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Après le terrible retour du Seigneur des Ombres, Enora et ses compagnons semblent désemparés face à l'ampleur de la tâche à accomplir. Ils vont devoir, plus que jamais, unir leurs forces afin de combattre les Tourmenteurs, déterminés à les anéantir. En proie au doute, Enora devra faire ses preuves et trouver au plus profond d'elle-même les ressources pour acquérir la sérénité nécessaire à la maîtrise de ses pouvoirs. Saura-t-elle vaincre ses peurs et découvrir la sagesse qui fera d'elle une sorcière accomplie ?
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Seitenzahl: 319
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Du même auteur :
Enora Scott, le médaillon d'Acrux
Enora Scott, le miroir de réincarnation
Enora Scott, la Confrérie des Arcanes
Enora Scott, la Conspiration
A ma fée pour ses encouragements bienveillants
A mon père qui aimait suivre les aventures d'Enora
A Maëlle pour son trait poétique et son efficacité
Chapitre 1 : Quartier général
Chapitre 2 : Début de vacances...
Chapitre 3 : Inspection au collège
Chapitre 4 : A toute vitesse
Chapitre 5 : Changement d'adresse
Chapitre 6 : Réunion de crise
Chapitre 7 : Les Arcanes
Chapitre 8 : Préparatifs
Chapitre 9 : Mission
Chapitre 10 : Dans l'Oculus
Chapitre 11 : Bourreaux
Chapitre 12 : La vallée des Illusions
Chapitre 13 : Émeute urbaine
Chapitre 14 : Réflexions
Chapitre 15 : Luttes
Chapitre 16 : Entrée fracassante
Chapitre 17 : Sentiment destructeur
Chapitre 18 : Lecture décisive
Chapitre 19 : La salle des Pures Intentions
Chapitre 20 : Une eau mystérieuse
Chapitre 21 : Voie sans issue
Chapitre 22 : Le miroir de Londres
Chapitre 23 : Traque
Chapitre 24 : Sur plans
Chapitre 25 : Origines
Chapitre 26 : Détermination
Chapitre 27 : En position
Chapitre 28 : Prisonnière
Chapitre 29 : Damnante
Chapitre 30 : Piège en sous-sol
Chapitre 31 : Rencontre glaçante
Chapitre 32 : Duels
Chapitre 33 : Maître
Chapitre 34 : Blessures
Un vent glacial s'engouffra dans les rues étroites de la grande ville. Une nuée noire les traversa à toute vitesse et fit exploser les quelques lampes à gaz qui les éclairaient de leur lueur vacillante. Le nuage accéléra, tourbillonna quelques secondes pour enfin s'écraser en silence devant une grille lugubre et faire apparaître une ombre encapuchonnée. Une seconde plus tard, elle fut rejointe par une demi-douzaine de silhouettes noires qui sortaient chacune d'un tourbillon obscur. Elle redressa la tête et ses yeux rouges menaçants scrutèrent les environs. A une cinquantaine de mètres, elle s'arrêta sur une femme qui se tenait droite face à elle. Cette dernière, contrairement aux autres silhouettes, ne baissait pas les yeux devant le terrible Seigneur des Ombres en personne. Après quelques instants, Sargas avança d'un pas et les grilles du château s'ouvrirent toutes seules. Il pénétra dans la propriété en suivant le chemin principal sans perdre du regard la femme qui se trouvait devant lui. L'escorte des Tourmenteurs le suivait en silence. Il s'arrêta à un mètre de la propriétaire et plissa ses yeux :
-Tu n'as pas l'air très heureuse de me revoir, siffla-t-il. La femme hésita un instant puis baissa les yeux en s'inclinant :
-Bien sûr que si, répondit-elle. C'est un honneur de vous retrouver parmi nous et de vous accueillir dans cette demeure. Puis, sans un regard, le Seigneur des Ombres entra dans le château, toujours suivi de ses comparses.
Arrivé à la hauteur de sa femme, Chavdar l'interpella :
-Nous serons là pour quelques jours. Le maître a besoin de se reposer un peu et de mettre en place ses plans pour la suite et...
-La suite ? Quelle suite ? interrogea-t-elle férocement.
-Le retour au pouvoir ! coupa sèchement son mari.
-Ah oui ? Et pour nous ? Qu'a-t-il prévu ? De nous faire payer encore et encore pendant des siècles l'échec de ton aïeul ? cria-telle.
-Chut ! Tais-toi ! imposa furieusement le Tourmenteur en l'attrapant par le bras. Caolàn et moi avons beaucoup œuvré pour son retour parmi nous. J'ai même proposé qu'il vienne ici afin de reprendre des forces après sa longue et rude captivité derrière la Porte Noire. Il s'apercevra de notre loyauté et brisera le sort funeste qu'il nous a infligé. J'en suis sûr. Aie confiance !
-Confiance... ? Et notre fille ? demanda-t-elle en regardant Chavdar au fond des yeux.
Celui-ci serra les dents et répondit brusquement :
-Notre véritable fille est morte depuis longtemps ! Il ne reste plus qu'une méprisable traître à notre cause !
Le Tourmenteur désigna leur fils, resté un pas derrière lui.
-Elle a tenté à plusieurs reprises de nous tuer, Caolàn et moi ! Ne me parle plus jamais d'elle ! menaça-t-il.
Sa femme lança un regard noir, retira violemment son poignet de l'étreinte de son mari et, sans un mot, pénétra dans le manoir par une porte dérobée.
Chavdar, furieux, leva la main et, comme à leur arrivée, la grande grille se referma toute seule. Il entra dans sa demeure par l'issue principale, suivi de son fils.
Dans le grand salon, le Seigneur des Ombres avait ordonné qu'on le laisse seul. Ses adeptes s'étaient alors inclinés et avaient refermé les deux pans de la lourde porte en bois. Dans un silence absolu, Sargas déambulait à travers la pièce, sous les regards inquisiteurs des aïeux de la famille de son hôte, représentés sur de larges portraits accrochés aux murs. Chaque tableau était animé et les personnages bougeaient, s'adressant des signes, et désignaient celui qui les avait maudits en chuchotant. En effet, lorsque le Seigneur des Ombres avait lancé la terrible malédiction sur le père de Chavdar afin de le punir, les aïeux avaient également été touchés. Leurs représentations, autrefois rehaussées de couleurs vives et recouvertes d'or fin, s'étaient profondément assombries. Comme leurs descendants encore vivants, elles devaient impérativement rester dans la pénombre et éviter la lumière du jour. Afin qu'elles puissent survivre, les larges baies vitrées donnant sur le jardin avaient été occultées par de grands panneaux de bois pour éviter que le soleil ne pénètre dans le salon. Depuis ce terrible sortilège, cette pièce n'était éclairée que par quelques bougies à la lueur chancelante, ce qui lui conférait une atmosphère mortuaire.
Le puissant sorcier effleura les meubles de ses doigts d'écorché puis leva la main à hauteur du regard pour la contempler.
A ce moment, la faible lumière des chandelles se mit à danser sur son horrible visage. Les aïeux, dans leurs tableaux, se figèrent. Ils furent terrifiés de constater que le Seigneur des Ombres n'avait plus de peau. Ses muscles, veines et articulations étaient visibles et deux trous béants prenaient la place de son nez. Ses yeux sortaient de ses orbites et ses dents taillées en pointe lui donnaient un aspect encore plus terrifiant.
-Intéressant..., murmura-t-il en souriant.
Il se souvint que, lors de son retour dans le monde réel, après son emprisonnement derrière la Porte Noire, cette main n'était constituée que d'os mais qu'elle s'était reconstituée en partie et avait retrouvé un peu de vigueur lorsque le Maître-Joaillier Minejewel était mort. Le seigneur des Ombres avait alors ressenti une forte chaleur envahir tout son corps. Il n'avait plus éprouvé cette puissance depuis la Guerre des deux sorciers qui l'avait fait affronter Acrux.
La simple pensée de son ancien ami le mit dans une fureur noire. Instantanément, les lumières s'éteignirent et plusieurs meubles furent balayés, s'écrasant contre les murs. Les personnages des tableaux s'enfuirent derrière les décors de leurs peintures respectives.
D'un coup, la double porte du salon s'ouvrit brusquement, laissant entrer quatre Tourmenteurs.
-Tout va bien, Seigneur ? s'inquiéta Chavdar. Pour toute réponse, Sargas émit un rire sardonique et releva la tête comme pour s'adresser à un fantôme :
-Ahahaha ! Tu croyais que tu en avais fini avec moi, Acrux mon vieil ami ! Mais tu vois, je suis revenu ! Et le monde n'en a pas fini avec moi !
Puis, d'un ton sévère, il se tourna vers ses adeptes :
-Comment expliquez-vous que je sois dans cet état ? interrogea-t-il. Les Tourmenteurs, d'habitude si arrogants et menaçants, se regardèrent, perplexes, hésitant à répondre pour ne pas provoquer la fureur de leur maître.
-Eh bien ? Avez-vous une explication ? Lorsque j'étais prisonnier, même si je me trouvais dans une autre dimension, mon corps, bien qu'affaibli, était intact ! Regardez-le maintenant !
Sous le coup de la colère du sorcier, de grandes flammes apparurent et s'échappèrent du cadre majestueux de la cheminée pour venir lécher le plafond.
Les sorciers frémirent.
-J'attends votre réponse, insista insidieusement Sargas.
-Maître ! coupa une voix féminine venant du hall d'entrée.
-Je t'écoute Helen, siffla le sorcier. Approche.
Les Tourmenteurs s'écartèrent et une silhouette encapuchonnée s'avança. Elle poussa violemment ses comparses pour se prosterner devant le Seigneur des Ombres.
-Nous avons tenté l'impossible pour ouvrir la Porte Noire. Plusieurs d'entre-nous sont morts, dont Orwald, pour avoir défié les puissantes protections de votre prison ensorcelée. Aussi nous avons dû les contourner pour créer un nouveau passage et permettre votre retour. Malheureusement, il nous était impossible d'égaler les pouvoirs que les six Grands-Maîtres avaient additionnés à ceux
d'A...
-Oui?
Helen hésita une seconde avant de prononcer le dernier mot, se préparant à recevoir la fureur de Sargas. Elle avala sa salive et articula :
-...d'Acrux.
Mais contre toute attente, le terrible sorcier ne sourcilla pas. Il resta silencieux et immobile. Puis, lentement, il toisa, un à un, tous les Tourmenteurs puis s'approcha d'eux. Chacun baissa la tête lorsque le terrifiant regard s'abattait sur lui, craignant un châtiment des plus atroces. Sargas tournait autour d'eux comme un rapace autour d'une proie et se mit à susurrer à leur oreille :
-Je vois que parmi mes plus fidèles serviteurs, seule une femme est assez courageuse pour évoquer vos fautes et incompétences... Alors, que dois-je faire ? Dois-je vous tuer tous pour ne garder qu'elle? Ou... La tuer elle seulement? Ou faire un exemple... ?
Azzo qu'en penses-tu ?...
Le plus grand des Tourmenteurs tomba à genoux face à son maître et répondit sans hésitation :
-Faîtes selon votre volonté, Maître.
Le temps se figea dans le salon et chaque Tourmenteur, immobile, attendait la sentence de Sargas.
Celui-ci attendit quelques instants pour laisser planer le doute sur ses funestes intentions et rompit le silence d'une voix doucereuse :
-Je ne peux permettre l'échec, c'est une évidence mais, comme j'ai encore besoin de vous, je vous épargne pour cette fois. Sachez toutefois qu'il n'y aura pas de place pour l'hésitation ni pour une quelconque tentative... Je n'accepterai que le succès ! Vous êtes des Tourmenteurs et devez être sans aucune pitié face à quiconque nous barrera la route !
Les sorciers, soulagés d'être encore vivants, se redressèrent, galvanisés par les propos de leur chef.
-Il est clair que vous avez partiellement réussi votre mission. Je suis revenu mais mon corps a subi les conséquences de votre incompétence ! Heureusement pour vous, mon premier acte a été de tuer ce Maître-Joaillier qui a été l'un de mes pires ennemis. C'est ce vieux gnome qui a réalisé le médaillon d'Acrux permettant mon enfermement.
-C'est celui que porte cette petite peste d'Enora, renchérit Helen.
-C'est exact !
-Faut-il que nous vous le rapportions ? demanda Chavdar, pressé de pouvoir rendre service à son maître.
-Hmm,... non, hésita Sargas. Ce n'est pas le plus important pour l'instant. Écoutez bien, le plus intéressant reste à venir : lorsque j'étais sur le toit de ce palais et que ce vieux croulant est mort, une petite lumière blanche s'est échappée de sa bouche et s'est dirigée vers moi pour que je l'absorbe. A ce moment j'ai ressenti la puissance magique du Maître-Joailler me pénétrer. Une nouvelle force m'a envahi et j'ai assisté à l'improbable : mon bras squelettique s'est reconstitué presque entièrement.
Le sorcier admira le résultat une nouvelle fois et continua :
-Je veux savoir comment cela a pu arriver et surtout comment renouveler l'expérience car, comme vous le constatez, il me manque encore quelques éléments pour retrouver mon véritable visage... Alors ? Qui saurait m'expliquer ce sortilège ?
Encore une fois, les Tourmenteurs hésitèrent.
-Voyons, articula Sargas, énervé, ne me dîtes pas que vous n'avez pas le début d'une idée...
Une lueur rouge apparut au fond de ses yeux et le grand lustre en cristal s'écrasa dans un fracas assourdissant aux pieds des Tourmenteurs.
-Je pense... intervint Helen, à nouveau.
-Oui ?
-Je pense que l'on peut trouver la réponse dans les Écrits Ancestraux.
-Les Écrits Ancestraux ? interrogea Sargas.
-C'est un recueil qui recense tous les faits marquants d'Yggratill depuis la dernière bataille qui vous a opposé à Acrux, expliqua Azzo. Vous ne connaissez pas son existence car il a été écrit après votre enfermement. Si on veut apprendre un secret sur l'Yggratill et sur ce puissant sortilège dont vous avez parlé, il faut se procurer ce livre. Il possède sans doute l'explication. Nous l'avions déjà ensorcelé afin de piéger la gamine et l'obliger à venir à Paris pour permettre votre retour1.
-Bien. Vous connaissez votre première mission. Si je veux récupérer tous mes pouvoirs et reconstituer mon corps, il me faut ce recueil. Helen et Azzo, vous resterez à mes côtés car nous avons un important travail à accomplir pour terminer les recherches que j'avais entamées avant mon emprisonnement. Les autres :
exécution !
-Bien Maître, répondirent en chœur les Tourmenteurs en s'inclinant.
1Voir tome 4 : Enora Scott, la Conspiration
Enora avait le regard embué. Elle était assise à son bureau face à la fenêtre de sa chambre et observait en silence la petite pluie qui frappait au carreau. Depuis une heure, elle n'avait pas bougé. Elle n'avait pas eu le courage de déballer la malle qui contenait ses affaires du collège qu'elle avait rapportées pour les grandes vacances. Les vacances... ? Le collège... ? Ses amies... ? Les cours... ? Rien de tout cela n'était important si le Seigneur des Ombres était revenu. A quoi avaient servi tous les combats, tous les efforts qu'elle et ses amis avaient accomplis ? Tout ce chemin parcouru, toutes ces aventures pour en arriver là... Tout ça pour rien et même pire... Pour assister à l'agonie et à la mort d'un Grand-Maître... Minejewel, le Maître-Joailler qui avait tant œuvré pour la paix en réalisant les bijoux les plus fabuleux que le monde ait connus, en donnant sa vie pour protéger son peuple...
Les doigts de la jeune fille caressèrent la surface de son médaillon et deux larmes coulèrent sur ses joues.
Ce médaillon magique qui, soit-disant, pouvait lui donner des pouvoirs fantastiques pour terrasser Sargas...
Elle s'en voulait tellement de se l'être fait voler par les Tourmenteurs qui l'avaient utilisé pour le retour de leur maître.
Mais, en même temps, qu'aurait-elle pu faire pour contrer la puissance du Seigneur des Ombres ? Elle se sentait si fragile et désemparée face à tant de violence et de cruauté...
Enora aurait voulu faire cesser toutes ces pensées qui la hantaient et la faisaient culpabiliser. Elle passait sans cesse d'un sentiment à l'autre : une profonde tristesse s'emparait d'elle et, quelques instants plus tard, elle se transformait en terrible colère.
Elle était encore plongée dans ses pensées lorsqu'elle entendit la porte d'entrée claquer.
-Ouhouh, ma chérie, je suis rentré !
Son père, Mr Scott, avocat à la Royal Courts of Justice de Londres, venait de finir sa journée de travail.
Enora sécha ses larmes d'un revers de main, se leva et regarda dans son miroir si son visage ne portait pas trop les traces de son chagrin. Elle souffla longuement pour se calmer, essaya de sourire et descendit le rejoindre.
Il l'accueillit les bras ouverts en bas de l'escalier.
-Alors, ces dernières semaines au collège, comment se sont-elles passées ? l'interrogea-t-il avec un grand sourire.
-Bof, pas mal, répondit Enora avec nonchalance.
-Oh, tu es trop modeste ! corrigea son père. J'ai reçu, hier matin, tes résultats. Ils sont très bons, même si tes professeurs notent un peu de relâchement depuis les vacances de printemps, mais c'est normal. On ne peut pas être la meilleure à chaque fois et réussir à tous les coups.
La jeune fille acquiesça d'un léger hochement de tête. Son père avait raison sur un point : elle n'avait pas été performante ces dernières semaines. Pourtant elle ne pensait pas du tout à ses résultats scolaires mais à des circonstances beaucoup plus tragiques et essentielles pour la destinée du monde.
-Viens me raconter les dernières nouvelles du collège, proposa Mr Scott en prenant sa fille par la main pour l'emmener au salon.
Enora le suivit à contrecœur et s'assit dans le canapé. Son père l'embrassa sur le front, comme il l'avait toujours fait, et se plaça en face d'elle.
-Alors ?
La jeune fille était complètement perdue. Ses sentiments étaient très confus. Bien sûr, elle savait que son père ne soupçonnait pas l'existence d'un monde magique parallèle nommé Yggratill. Qu'il ne pouvait imaginer que bon nombre de ses amis étaient des sorciers, qu'elle possédait elle-même des pouvoirs surnaturels et qu'elle avait combattu les terribles Tourmenteurs désireux de détruire le monde. Aussi, depuis la découverte accidentelle du médaillon magique d'Acrux, son aïeul, deux ans auparavant, elle n'avait jamais rien pu lui révéler, mais en même temps, elle avait de plus en plus de mal à faire semblant de lui raconter ses journées au collège comme si elles étaient palpitantes. Elle savait que le retour de Sargas, le Seigneur des Ombres, annonçait de terribles combats et sans doute la fin du monde tel qu'ils le connaissaient.
L'interdiction de révéler l'existence des sorciers et de l'univers d'Yggratill était stricte mais la situation était tellement critique et désespérée qu'elle ne pouvait laisser son père dans l'ignorance. Son père...
Elle regarda Mr Scott avec un pincement au cœur.
En effet, elle avait appris lors de sa dernière confrontation avec les Tourmenteurs2, que l'homme gentil et élégant qui se trouvait face à elle, n'était pas son véritable père mais qu'il l'avait adoptée lorsqu'il était tombé amoureux de Sara, sa mère magicienne. Celle-ci s'était échappée en l'emportant pour la protéger de son mari, un sorcier noir, adepte de Sargas. Ce puissant mage les avait pourchassées et avait tenté de les tuer plusieurs fois. Puis il avait perdu leurs traces.
Grâce à son mariage avec Mr Scott, la mère d'Enora avait réussi à se fondre dans le monde réel pour profiter d'une vie normale et, ainsi, protéger le secret de sa fille, la descendante d'Acrux. Mais le mal reprenant peu à peu des forces, Sara avait été missionnée par le Maître-Passeur Onshi Sendou afin d'identifier le sorcier à l'origine du complot. C'est à ce moment qu'Enora découvrit sa véritable identité et ses pouvoirs. S'en suivirent de violents combats qui eurent raison du courage de sa mère. Elle mourut de la main du Grand Maître du feu, Orwald, qui se faisait passer pour un ami de la famille et l'avait même accueillie chez lui pour son anniversaire3.
-Eh bien, ma chérie, ça ne va pas ? Tu as l'air triste et pensive ?
-Si, si, ça va, répondit-elle évasivement.
-L'année a été rude, c'est normal d'avoir un coup de fatigue et, sans doute, d'être un peu démoralisée. Je sais pourquoi.
Enora se redressa :
-Ah bon, tu sais ?
-Mais bien sûr ! Je sais tout ! sourit son père.
Le cœur de la jeune fille s'emballa. Il savait... Il avait deviné...
-C'est ce jeune homme, Gus ! Il te fait les yeux doux et tu n'es pas insensible à son charme, c'est ça ?
-Mais enfin, papa, que vas-tu chercher là ? Il n'y a rien entre Gus et moi, affirma-t-elle en rougissant.
Mr Scott lui adressa un large sourire et lui fit un clin d'œil.
-Ma chérie, c'est tout à fait normal, à ton âge, d'être attirée par les garçons...
-Mais je t'assure, insista-t-elle, gênée.
-D'accord, d'accord, oublie ce que j'ai dit, s'excusa-t-il, un petit sourire malicieux aux lèvres, sûr de son idée.
Puis il se leva et se dirigea vers la cuisine.
-Ça te dit une tasse de thé avec des petits gâteaux ? Tu vas voir, je les ai faits moi-même et j'ai progressé depuis la dernière fois.
Enora sourit un instant en repensant aux affreuses recettes que son père s'évertuait à réaliser pour lui faire plaisir. Elle savait qu'il s'appliquait à suivre point par point les indications de son livre mais que, par un mystérieux prodige, il échouait systématiquement.
Dans ce cas unique, on pouvait considérer que Mr Scott était un magicien hors-pair...
Mais le visage de la jeune fille s'assombrit immédiatement lorsque ses pensées s'orientèrent à nouveau vers la dangereuse réalité. Elle imagina son père face aux Tourmenteurs et à Sargas. Il serait sans aucun doute tué comme les millions d'habitants de Londres et des autres pays... Elle s'y opposerait de toutes ses forces avec ses amis magiciens, mais en auraient-ils les moyens ?
Elle en était persuadée, il fallait absolument le prévenir pour qu'il puisse se protéger, même si c'était interdit. La jeune fille était sûre qu'il comprendrait et qu'il saurait comment réagir.
Encore plongée dans ses pensées, Enora regarda par le bow-window qui donnait dans la rue et aperçut le ciel. La légère pluie de ce début d'été avait laissé la place à de gros nuages noirs et menaçants. Il était à peine dix-neuf heures et il faisait presque nuit.
Elle sursauta lorsqu'une bourrasque de vent fit claquer la fenêtre qui se trouvait juste à côté d'elle. Elle se leva et la verrouilla. Un éclair traversa les nuages, suivi d'un second.
La jeune fille recula de quelques pas en frissonnant. Elle tressaillit une nouvelle fois lorsque son père arriva dans son dos.
-Eh bien, tu as peur de l'orage, maintenant ? demanda-t-il.
Enora avait un étrange pressentiment. Elle se dirigea vers la cuisine.
-Non, non, répondit-elle sans conviction.
-Bon, ne t'inquiète pas. Je m'en occupe.
Son père, voyant qu'elle n'était pas rassurée, commença par allumer des lampes à pétrole dans la cuisine et le salon et alla fermer les volets du rez-de-chaussée afin qu'elle ne puisse plus voir les lueurs des éclairs. Il monta ensuite à l'étage pour occulter également les fenêtres de la chambre de sa fille.
Enora s'assit à la table de la cuisine, saisit sa tasse de thé chaud à deux mains, ferma les yeux et respira lentement pour essayer de calmer les battements de son cœur. Elle tremblait.
-Qu'est-ce qui t'arrive ma vieille ? se murmura-t-elle.
Pour toute réponse, un grand bruit la fit à nouveau bondir de peur.
Elle se redressa d'un coup et sa tasse glissa de ses mains pour venir s'écraser sur le carrelage en se brisant en mille morceaux, répandant le thé en une mare sombre. Elle se figea en direction de la porte donnant sur le jardin. Elle apercevait les lumières de l'orage par la petite ouverture à barreaux de fer située en haut de l'issue et constatait que le bruit du tonnerre se faisait de plus en plus proche.
D'un coup, elle vit un éclair rouge zébrer le ciel. Le cœur battant, elle fît un pas vers le carreau sans s'apercevoir que son médaillon s'était mis à briller sous ses vêtements. Une seconde plus tard, une puissante détonation souffla la vitre de la porte, projetant des milliers de bouts de verre pointus vers la jeune fille qui tenta une protection dérisoire de son visage avec le bras.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle constata qu'elle n'avait pas été blessée. Tous les poignards transparents s'étaient plantés dans la table en bois de la cuisine qui lévitait devant elle et avait servi de bouclier pour la protéger.
-Je crois que les lieux ne sont plus très sûrs, déclara une voix familière derrière elle.
Enora se retourna et découvrit son amie Fumiko qui lui souriait.
Elle n'était pas seule. A ses côtés, le professeur Lateclock la salua en soulevant son chapeau. La jeune fille sauta au cou de la japonaise en sanglotant.
-Je vois que ton moral n'est pas au beau fixe. Nous allons arranger ça, mais pas ici.
-Comment ça ? interrogea Enora en regardant son amie.
Fumiko prit un air plus sérieux :
-Ils seront bientôt là.
-Qui?
-A ton avis ? Certes un puissant orage pourrait briser des vitres mais je ne crois pas qu'il dirigerait les morceaux de verre directement vers quelqu'un pour le tuer... Sans le sortilège de ralentissement du professeur qui m'a permis de te protéger avec la table, tu ne serais plus là pour nous parler.
-Tu veux dire...
-Que les Tourmenteurs ne vont pas tarder. Il faut partir maintenant.
-Et mon père ?
-Il vient avec nous, bien entendu, ma chère princesse, déclara Lateclock. Notre ami Onshi lui parle en ce moment même.
-Le... Le Maître-Passeur est là, dans notre maison ?! Et... il parle à mon père !... s'exclama Enora, interloquée. Il va tout lui avouer, alors ?
-Ne t'inquiète pas, la rassura Fumiko. Mon oncle sait exactement comment persuader ton père sans trop le perturber ni lui dévoiler ce qui n'est pas indispensable.
Les trois amis sortirent de la cuisine pour rejoindre le bureau de Mr Scott. En entrant, Enora découvrit son père assis face à un petit homme ridé et voûté qui lui parlait lentement. Elle voyait que son père avait le visage fermé et semblait un peu perdu face à ce petit être. Elle n'entendit que la fin de la phrase du Maître-Passeur :
-... Je peux comprendre que vous ne me croyiez pas sur parole et que vous ayez des doutes sur une personne qui arrive chez vous sans prévenir pour vous annoncer de telles choses. Aussi, je vous remets cette lettre qui, je l'espère, vous convaincra.
Le vieux Maître lui tendit une enveloppe en papier jauni et abîmé, puis il se leva et se dirigea vers la porte pour rejoindre ses amis. Il se retourna vers Mr Scott :
-Je vous laisse décider de venir avec nous ou de rester. Vous êtes libre de votre choix.
Puis il referma la porte, laissant le père d'Enora seul.
La jeune fille regarda le petit homme avec interrogation.
-Bonjour ma chère petite, dit le sorcier. Je vois que notre ami le professeur et Fumiko sont arrivés juste à temps.
-Ou... oui, bien sûr... bégaya Enora, mais qu'avez vous raconté à mon père ? s'inquiéta-t-elle.
-Rien qui puisse lui révéler notre véritable nature, rassure-toi.
-D'accord..., mais les Tourmenteurs arrivent, m'a dit Fumiko. Il faut qu'il parte avec nous ! Il faut le protéger !
-Ne t'inquiète pas, j'en ai bien conscience.
-Mais vous venez de dire qu'il avait le choix de rester ! s'indigna la jeune fille.
-Bien sûr. Chacun est libre de suivre sa destinée mais...
-Mais quoi ?! Il est hors de question que je le laisse aux mains de nos ennemis ! s'emporta la jeune fille.
Pour toute réponse, la porte s'ouvrit et Enora découvrit son père qui séchait ses yeux d'un revers de main. Dans l'autre, elle vit qu'il tenait une lettre manuscrite et l'enveloppe ouverte.
-C'est..., c'est d'accord, balbutia-t-il. Je vous suis.
-Je suis heureux que vous ayez pris la bonne décision, déclara Onshi.
-Laissez-moi le temps de faire ma valise et celle d'Enora.
-Malheureusement, nous n'avons pas ce délai, expliqua le vieux Maître. Mais ne vous en faites pas, Fumiko connaît bien votre maison et mon ami, ici présent, est un spécialiste des déménagements rapides. A eux deux, ils vont récupérer l'essentiel pour votre séjour qui, je l'espère, sera de courte durée.
-Si vous le dites...
Le petit groupe se dirigea vers l'entrée et Mr Scott s'habilla pour sortir. Enora voyait bien que la lettre qu'il avait lue l'avait perturbé mais elle ne comprenait pas pourquoi. Une fois que tout le monde fut prêt, Onshi s'apprêta à ouvrir la porte mais Fumiko, restée dans le salon, l'appela :
-Mon oncle. Attendez. Venez voir.
Le Maître-Passeur s'approcha de sa nièce.
-Regardez.
La japonaise avait entrouvert un des volets qui donnait sur la rue et Onshi y colla son œil.
Sur le trottoir en face de la maison des Scott, trois silhouettes encapuchonnées faisaient le guet. Fumiko pointa son doigt vers le ciel et il put constater que quatre autres ombres lévitaient discrètement au-dessus des toits.
-Je vois, je vois, dit simplement le petit homme.
Ils refermèrent discrètement le pan de bois et revinrent dans l'entrée. Sous le regard interrogateur des autres, Onshi s'adressa au professeur Lateclock :
-Mon cher ami, je crains que nous ne soyons très en retard. Disons, que nous avons deux bonnes heures de retard... Deux heures, vous m'avez compris, précisa-t-il en haussant ses épais sourcils.
-Deux heures, c'est comme si c'était fait, assura le Maître du Temps.
Puis le vieil homme regarda Enora avec insistance et ajouta :
-...Et qu'une lumière inhabituelle peut compromettre une discrétion nécessaire...
La jeune fille resta quelques secondes incrédule face à cette phrase, puis, s'apercevant dans le miroir de l'entrée, constata que son médaillon brillait. Instantanément, elle plaça sa main dessus pour éviter que son père ne le découvre.
-Mon cher monsieur, pouvez-vous nous excuser un instant ?
demanda le Maître-Passeur.
Puis il emmena Fumiko, Enora et le professeur dans la cuisine.
-C'est le moment, cher ami, chuchota-t-il.
Le Maître du Temps sortit une petite clepsydre de sa poche et la jeune fille reconnut le remonte-temps. Le sorcier se mit à la faire tourner sur elle-même.
-Et un, et deux. Deux heures, c'est bien ça ?
-Effectivement, cela devrait suffire, déclara Onshi.
-Attention, resserrez-vous bien vers moi... Et c'est parti !
Enora vit le liquide bleu prendre une jolie couleur dorée en s'écoulant dans le goulot. Autour d'elle, dans un tourbillon qui accélérait de plus en plus, les objets commencèrent à bouger pour reprendre leur place : la table qui l'avait protégée revenait au milieu de la pièce, une deuxième Fumiko marchait en arrière et disparut dans le salon, les milliers de bouts de verre se recollaient sur la vitre et elle se vit debout avec sa tasse fumante.
Le remonte-temps faisait son œuvre. Encore quelques secondes et le tourbillon ralentit jusqu'à disparaître. Le liquide de la clepsydre redevint bleu.
Une seconde plus tard, la porte de l'entrée claqua et Enora entendit la voix de son père qui revenait de son travail :
-Ouhouh, ma chérie, je suis rentré !
Sans hésitation, Onshi alla à sa rencontre et le salua :
-Bonjour mon cher monsieur Scott, vous vous souvenez que nous devions partir sans délai.
-Euh, il me semble bien..., hésita le père d'Enora.
-Mais si, insista le sorcier. Je vous ai même transmis une lettre...,
chuchota-t-il.
-Ah oui ! C'est vrai... Bien, donc nous pouvons y aller, je suis déjà habillé.
Au moment de sortir, Enora constata qu'il manquait le professeur.
Elle se retourna et aperçut deux éclairs lumineux embraser la cuisine et le salon. Puis le Maître du Temps arriva tranquillement. Il tenait entre ses mains un étrange appareil rectangulaire.
-C'est dans la boîte, affirma-t-il.
La jeune fille allait interroger l'étrange sorcier mais ses pensées venaient de dévier et un frisson la traversa. Elle attrapa le bras de Fumiko et demanda, paniquée :
-Et Gus ? Si les Tourmenteurs savent à quelle adresse me retrouver, ils savent que je vais au Queen's College. Et là-bas, ils le retrouveront et le tueront !
-Ne t'inquiète pas, d'autres amis sont partis le récupérer. Viens.
Le groupe sortit dans la rue. Une légère pluie d'été tombait. La japonaise s'assura qu'aucune ombre encapuchonnée ne les observait et ils s'engouffrèrent tous les cinq dans un fiacre qui partit à vive allure.
2 Voir tome 4 : Enora Scott, la Conspiration
3 Voir tome 1 : Enora Scott, le médaillon d'Acrux
Comme à son habitude, le jeune garçon vérifiait une à une les portes et fenêtres du grand collège silencieux. Les élèves avaient été récupérées par leurs familles depuis quelques heures et les professeurs avaient également quitté leurs bureaux pour profiter des congés scolaires de l'été. Seul Gus restait pour garder les bâtiments, entretenir le jardin et réaliser les quelques réparations et aménagements que la directrice lui avait demandés. Pour certains, rester seul dans cette immense bâtisse aurait été impossible mais cela n'impressionnait pas le jeune homme. Il avait toujours aimé la solitude. Et puis il savait qu'il allait sans doute avoir la visite de son amie Enora. Il l'avait beaucoup observée pendant les dernières semaines de cours et avait perçu la tristesse et le mal-être de la jeune fille. Ils avaient discuté plusieurs fois mais, à chaque rencontre, elle dissimulait le mieux possible son état. Gus n'était pas dupe et avait essayé à plusieurs reprises de l'aider mais il sentait qu'elle ne voulait pas lui parler. Il savait qu'elle avait été très marquée par la mort brutale du Grand-Maître Minejewel et c'était parfaitement compréhensible. Le jeune homme lui-même était affecté. Des sentiments confus le traversaient de temps en temps : colère, honte, tristesse... Mais il ne voulait pas importuner son amie, déjà peinée par la situation. Si seulement leur amie Fumiko était là. Elle saurait comment aider Enora, quels mots pourraient la réconforter. Mais lui s'en sentait incapable.
Il pénétra dans le long couloir central qui desservait les salles de cours, prit son lourd trousseau et ouvrit la première porte donnant sur la classe de littérature. Il y jeta un œil pour vérifier que les fenêtres étaient bien fermées et ressortit. Il continua son inspection machinalement dans plusieurs salles, ses pensées toujours orientées vers son amie et les terribles événements vécus récemment qui avaient abouti au retour du terrible mage noir.
-Sal'té d'magicien ! Si je l'tenais ! grommela Gus.
A ce moment, il entendit un bruit qui le fit sursauter. Il s'immobilisa dans l'entrebâillement de la porte de la classe qu'il venait de vérifier et passa sa tête pour observer le couloir obscur.
-Y'a quelqu'un... ? Mme l'directrice, c'est vous ?
Mais seul l'écho de sa voix résonna jusqu'en bas des escaliers.
-Allons Gus, s'pèce de trouillard, y'a qu'toi dans c't'école ! Se dit-il pour se rassurer. Par contre ,'va falloir mettre un peu d'iumière ici, on y voit comme dans un four !
En effet, depuis le début de son inspection, la petite pluie fine qui avait accompagné la sortie des élèves s'était transformée en un temps orageux. Des éclairs déchiraient le ciel et de lourds nuages noirs donnaient l'impression que la nuit était tombée.
Il rentra à nouveau dans la classe, ouvrit le tiroir du bureau pour récupérer la boîte d'allumettes conservée par le professeur, s'approcha de la lampe à pétrole et l'alluma. Son cœur fit un bond dans sa poitrine lorsqu'il entendit, à nouveau, un bruit sourd provenant de la salle de sciences. Puis un petit cliquetis régulier débuta.
-Bin qu'est-ce c'est qu'ce bazar ? Gus, t'es pas fou, y'a un truc bizarre à côté, mais y'a pas d'fantôme ici, l'aurait trop peur d' « Cerbère » ! dit-il à voix haute pour se rassurer. Bon, bin, y'a pas à tortiller, faut aller voir...
Il prit la lampe et se dirigea vers la porte de la salle de sciences.
Plus il s'en approchait et plus le cliquetis augmentait.
Prudemment il plaça son œil sur le trou de la serrure pour observer l'intérieur de la pièce mais l'obscurité l'empêcha de voir. D'un coup, un éclair illumina la salle et il distingua le squelette qui servait aux expériences. Surpris par cette image effrayante, il se releva d'un coup.
-Voyons, Gus, t'es fêlé du ciboulot ou quoi ? C'est Mister Rachitic, l'squelette de Mme Speriment, l'prof de Sciences. L'est pas vivant !
En plus l'est pendu à son clou ! Alors arrête tes niais'ries.
Le cliquetis continuant son bruit régulier, le jeune homme regarda à nouveau par le trou de la serrure et, à la lumière d'un nouvel éclair, se figea : le squelette avait disparu !
Gus se redressa lentement et se murmura à lui-même :
-Non... Pour sûr... Dans l'quartier d'Westminster, un squelette, ça n'bouge pas. J'ai vu des trucs pas très nets dans l'pays des sorciers mais pas dans not' bonne vieille Angleterre...
Il posa sa lampe sur un tabouret qu'il plaça à côté de la porte. Puis il saisit un balai, fit lentement pénétrer la clef dans la serrure le plus silencieusement possible et se prépara. Il chuchota :
-Un... Deux... Trois !
D'un coup, il tourna la clef, poussa violemment la porte et entra précipitamment en hurlant pour se donner du courage et effrayer d'éventuels agresseurs.
Emporté par son élan, il glissa, se cogna sur la première rangée de tables et tomba à la renverse. Il s'assit par terre en grommelant :
-Gustave, t'es qu'un âne borné ! Ta tête 'l'est toute chamboulée à cause d'ces maudits sorciers. Y'a rien ici !
Le jeune homme eut à peine le temps de finir sa phrase qu'il sentit deux puissantes mains l'agripper et le traîner à travers la pièce.
-Héééé ! Qu'est-ce qui s'passe ! Z'arrêteeez !
A nouveau son corps heurta une série de tables et il se retrouva dos contre le mur. Face à lui, Mister Rachitic avançait en tendant ses bras squelettiques pour attraper son cou.
-Mais qu'est-ce qui s'passe ! L'est pas normal vot' squelette, m'dame Speriment ! dit-il à haute voix comme si le professeur était présent.
Gus saisit son balai à deux mains pour se défendre et le brandit pour tenir son ennemi à distance. Il frappa plusieurs fois et réussit à briser les os d'un bras. Mais, de son autre main, le squelette attrapa le manche et le pulvérisa sur son genou. Le jeune homme n'eut qu'une seconde pour se précipiter vers la sortie et verrouiller la porte pour enfermer son adversaire à l'intérieur.
-Pfff, c'est fou ça ! J'm'en vais prév'nir tout d'suite mam'z'elle Enora. Chuis sûr qu'c'est encore un sale coup d'ces maudits sorciers ! Elle doit être aussi en danger !
-Ah bon ? Tu en as de ces révélations, jeune freluquet ! intervint une voix grave.
Gus se retourna d'un coup et vit, au bout du couloir, une silhouette encapuchonnée.
-Qu'est-ce que vous faîtes là ? Z'avez rien à faire dans c't'école !
-Effectivement, ce lieu me dégoûte, mais si je suis là, ce n'est que pour toi... Ne t'inquiète pas, ça ne va pas être très long. Flagellum !
Gus vit apparaître dans la main du sorcier un fouet incandescent qui illumina le couloir. N'ayant aucune chance face à un puissant sorcier, le jeune homme ne put que partir en courant dans la direction opposée dans l'espoir de trouver une issue. Mais il ne fit que quelques pas et s'arrêta net en découvrant une autre silhouette en face de lui, qui bloquait l'escalier Nord. Un premier coup de fouet claqua à quelques centimètres de sa tête en faisant exploser les vitres des classes. Il n'eut qu'une seconde pour réagir. Il bondit de quelques pas sur le côté et s'engouffra dans l'escalier central avant qu'une nouvelle attaque ne détruise une lourde porte en bois.
-Ahaha ! Tu veux nous donner du fil à retordre ! s'exclama le Tourmenteur. C'est comme tu veux ! Mais tes souffrances n'en seront que plus grandes !
Gus dévala l'escalier pour atteindre le rez-de-chaussée et tenter de s'enfuir par le jardin mais subitement, les marches s'inclinèrent pour former un toboggan et le corps du jeune homme chuta lourdement pour glisser jusqu'en bas.
Le sorcier noir qui venait de lancer ce nouveau sort observa son œuvre : sa victime restait allongée, inerte, en bas de l'escalier.
