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Anya et Alexander ont enfin maîtrisé leur magie ancestrale grâce au rituel, mais leur victoire semble éphémère face à l’ombre grandissante de Marcus. Ce dernier, ayant accédé à la Magie du Chaos, répand ténèbres et destruction sur Llyrh, menaçant d'engloutir tout sur son passage.
Dans ce climat de terreur, Anya se retrouve face à un choix impossible : sauver son monde, ou sauver ceux qu'elle aime. Ses pouvoirs sont mis à rude épreuve, et chaque victoire semble coûter un sacrifice. La douleur, le doute et la perte hantent ses pas alors qu’elle lutte contre une magie incontrôlable et une guerre sans fin.
Dans ce dernier tome de la saga, Anya parviendra-t-elle à repousser l'obscurité, ou sera-t-elle engloutie par la vague de chaos que Marcus a libérée ?
Un combat épique entre lumière et ténèbres, entre sacrifices et espoirs. Le destin de Llyrh repose entre ses mains.
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Seitenzahl: 228
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Couverture par Ecoffet Scarlett
Maquette intérieure par Ecoffet Scarlett
Correction par Emilie Diaz
© 2025 Imaginary Edge Éditions
© 2025 Callie L.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés.
Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou production intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
ISBN : 9782385722272
Quelques années auparavant…
— Maman? m’écrié-je en trouvant celle qui m’a donné la vie, étendue sur le sol crasseux de notre maisonnette.
Son corps est recroquevillé, presque fragile dans la lumière blafarde qui filtre à travers les volets mal ajustés. Son visage est figé, ses lèvres bleuies par le froid, comme si ce dernier s’était installé jusque dans sa chair. Le temps semble s’arrêter. Mon cœur s’emballe, une douleur glaciale traverse ma poitrine, et mes jambes vacillent.
Je me précipite à ses côtés, mes genoux frappant le sol de terre battue. Mes mains tremblantes viennent effleurer la peau livide de ses joues. Sa peau est anormalement glacée, ses traits tirés. Son teint, d’habitude hâlé et lumineux, est d’une pâleur cadavérique.
— Maman! S’il te plaît, non! Réveille-toi!
Ma voix se brise, étranglée par les sanglots qui montent en moi, incontrôlables. Je palpe son poignet fin, mes doigts glissant fébrilement à la recherche d’un battement, du moindre signe de vie. Quand enfin je le trouve, il est si faible, si irrégulier que mon souffle se coupe. Je la secoue doucement, puis plus fermement, comme pour la tirer de ce sommeil cruel.
— Réveille-toi! Maman, s’il te plaît!
Elle demeure immobile, son corps inerte entre mes bras.
Je crie, quémandant de l’aide, mais mes cris se perdent dans le silence oppressant de la maisonnette. Aucun écho, aucune réponse. Nos voisins sont bien trop loin pour entendre ma détresse.
Je la secoue encore une fois, un espoir désespéré accroché au bout des doigts, en vain. Alors, sa main frêle s’ouvre doucement, ses doigts se détendant comme dans un dernier souffle. Un petit flacon en tombe, roulant sur le sol avant de s’arrêter à mes pieds.
Je le fixe, mon cœur se serrant un peu plus. C’est un minuscule récipient de verre, presque insignifiant. Le liquide noirâtre qui s’y accroche encore, épais et visqueux, dégage une odeur âcre que je reconnaîtrais entre mille.
Du poison.
Le monde vacille autour de moi. Le flacon m’échappe des mains, et le fracas du verre sur le sol résonne comme un glas funèbre. Mon regard oscille entre la bouteille brisée et ma mère, l’incompréhension s’entremêlant à la colère.
— Comment as-tu pu? Pourquoi?
Je cherche des réponses dans son visage désormais figé, dans ses paupières fermées sur ses yeux qui ne s’ouvriront plus jamais.
Les larmes brouillent ma vision, des sanglots violents déchirent ma poitrine. Mes doigts tremblants effleurent ses cheveux emmêlés, glissent sur son front glacé.
— N’étais-je pas une raison suffisante pour que tu restes?
Je me sens dévasté, tandis que le sol se dérobe sous mes pieds dans un silence assourdissant. L’abandon me dévore, une douleur sourde s’ancrant dans ma chair.
Je suis seul. Désespérément seul.
Je m’effondre sur elle, mes bras enroulés autour de son corps devenu si léger, si fragile. Ses joues sont creuses, marquées par des sillons de larmes séchées. Là où, autrefois, des fossettes illuminaient son sourire.
— Je suis désolé, murmuré-je en caressant doucement sa tempe froide. Je suis tellement désolé…
Ma voix se brise à nouveau, emportée par les sanglots.
— Je suis désolé de ne pas pouvoir tenir parole mère… Mais toi non plus, tu n’as pas respecté la tienne.
Les souvenirs affluent, cruels et impitoyables. Ses rires, ses étreintes réconfortantes, ses mots doux les soirs d’orage. Et cette fois où elle m’avait juré, les yeux brillants de tendresse : «Je ne te quitterai jamais. Je serai toujours là pour toi.»
Un sanglot secoue mon corps. La promesse a été brisée, emportée par le poison, dévorée par le désespoir.
Je reste là, étendu contre elle, refusant de la laisser partir. L’heure tourne, le soleil décline, les ombres s’allongent dans la maisonnette figée dans une étrange quiétude. Le froid envahit la pièce, mais je demeure immobile.
Je ferme les yeux, écoutant le silence. Un silence assourdissant.
La nuit tombe. Et avec elle, l’insouciance s’éteint. Avec elle, la soif de vengeance renaît.
L’un de mes hommes pénètre dans la pièce, apportant, je l’espère, de bonnes nouvelles.
— Les prisonniers sont enfermés dans les souterrains de l’Autel Sacré, poursuit-il. Nous avons mis des gardes à chaque sortie. Votre père et votre frère sont dans les cachots du château, ainsi que la famille royale d’Agraam. La ville est sous contrôle, mais… – il marque une pause, hésitant – l’héritière demeure introuvable depuis sa fuite. Sa majesté Anya s’est volatilisée; nous avons perdu sa trace dans le désert, au Nord du continent.
Je tremble imperceptiblement de colère. Mon visage doit trahir ma haine, puisque cet imbécile rentre sa tête dans les épaules dès mon regard étincelant se pose sur lui. Je serre les poings, me demandant comment est-il possible qu’elle ait disparu de la sorte, qu’elle m’ait échappé aussi facilement. Je sens une vague de chaleur familière m’envahir, cela arrive toujours avant que je n’implose. Une douleur lancinante parcourt mon échine, puis lorsque la pression devient insupportable, la rage reprend le dessus et je la fais éclater sur le premier individu à ma portée.
Je lâche un grognement, me saisis de la table en bois qui me sépare du traqueur et la renverse, l’envoyant valser contre le mur. J’empoigne l’homme par le col, son visage se vidant de toute couleur. Je peux sentir son cœur s’emballer de frayeur, voir la sueur commencer à perler sur son front, il pue la peur, la lâcheté. Écœurant.
— Comment?! vociféré-je perdant le contrôle de moi-même, comme à chaque fois que l’un de mes traqueurs part à sa recherche et revient les mains vides.
L’homme, tremblant, secoue la tête, me suppliant de lui laisser la vie sauve. Je peste et le soulève davantage en l’air, ses pieds quittent le sol de quelques centimètres, il s’agrippe au bout de mes bras.
— Je vous en prie, implore-t-il. Je la retrouverai, vous avez ma parole.
Je le fixe, lisant dans ses yeux de fouine, partagé entre l’envie de le tuer et celle de l’épargner. En même temps, à ce rythme, je serai rapidement à court de traqueurs et je ne peux pas me le permettre. Cela fait des semaines que j’envoie mes meilleurs hommes à sa poursuite. Encore une fois, les recherches se sont révélées infructueuses. Ça me rend fou!
Je le relâche – ou plutôt, je le laisse s’effondrer au sol.
— Trouve-la. Et ne reviens pas si ce n’est pas le cas. Autrement, tu serviras de pâtée aux chiens.
Il hoche vigoureusement la tête, blême, en comprenant à quel genre de chien je fais référence. Les hurleurs terrifient tout le royaume – même ceux à mon service. Il faut dire que ces créatures sorties tout droit des cauchemars sont particulièrement efficaces quand il s’agit de se montrer persuasif.
***
Je suis seul à nouveau, dans le bureau de mon paternel. Du haut de cette tour, tout Agraam s’étend à mes pieds, vaste et majestueux, baigné par la lueur dorée du crépuscule. Les toits des maisons s’embrasent sous la lumière du soleil déclinant, et les tours des forteresses se dressent fièrement, gardiennes silencieuses d’un empire qui m’appartient désormais.
Tout un tas d’émotions contradictoires m’assagit, un mélange de douleur, de rancœur, de haine. Il nous a abandonné dans la misère ma mère et moi, nous a laissés pour compte, afin que lui, il puisse mener cette vie de luxe et de prendre sa place en tant que Roi. Tout ceci n’est que justice après tout, il le mérite, ils le méritent tous.
Je savoure l’instant, les bras croisés derrière mon dos, le menton relevé. La victoire est à moi. Je serre les poings, mes ongles s’enfonçant dans mes paumes. La conquête de la capitale n’est que le début. Bientôt, tout Llyrh ploiera sous mon règne, et mes ennemis se prosterneront ou périront.
Tous ceux qui se dresseront sur ma route le paieront de leur vie, comme ces stupides héritiers l’ont fait. Leur sang a coulé sur le marbre de la grande salle du trône, un rappel que personne, pas même les descendants de la lignée royale, ne peut s’opposer à ma volonté.
Personne.
Pourquoi alors, malgré tout, cette victoire a un goût amer? Je sais que la raison porte un nom : Anya.
Impossible de me la sortir de la tête, cela vire à l’obsession. Une vague de désir me traverse à l’évocation de son nom. Son visage me hante, ses yeux farouches, son regard défiant, sa bouche carmin. Elle sera à moi, que cela lui plaise ou non. Elle finira par m’appartenir tout entière, corps et âme. Elle sera ma Reine, c’est un sacrifice qu’elle acceptera pour sauver les siens, j’en suis certain. Mon frère étant mort, les choses devraient être plus faciles maintenant.
Je ne laisserai quiconque entraver mes plans, que ce soit concernant la conquête de ce monde ou la sienne.
***
Deux mains parfaitement manucurées se glissent sous ma chemise, m’extirpant de mes pensées lugubres. Un parfum sucré flotte dans l’air, lourd et écœurant. Je fais face à Lyz, qui me dévisage de ses yeux de biche.
— Tu sembles contrarié Marcus…, murmure-t-elle d’une voix douce et mielleuse, ses lèvres rougies s’étirant en un sourire aguicheur.
Je la connais assez pour savoir qu’elle a quelque chose derrière la tête et que je ne tarderai pas à découvrir de quoi il s’agit. Elle papillonne de cils, croyant que je ne vois pas son petit jeu.
Je la fixe, impassible.
— Lyz… pas maintenant.
Elle fait la moue, boudeuse. Mais elle ne recule pas, au contraire. Son index glisse le long de mon torse, s’attardant juste au-dessus de ma ceinture. Je sens son souffle chaud contre ma peau, et sa poitrine frôle la mienne alors qu’elle se presse davantage contre moi.
— Tu es tendu, murmure-t-elle, ses lèvres à quelques centimètres des miennes. Laisse-moi te détendre…
Je fronce les sourcils, attrapant son poignet d’un geste sec et reculant d’un pas.
— Lyz! grondé-je, mon regard dur comme de l’acier. Je ne suis pas d’humeur.
Je grogne, intraitable. J’ai juste envie qu’elle me lâche.
Son visage se fige un instant, surpris par le rejet. La surprise laisse vite place à une colère froide cependant. Ses sourcils se froncent, ses lèvres pincées trahissant sa contrariété.
— Pourquoi?!
Son ton se fait plus aigre. Son regard s’assombrit, une lueur de jalousie y dansant.
— Tu ne t’es jamais refusé à moi! C’est elle n’est-ce pas? Cette petite peste t’a retourné le cerveau!
Là, ses prunelles sont noires de colère. Je suis à peu près certain que si elle avait deux lames à la place de ces deux billes vertes, je serais déjà mort à l’heure qu’il est. Je lève les yeux au ciel, refusant de l’admettre, même si elle n’est pas très loin de la vérité.
— Tu délires! Assez! J’ai d’autres choses à faire que de parlementer de ces futilités avec toi.
Elle gonfle les joues de mécontentement, croisant les bras sur la poitrine, signe qu’elle n’en restera pas là. Ses billes vertes me transpercent, accusatrices. Merde.
— Elle ne t’acceptera jamais, crache-t-elle, la voix tremblant de rage. Elle profitera de la première occasion pour te trahir et sauver les siens. Ne le vois-tu donc pas? Pourquoi crois-tu qu’elle soit en fuite? Car elle t’aime peut-être?
Elle rit, un rire amer et moqueur qui résonne dans la pièce. Son mépris est palpable, son regard brillant de rancœur.
La fureur monte en moi, brûlante et sauvage. Elle ose. Elle ose parler d’Elle avec ce dédain, elle ose remettre en question mes choix, mes sentiments…
Avant même que je ne m’en rende compte, j’ai traversé la distance qui nous sépare. Ma main se referme autour de son cou délicat, la plaquant brutalement contre le mur. Le choc fait trembler les cadres accrochés à la pierre froide.
— Dégage hors de ma vue ou tu regretteras chaque mot qui est sorti de cette jolie bouche.
Ma voix est glaciale, menaçante. Mon visage n’est qu’à quelques centimètres du sien, mes yeux plongés dans ses prunelles émeraude.
Je desserre légèrement ma prise, juste assez pour qu’elle puisse respirer, mais mes doigts demeurent solidement enroulés autour de sa gorge.
— Ne me fais pas perdre patience, tu sais à quel point je peux te le faire payer, craché-je, la mâchoire crispée.
Lyz déglutit avec difficulté, son regard vacillant entre peur et colère. Pourtant, elle conserve cette expression provocante, ses lèvres étirées en un sourire insolent. Elle me rend fou et pas dans le bon sens du terme.
Je la relâche brutalement, la laissant s’effondrer contre le mur. Elle tousse, massant sa gorge avec une grimace de douleur. Elle se redresse tant bien que mal, sa silhouette frêle contrastant avec l’arrogance dans ses yeux.
— Elle te détruira, Marcus. Sa voix est froide, tranchante comme une lame. Elle te brisera… et je serai là pour te ramasser quand elle t’aura réduit en miettes.
Elle se détourne, quittant la pièce en faisant claquer ses talons hauts sur le sol de marbre.
Je reste là, immobile, les poings serrés, le cœur battant à tout rompre. Ses paroles résonnent en moi, s’accrochent à mon esprit comme un poison insidieux.
Elle te détruira…
Je secoue la tête, refusant de prêter foi à ses avertissements. Elle n’est qu’une vipère jalouse. Elle se trompe.
Pourtant, un doute s’infiltre en moi, glacial et persistant.
Elle s’est entichée de mon idiot de frère, elle peut bien m’aimer, moi.
Je me tourne vers la fenêtre, mes yeux parcourant l’horizon d’Agraam. Là-bas, quelque part, Elle m’attend. Elle est ma clé, mon espoir, ma faiblesse.
Mais aussi mon enfer.
Et cela, Lyz l’a bien compris.
Je regagne furieuse mes nouveaux appartements, ceux-là mêmes qui font face à ceux de Marcus. Ma poitrine se soulève encore sous l’effet de la colère. Comment a-t-il osé me repousser? Me traiter ainsi? Jamais il ne s’était comporté de la sorte avec moi.
À cause d’elle.
Cette petite catin pense pouvoir tout me voler. S’il croit une seule seconde que je vais me laisser faire, la laisser s’emparer ma place et me dépouiller de ce qui m’est dû… Cela n’arrivera jamais.
Si je dois affronter la colère de Marcus, soit. Je suis prête à tout pour préserver ce que j’ai construit. Il est hors de question qu’elle détruise tout ce pour quoi j’ai tant sacrifié.
J’aurais dû la tuer quand j’en ai eu l’occasion, j’aurais dû la briser dès le début. Maintenant, elle est là, plantée dans son esprit comme un poison. Il la désire. Il croit l’aimer.
Mais je connais Marcus mieux que lui-même. Ce n’est pas d’amour qu’il s’agit. C’est de vengeance.
Il la convoite seulement parce que son frère l’a eue avant lui. Parce qu’il veut tout ce que la famille royale d’Agraam a un jour possédé. Il veut ce dont on l’a privé.
Et cela a commencé par moi.
Son désir de revanche est si dévorant qu’il l’aveugle. Il ne voit pas qu’elle ne l’aimera jamais. Il ne voit pas qu’elle le détruira.
Il est trop fier pour se l’avouer. Trop consumé par sa soif de pouvoir pour comprendre que cette fille le mènera droit à sa perte. Je ne le laisserai pas faire.
Si je ne peux pas lui ouvrir les yeux, alors je vais devoir prendre les choses en main moi-même.
Je fais les cent pas dans ma chambre, mes talons claquant violemment sur le sol de marbre. Les draperies de velours écarlate bruissent sous mes mouvements agités, et mon reflet dans le grand miroir mural me renvoie l’image d’une femme au visage déformé par la fureur.
Je serre les poings, mes ongles s’enfonçant dans la chair tendre de mes paumes. Une douleur vive traverse mes doigts, mais je l’ignore. La rage tourbillonne en moi, impitoyable.
Je dois la retrouver avant que les hommes de Marcus ne le fassent et l’éliminer une bonne fois pour toutes. Elle est insignifiante. Elle ne mérite pas son attention, encore moins sa compassion. Elle n’est rien.
Je connais son point faible. Sa famille. Cette petite sotte est prête à tout pour protéger les siens. C’est ce qui la perdra.
Anya d’Ursaa doit mourir. C’est la seule solution. Une certitude glaciale, inébranlable.
Une fois qu’elle aura disparu, Marcus ouvrira enfin les yeux. Il comprendra qu’elle n’était qu’un mirage, une illusion. Et lorsqu’il se rendra compte qu’il n’a plus qu’à se tourner vers moi, alors il fera de moi sa reine.
Je l’imagine déjà, à mes pieds, implorant mon pardon. Je serai celle qui l’aidera à régner sur Llyrh, celle qui partagera son trône et son lit. Je l’ai toujours été.
Un cri de rage m’échappe, j’ai envie de tout envoyer valser. J’ai envie de hurler jusqu’à ce que ma colère disparaisse.
Je dois garder mon énergie. Pour elle.
Je m’approche de la fenêtre et fixe les jardins en contrebas. Mes doigts crispés sur le rebord de pierre, mes ongles raclant la surface.
Un sourire carnassier déforme mes lèvres. La rage laisse place à une douce anticipation.
Je fais volte-face et sors de ma chambre à grandes enjambées, dévalant les escaliers du palais jusqu’à la cour principale. Les domestiques s’écartent de mon chemin, têtes baissées. Ils savent ce qui leur arriverait s’ils avaient l’audace de croiser mon regard en cet instant.
Je parcours la longue cour pavée, mes yeux cherchant celui dont j’ai besoin pour mettre mon plan à exécution. Le traqueur.
Je le trouve enfin dans les écuries, affairé à attacher des sacs sur le dos d’un cheval noir. Il se raidit en sentant ma présence, puis se retourne, masquant à peine son inquiétude.
— Madame.
Il incline légèrement la tête.
— Que puis-je pour vous?
Je m’approche lentement flattant la croupe de l’animal, d’un air détaché.
— C’est Marcus qui m’envoie, dis-je d’une voix calme, mais tranchante. Il sera très occupé les prochains jours. Donc toutes les informations concernant la fugitive devront passer par moi. Est-ce clair?
Je le toise, sans ciller. Mon ton ne laisse aucune place à la contestation. Ils savent tous que je suis son bras droit, mieux vaut pour lui qu’il ne me contredise pas, ce serait dommage qu’il ne sorte pas vivant de cette écurie. Je vois l’hésitation traverser ses yeux, une lueur de défi qui s’éteint aussitôt. Il passe une main nerveuse dans ses cheveux, cherchant ses mots.
— Je croyais que Marcus souhaitait suivre cette affaire personnellement. Vous êtes sûre que…
Je m’approche de lui, réduisant l’espace entre nos corps, le regard menaçant.
— Insinuez-vous que je mente, traqueur?
Sa peau pâlit, ses lèvres tremblent. Il secoue frénétiquement la tête.
— Non Madame, c’est juste que…
Je lève la main en l’air, il tressaille.
— Assez. Ce sont les ordres et vous ferez bien de vous y plier.
Je hausse un sourcil défiant, prête à l’égorger s’il refuse. Mais au lieu de cela, il acquiesce, vaincu. Je me détends à peine.
— Oui, Madame.
— Bien, lancé-je soulagée avant de faire demi-tour et de sortir de l’écurie.
Pour le moment, mon plan est sous contrôle, il ne me reste plus qu’à espérer que l’homme tiendra parole, et surtout, qu’il tiendra sa langue. Si Marcus venait à l’apprendre, je serais dans de sales draps.
Je traverse la cour d’un pas léger, la tête haute. La brise du soir caresse mon visage, apportant avec elle les premières senteurs du printemps.
Une étincelle d’excitation brille dans mes yeux. Je suis plus près que jamais d’obtenir ce que je mérite.
Une fois Anya hors du tableau, Marcus n’aura plus d’autre choix que de se tourner vers moi. C’est inévitable.
D’un geste assuré, je soulève le bas de ma robe et m’enfonce dans les jardins du palais, réfléchissant déjà à la prochaine étape de mon plan.
***
Plus tard dans la soirée, je rejoins Marcus pour le dîner. C’est devenu un rituel depuis que nous avons pris le contrôle du château, une sorte de tradition tacite qui renforce notre alliance… ou du moins l’illusion de celle-ci.
J’ai opté pour une robe rouge sang ce soir, un choix calculé. Elle épouse à merveille mes courbes, le tissu satiné glissant sur ma peau à chacun de mes mouvements. Provocante. Impitoyable. Parfaite pour mon humeur du jour.
Lorsque j’entre dans l’immense salle à manger, le martèlement de mes talons résonne contre les fresques des hauts plafonds. Le brun lève les yeux de son assiette, ses prunelles vertes parcourant lentement ma silhouette.
Je savoure ce regard, une lueur de désir mêlée à une méfiance palpable. Je contrôle encore une partie de lui, c’est indéniable.
Un sourire discret effleure mes lèvres, un sourire qu’il ne remarque pas.
Je m’avance, m’installant en face de lui à l’interminable table de banquet. Le silence règne, seulement troublé par le crépitement des flammes dans l’immense cheminée. L’atmosphère est tendue, une tension qui flotte entre nous depuis ce matin.
C’est moi qui prends la parole en premier :
— Je m’excuse pour mon attitude de ce matin, je lâche, à contrecœur.
Les mots glissent de ma bouche avec une maîtrise parfaite, feignant une sincérité que je ne ressens pas. Ça me coûte de m’abaisser à de telles simagrées, mais il faut parfois reculer pour mieux sauter.
Marcus relève la tête, visiblement surpris. Son regard se plisse, cherchant à déceler le mensonge dans mes yeux. Il a raison d’être sur ses gardes; je m’excuse rarement.
— J’ai… une idée pour la ramener.
Son intérêt s’aiguise, je le vois à la manière dont ses doigts cessent de tambouriner contre le bois massif de la table.
— Je t’écoute, répond-il méfiant.
Son air suspicieux m’amuse. Il me connaît trop bien. Il sait que je joue un double jeu. Mais son obsession pour elle – aussi pathétique que persistante – le rend prêt à tout, même à entendre une stratégie venant de moi.
Je fais lentement tourner le vin dans ma coupe, observant le liquide rubis danser le long du cristal. Un silence calculé s’installe, juste assez long pour accentuer l’effet dramatique.
Je porte finalement le verre à mes lèvres, savourant la douceur fruitée du nectar, puis fixe Marcus d’un regard calculateur.
— Condamne l’un des membres de la famille royale d’Ursaa. Elle ne les laissera pas mourir sans se montrer, j’en suis certaine. Laisse filtrer la rumeur de leur exécution prochaine dans tout le continent.
Il gratte sa barbe naissante en réfléchissant, semblant peser le pour et le contre.
— Et si cela ne suffit pas à la faire revenir? demande-t-il finalement, sa voix rauque emplissant la pièce, grave et tranchante.
Je hausse les épaules, affectant une indifférence feinte.
— Alors, mets la menace à exécution.
Je plante mon regard dans le sien, ne laissant aucune place à l’hésitation.
— Elle te prendra alors au sérieux et le peuple aussi.
Je repose mon verre avec un calme étudié, le tintement cristallin brisant le silence tendu.
— Tu es désormais le roi d’Agraam Marcus, tu ne peux montrer nulle faiblesse. Fais régner la peur et ils se soumettront. Rappelle-toi pourquoi nous faisons cela. Nous sommes si près du but, tu ne peux te permettre aucune marge d’erreur, plus maintenant.
Je vois le conflit se peindre sur ses traits, une lutte entre son désir de pouvoir et cette once d’humanité qu’il tente encore de préserver.
Mais je n’ai pas besoin de le convaincre entièrement. Juste assez pour qu’il doute. Juste assez pour qu’il me suive.
Ceci est le plan «B», au cas où il la retrouverait avant moi.
Je prends une nouvelle gorgée de vin, savourant la victoire qui approche.
Elle ne lui pardonnera jamais s’il tue l’un des siens.Elle le haïra, elle le méprisera. Et lorsqu’elle le trahira, il n’aura pas d’autre choix que de l’éliminer lui-même.
Je retiens un sourire satisfait. Un coup de maître.
Un bruit de pas précipités résonne soudain dans le couloir. L’un des hommes de main de Marcus fait irruption dans la salle, l’air grave. Il incline la tête en signe de respect.
Il s’agit de l’un de ses meilleurs traqueurs. Marcus l’a envoyé, il y a de cela quelques jours, accomplir une mission très intéressante. Je me demande s’il a réussi. Cela pourrait tout changer.
— Monsieur, je l’ai retrouvé.
Le visage de Marcus s’éclaire, son regard s’anime soudain, brûlant d’excitation. J’ignore encore les conséquences que cette «trouvaille» pourrait avoir en ce qui me concerne. Marcus semble de plus en plus obsédé par le pouvoir qui lui confère sa magie, et la magie, bien qu’utile, peut s’avérer très dangereuse.
— Bien, amène-le dans les cachots et affame-le quelques jours.
Son ton est glacial, empreint d’une cruauté qui ne cesse de croître de jour en jour. Un rictus fend sa bouche, et j’ai l’impression que c’est son premier sourire depuis des lustres.
— Enfin, le jeu peut commencer. Concernant ta proposition, ajoute-t-il en reportant calmement son attention sur moi, je vais y réfléchir.
Je hoche la tête, les traits figés, la bouche à peine plissée dans une neutralité étudiée. La patience, après tout, est l’une de mes armes les plus affûtées.
Il baisse les yeux sur son assiette, marmonnant des paroles inaudibles, son attention déjà accaparée par cette nouvelle «trouvaille».
Un frisson me parcourt. Un mauvais pressentiment, une alarme silencieuse qui résonne dans les recoins de mon esprit.
Cycle de la Lune Écarlate, dernier jour de l’Ere Noire
La nuit est calme, mais mon esprit, lui, ne trouve aucun repos. Les ténèbres s’agitent à l’horizon. Je le sens. Comme une ombre tapie dans un coin de ma conscience, prête à dévorer ce monde que j’ai juré de protéger.
La Magie.
Source de vie, de création, de miracles. Mais aussi de destruction. Car tout pouvoir a son prix, et la Magie ne fait pas exception à cette règle immuable. Elle donne la vie… et l’ôte avec une égale facilité.
Les Magies Anciennes. Elles existent depuis l’aube des temps, tissées dans la trame même de notre réalité. Puissantes. Dangereuses. Capricieuses.
Parmi elles, la Magie Noire, la plus redoutée de toutes. Car elle est née du chaos primordial, de l’ombre et du désespoir. Jadis, elle était utilisée pour équilibrer le monde, pour maintenir l’harmonie entre lumière et obscurité. Mais aujourd’hui… elle n’est plus que malédiction.
Il existe un mal parmi ces anciennes forces. Un nom murmuré avec effroi dans le Cercle des Anciens : l’Axe.
Dans notre langage, cela signifie Chaos. Un terme bien faible pour décrire cette abomination.
L’Axe n’est pas juste une énergie. C’est une entité.
Un parasite invisible qui s’insinue dans le système nerveux de celui qui ose utiliser cette magie impie. Une ombre qui hante l’âme.
Au début, il se manifeste par de simples murmures, des pensées sombres qui effleurent l’esprit. Mais plus l’individu cède à son pouvoir, plus l’Axe grandit, s’enroulant autour de l’âme comme une vipère autour de sa proie.
Il prend le contrôle.