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Cornelia, jeune traductrice littéraire âgée de 26 ans, se réveille dans le bureau de la direction de l'école la plus réputée des Etats-Unis. Elle comprend très vite qu'elle est victime d'un kidnapping et fera tout pour retrouver sa liberté. Mais sous ce rapt se cache une vérité que jamais elle n'aurait soupçonnée...
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Seitenzahl: 301
Veröffentlichungsjahr: 2024
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DU MÊME AUTEUR
Le Surhumain : Face aux Licans (2017)
Le Surhumain : Face à l'Hybride (2018)
Le Manoir aux Pralines (2022)
À toi Éric mon premier livre, Promesse tenue
Jour 0
Prestigieuse École Senway
1 er jour
École Senway
École Senway – Salle 326
École Senway – Salle 247
École Senway
École Senway – Amphithéâtre 9B
École Senway
2 e jour
Boston, État du Massachusetts
École Senway – Salle 105
École Senway
École Senway – Salle 326
École Senway – Bibliothèque
3 e jour
Boston, État du Massachusetts
Matin
École Senway – Amphithéâtre 5A
École Senway – bâtiment administratif
Après-midi
École Senway
École Senway – Salle 318
École Senway – Salle 110
École Senway – Bibliothèque
École Senway
4 e jour
École Senway
École Senway – Infirmerie
École Senway
8 e jour
Boston, État du Massachusetts
École Senway – Salle 247
École Senway
École Senway
10 e jour
Boston, État du Massachusetts
École Senway – bâtiment administratif
École Senway – Amphithéâtre 5A
École Senway
École Senway – Salle 110
École Senway – Bibliothèque
11 e jour
Boston, état du Massachusetts
19 h21
École Senway – bâtiment administratif
École Senway
Lieu inconnu
12 e jour
Quelque part dans l’État du Maine
Sous-sol de la prestigieuse École Senway
Le Lendemain
Bangor, État du Maine
Boston, État du Maassachusetts
Bangor, État du Maine
Lundi 29 décembre 2014
Boston, État du Massachusetts
Vendredi 2 janvier 2015
Bangor, État du Maine
18 h01
20 h28
Épilogue
Orlando, État de Floride
Bien avant que je n’arrive ici, ma vie ne ressemblait déjà pas à grand-chose. Mais là c’est le paroxysme du pire. Il n’y a que la douleur qui irradie dans chacun de mes muscles (est-ce possible qu’il y en ait autant dans un mètre soixante-huit ?) et surtout dans ma tête. J’ai l’impression qu’un train m’est passé dessus. Je force mes yeux à s’ouvrir et j’y parviens avec grand peine. Tout est flou. M’a-t-on droguée ? Ça m’a l’air plus que probable.
Je fais mine de porter la main à ma tête, histoire de constater les dégâts, mais mon bras est retenu.
Merde.
Ma respiration s’accélère d’un coup. Ce n’est pas normal du tout. Je comprends que je suis attachée. Tout tourne autour de moi, si bien que je ne vois pas où je me trouve. La nausée m’envahit. J’ai intérêt à me calmer et tout de suite. Alors, je m’applique à respirer plus lentement. Au bout de quelques secondes, je tente de bouger les jambes.
Impossible aussi.
Je remets ma tête droite, prends plusieurs inspirations comme n’importe qui m’aurait conseillé de faire, et ouvre les yeux avec plus de facilité cette fois. Et ce que je vois me laisse perplexe. Mon malaise s’intensifie : mais qu’est-ce que je fous dans un endroit pareil ?
Pile en face de moi se tient un grand bureau en acajou avec tout un tas de paperasse, une lampe, une boîte pleine de stylos et une règle en métal. Le fauteuil derrière fait plus penser à un trône qu’à autre chose. Je m’autorise à regarder alentour. Les murs sont tapissés de beige, du moins le supposé-je étant donné le peu de lumière dans la pièce. Des cadres ornent ces derniers, en passant par des photos de famille aux diplômes obtenus dans les universités les plus renommées du pays.
Je fronce les sourcils. Dans quoi est-ce que je suis tombée ?
- Mademoiselle Pikes !
La voix, qui vient de derrière moi sur la droite, me fait sursauter. Cette voix d’homme m’est totalement inconnue. J’entends battre mon coeur dans mes tempes de plus en plus vite ; cette personne me connaît puisqu’il m’a appelée par mon nom !
- Qui êtes-vous ? osé-je demander.
- Je m’appelle Hadrien Sweets. Bien que vous ne les voyiez pas encore, sont avec moi Messieurs Murray et Gresson.
- Où est-ce que je suis ?
- Excellente question, répond l’un des deux autres. Vous êtes dans l’école la plus réputée de tout le pays. L’école Senway.
Il vient d’annoncer ça d’un ton si solennel que mon sourcil s’est soulevé. J’ai déjà entendu parler de cette école, réservée à l’élite, au taux de réussite frôlant les 100%. Mais je ne connais personne dans mon entourage qui en a été diplômé.
Ça ne me dit pourtant pas ce que je fais ici.
- L’école Senway ? répété-je alors brillamment.
Ils vont être épatés par mon intelligence.
- Celle-là même, acquiesce M. Sweets.
Je ferme les yeux afin de digérer l’information. Je suis attachée comme une vulgaire prisonnière dans une école ? Qui plus est, l’école la plus réputée des États-Unis ? C’est complètement absurde.
Tout étudiant américain qui se respecte a forcément rêvé de faire ses études ici. Mais de là à s’y retrouver contre sa volonté…
Alors que je m’apprête à poser des questions sur le but de tout ceci, les trois hommes apparaissent dans mon champ de vision. Celui du milieu prend la parole.
- Permettez-moi, Mademoiselle Pikes, de nous présenter avec plus de précision. À ma droite, M. Murray, responsable de la sécurité de notre école. À ma gauche, M. Gresson, éminent professeur de mathématiques. Et moi-même, directeur de l’école.
Je ne peux m’empêcher de les regarder à la dérobée. Ils ont tous l’air si jeunes ! Tous les trois arborent des cheveux bruns et portent un costume noir. On enterre quelqu’un ou quoi ?
Le directeur et le responsable de la sécurité ont les cheveux coupés courts, le teint clair, et sont rasés de près. En parfaite opposition au professeur de maths qui laisse ses cheveux bouclés pousser en bataille jusqu’à sa nuque, un teint hâlé qui trahit des origines latines, et une barbe d’au moins deux jours. Un frisson d’horreur me parcourt. Ces trois hommes à l’air gentil et à la beauté certaine m’ont kidnappée ! Je me force une fois de plus au calme, à maîtriser les battements affolés, apeurés de mon coeur. La panique ne m’aidera certainement pas à me sortir de ce bordel.
- Qu’est-ce que je fais là ? questionné-je, surprise par l’impassibilité de ma voix.
Ma demande, pourtant légitime, fait rire M. Sweets qui lâche sa réponse comme si c’était une évidence pour tout le monde :
- Vous êtes là pour étudier, bien sûr !
- Pour étudier ? Je ne suis pas sûre de bien comprendre. Je suis diplômée, j’ai un métier. Je suis traductrice, pas étudiante.
Les visages des acolytes de M. Sweets restent de marbre. Et mon objection ne semble pas le décourager puisqu’il réplique :
- Nous parlerons de cela plus tard. Vous êtes mon invitée et à cette heure tardive, il serait temps de vous reposer pour affronter la journée de demain. M. Gresson va vous indiquer votre chambre.
- Puis-je au moins passer un coup de fil ? contre-attaqué-je.
Comme si j’étais retenue en garde à vue.
- Oh, nous n’avons aucun contact avec l’extérieur, rétorque M. Murray avec un sourire perfide.
- Nous avons déjà informé votre famille et votre fiancé (il avait mis un accent terrible sur ce dernier mot qui ne me plaît pas du tout) de la situation, n’ayez crainte.
Sans me quitter des yeux, le directeur claque des doigts, ordonnant au responsable de la sécurité d’agir. Immédiatement, il s’approche de moi. Sa carrure immense me paraît soudain démesurée. La peur me tort le ventre.
Va-t-il me brutaliser ?
Contre toute attente, il me détache de la chaise puis m’aide à me relever. Une fois debout, je serais tombée s’il ne m’avait pas retenue par le bras. Mes jambes ne sont pas plus solides que du coton. Je déglutis avec peine lorsque mes yeux aperçoivent les traînées de sang sur mes avant-bras. Avant que j’aie le temps d’ouvrir la bouche, M. Murray me menotte les poignets dans le dos, me mettant face à l’angle de la pièce qui m’était caché jusque-là.
Mon cerveau enregistre alors deux choses : 1) à travers les fenêtres, je vois qu’il fait nuit ; 2) la porte est gardée de l’intérieur par quatre agents de sécurité.
Quatre ?!
Une fois menottée, on me conduit jusqu’à ladite porte, suivie de près par Messieurs Gresson et Murray.
- Ah, une dernière chose, Mademoiselle Pikes ! intervient M. Sweets tandis que je me retourne. Il est inutile de vous dire qu’il est impossible de partir d’ici. Mes agents sont postés absolument partout afin d’assurer votre sécurité, de même que celle des étudiants et des professeurs. Passez une bonne nuit.
Je meurs d’envie de faire une réplique cinglante mais je n’en ai pas le temps. Mes hôtes et moi-même passons déjà la porte.
Une fois dans le couloir, je me permets de tout observer autour de moi, ignorant du mieux que je le peux la douleur dans ma tête. Les murs sont peints en vert anis, apportant de l’entrain à ces couloirs trop longs. Cette fois-ci, pas de tableaux ni de diplômes sur les murs. Nous traversons ce long couloir débouchant sur l’extérieur. Le froid s’infiltre dans chaque partie de mon corps meurtri. Je frissonne. Mes yeux doivent s’accommoder à l’obscurité de la nuit pendant que mon esprit ne cesse de s’interroger. À croire qu’il a entendu mes pensées, car M. Gresson, se prenant pour le guide de cette visite improvisée, déclare :
- Ce bâtiment est celui de l’administration. Nous avons un bâtiment pour les chambres des résidents.
- Les résidents ? le reprends-je. C’est donc un internat ?
- Tout à fait.
Machinalement, je hoche la tête tandis que nous marchons sur le chemin de béton menant vers un autre bâtiment. Tout a l’air si grand ! Et curieusement si vide.
Où sont lesdits résidents ? Les étudiants, les autres professeurs, le personnel ? Intriguée, terrorisée, je regarde partout autour de moi. Difficile cependant d’y voir grand-chose en pleine nuit et les quelques lampadaires disséminés sur le chemin éclairent si faiblement qu’on ne distingue rien à plus de dix mètres.
Enfin, nous pénétrons à l’abri du froid et je me retrouve dans un couloir baigné de lumière. Je plisse les yeux un court instant tout en poursuivant ma route.
Toujours personne. On dirait que l’école tout entière est déserte, qu’elle ne fait office que de décor pour tout ce qu’on s’apprête à me faire. Quoi que ça puisse être.
D’innombrables portes surgissent à ma vue mais nous ne nous arrêtons à aucune d’elles. Arrivés devant une double porte en métal, je comprends que nous allons prendre l’ascenseur. Nous y entrons tous les trois puis M. Gresson appuie sur le bouton 11. Je fixe les numéros sur la plaque métallique : plus de quinze étages !
Tout se déroule en silence jusqu’à ce que nous soyons arrivés à destination. Une porte en bois peinte en bleu ciel, portant les chiffres 1109 s’élève devant nous. M. Murray insère la clé dans la serrure et la porte s’ouvre d’une légère poussée invisible.
Néanmoins, aucun de nous n’esquisse le moindre mouvement. M. Murray s’adresse au professeur :
- Vous savez ce qu’il vous reste à faire. Bonne nuit.
Pas un regard dans ma direction, je n’existe tout simplement pas. M. Gresson ne prend pas la peine de lui répondre et m’intime à entrer. Je reste muette de surprise quand je découvre la chambre qu’on m’a imposée. Splendide, luxueuse, chaleureuse… Les murs ont une teinte saumon, le sol – recouvert d’une moquette d’une douceur incroyable, je n’en doute pas – est d’un blanc immaculé. Tout à droite, trône un immense lit à barreaux peints en blancs et aux draps assortis. Les meubles ont été choisis au goût du jour : contemporains, blanc laqué, pratiques. Tout dans cette chambre forme un ensemble harmonieux, pensé dans les moindres détails pour le « résident ».
- Vous avez une salle de bains attenante, annonce M. Gresson sans se rendre compte de mon sursaut. Souhaitez-vous boire quelque chose ?
- Non, merci, réponds-je après m’être assise sur le lit.
Je crève de soif mais je n’admettrai certainement pas ma faiblesse.
- Bien. Vous trouverez, sur la table de nuit, la liste des cours auxquels vous assisterez demain.
Je ne dis rien durant un moment. Il ne cesse de me dévisager et ses yeux couleur chocolat me mettent mal à l’aise. Je me décide à prendre la parole :
- Pourquoi faites-vous ça ?
- Je ne suis pas autorisé à en parler, déclare-t-il en me rejoignant sur le lit, les bras croisés. Comment vous appelezvous ? s’enquiert-il après un silence.
- Je pense quand même avoir le droit de savoir ce qu’on attend de moi.
Ses traits, pendant un instant fugace, trahissent l’impatience mais il se reprend vite. Ses yeux qui, jusqu’à maintenant dénués d’expression, finissent par se réchauffer d’une douce empathie. Il baisse la tête, comme si la culpabilité pesait trop lourd sur ses frêles épaules. J’ai un pincement au coeur que je ne comprends pas.
Peut-être ce professeur est-il simplement un pion dans un échiquier bien trop grand ? Qu’il obéit aux ordres par peur de perdre son emploi ?
Je prends une inspiration et, ne pouvant observer autre chose que ses cheveux brillants, je confie :
- Cornelia. Et vous ?
- David, répond-il à voix basse.
- Oh, David ? Comme…
- Votre fiancé ? finit-il à ma place.
J’acquiesce sans un mot. Une tristesse sans nom apparaît dans ses yeux marron et sur son visage aux traits doux, intelligents. Sans crier gare, il se lève d’un bond – quelle mouche l’a piqué ? – et se dirige vers la porte.
- M. Murray viendra vous chercher demain matin, à huit heures trente. Reposez-vous, Cornelia. Il serait vain et inutile de tenter de rentrer chez vous.
Je n’ai pas le temps de protester. David sort de la chambre (dont la porte – je viens de le remarquer – était restée entrouverte) et la verrouille. Mon regard s’arrête sur cette dernière… L’horreur me gagne tout entière lorsque je comprends que je n’ai aucun moyen de sortir de ma nouvelle prison dorée.
Aucune poignée. Aucun trou de serrure.
Résignée, je m’allonge sur le lit et me perds en de profondes réflexions. La première étape serait déjà d’évoquer mes derniers souvenirs. De quoi est-ce que je me souviens ?
Je plisse les paupières. Je rentrais du bureau. Je me rappelle avoir dû traduire un texte français d’une complexité fastidieuse et, de ce fait, j’avais quitté tard les locaux de Mass & Chussets, l’éditeur pour lequel je travaille. Mais ensuite ?
Je m’apprêtais à rejoindre David, mon fiancé, chez nous. Mais… je n’y suis jamais arrivée. Il s’est passé quelque chose en chemin. En ce mois de décembre, les rues de Boston sont très froides en soirée, bien qu’il n’ait pas encore neigé. Oui, ça, je m’en souviens. Comment me suis-je retrouvée inconsciente dans le bâtiment administratif de l’école Senway, à pratiquement quatre cents kilomètres de chez moi ?
Je pousse un soupir, je n’arriverai à rien. J’ai beau essayer, mon cerveau ne semble pas vouloir coopérer pour me rendre la mémoire. Je me sens totalement démunie. La chambre dans laquelle je me trouve n’offre aucune échappatoire. Pas de fenêtre, une porte verrouillée seulement de l’extérieur et solide. L’unique point positif, c’est que je ne suis plus attachée. Et si j’essayais de crier au secours ?
- À l’aide !
Pendant une bonne minute, je hurle à m’en déchirer les cordes vocales. Seul le silence inquiétant de la chambre me répond. Epuisée, je fonds en larmes. Mais que me veut-on, à la fin ?
Rien ne sert de s’apitoyer, toutefois. Je me redresse et décide de profiter du confort qu’on a bien voulu me céder. Une douche me paraît la meilleure option dans l’immédiat. J’entre dans la salle de bains sur la pointe des pieds (comme si je risquais de réveiller quelqu’un) et suis à nouveau impressionnée par tant de beauté. La pièce entière est carrelée de bleu et blanc, donnant une impression d’évoluer dans d’apaisants fonds marins. Une douche ultramoderne s’élève dans le coin gauche, alors qu’en face de l’entrée est accroché un miroir surplombant un lavabo design.
Mon reflet me fait l’effet d’un coup de massue. Je n’ai jamais été aussi blanche. Mes cheveux, d’ordinaire bouclés, sont hérissés. Mon visage est maculé de traînées de sang séché, de même que dans mon cou et sur mes bras. Ma tête me fait tellement souffrir… La fatigue me submerge d’un coup, pourquoi lutter ?
Je me déshabille et entre dans la cabine de verre, fais couler l’eau chaude et ne bouge plus durant une bonne dizaine de minutes.
Une fois revenue dans la chambre, emmitouflée dans un peignoir de soie trouvé sur un crochet, je constate que je n’ai pas de quoi m’habiller. S’attendent-ils à ce que je reste toute nue ? Certainement pas ! J’entame donc une fouille dans les meubles. Je trouve des sous-vêtements dans la commode, des vêtements chauds dans l’armoire. Et le tout à ma taille. Je fronce les sourcils. Il semblerait que tout était prévu pour mon arrivée ici.
Aucune importance.
J’enfile les sous-vêtements, me rassieds sur le lit. Je jette un oeil sur la table de nuit et y vois, en effet, une feuille. Précautionneusement (peut-être allait-elle s’autodétruire ?), je m’en saisis et la lis.
Neuf heures jusqu’à dix heures :
méthodologie de la langue américaine
avec M. Foster ;
Dix heures jusqu’à douze heures :
culture américaine
avec Mme Graham ;
Quatorze heures jusqu’à quinze heures :
mathématiques
avec M. Gresson ;
Quinze heures jusqu’à seize heures :
compréhension des langages corporel et facial
avec M. Spencer.
L’enseignement mentionné en fin de journée me laisse perplexe. De quoi est-il vraiment question ? Je ne me souviens pas d’avoir déjà assisté à pareil cours durant mes études. Peut-être que ce sera intéressant. Je repose la feuille à sa place puis me glisse dans les draps frais et doux. Alors, une fois dans l’obscurité qui berce le sommeil, je me mets à pleurer en silence, mon corps tendu par l’angoisse.
Que va-t-il m’arriver ?
M. Murray se présente précisément à l’heure que David m’a annoncée la veille. Il frappe deux coups à la porte. Assise sur le lit, je suis déjà lavée, coiffée et habillée.
- Mademoiselle Pikes ? Êtes-vous prête ?
- Oui.
Il déverrouille la porte et entre dans la chambre. Il ne me jette même pas un regard. Je ne suis qu’une mission qu’il a à accomplir. Il s’empresse de me passer les menottes dans le dos, comme hier. Je ne vois pas David et mon coeur se serre d’appréhension. Je secoue la tête. Je ne le connais même pas et je ne vois pas en quoi mon sort serait plus supportable grâce à lui. Après tout, il fait partie de la bande d’illuminés qui m’a kidnappée.
- Quelque chose ne va pas, Mademoiselle Pikes ? me demande-t-il.
- Parce que ça vous intéresse, maintenant ? rétorqué-je. Si vous étiez à ma place, vous le sauriez.
Il ne dit rien alors je reprends, bien décidée à me faire entendre.
- Vous m’avez enlevée et vous me retenez enchaînée comme si j’étais une criminelle, sans aucune raison ! Et quand je pose des questions, on ne daigne même pas me répondre.
- Souhaitez-vous faire part de votre mécontentement au directeur Sweets ? réplique-t-il, insensible.
Il se moque de moi, là ?
Je me retourne vers lui, sans me soucier s’il avait terminé de boucler les menottes. Les yeux plantés dans les siens, j’attaque :
- Pour quoi faire ? Pour qu’on me passe à tabac afin que je me taise ? Vous n’avez même pas pris la peine de me soigner !
- Ça suffit.
Il n’a pas haussé le ton mais ce dernier n’admet aucune réplique. J’en ai le sang glacé. Une idée désespérée me traverse l’esprit. Si je ne me trompe pas, M. Murray est venu seul et la porte est restée ouverte. Il ne me tient plus les mains. Je suis relativement libre de mes mouvements. Erreur de débutant ou intention inconsciente de m’aider ?
Je ne réfléchis pas. Après une inspiration, je tourne sur moi-même et me mets à courir hors de la chambre. Je ne regarde pas en arrière pour voir à quelle distance il se trouve. Je fonce le long du couloir, aussi vite que mes jambes me le permettent. Je m’attendais à y voir les étudiants en train de discuter, de rire. De vivre comme si de rien n’était. Mais toujours personne. C’en devient inquiétant mais, dans l’immédiat, ça arrange assez mes affaires. Malgré ma faiblesse, ma respiration qui se saccade et ma vue qui se brouille, je ne dévie pas de mon objectif. Apparaît dans mon champ de vision la double porte métallique de l’ascenseur sur laquelle je me rue, pleine d’espoir.
Je ne l’atteindrai jamais. Mes jambes se dérobent sous moi, mon menton heurte violemment le sol en marbre. Je perds connaissance.
Lorsque je reprends conscience, je sens un liquide chaud dégouliner sur mon visage. Je veux l’essuyer avec ma main mais, une fois de plus, mon bras est retenu. Hum… coutume courante en ce moment.
Revenue au point de départ, j’ouvre lentement les yeux. Je suis stupéfaite de découvrir autour de moi une salle de classe… pleine ! Les étudiants que je pensais croiser hier et ce matin sont en fait ici. Personne ne me jette de coups d’oeil insistants, tout le monde est indifférent. Ça ne m’empêche pas de les observer avec intérêt. Dans une pareille école, j’aurais cru l’uniforme obligatoire. Personne n’en porte. Pour autant, tous les élèves portent une tenue décontractée et élégante à la fois, le noir inexistant de leur garde-robe. Les filles ont des pantalons soit blancs soit violets avec des chemisiers assortis à manches longues ; les garçons sont vêtus de pantalons soit gris soit marron complétés par des chemises blanches. Ce sont des jeunes venant des quatre coins du pays, voire même d’ailleurs dans le monde, et qui forment une assemblée riche en couleurs. Et à cet instant précis, ils sont concentrés.
Comme je le craignais, je suis bel et bien le seul être humain dans cette école de fous à être attachée. Je tente de dire quelque chose, pas un son ne franchit mes lèvres : on m’a bâillonnée ! Pourquoi ?
- Ah ! s’exclame une voix à l’avant de la salle. Mademoiselle Pikes revient parmi nous. Bienvenue dans ma classe. Je suis M. Foster. Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur les figures de style présentes dans…
Je n’écoute pas, j’observe. M. Foster est un homme de taille et de corpulence moyennes, arborant une curieuse coupe au bol de cheveux blonds et a le teint hâlé. Je suis assez près pour discerner la couleur océan de ses yeux et les quelques rides qui creusent son front. Dès qu’il ouvre la bouche, ses lèvres découvrent des dents d’un blanc éclatant. Il continue son cours, les étudiants notent fébrilement sur leur bloc-notes aux pages jaunes, immortalisant les paroles de leur professeur.
La sonnerie finit par retentir et annoncer dix heures. Les étudiants quittent leurs places, sans même me regarder. Je suis de plus en plus perplexe. C’est comme si, aux yeux des élèves, je n’existais pas. Comme s’ils ne me voyaient pas. Je ne suis pourtant pas invisible et M. Foster m’a bien adressé la parole tout à l’heure…
Je les vois pour la première fois mais ils me fascinent déjà.
Je suis encore attachée à cette foutue chaise quand M. Murray revient à mes côtés. Le professeur nous rejoint et demande au responsable de la sécurité de m’enlever le bâillon afin de pouvoir me parler. De mauvaise grâce, il s’exécute.
- Enchanté de vous rencontrer, Mademoiselle Pikes ! Mon cours vous a-t-il séduite ?
- Je ne vois pas en quoi ce serait le cas, lâché-je sans hésitation. Je suis traductrice. Tout ce dont vous avez parlé aujourd’hui, je l’ai déjà étudié pour exercer mon métier.
- Intéressant, commente M. Foster avant de s’adresser à M. Murray : peut-être n’a-t-elle pas saisi tous les points de mon cours ?
Cette question a l’effet d’un ordre implicite sur mon bourreau. Un frisson de terreur me parcourt quand je distingue sa main en mouvement vers mon visage. J’ai vu venir la suite. La peur me paralyse et je suis incapable d’éviter la gifle phénoménale qu’il m’inflige. Je ne sens même pas ma tête partir sur le côté, encore moins les filets de sang qui s’échappent de ma narine gauche et de ma lèvre. Je réprime avec peine un cri de douleur. Ma joue me brûle terriblement et les mots de M. Foster me parviennent à travers un brouillard.
- Tous les cours vous plairont, Mademoiselle Pikes, avec ou sans votre consentement. Il serait judicieux de ne pas mettre le directeur Sweets en colère, n’est-ce pas ?
- Il ne me fait pas peur ! osé-je encore.
Je sais que j’aurais dû me taire. Mais mes amies m’ont appris à ne pas montrer ma peur. Et c’est précisément ce que je suis en train de faire.
Cette fois, la gifle m’atteint en pleine tempe.
Putain, ça fait un mal de chien !
Ma vue s’obscurcit, je manque de m’évanouir. Je secoue violemment la tête, chassant les étoiles importunes qui me tournent autour et, après quelques secondes, je peux enfin voir. Enfin, façon de parler. Je ne distingue que les couleurs et à peine les formes, tout est flou. J’ai l’impression d’être myope.
Je sens ce liquide chaud et familier couler à partir de mon arcade gauche et finir son chemin sur mon pauvre menton douloureux.
- Assez, Rob, entends-je de la part du professeur. Je pense que nous ne devrions pas abîmer davantage un si joli visage. D’autant plus que Mademoiselle Pikes doit assister au cours de Lynn.
- Très bien. Je l’emmène.
Le coeur battant, je me laisse faire pour ce nouveau rituel fait de menottes et de couloirs.
Une nouvelle fois enchaînée à une autre chaise dans une autre salle de cours mais avec le même bâillon, je me décide à être docile. Je dois supporter ce cours pendant deux heures. Mme Graham ne m’accueille pas comme M. Foster. C’est une petite femme un peu ronde et d’âge mûr, dont le visage – rehaussé d’une paire de lunettes à fines montures – transpire la gentillesse et la bonté.
- Bienvenue Mademoiselle Pikes, commence-t-elle. J’espère que vous trouverez mon cours intéressant et inédit. Si jamais vous avez la moindre question, je me ferais un plaisir d’y répondre.
Et comment suis-je censée poser mes questions avec un bâillon dans la bouche ? Néanmoins, son ton me met immédiatement en confiance, j’acquiesce d’un hochement de tête prudent. J’écoute alors son cours avec concentration, faisant abstraction de la douleur qui irradie partout. Le bâillon m’empêche de respirer correctement, je prie pour que cela cesse. Mais la nausée revient. De même que la panique. Et si je m’étouffais dans mon propre vomi ? Des images peu ragoûtantes me viennent à l’esprit.
Et si j’essayais de m’échapper ?
Et comment, abrutie ? Je n’ai qu’à me lever et partir. Ça paraît si simple. Je bouge mes jambes mais la douleur est si forte que les larmes perlent à mes yeux. Je ne peux retenir mon cri qui sort étouffé en grande partie par le bâillon. Malgré moi, ça revêt une connotation sexuelle un peu sadomasochiste.
- Elle a dû faire une sacrée boulette pour être dans cet état, glisse un étudiant de la troisième rangée près des fenêtres.
- Allons, M. Aubrahn, réplique Mme Graham sur le ton de la réprimande, vous tirez des conclusions hâtives.
À ce moment précis, je regrette de ne pas pouvoir me retourner pour voir le visage de ce jeune homme. J’existe, finalement ! On me voit ! Et on aurait dit qu’il était le seul doté d’une conscience et, de surcroît, d’intelligence.
- Alors, elle ne mérite pas ça ? demande-t-il, et je perçois dans sa voix quelque chose que je ne comprends pas – de l’empathie ?
- Oh, bien sûr que si ! rétorque vivement la professeure. Chacun d’entre nous mérite sa place ici.
Tout à coup, cette Mme Graham ne me paraît plus aussi gentille. L’étudiant, pourtant, n’est pas satisfait par cette réponse et questionne encore :
- Dans ce cas, qu’a-t-elle bien pu faire pour mériter ça ?
- Vous connaissez la réponse à cette question, objecte Mme Graham en fronçant les sourcils.
Le fait de délaisser son tableau noir pour parler à son élève a l’air de particulièrement la contrarier.
- Monsieur le directeur vous l’a déjà apportée. Et j’aimerais que vous fassiez ce qu’il vous a ordonné de faire ; c’est-à-dire – au cas où vous l’auriez oublié – faire comme si elle n’était pas là.
- Mais…
- Monsieur Aubrahn, je ne tolérerai pas davantage votre insolence. Ou bien vous obéissez, ou bien M. Murray vous accompagnera dans le bureau du directeur.
L’étudiant ne souffle mot. Je commence à comprendre quel genre d’établissement est cette « prestigieuse école Senway ». Son succès n’est dû qu’à la soumission de ses résidents.
Alors que mes yeux restent écarquillés d’horreur, je me fais la promesse d’échapper à mon sort et de libérer tous les étudiants. Je note dans un coin de ma tête le nom de ce courageux jeune homme.
La sonnerie retentit à douze heures. Tout le monde, à part moimême et Mme Graham, déserte la salle. Je garde la tête baissée, échafaudant un plan que j’espère payant. La professeure ne daigne pas me regarder et préfère de loin ranger lentement ses affaires dans son sac. Lorsque M. Murray apparaît, il annonce sans préambule :
- Je vous préviens, Lynn, il est hors de question que je lui retire son bâillon !
- Calme-toi, Rob, je ne demande rien de tel. Cette petite est très bien la bouche cousue.
Elle accentue sa phrase par un regard méprisant. Je me suis décidemment bien trompée sur elle… M. Murray se tourne vers moi et déclare :
- Je vous accompagne dans votre chambre et M. Gresson restera avec vous jusqu’au prochain cours. Maintenant, allons-y. Sans faire d’histoires.
Ce que je fais. Au nom de David, mon coeur rate un battement.
Est-ce de l’espoir qui gonfle dans ma poitrine meurtrie ?
Je ne saurais le dire. Mais une chose est certaine : je viens de renoncer à mon plan.
Je suis si faible que je m’affale sur le lit. David, qui est resté à proximité de la porte, me regarde d’un air étrange. Il m’a gentiment retiré mon bâillon mais mon corps endolori refuse de m’obéir. Je ne trouve pas la force d’articuler le moindre mot, pas même un « merci ».
Hésitant, il s’avance vers moi puis finit par s’asseoir à ma droite. Je crois discerner de la culpabilité dans son regard chocolat mais ça ne dure qu’un court instant. Il fouille dans les poches de sa veste afin d’en extirper un mouchoir d’un blanc immaculé. Soigneusement, avec application, il entreprend d’essuyer les taches de sang sur mon visage. Comme je m’en doutais, il est déjà sec. Esquissant une moue résignée, il murmure :
- Vous devriez prendre une douche, Madem…
- Cornelia, le coupé-je avec effort. S’il vous plaît, appelez-moi Cornelia.
- Bien, acquiesce-t-il. Vous devriez prendre une douche, Cornelia.
Dans sa bouche, mon prénom sonne comme un appel à l’amour. Mes joues me brûlent. Mon sourire – jusqu’à présent béat – s’évapore soudain. Je ne suis peut-être plus bâillonnée mais toujours menottée. Essayez de prendre une douche avec les mains attachées dans le dos…
Je relève la tête, de même que mes poignets. Il fait un signe de dénégation silencieux, ses longs cheveux bouclés suivent le mouvement.
- J’ai reçu l’ordre de ne pas vous détacher, chuchote-t-il en jetant des coups d’oeil inquiets vers la porte entrouverte.
- Comment croyez-vous que je vais prendre cette douche ? rétorqué-je. Et ne pensez-vous pas que je me serais déjà échappée si je l’avais pu ?
Méfiant, il me dévisage quelques secondes et doit arriver à la conclusion que, bien évidemment, j’ai raison.
- Vous avez raison, confirme-t-il.
Il n’ajoute rien, tend sa main, paume vers le haut. Sans hésitation, j’y glisse la mienne et suis surprise par la chaleur que dégagent ses doigts. Il m’aide à me relever, entreprend d’enlever les menottes. Je souffle un « merci » empreint de soulagement, et, sans un mot supplémentaire, me dirige vers la salle de bains. Avant d’en franchir le seuil, je demande tout de même :
- Vous me protégerez, David ?
Il ne répond pas. Je m’attends à ce qu’il secoue la tête, comme tout à l’heure, mais au lieu de ça, il sourit. Je ferme la porte derrière moi, m’y adosse, le coeur battant la chamade. Fermant les paupières, je me réprimande pour cette réaction d’adolescente. Oui, il est mignon. Mais je ne dois pas oublier de quel côté il se trouve. Ni que je me marie le mois prochain… Enfin, si je sors d’ici vivante.
Cette question ne cesse de me tarauder : qu’attend-on de moi ?
Une fois ma douche terminée, je réalise que j’ai complètement oublié de prendre des affaires de rechange. Je pousse un soupir, lève les yeux au ciel. Y a pas idée d’être aussi tête en l’air !
Je n’ai pas le choix d’apparaître devant lui en serviette de bain. J’entrouvre la porte mais ne la franchis pas.
- David ?
- Oui ? Un problème ?
Interrogateur, il se tourne vers moi. Heureusement que je suis en partie cachée derrière cette porte.
- Pour vous, non, je ne pense pas. Pour moi, oui. Pouvez-vous vous retourner ? Ne me regardez pas, s’il vous plaît.
Mon ton est suppliant et je m’en veux pour ça. En revanche, lui, sa méfiance redouble.
- Puis-je vous aider ? insiste-t-il.
- Non, je… j’ai oublié mes vêtements, voilà. Alors, je ne suis certainement pas habillée convenablement.
- Oh…, fait-il, légèrement embarrassé. Bien, je suis retourné. Venez.
Rien ne me garantit qu’il ne me regardera pas une fois que je serais sortie de la salle de bains. Mais je décide de lui faire confiance. Je me dirige immédiatement vers l’armoire afin de dégoter ce dont j’ai besoin, un passage à la commode pour les sous-vêtements et je repars comme un boulet de canon dans la salle de bains pour les enfiler.
De retour dans la chambre, je m’assieds sur le lit. Je devrais le remercier de m’avoir permis de prendre une douche. De m’avoir libéré les poignets. Et pourtant, une part de moi me rappelle qu’il n’est pas dans mon camp.
- Aurai-je le droit de manger ? questionné-je alors qu’il reprend sa place initiale, à côté de la porte d’entrée.
- Oui, quelqu’un va vous apporter un repas à treize heures. Je suis navré mais je dois vous menotter.
Et comment est-ce que je vais manger, au juste ?
Mais j’acquiesce. Je ne veux pas qu’à cause de mon insolence et mon refus de coopérer, il ait des ennuis. Après tout, il est le seul à me traiter mieux que les autres. Je me lève, m’approche de lui en tendant mes poignets. D’une infinie douceur, il me passe les menottes, garde mes mains dans les siennes un instant. Nous ne sommes que lui et moi, nos regards ne se quittent pas. J’ai l’impression – l’espoir – qu’il serait mon moyen de m’échapper. Cet homme serait la clé. J’ai envie d’y croire. Alors, je décide de briser le silence que je trouvais apaisant :
- Pourquoi suis-je ici ?
- Vous le saurez bien assez tôt, dit-il en libérant mes mains. Je ne suis pas en mesure de vous en parler.
- C’est dommage, soufflé-je, déçue. Vous aviez l’air… plus humain que les autres.
- Je le suis, assure-t-il un peu vite. Mais les ordres sont ce qu’ils sont. Ce n’est pas à moi de vous en parler. Je ne suis là que pour m’assurer que tout se passe bien.
Sa réplique me met hors de moi. Je fronce les sourcils et explose en une salve de questions :
- M’avez-vous bien regardée ? Avez-vous l’impression que « tout se passe bien » avec tous ces hématomes et ces blessures ?
- Je ne voulais pas être blessant.
- C’est raté ! hurlé-je. Mettez-vous à ma place ! On me retient ici sans que je sache pourquoi et on me tabasse quand je cherche à comprendre ! Que voulez-vous de moi, putain ?
- Je ne peux pas vous répondre, je ne peux pas vous aider, Cornelia.