Envoyés ensembles ! - Christiane Joly - E-Book

Envoyés ensembles ! E-Book

Christiane Joly

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Beschreibung

La mission ? Le Christ l’a reçue du Père et l’a confiée à tous, hommes et femmes.
Marie-Madeleine, une femme, est la première à annoncer la Bonne Nouvelle ! À l’écoute de l’Esprit Saint, les apôtres réunis en synode bouleversent l’histoire: tous les hommes, juifs et païens, hommes et femmes, peuvent prier, partager le repas du Seigneur, agir ensemble, unis dans la même mission. Mais bientôt, le patriarcalisme écarte les femmes de toute vie publique, dommage !
Il faudra attendre le XXe siècle pour qu’elles émergent de l’ombre et expriment leur compréhension de la Bible, leurs dons pastoraux, leur désir d’être réellement partenaires des hommes dans la mission confiée par le Christ. Diaconat? Presbytérat? Nouveaux ministères? La question est posée dans les rencontres synodales aux quatre coins de la planète. Maintenant, c’est aux théologiens, évêques et laïcs ensemble de discerner la conduite de l’Esprit sur son Église ; un nouveau mode de vie ecclésiale est en train de naître..


À PROPOS DE L'AUTRICE

Formée au théâtre national de Strasbourg, Christine Joly crée son propre spectacle, "Les Lumières sont trop fortes", avant de jouer pour Carlo Bene dans la pièce "Hollywood", puis dans "Nini, c’est autre chose" et "Mercedes" de Thomas Brasch. Elle reprend également le rôle de Yoyo dans le fameux "Un air de famille", créé par Jean-Pierre Bacri. Quand elle n’est pas sur scène, Christine Joly tourne pour le cinéma, dans "Marquise" de Véra Belmont, "Transit" ou encore "Le Médecin des lumières". Puis elle revient au théâtre dans "Cocasseries I", le fameux spectacle "Bouge plus" ou "La Cabine d’essayage". En 2007, elle revient encore dans une pièce traitant d’un sujet grave de Jean-Luc Lagarce, "Pays lointain".

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Seitenzahl: 215

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Christiane Joly sfx

ENVOYÉS ENSEMBLE !

Le rôle des femmes dans la mission de l’Église

Préfacé par François Odinet et Benoist de Sinéty

Pour une réflexion synodale

Préface de François Odinet

« Envoyés ensemble ! » Dans les pages qui viennent, Christiane Joly reprend la question si débattue de l’engagement des femmes dans l’Église, en l’étudiant à travers le prisme de la mission – ou plus précisément de l’envoi. À l’heure actuelle, ce choix s’avère particulièrement riche, et capable de faire naître des perspectives enthousiasmantes.

Cette perspective de la mission nous situe au cœur du dynamisme qui constitue l’Église. De longues discussions se poursuivent sur la place respective des hommes et des femmes dans l’Église. Or, poser la question de la « place », c’est adopter une conception statique de l’Église, comme s’il s’agissait de répartir équitablement les sièges dans un édifice religieux bien aménagé, à l’architecture immuable. Au contraire, Christiane Joly préfère une ecclésiologie dynamique, fondée sur l’envoi en mission des disciples par le Christ vivant, présent au milieu des siens. Elle peut alors relire avec profit la longue Tradition chrétienne pour identifier comment hommes et femmes sont envoyés et comment cet envoi ensemble correspond au sens même de la mission. Avec honnêteté, elle ne manque pas de relever les moments de tension voire de déception qui, eux aussi, font partie de cette longue histoire.

La perspective dynamique de cette réflexion convient profondément au moment synodal que traverse l’Église catholique. Christiane Joly l’identifie d’ailleurs comme un kairos. Dans le processus de discernement ouvert par le pape François en 2021, la dimension missionnaire est en effet centrale, comme en témoigne le thème de ce synode : « communion, participation et mission ». Si l’Église est « en sortie », si elle est perpétuellement renouvelée dans son envoi par le Christ ressuscité, elle laisse alors les contours de la mission se redéfinir sans cesse, selon les contextes et les appels de l’Esprit. L’envoi des femmes avec les hommes – et des hommes avec les femmes – est constitutif de la mission confiée par le Christ à ses disciples. Dès lors, les enjeux de communion ecclésiale et de participation de tous sont finalisés par l’engagement missionnaire, et la conscience d’être, ensemble, appelés et envoyés. C’est dire que la capacité de l’Église à se reconnaître « en sortie » dépend de la prise de conscience que cet envoi concerne tous les baptisés et toutes les baptisées.

*

Dans notre contexte synodal, reprendre la question du rôle des femmes dans la mission ecclésiale à partir de l’envoi ensemble des hommes et des femmes par le Christ, c’est servir un véritable ressourcement. Nous n’avons pas fini de relire les évangiles et les autres textes du Nouveau Testament, pour y découvrir combien l’originalité chrétienne s’est manifestée, dès les commencements, par l’envoi de femmes et la reconnaissance du rôle qu’elles jouaient dans les premières communautés. Au cœur des mondes juif et romain, le souffle de la Résurrection a travaillé les relations humaines, suscitant le témoignage d’hommes et de femmes. Cet engagement singulier des femmes dans la mission faisait partie, à n’en pas douter, de la manière dont la Résurrection a renversé les évidences du temps – y compris en matière religieuse. Des siècles plus tard, nous entendons encore l’écho d’une parole apostolique, consignée dans le tout premier écrit chrétien qui nous soit parvenu : « n’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5,19). Puisse la lecture de cet ouvrage nous y aider pleinement !

François Odinet

Préface de Benoist de Sinéty

Qu’est-ce que la liberté ?

À l’homme religieux qui se désole des tempêtes qui ne cessent de battre notre tranquillité, des incessantes revendications qui remettent en cause le courant calme où nous désirerions être portés, celui que l’on désigne trop vite comme « incroyant » fit un jour cette réponse : « Vous nous avez appris la liberté en nous montrant le Christ. Pourquoi maintenant nous reprocher d’en faire usage ? ».

La sagesse de l’Église consiste à ne pas avoir peur de cette liberté. Sans pour autant abandonner toute raison. Ouvrir les fenêtres comme Saint Jean XXIII le fit avec le Concile Vatican II, faire entrer dans le Cénacle le souffle de l’Esprit sans chercher d’avance à le maîtriser ou à le moduler, comme veut le faire François dans le temps synodal qui s’ouvre désormais. Afin que nous puissions, nous qui nous disons chrétiens, réfléchir à ce que ces quelques lettres qui claquent, portées par un souffle à nul autre pareil, peuvent bien soulever non pas d’abord comme assurance et sécurité, mais comme questions et remises en cause ?

C’est dans cette dynamique que Christiane Joly, femme, baptisée, consacrée dans la vie religieuse, ose poser un acte libre. Elle ne nous propose pas un abécédaire militant ou un pamphlet politique. Elle demande comme beaucoup d’autres que le débat s’ouvre librement. Non pas simplement dans les offices à huis clos, mais d’une manière qui ne soit ni cavalière ni méprisante. Un débat chrétien en somme, ouvert, respectueux, profondément désireux que la rencontre et la parole manifestent que le Christ est à la barre !

Je me souviens d’un jour où j’arpentais les couloirs d’une université de théologie fameuse et réputée. Je discutais librement avec une amie, professeure surdiplômée. Nous croisons quelques séminaristes qui, me reconnaissant, me saluent avec beaucoup de gentillesse, avant de s’éloigner. Il me fallut les rappeler pour les informer qu’en me croisant, ils croisaient aussi cette dame qu’ils n’avaient tout simplement pas vue bien qu’elle leur enseignât quelques heures chaque semaine. Il y a bien là question d’éducation. Non pas tant celle que leurs parents leur inculquèrent, qui à n’en pas douter était aussi bonne que possible. Mais plutôt celle que l’Église leur proposait alors.

Au cœur de sa réflexion, Christiane Joly pose délicatement cet axiome qu’un évêque partagea il n’y a pas si longtemps : « Si l’on accepte que l’Esprit agisse comme il le veut et là où il le veut, parfois de façon déstabilisante, peut-être est-il possible d’accepter qu’il agisse dans un sens différent de ce à quoi nous avons été habitués » (Hervé Giraud, « Le discernement dans la formation des séminaristes : entretien avec Hervé Giraud », propos recueillis par Jean-Pierre Manigne, Lumière et Vie, 252, 2001, p. 63-69.).

Il faut de la délicatesse pour laisser la liberté faire son œuvre : susciter la curiosité, distraire de la torpeur du « ça a toujours été comme ça », fatiguer notre paresse intellectuelle, et ce à quelque degré de responsabilité que nous puissions nous situer…

Pour l’homme que je suis, il a toujours été mystérieux que la moitié de l’humanité soit si peu prise en compte et si peu écoutée dès lors qu’elle se propose de vivre autrement sa vocation baptismale que selon l’ordo qu’on lui fixe.

La théologie fut jadis le cœur de l’Université. Les temps changent. Aujourd’hui elle est devenue une matière à part, enseignée certes à tous mais encore principalement destinée aux hommes qui se destinent au sacerdoce. La vocation baptismale devrait, en bonne grammaire, susciter dans le cœur d’hommes et de femmes de plus en plus nombreux le désir de former leur intelligence. En d’autres termes la théologie ne peut plus rester une matière réservée aux seuls séminaristes. Encore faut-il pour les laïcs ainsi formés que ces études leur donnent accès à des activités qui leur permettent de vivre…

Autrefois les jeunes gens devenaient prêtres parce qu’on en avait besoin, parce qu’on les y appelait, rarement parce qu’ils en avaient la perception intime et spirituelle. Aujourd’hui, une meilleure prise en compte de la part subjective de la démarche vocationnelle ne peut qu’ouvrir la porte à bien des demandes, qu’il serait malhonnête de traiter à la légère ! C’est bien la mission de l’Église que de servir la relation de l’Homme à Dieu.

Christiane Joly a passé sa vie à accompagner des jeunes. Elle connaît les élans de leurs cœurs et les désirs puissants qui s’en emparent parfois pour aimer et servir. Puissent ces pages les aider à oser réfléchir en toute vraie liberté et ainsi écouter ce que l’Esprit murmure à nos esprits. « Ne nous hâtons pas » (Is 28, 16) dit le prophète. Puissent ces mots s’accomplir dans ceux de Jésus, « n’ayons pas peur »…

Benoist de Sinéty

Introduction

À l’heure où s’écrit ce livre, l’Église vit un kairos, c’est-à-dire tout à la fois un moment critique et un moment favorable. En effet, nous sommes actuellement témoins d’un changement de civilisation, presque d’une nouvelle ère de l’humanité : les changements climatiques remodèlent la planète engendrant séismes, famines, migrations, tensions entre les peuples ; une avancée fulgurante de techniques modifie considérablement les modes de relations à soi-même et aux autres : dès à présent la révolution numérique et le développement de l’intelligence artificielle, à l’horizon le rêve transhumaniste et la recherche de l’homme augmenté.

Au cœur de ce monde en pleine transformation, l’homme se cherche : l’identité de l’homme et de la femme, les modalités de la procréation, du rapport à la mort sont objets de débats. Le rapport à Dieu, le sens de la vie sont devenus flottants. L’homme se découvre nu devant la réalité d’un monde dont la compréhension lui échappe, d’un avenir auquel il ignore comment se préparer. En ce qui concerne l’Église, la révélation des abus qui ont lieu en son sein bouleverse. Pourtant, plus que jamais l’homme d’aujourd’hui a besoin d’entendre la Bonne Nouvelle du Salut, plus que jamais les chrétiens sont appelés à être pour tous des semeurs d’espérance.

Comment remplir cette mission ?

Le chemin synodal dans lequel le Pape François a embarqué l’Église veut écouter « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent… »1, afin d’être en mesure de renouveler aujourd’hui la manière d’annoncer l’Évangile dans les différentes parties du monde. Tel est notre kairos : la rencontre entre la faiblesse de l’Église et le processus de reconstruction missionnaire par le chemin synodal. Ce processus est en marche. La lecture des remontées des différents pays, puis des synthèses continentales est passionnante car ce sont les communautés chrétiennes du monde entier qui s’y expriment librement. Outre la joie de marcher ensemble, de retrouver le goût de l’autre dans les conversations spirituelles, elles partagent les inquiétudes, les désirs, les questions qui habitent les hommes et les femmes des cinq continents. L’expression de ces attentes va guider la mission de l’Église aujourd’hui.

Quelques grands thèmes communs émergent : le désir d’une Église plus proche de chacun et plus inclusive, accueillante à tous au-delà des situations marginales ; celui de transformer les rapports entre clercs et laïcs, en trouvant la juste place pour chacun dans la mission commune ; enfin, de manière récurrente, la situation des femmes appelées à participer pleinement à la mission commune avec les hommes, et que certains voudraient voir accéder au diaconat et au presbytérat tandis que d’autres le refusent.

Cet ouvrage voudrait accompagner ce grand mouvement en cherchant à cerner la complexité de cette dernière question : quel est le rôle des femmes dans la mission de l’Église ? Cette question affleure dans la grande majorité des remontées synodales, et c’est la plus nouvelle dans le paysage ecclésial. De plus, elle est liée aux autres questions : le souci d’une Église inclusive, la répartition des rôles dans la mission, la gouvernance, les ministères ; Tout est lié.

La question est complexe et délicate, ce livre ne prétend nullement la résoudre ! il voudrait seulement proposer quelques « notes », au sens musical du terme, théologiques, ecclésiologiques, historiques, magistérielles ; permettant de nourrir la réflexion personnelle et les échanges des petites communautés de chrétiens et chrétiennes qui se réunissent pour aborder cette question sous la conduite de l’Esprit. Ces « notes » proviennent de sources diverses, d’autorités inégales, qui s’enrichissent l’une l’autre permettant « une écoute mutuelle entre les trois pôles de la vie de l’Église que sont la hiérarchie, la théologie et les fidèles. Chacun de ces trois pôles doit tenir compte des deux autres »2. Des suggestions de lecture sont proposées à la fin du livre, permettant de dépasser des incomplétudes inévitables.

Nous commencerons par nous interroger sur la mission de l’Église : notre regard se portera d’abord sur Jésus, l’Envoyé du Père, qui nous a tous envoyés porter la Bonne Nouvelle au monde. Nous nous arrêterons sur Marie-Madeleine – la première envoyée – puis nous regarderons les premiers disciples, hommes et femmes, collaborer ensemble avec le Maître. Nous verrons comment, conduits par l’Esprit, dans un acte de foi extraordinaire et par une décision commune, synodale avant la lettre, ils ont élargi aux païens la jeune communauté des disciples de Jésus.

Un bref détour par l’anthropologie nous aidera à situer en vis-à-vis l’homme et la femme dans les récits de la Genèse et chez certains Pères de l’Église. Puis un survol de l’histoire de l’Église entre le iie et le xxe siècle nous permettra de voir l’Église établir des responsabilités, définir des ministères confiés exclusivement aux hommes, et reléguer peu à peu les femmes dans la sphère invisible du privé. Cependant, tout au long de ces siècles, nombre de femmes vont marquer de leur empreinte l’histoire de l’Église.

Avec les bouleversements des xixe et xxe siècles, surgit un malaise identitaire chez les prêtres tandis que les femmes sortent de l’ombre et manifestent leur désir de prendre leur part dans la marche de l’Église, en parité avec les hommes. Malgré les ouvertures apportées par le Concile Vatican II, elles sont vite déçues par la lenteur des transformations les concernant, et le manifestent par des voies diverses.

Nous verrons enfin comment, aujourd’hui, les laïcs mettent en lumière les lieux où l’Église est attendue, où les femmes sont attendues. Ce sont autant de signes d’espérance au cœur d’un processus qui n’en est qu’à ses débuts.

1 Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et Spes § 1.

2 Hervé Legrand, « Abus sexuels et cléricalisme », Études, avril 2019, p. 86.

Tous envoyés partager la Bonne Nouvelle !

Jésus, l’Envoyé du Père, sa mission et la nôtre

Après avoir vécu pendant trente ans, à Nazareth, une vie familiale et sociale dont nous ne savons rien – mystère d’une vie cachée – Jésus sort comme il est sorti du Père pour venir jusqu’à nous. Saint Luc nous rapporte les premiers mots qu’il prononce en public dans la synagogue de Nazareth :

L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur (Lc 4, 18-19).

« L’Esprit du Seigneur est sur moi […], il m’a envoyé ». Ce sont les premiers mots de Jésus. Il a conscience d’avoir reçu cette mission, il ne se l’est pas donnée, et il continue de la recevoir à chaque instant de son Père par l’Esprit-Saint qui repose sur lui : « Je ne peux rien faire de moi-même, dit-il, je juge selon ce que j’entends et mon jugement est juste car ce n’est pas ma volonté que je cherche, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 5, 30) ; il est venu pour « accomplir son œuvre » (Jn 4,34).

C’est pourquoi la prière est sans cesse présente dans sa vie. Il se retire sur la montagne ou « dans des endroits déserts » (Lc 5, 16). Par deux fois saint Luc mentionne qu’il « passa toute la nuit en prière », en particulier avant la grande décision du choix des Douze (Lc 6, 12). On voit souvent ses disciples partir à sa recherche le soir tard ou le matin avant l’aube, ou quand « tout le monde le cherche » (Mc 1, 37). La prière est au fondement de la mission.

Cette mission est l’annonce d’une Bonne Nouvelle pour le monde, celle de l’Amour inconditionnel de Dieu pour chaque homme et chaque femme ; un amour qu’il manifeste en venant vivre avec nous notre vie d’homme et en livrant la sienne entre nos mains, preuve du prix que nous avons à ses yeux. Cette Bonne Nouvelle s’adresse aux pauvres, aux captifs, aux aveugles, aux opprimés que nous sommes tous d’une manière ou d’une autre. La volonté du Père que Jésus est venu incarner est de nous partager sa Vie : « Je suis venu pour que vous ayez la Vie » (Jn 10, 10).La Vie, c’est-à-dire aussi la Joie et la Paix.

L’évangile de Jean nous rapporte le geste du lavement des pieds et la parole par laquelle Jésus donne aux Douze le commandement nouveau qui résume sa mission : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12-17).Les Synoptiques pour leur part font le récit de la dernière Cène, où Jésus signifie par le pain rompu sa vie livrée jusqu’au bout. Ce pain rompu sera désormais sa présence ressuscitée au milieu des hommes, comme le comprendront les disciples d’Emmaüs. Aussitôt qu’ils ont reconnu le Seigneur, ils retournent à Jérusalem retrouver les autres disciples. On perçoit d’emblée que la mission est immédiatement communion, une communion qui doit faire tomber toutes les séparations entre hommes et femmes, Juifs et païens, esclaves et hommes libres. « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi »(Jn 12, 32) ; « Que tous soient un comme toi Père tu es en moi et moi en toi » (Jn 17, 21).

À qui Jésus confie-t-il sa mission ?

Dès le début de sa vie publique, Jésus appelle douze apôtres, puis il les mène à l’écart pour les enseigner et les former en vue de la mission qui les attend (Mt 10, 5-12). Il partage avec eux le pouvoir de guérison qu’il a reçu du Père (Mt 10, 1), et les envoie deux par deux dans les lieux où lui-même doit aller (Mc 6, 7-13). Des femmes participent à sa mission – à l’encontre des habitudes de l’époque, c’est une Bonne Nouvelle pour elles – . Elles le reçoivent, l’entourent, le servent, lui et ses disciples, elles sont seules avec Jean à le suivre jusqu’au pied de la Croix.

Le soir du Jeudi Saint, Jean parle de la présence de disciples, Matthieu mentionne explicitement les Douze (Mt 26, 20), Marc également(Mc 14,  17). On sait que le chiffre douze est symbolique des douze tribus d’Israël, et signifie la totalité du Royaume à venir. Luc cite les apôtres (Lc 22, 14), et ce sont manifestement les Douze. Il ne semble donc pas que Marie et/ou des femmes qui suivaient Jésus aient été là. Un léger doute subsiste cependant, car le repas pascal se prenait en famille, donc avec les femmes. Mais nous n’avons aucune attestation sur ce point ni dans un sens ni dans l’autre.

Au pied de la Croix, Jésus confie sa Mère à Jean, et Jean à sa Mère, Marie devient la Mère de l’Église. Cette mission, elle l’accueille dès le début, participant avec les apôtres à la prière au Cénacle, recevant avec eux l’Esprit-Saint, maître de la mission. Dès l’Annonciation et toute sa vie, avec Joseph, elle s’adapte à ce qu’elle perçoit d’un dessein de Dieu qu’elle ne comprend pas toujours clairement. Elle sait voir les besoins des hommes, et les dire à son fils à Cana, provoquant le premier miracle de Jésus. Comme Mère de l’Église, les chrétiens font l’expérience de sa vigilance maternelle proche de chacun ; elle attire à son Fils dans les lieux de pèlerinage essaimés partout dans le monde où elle se rend présente, elle est toujours invoquée dans les réunions et les textes importants de l’Église.

Au matin de la Résurrection, le récit évangélique est formel : c’est à Marie-Madeleine que Jésus confie l’annonce de sa Résurrection : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17). Mystérieusement, ce ne sont pas Pierre et Jean, pourtant présents au tombeau, que Jésus charge de l’annonce de sa Résurrection, mais une femme, Marie-Madeleine, alors que le témoignage des femmes est peu crédible dans la société de l’époque. Ce faisant, il manifeste la transformation dont est porteuse sa Résurrection.

On peut alors se demander ce qu’il en est de la présence féminine dans les épisodes qui suivent la Résurrection et concernent directement la naissance de l’Église. « Allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19). À qui s’adresse cet envoi ? Qui était présent pour le recevoir, le jour de l’Ascension ? Luc nous rapporte qu’après l’Ascension, les Apôtres s’en retournent à Jérusalem et montent dans la chambre haute « où ils se tenaient habituellement », et que là, « tous d’un même cœur, étaient assidus à la prière avec des femmes, avec Marie, la Mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac I, 12-14). Elles ont donc vraisemblablement vécu avec eux l’Ascension et sont ensuite montées avec eux dans la chambre haute. De même, le jour de la Pentecôte, Luc reprend l’expression « ils se trouvaient tous réunis » (Ac 2, 1). Il serait étonnant, là aussi, que Marie et les femmes n’aient pas été là. En s’appuyant sur ces versets, des artistes représentent souvent Marie et d’autres femmes au milieu des Douze, aussi bien pendant que Jésus remonte vers son Père3 que lors de la venue de l’Esprit-Saint4. Sur elles comme sur eux descend l’Esprit-Saint ; avec eux, elles sont envoyées en mission : « Ils se trouvaient réunis tous ensemble […]. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit-Saint : ils se mirent à parler dans d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit » (Ac 2, 3-4).

Aujourd’hui, cette mission de Jésus confiée aux premiers disciples est devenue la nôtre à leur suite. Le soir du Jeudi Saint, Jésus pose deux commandements : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34) ;« Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22, 19). Ainsi le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie résument la mission, la sienne, celle de l’Église, la nôtre. Il promet à ses disciples que cette mission sera accompagnée par l’Esprit-Saint : « Moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de Vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous » (Jn 14, 16-17). Ainsi s’inaugure la fraternité de tous en Jésus ressuscité : « Va trouver mes frères »,fils et filles en lui, avec lui, par lui, d’un même Père : « Mon Père et votre Père », dans la grâce de l’Esprit-Saint.

Marie-Madeleine, la première envoyée

Ce qu’en dit la tradition

Parmi l’entourage féminin de Jésus, la personnalité et le rôle de Marie-Madeleine intriguent : était-ce la même personne que celle qui a essuyé les pieds de Jésus avec ses cheveux ? (Lc 7, 36-50), que Marie de Béthanie, la sœur de Lazare (Jn 12,1-11) ? la femme que Jésus a délivrée de sept démons (Lc 8, 2) ? La figure de la pécheresse repentie devenue apôtre de la Résurrection a été mise en valeur par Grégoire le Grand5, pour la donner en modèle à une génération volage ; rien cependant dans l’Évangile ne justifie cet amalgame ! En Orient, Marie de Magdala est vénérée sans confusion avec les autres Marie. Elle apparaît au viiie siècle au martyrologe latin de Bède le vénérable. Elle apparaît plus de douze fois dans les évangiles, c’est-à-dire plus que ce qui est mentionné pour la plupart des apôtres. C’est l’Évangile de Jean, écrit vers 80, qui en fait la première personne à avoir vu Jésus après sa Résurrection et qui souligne qu’elle a été chargée d’avertir les apôtres.

Plusieurs auteurs anciens parlent d’elle : un texte du Codex de Berlin, écrit en copte à la fin du iie siècle6, porte son nom : l’Évangile de Marie. Il s’agit d’un texte gnostique comprenant un dialogue entre le Christ et Marie de Magdala, dialogue que celle-ci restitue aux apôtres, et qui est suivi d’échanges entre Marie et ces derniers. Dans ce texte, elle est présentée comme une femme qui a accès à la connaissance, ce qui à l’époque de Jésus est rare : elle ne se conforme pas aux lois d’une société où la connaissance est affaire d’hommes et où les femmes n’ont pas le droit d’étudier les secrets de la Torah. Mais si elle ne connaît pas comme les hommes, elle connaît par le noûs, c’est-à-dire la fine pointe de l’âme, et semble avoir retenu des Paroles du Maître que les apôtres n’ont pas entendues, ce qui lui confère une certaine autorité sur eux.

1 Pierre dit à Marie :

2 « Sœur, nous savons que l’Enseigneur t’a aimée

3 différemment des autres femmes.

4 Dis-nous les paroles qu’il t’a dites,

5 dont tu te souviens

6 et dont nous n’avons pas la connaissance… » (p. 10)7

L’Église lui donne le titre d’Apôtre des Apôtres

Ce titre ne vient pas de l’évangile selon saint Jean. Il a été attribué à la Magdaléenne au iiie siècle par Hippolyte de Rome, puis repris par Thomas d’Aquin8 : « Elle est devenue Apôtre des apôtres en ceci qu’il lui fut confié d’annoncer aux disciples la Résurrection du Seigneur »9.

Romanos le Mélode la présente comme une trompette à la voix puissante :

Que ta langue désormais publie ces choses, femme, et les explique aux fils du royaume qui attendent que je m’éveille, moi, le Vivant. Va vite, Marie, rassembler mes disciples. J’ai en toi une trompette à la voix puissante : sonne un chant de paix aux craintives oreilles de mes amis cachés, éveille-les tous comme d’un sommeil, afin qu’ils viennent à ma rencontre. [Chassez] apôtres, la tristesse mortelle, car il est réveillé, celui qui offre aux hommes déchus la Résurrection10.

La Vierge Marie a porté le Christ en son sein, Marie Madeleine a porté le message de la Résurrection au monde. Et non seulement elle proclame et enseigne, mais elle rassemble, aussi devient-elle le premier maillon de l’assemblée qui formera l’Église.

Ce qu’en dit la légende

Selon une tradition ancienne, Marie-Madeleine aurait quitté Jérusalem (ce pourquoi on n’entend plus parler d’elle dans les Actes des Apôtres