoi donc n’ai-je pas abandonné plus tôt les vœux et le sacerdoce ? Simplement parce que j’étais assez heureux avec ce que je vivais et faisais, et je pensais que rien d’important ne change à cause de quelques vœux de plus ou quelques règles de moins. Et maintenant que, à cause des circonstances, j’abandonne les vœux et le sacerdoce, je continue à penser la même chose : que « laïc » est un terme clérical et que, dans l’Église de Jésus, il faut cesser de parler de clercs et de laïcs, c’est-à-dire qu’il faut dépasser radicalement le cléricalisme.
Parler de clercs et de laïcs dans l’Église est une tricherie par rapport au Nouveau Testament, parce que ces termes ne sont pas utilisés une seule fois, ni dans les évangiles, ni dans les lettres de Paul, ni dans aucun autre écrit du Nouveau Testament. On utilise bien le terme grec laos (peuple), d’où vient « laïc », mais le laos désigne toute l’Église, non une prétendue « base ecclésiale » informe et inculte. C’est l’Église toute entière que le Nouveau Testament appelle « peuple de Dieu » (1 P 2,9-10), et tous les croyants qu’il appelle « temple de Dieu » (1 P 2,5 ; 1 Co 3,16), « prêtres saints » (1 P 2,5), « élus » et, surtout, « frères-sœurs ». Tous nous sommes le peuple, le temple, les prêtres, les élus, les frères-sœurs ; nous le sommes sans aucune autre distinction que l’histoire mystérieuse de chacun avec ses dons et ses blessures.
Parler de clercs et de laïcs est aussi une supercherie par rapport aux premiers siècles de l’Église, car ces termes ne figurent pas dans la littérature chrétienne jusqu’au IIIe siècle. Pendant les deux premiers siècles, il n’y a pas eu de « laïcs » dans l’Église, parce qu’il n’existait pas encore de « clergé ». L’Église s’est donc sacerdotalisée, s’est cléricalisée, et c’est ainsi qu’est apparu le laïcat, qui n’est rien d’autre que les restes de ce que le clergé a emporté. Il n’y aurait jamais eu de laïcs dans l’Église s’il n’y avait pas eu d’abord des clercs.
Plus près de nous encore, parler de clercs et de laïcs est une escroquerie au projet tracé par le Concile Vatican II qui, dans la Constitution Lumen Gentium, a inversé l’ordre traditionnel et a traité d’abord de l’Église comme peuple de Dieu et ensuite des ministères hiérarchiques. D’abord le peuple, ensuite les fonctions que le peuple considère comme opportunes. Les évêques, prêtres et diacres n’auraient jamais dû être constitués en « hiérarchie » (pouvoir sacré) ; ce ne sont que des fonctions qui viennent de la communauté et elles doivent être régies par elle. Ils ne représentent Dieu que s’ils représentent l’Église et non l’inverse.
Parler de clercs et de laïcs est, en définitive, une fraude envers Jésus, parce qu’il a rompu avec la logique et les mécanismes de ceux qui avaient trouvé refuge dans la Loi et le Temple et s’étaient érigés eux-mêmes comme propriétaires absolus de la vérité et du bien. Jésus leur dit : « Dieu ne veut pas cela. Dieu veut que nous réparions les blessures et que nous soyons frères. » Et c’est pour cela qu’ils l’ont condamné.
Douze siècles plus tard est arrivé François, qui n’a jamais dit un mot contre l’ordre clérical ni n’a voulu le critiquer, mais qui pour quelque autre puissante raison, en plus de son humilité, a refusé d’être clerc et, avec la douceur et la fermeté qui le caractérisaient, a empêché autant qu’il a pu que se reproduise dans sa fraternité la division entre clercs et laïcs. Et, quand il n’a plus pu l’empêcher, son corps et son âme ont été blessés et il est mort à 45 ans.
Un jour, habitant de passage avec quelques frères dans un pauvre petit ermitage, ils ont reçu la visite d’une dame importante qui leur a demandé de lui montrer la chapelle, la salle capitulaire, le réfectoire et le cloître. François et ses frères l’ont emmenée sur une colline proche et lui ont montré toute la surface de la terre qu’ils pouvaient apercevoir et ils lui ont dit : « Voici notre cloître, Madame. » Comme pour dire : « Nous ne voulons être ni des moines ni des religieux ni des ermites, ni des clercs ni des laïcs. C’est autre chose, Madame. Nous voulons vivre comme Jésus. »
4 octobre 2010
Traduction : Pierre Collet
La conscience et la mort
Les feuilles du peuplier et du bouleau tombent lentement, bercées par un léger vent du sud. Elles ne résistent pas, elles ne s’attachent ni à la branche ni à l’air. Elles tombent, volent ou dansent. Aucune forme ne les retient, elles ne s’accrochent à aucune forme. Elles ne pèsent pas et leur chute ne leur est point pesante. En tombant, elles couvrent la terre d’éphémère beauté, l’enveloppant de Présence éternelle, pleine.
Et après, qu’advient-il ? Pourquoi nous interrogeons-nous sur un « après » et nous en inquiétons-nous, si la Présence est pleine ? Apprends de cette feuille qui ne s’interroge ni s’inquiète et se laisse porter par la sève, par la branche, par l’air. Simplement elle est ce qu’elle est. Apprends. Certes, les humains, nous ne sommes pas des feuilles. Nous avons un cerveau qui nous rend conscients. Oui, mais seulement en partie : conscients que nous sommes, mais pas encore conscients de ce que nous sommes réellement. La conscience nous permet d’admirer la beauté, de redoubler la tendresse, de répandre la compassion, de communier avec le Tout. Merveilleuse conscience ! Mais cette conscience naissante émerge de connexions neuronales qui ne sont pas encore assez développées ou assez bien coordonnées, et elle produit en nous orgueil, jalousie, cupidité, angoisse du passé, craintes du futur et peur de la mort. Malheureuse conscience ! La mort devient une obsession pour une conscience à peine réveillée de son sommeil et de ses cauchemars.
Pendant des millénaires, les différentes religions ont bien reflété l’obsession et la peur de la mort. L’on a même affirmé que toutes les religions naquirent pour garantir l’espoir illusoire d’une vie après la mort, comme si une garantie était nécessaire, comme si au Fond de la vie et de l’Être, au-delà d’une forme aussi éphémère qu’une feuille d’arbre, il y avait un avant et un après.
Je ne crois pas que les religions naquirent de l’obsession de la mort, mais du miracle de la vie. Je ne crois pas qu’elles naquirent pour mitiger le vertige du néant après la mort, mais pour exprimer l’admiration d’être et de vivre et pour transformer l’admiration en vénération et bonté. Néanmoins, il est vrai que les religions ont façonné les peurs de la conscience et fabriqué des croyances sophistiquées sur l’au-delà : l’immortalité de l’âme, la résurrection des corps à la fin des temps pour le ciel ou l’enfer, la réincarnation de la conscience individuelle en de multiples vies et corps jusqu’à la libération totale... Ce sont des images et des croyances et elles ne sont valables que si elles sont une aide et si elles ne font pas obstacle à la joie et à la liberté de vivre le présent.
Certains scientifiques prétendent démontrer la survie de la conscience individuelle après la mort : suite à l’étude de supposés récits de gens cliniquement décédés qui sont « revenus de l’au-delà » et en s’appuyant sur la physique quantique, ils disent pouvoir prouver l’existence d’une Conscience cosmique immatérielle et immortelle, dont notre conscience immatérielle serait le reflet. Ce ne sont que des constructions et des conjectures, souvent très peu rigoureuses. En tout cas, il faut éviter de faire l’amalgame entre science et langage religieux. Il s’agit de plans différents : l’un empirique-mathématique et l’autre symbolique. Le langage religieux ne peut démentir aucune donnée scientifique, mais il ne peut non plus les utiliser comme preuve de ses croyances. Il se peut également que des affirmations que la science semble confirmer aujourd’hui, elle les démente demain.
Ne t’accroche donc pas à ces croyances ni à d’autres, ni à des formes ni à des preuves, ni au passé ni à l’instant. Apprends de la feuille éphémère et éternelle, quand elle grandit sur la tige, quand elle jaunit lentement, quand le vent la détache et qu’elle tombe doucement. Sois comme la feuille, mais pleinement conscient(e) de ce que tu es pleinement. Quand la mort d’un être aimé te déchire l’âme, cherche le réconfort dans la Présence, la Mémoire, le Cœur qui nous soutient. Mais ne sois pas obsédé par ta mort ni par l’au-delà. Vis la vie aujourd’hui comme elle mériterait d’être vécue éternellement. Vis et soigne le présent dans la grâce de la Présence éternelle, sans limites entre la vie et la mort.
23 novembre 2012
Du pain et du vin en mémoire de Jésus
Laissez-moi vous parler de la messe. Ou plutôt, laissez-moi vous parler de quelque chose de plus simple, d’un simple repas. Et laissez-moi vous dire que chaque fois que vous mangez et buvez, vous communiez avec l’autre, avec la Terre, avec l’Univers tout entier. Chaque bouchée que vous mâchez et chaque goutte que vous absorbez est un geste sacré : vous communiez avec le Tout ou avec l’Être ou avec la Vie. Vous communiez avec la grande Communion ou le Mystère de Dieu. Vivre, c’est vivre ensemble. Être, c’est inter-être.
Il en va ainsi de chaque repas, et la messe n’est pas autre chose. La messe n’est rien de plus, car il ne peut y avoir rien de plus grand qu’un simple repas. Simplicité et plénitude se confondent. L’ordinaire et le naturel est le plus sacré. Chaque fois que vous mangez, faites-le avec une profonde gratitude et un profond respect pour ce que vous mangez, et compassion pour ceux qui ne peuvent manger.
C’est ainsi que mangeait Jésus de Nazareth. Sa religion était la religion du repas, encore que, en réalité, il ne fonda aucune religion, et il rompit même avec sa propre religion dans tout ce qui empêchait les gens de manger tous ensemble, qui imposait des jeûnes, déclarait impures certaines denrées et interdisait de partager la table avec les dénommés pécheurs, qui quasiment toujours étaient les pauvres. Quelqu’un a écrit non sans raison que Jésus fut mis à mort pour sa manière de manger ; tant il est vrai que, au moment de manger, il supprimait les frontières entre les saints et les pécheurs, entre le pur et l’impur, entre le sacré et le profane. Chose intolérable. Les responsables religieux et les bien-pensants le traitèrent de « glouton et ivrogne, ami des pécheurs ».
Jésus rêvait d’un autre monde nécessaire et possible, et il l’annonçait, il l’appelait « royaume de Dieu ». Et, pour expliquer ce que pouvait être ce monde nouveau dans le monde présent, il ne trouva rien de mieux que d’organiser un joyeux repas champêtre : chacun apporta et partagea le peu qu’il avait, et tous furent rassasiés et il y en eut même beaucoup trop.
Lui pensait que le « royaume de Dieu » ou le monde nouveau dans ce monde – une grande table avec du pain en abondance et sans aucun exclu – était quelque chose d’imminent. Mais les autorités religieuses et politiques ne l’entendaient pas ainsi, et le projet de Jésus échoua. Pour autant Jésus ne cessa d’espérer contre tout espoir. Et, pressentant le pire, il persista à rêver au meilleur et il organisa avec ses compagnes et compagnons les plus proches un dîner d’adieux et d’espoir ; et, au moment de partager le pain et de leur passer le vin, il leur dit : « Souvenez-vous de moi dans le pain et le vin. Et chaque fois que vous mangerez et boirez ensemble, ravivez l’espérance du monde nouveau, et bâtissez le monde que vous espérez. Chaque fois que vous le ferez, moi, je ressusciterai ; vous, vous vous transfigurerez et le monde se transformera en Communion. »
Ainsi firent ses disciples après que le maître fut crucifié comme un malfaiteur. Le premier jour de la semaine, que plus tard on nomma dimanche ou « jour du Seigneur », ils se réunissaient dans les maisons, ils priaient ensemble, ils se rappelaient le message de Jésus, ils mangeaient du pain, buvaient du vin, la Vie ressuscitait. Et ils appelaient cela « cène du Seigneur » ou « fraction du pain ». Tout était très simple, et il n’y avait pas besoin de prêtre ni de consécration.
Les siècles passant, tout alla en se compliquant. La maison se convertit en temple, le repas en « sacrifice », la table en autel, la grâce en obligation. Et on institua des prêtres pour présider et procéder à la consécration du pain et du vin, comme si ceux-ci ne fussent pas sacrés par eux-mêmes. Et on appela cela « messe », ce qui ne fut pas si mal, puisque « messe » veut dire mission. Ite missa est, disait-on à la fin : « Allez en paix. L’heure est à la mission. »
Il est temps que nous revenions au plus simple qui est aussi le plus plein, au-delà des canons, rubriques et présidences sacerdotales qui n’ont rien à voir avec Jésus. Il suffit que nous nous réunissions à deux ou plus dans une quelconque maison ou une quelconque chapelle libre pour nous souvenir de Jésus, partager la parole, prendre du pain et du vin, ressusciter l’espoir, tandis que les oiseaux chantent. Si vous vous sentez triste, Jésus vous console. Si vous êtes joyeux, Jésus est votre joyeux convive. Et peu importe que le pain soit de blé, de maïs ou de seigle, ou que le vin soit de raisin, d’orge ou de riz. Ce qui importe, c’est qu’il soit le fruit de la terre et du travail, sacrement de la vie et du monde nouveau. C’est cela la vraie messe, la véritable mission.
Premier mai 2013
Traduction : Peio Ospital
En quête de silence
Il y a quelques mois, les Franciscains de Washington ont ouvert dans cette ville un « Centre d’accueil pour les ermites de la cité », une maison de retraite sans connotation confessionnelle ni religieuse, pour des gens qui cherchent tout simplement le silence. Non pas la simple absence de bruit, mais le silence intérieur dans le silence extérieur, la sérénité de l’esprit dans la sérénité de l’espace, la paix du cœur dans la paix du lieu.
Le seul inconvénient est que cela coûte 70 dollars par jour (près de 50 euros), une somme considérable compte tenu de la crise qui sévit également dans ce pays. Le fait est que cette maison – à l’instar de beaucoup d’autres de ce genre aux États Unis – est constamment sollicitée.
En ce qui concerne le paiement, il est certain que nous payons aussi le manque de silence, et bien chèrement, sous forme de différentes maladies physiques, psychiques et spirituelles. Néanmoins, avant de débourser 70 dollars par jour pour être en silence... vous y réfléchissez à deux fois. N’y aurait-il pas moyen de trouver ce silence tant souhaité à un moindre prix ? Bien sûr que oui, car il est à la portée de tous.
Je pense, en outre, que le silence est une affaire d’une importance sociale, tout comme l’air que nous respirons ou l’eau que nous buvons, et que notre bien-être personnel et collectif y est en jeu, en partie. Je souhaiterais que dans nos villages et nos villes il y ait des centres de silence bien conservés et entretenus, tout comme il y a des salles de cinéma, des centres culturels et des salles omnisports ou encore des écoles et des jardins. S’agit-il d’une idée saugrenue ?
Qu’étaient donc, il n’y a pas si longtemps encore, nos églises si ce n’est des espaces de calme et de réconfort (ou du moins elles auraient dû l’être, car très souvent les pauvres gens en sortaient plus angoissées et plus affligées qu’à leur entrée) ? Maintenant que beaucoup d’églises se vident et se ferment, il serait souhaitable que quelques-unes fussent transformées en espaces laïques de silence et de paix. J’ai dit « laïques », mais qu’y a-t-il de plus sacré ?
Le bruit nous asphyxie. Et je ne parle pas en premier lieu du fracas stressant de la circulation qui nous enveloppe, sans pour autant l’ignorer. Mais il y a des bruits qui sont pires : livres, débats, annonces publicitaires, messages, mobiles, iPhones, iPads... finissent par être plus assourdissants que le trafic le plus retentissant. Le pire des bruits, et de loin, c’est le plus silencieux, celui que nous portons tous en nous. Ce tourbillon incessant de notre esprit. Cet exténuant vacarme de nos pensées qui nous maintient dans un état permanent de dispersion et d’anxiété, de regret du passé, de peur du futur, d’obstination épuisante pour être ce que nous ne sommes pas et pour posséder ce que nous n’avons pas.
Nous ne pouvons vivre ainsi. Nous avons besoin d’espaces de silence extérieur et bien plus besoin d’espaces et de temps de silence intérieur. Le silence et la paix extérieurs sont très bénéfiques, mais ils ne garantissent rien en eux-mêmes, car les bruits les plus pernicieux, nous les portons en nous. « Il y a des personnes qui gardent le silence, mais leur cœur ne cesse de condamner les autres », nous apprit un moine chrétien des premiers siècles, et il nous interpelle, nous qui, apparemment, sommes plus habitués à garder le silence. En effet, nous ne pouvons garder le silence si nous ne vivons pas en paix.
Cherche la paix et le silence au fond de toi. Consacre à cet exercice au moins vingt minutes de ta journée. Assieds-toi, sens-toi, respire. Respire sans gonfler la poitrine, en emplissant tes poumons de sorte qu’ils poussent l’abdomen vers le bas, le plus bas possible. Reste ainsi, inspirant, expirant, en silence. Dans le silence se trouve la Paix, tout est en paix. Sois en paix. Laisse tes craintes, tes rancœurs, tes désirs se dissoudre et se dissiper peu à peu et ne t’inquiète pas s’ils persistent. C’est à ta portée. Mets-y de la discipline et de la détermination, mais en paix, comme l’eau, sans effort.
Tu pourras trouver un havre de silence en tout lieu : dans une église ou au bord de la mer, à la montagne, dans ton salon, au milieu d’une place, dans ta voiture, dans ton travail. C’est si bénéfique et si bon marché...
7 mai 2013
Traduction : Edurne Alegria
Lettre ouverte au pape François sur la famille
Cher pape François,
Comme tout va si vite aujourd’hui, le questionnaire sur la famille que vous venez d’envoyer aux évêques du monde entier est déjà entre nos mains – 38 questions très spécifiques organisées en 8 blocs thématiques. Nous comprenons que nous ne sommes pas seulement des sujets, mais aussi ceux à qui s’adressent, encore plus qu’aux évêques, ces questions qui nous affectent – et nous heurtent. Par conséquent, nous nous autorisons à y répondre directement, en raison de l’affection que nous avons pour vous et la confiance que vous nous inspirez. Merci, pape François, de nous interroger sur tant de questions gênantes qui ont été, et sont encore, taboues. Et merci de nous écouter, de recevoir nos paroles qui viennent de l’âme, avec leurs certitudes et leurs doutes.
1/ Les enseignements de l’Écriture Sainte et du Magistère hiérarchique sur la sexualité, le mariage et la famille sont-ils connus et acceptés parmi les fidèles ?
Peut-être ne sont-ils pas bien connus et certainement ils sont mal acceptés ou tout simplement ignorés. Nous notons que dans les dernières décennies l’écart, ou plutôt la rupture, entre la doctrine officielle et les sentiments d’une large majorité de croyants, a augmenté à un degré critique. C’est sérieux et cela nous attriste. Mais nous croyons sincèrement que la raison de la rupture croissante n’est pas l’ignorance, et encore moins l’irresponsabilité des croyants, mais le fait que la hiérarchie soit enfermée dans les modèles du passé.
Les temps ont beaucoup changé dans un court laps de temps pour tout ce qui a à voir avec la famille, le mariage et la procréation et la sexualité en général. Nous savons que ce sont des sujets délicats, que ce qui est en jeu est le plus sacré, que le plus grand soin est nécessaire. Mais vous ne pouvez pas prendre soin de la vie en répétant le passé. Nous croyons profondément que l’Esprit de vie continue à nous parler du cœur de la vie, avec ses joies et ses peines. Nous croyons que la Ruah vivante ne peut être enfermée dans une doctrine, un document, ou des mots du passé, et qu’elle continue d’inspirer les sentiments de tous les croyants et de tous les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Rien ne doit jamais rester fermé.
Pape François, nous vous félicitons pour votre volonté d’écouter à nouveau la voix de l’Esprit dans les hommes et les femmes d’aujourd’hui, et nous osons vous demander de garder les mots qui parlent de la miséricorde et de l’encouragement, de ne pas revenir à des « vérités » et des « normes » obsolètes et inutiles. Au nom de la vie !
2/ Sur la place qu’a le concept de « loi naturelle » en matière de mariage parmi les croyants
Nous vous dirons simplement et franchement : pour la grande majorité des penseurs, des scientifiques, et des croyants dans notre société, le concept de « loi naturelle » n’a plus aucune place du tout. Oui, la nature que nous sommes a un ordre merveilleux, certaines lois sont merveilleuses, et, grâce à elles, la science est possible. Mais la loi suprême de la nature est sa capacité de changement et de nouveauté. La nature est créative et inventive. Les fruits de cette capacité créative et inventive, de cette sainte créativité, sont tous les atomes et les molécules, toutes les étoiles et les galaxies. Chacun d’entre nous, les êtres vivants, toutes les langues et les cultures, toutes les religions sont ses fruits. Pour les milliards d’années à venir, une infinité de nouvelles formes encore inconnues de nous en seront les résultats.
La nature est habitée par l’Esprit, par la sainte Ruah qui soufflait sur les eaux de la Genèse, qui continue à vibrer dans le cœur de tous les êtres, dans le cœur de chaque atome et de chaque particule. Tout vit, tout donne courage, tout bouge. Tout change. La famille aussi a évolué sans cesse, des premiers clans à la famille nucléaire, à travers la famille patriarcale que nous avons connue jusqu’à tout récemment.
Sous nos yeux, le modèle de la famille est toujours en train de changer : les familles sans enfants, les familles monoparentales, les familles avec des enfants de différents pères et mères... Et il va continuer à changer, nous ne savons pas comment. Tout est très délicat. Il y a beaucoup de douleurs. Nous demandons à l’Église de ne pas dire du mal des nouvelles formes de famille, car elles ont déjà assez de peine à vivre au jour le jour et à s’en sortir, au milieu des plus grandes menaces qui viennent d’un système économique cruel, inhumain. L’Église ne doit pas imposer, mais, d’abord et avant tout, accompagner, aider et encourager, comme vous l’avez dit vous-même.
3/ Sur la façon dont la foi, la spiritualité et l’Évangile sont vécus et transmis dans les familles
Une question cruciale. Oui, nous constatons avec tristesse que les familles ont cessé d’être des « églises domestiques » où il y a la prière et où la bonne nouvelle de Jésus est nourrie, ressentie et transmise. Mais nous ne pensons pas qu’il soit juste de blâmer les familles pour cela. La crise dans la religion et la transmission de la foi dans la famille est due en premier lieu à la transformation culturelle profonde que nous traversons. Et un grand défi non seulement, ni peut-être même prioritairement pour les familles elles-mêmes, mais pour l’institution Église, est d’accepter les nouvelles clés spirituelles et les formes religieuses que l’Esprit inspire aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui.
4/ Sur la façon dont l’Église devrait faire face à certaines « situations maritales difficiles » (couples vivant ensemble sans être mariés, « mariages civils », personnes divorcées et remariées)
Merci encore, pape François, simplement pour vouloir soulever à nouveau ces questions ! Merci de vouloir nous écouter et de vous montrer miséricordieux à travers vos questions ! Vous connaissez bien l’histoire complexe et changeante du « sacrement du mariage » depuis le début de l’Église. L’histoire a été très variable et va continuer à l’être. Regardez, par exemple, ce qui se passe chez nous, dans cette Europe ultra-moderne. Nos jeunes n’ont ni les logements ni les moyens économiques pour se marier et vivre avec leurs partenaires avant la trentaine dans le meilleur des cas. Comment l’Église peut-elle leur demander de s’abstenir de relations sexuelles jusqu’à cet âge ?
Les formes changent, mais nous pensons que le critère est très simple et que Jésus serait d’accord : « Là où il y a amour, il y a un sacrement, que le couple soit marié ou non, et là où il n’y a pas d’amour, il n’y a pas de sacrement, tout canonique qu’ait été le mariage. » Tout le reste c’est des ajouts. Et si le couple a des difficultés, comme il arrive si souvent, n’aura à avoir avec Dieu que ce qui les aidera à résoudre leurs difficultés et à s’aimer à nouveau, et n’aura à avoir avec Dieu que ce qui les aidera à se séparer pacifiquement, s’ils ne peuvent pas résoudre leurs problèmes et revenir à s’aimer l’un l’autre.
Alors, supprimez, nous vous en prions, les empêchements canoniques, de sorte que ceux qui ont échoué dans leur mariage puissent refaire leur vie avec un autre amour. Que l’Église n’ajoute pas de la peine à leur peine. Et qu’elle ne les empêche en aucun cas de partager le pain du réconfort à la table de Jésus, parce que Jésus n’en a empêché personne.
5/ Sur les unions homosexuelles
Le préjudice causé par l’Église aux homosexuels est immense, et, un jour, elle aura à en demander pardon. Espérons que le pape François implorera, au nom de l’Église, le pardon pour tant de honte, de mépris et de sentiment de culpabilité dont ils ont été accablés au cours des siècles !
La grande majorité des hommes et des femmes dans notre société d’aujourd’hui ne peut pas comprendre cette obsession, cette hostilité. Comment pourraient-ils continuer à dire que l’amour homosexuel n’est pas naturel, alors qu’il a été si commun et naturel, pour des raisons biologiques et psychologiques, parmi tant d’hommes et de femmes de tous les temps et sur tous les continents, et tant d’autres espèces animales ?
Dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, l’Église devrait précéder, mais c’est la société qui nous devance. Nous nous réjouissons que de plus en plus de pays reconnaissent aux personnes de même sexe les mêmes droits qu’aux personnes de sexe opposé à former des unions. Qu’est-ce qui nous empêche de les appeler « mariages » ? N’appelle-t-on pas ainsi des unions hétérosexuelles qui, pour une raison ou une autre, n’auront pas d’enfants ? Alors, changeons le dictionnaire et le Droit Canon pour nous conformer à l’époque et répondre aux besoins des personnes.
Et qu’est-ce qui nous empêche d’appeler le mariage homosexuel un sacrement ? C’est l’amour qui nous rend humains et nous fait divins. C’est l’amour qui fait le sacrement. Et tout le reste est du vernis et de la tradition humaine.
6/ Sur l’éducation des enfants dans les situations matrimoniales irrégulières
Nous croyons que ce langage – régulier, irrégulier – est inexact, voire nuisible. C’est dangereux pour un enfant d’apprendre qu’il est né dans ou vit dans un mariage ou une famille « irréguliers ». Et ça fait mal à leurs parents, quels qu’ils soient. Ce qui fait mal n’est pas d’être une exception, mais d’être blâmé pour être une exception. Par ailleurs, nous savons tous qu’il suffit que les cas se multiplient pour que l’exception devienne la norme. De toute façon, l’Église n’est pas là pour définir ce qui est normal et ce qui est irrégulier, mais pour accompagner, encourager et soutenir chaque personne telle qu’elle est, où elle est.
7/ Sur l’ouverture des époux à la vie
Heureusement, très peu d’entre les croyants de moins de 60 ans ont entendu parler de Humanae Vitae, cette encyclique de Paul VI (1968) qui a déclaré qu’il y a péché mortel à utiliser une méthode de contraception « non naturelle », une méthode autre que l’abstinence ou l’adaptation au cycle de la fertilité féminine. Mais elle a fait beaucoup souffrir pratiquement tous nos parents. Cette doctrine, adoptée contre l’avis de beaucoup dans l’épiscopat, a été malheureuse en son temps et il n’est pas moins regrettable qu’elle soit encore maintenue aujourd’hui.
Aujourd’hui, personne ne la comprend et presque personne ne s’y conforme parmi les catholiques eux-mêmes. Et peu de prêtres ou évêques osent l’exposer aujourd’hui. Cela n’a aucun sens de dire que le sexe doit être nécessairement ouvert à la reproduction. Cela n’a aucun sens de continuer à distinguer entre les méthodes naturelles et artificielles, et encore moins de condamner une méthode parce qu’elle est « artificielle », parce que, pour la même raison, on condamnerait un vaccin ou une injection.
Aujourd’hui, nous assistons à un changement essentiel dans tout ce qui a à voir avec la sexualité et la reproduction : pour la première fois après plusieurs millénaires, le sexe n’est plus nécessaire pour la reproduction. Il s’agit d’un changement technologique qui apporte avec lui un changement anthropologique et nécessite un nouveau paradigme moral. La sexualité et la vie restent aussi sacrées que jamais et il est nécessaire de prendre soin d’elles avec la plus grande délicatesse. Mais les critères et les normes de Humanae Vitae n’aident pas à cela, et le rendent au contraire beaucoup plus difficile. Que les paroles de l’Église soient lumière et réconfort, comme l’Esprit de Dieu, comme les paroles de Jésus l’étaient en son temps et doivent l’être aussi dans le nôtre.
8/ Sur la relation entre la famille, l’individu et la rencontre avec Jésus
