Fais Comme si J'étais à Toi - Jessa James - E-Book

Fais Comme si J'étais à Toi E-Book

Jessa James

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Beschreibung

Inconsolable, anéanti, et au bord du désespoir.Voilà mon état desprit pendant les deux années qui ont suivi la mort de ma femme, me laissant seul avec notre bébé.Jai pris sur moi et ai continué à avancer pour ma petite fille... mais je ne vivais pas. Je me contentais dexister.Puis jai rencontré Larkin, ma sublime voisine blonde. Elle a des formes que mes mains brûlent de toucher, et des yeux caramel qui me supplient de lui faire des choses inavouables.Je nai pas envie de la désirer. Je nai pas envie de la regarder, et je nai pas envie de me languir delle.Jai envie de léviter.Sauf que... jen suis incapable. Où que jaille, quoi que je fasse, tout me ramène à Larkin.Et quand je cède enfin, que je finis au lit avec elle... cest explosif, passionné et profond. Aussi essentiel que respirer.Je commence à tomber amoureux de Larkin... mais ce nétait pas censé prendre cette tournure.Si je veux un avenir avec elle, je vais devoir apprendre à laisser le passé derrière moi.Et rien na jamais été aussi bon et aussi douloureux à la fois.

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Seitenzahl: 271

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Fais Comme si J’étais à Toi

Jessa James

Fais Comme si J’étais à Toi

Copyright © 2020 par Jessa James

Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite ou transmise sous quelque forme que ce soit ou de quelque manière, électrique, digitale ou mécanique. Cela comprend mais n’est pas limité à la photocopie, l’enregistrement, le scannage ou tout type de stockage de données et de système de recherche sans l’accord écrit et exprès de l’auteur.

Publié par Jessa James

James, Jessa

Fais Comme si J’étais à Toi

Design de la couverture copyright 2020 par Jessa James, Auteure

Crédit pour les Images/Photo : Deposit photos: HayDmitriy; Melpomene

Note de l’éditeur : Ce livre a été écrit pour un public adulte. Ce livre peut contenir des scènes de sexe explicite. Les activités sexuelles inclues dans ce livre sont strictement des fantaisies destinées à des adultes et toute activité ou risque pris par les personnages fictifs dans cette histoire ne sont ni approuvés ni encouragés par l’auteur ou l’éditeur.

Table des matières

Nouvelles de Jessa James

1. Charlie

2. Larkin

3. Charlie

4. Larkin

5. Charlie

6. Larkin

7. Charlie

8. Larkin

9. Charlie

10. Larkin

11. Charlie

12. Larkin

13. Charlie

14. Larkin

15. Charlie

16. Charlie

17. Larkin

18. Charlie

19. Larkin

20. Charlie

21. Charlie

22. Larkin

23. Charlie

24. Larkin

25. Larkin

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À propos de l’auteur

Nouvelles de Jessa James

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1

Charlie

Deux Ans Plus Tôt

C’est par une après-midi de printemps pluvieuse que je la perds.

— Au revoir, John, dis-je au vieillard qui range les chaises pliantes grises dans un claquement. Nous nous trouvons dans le sous-sol miteux d’une église, mais au moins, on nous laisse nous réunir ici gratuitement.

— Charlie, répond John.

Ses joues sont rose vif, ses yeux d’un bleu profond. Ses vêtements sont trop grands de plusieurs tailles, d’un beige monotone. Il hoche sa tête à la chevelure grisonnante, puis se remet à empiler les chaises avec application.

Je bois une dernière gorgée de café et grimace tant il est sucré. J’ai mis beaucoup trop de sucre dedans, mais il est trop tard pour y remédier. Je jette le reste dans mon gobelet en carton, ainsi que la serviette en papier que j’ai mise en boule dans mon poing serré sur les miettes d’un biscuit insipide de supermarché.

— Attention ! lance quelqu’un, pile à temps pour m’empêcher de rentrer dans une pancarte suspendue au plafond.

Les plafonds sont si bas qu’il n’y a que quelques centimètres entre eux et le sommet de mon crâne. J’imagine qu’il n’y a pas beaucoup de types avec des carrures de Viking comme moi dans le coin.

Mais quand même, c’est sympa de prévenir.

— Merci, je lance à mon tour, mais la personne qui m’a averti passe déjà les portes métalliques qui conduisent au parking.

Je regarde alentour, quelque peu abattu. Je suis un grand gaillard, ancien membre de l’armée et de la CIA. Si j’ai atterri ici, c’est à cause de mes crises d’angoisse et de mes cauchemars. Mon épouse, Britta, m’a dit que c’était soit ça, soit je dormais sur le canapé toutes les nuits, car elle ne voulait plus que je la réveille sans arrêt.

Vu qu’elle était enceinte de neuf mois, et que j’étais loin d’avoir assez de place sur le canapé... je savais qu’il fallait que je me fasse aider. Alors j’avais passé des coups de fil. Trois groupes de parole plus tard, je me retrouve ici.

Je pousse un soupir et passe en revue certaines des idées échangées pendant notre session, les tournant et retournant dans mon esprit. La notion de vulnérabilité, de s’autoriser à montrer ses faiblesses devant quelqu’un d’autre, a souvent été abordée.

Quand j’entends certaines personnes parler, je suis bien content d’avoir Britta à mes côtés. Elle m’a tiré du gouffre à mon retour de Syrie, et c’est grâce à elle que je tiens le coup depuis.

Je sors mon téléphone. Je pense plein de choses positives à ton propos, envoyé-je par message à Britta.

Pas de réponse immédiate, mais ce n’est pas grave. Je fourre mon portable dans la poche de mon jean. Je ferais mieux d’y aller.

Quelques personnes discutent toujours près de la table chargée de rafraîchissements, mais le reste de mon nouveau groupe de soutien ‒ Discussions Entre Vétérans ‒ est déjà parti. Alors que je me dirige vers la double porte en métal, mes yeux balayent le sous-sol une dernière fois, passant machinalement en revue les murs moisis et le tapis bleu miteux à la recherche de...

Quoi ? je me demande. De combattants ennemis ?De menaces ?

J’ai laissé tout ça derrière moi dans la ville ensablée d’Alep, où j’étais basé en tant qu’agent de la CIA. C’était un an plus tôt et pourtant, je commence tout juste à récupérer. D’où le groupe de parole.

Enfin, je devrais rendre à César ce qui appartient à César : Britta et notre fille qui vient de naître sont également essentielles à mon rétablissement. Voir le ventre de Britta grossir, puis tenir Sarah dans mes bras pour la première fois... ça a changé quelque chose en moi, au niveau moléculaire.

Désormais, je ne sais pas ce que je ferais sans elles. Elles sont le soleil de ma vie, sans vouloir être cul-cul.

Je pousse la porte et plisse les yeux face à la lumière du jour. La pluie commence tout juste à tomber, mais c’est la routine, à Seattle. En plus, la pluie fait du bien, après la chaleur étouffante de l’église. Les gouttes me tombent sur les bras et le visage, agréablement glacées. Je sors mon coupe-vent bleu marine et me dirige vers ma voiture.

Il en reste peu sur le parking de l’église ; on est samedi après-midi, et le temps est plutôt agréable, malgré la petite pluie. La plupart des habitants de Seattle sont sans doute en train de bruncher, de randonner ou de faire les courses.

Quant à moi, je m’apprête à rejoindre Britta et Sarah à la bibliothèque. Je les imagine dans ma tête : Britta avec ses longs cheveux bruns et son sourire chaleureux. Sarah dans son body, avec les cheveux de sa mère et mes yeux verts. Dans mon imagination, Sarah se trouve dans le porte-bébé à rayures collé au ventre de Britta.

Notre fille n’a que trois mois, mais Britta dit qu’il n’est jamais trop tôt pour découvrir la bibliothèque. Nous nous disputons gentiment au sujet des livres que nous devrions lire à Sarah. Britta dit que cela n’a pas d’importance, mais moi, j’estime qu’il faudrait lui lire des journaux dans toutes les langues.

Après tout, il n’est jamais trop tôt pour favoriser la réflexion, n’est-ce pas ? Voilà à quoi mon esprit est occupé alors que je me glisse dans ma voiture et fais tourner le moteur.

Je quitte le parking et tourne à gauche, les mains sur le volant, laissant ma mémoire musculaire diriger les opérations. J’ai fait l’erreur de mettre les infos à la radio. Je ne peux pas l’écouter sans m’investir dans les reportages et les stocker méthodiquement dans ma mémoire.

C’est quand je ne suis plus qu’à quelques kilomètres de chez moi que je réalise que suis en mode pilote automatique. La bibliothèque se trouve dans l’autre direction. Je jette un regard à l’heure. Je serai sans doute en retard.

Je fais demi-tour, vers le nord-ouest, le chemin que j’aurais pris si je quittais la maison. À la radio, quelque chose accapare mon attention ; je suis agacé que la Maison-Blanche mette le nez dans ce qui se passe en Syrie, et de façon incompétente.

Je vois un accident de voiture après un tournant, des carcasses de métal entourées de plusieurs véhicules de police tous gyrophares allumés. Un flic fait signe aux automobilistes de les contourner ; un autre place sans enthousiasme une barrière de sécurité autour de la scène.

Je tourne presque à droite pour éviter le bouchon qui est en train de se former, mais pour une raison inexplicable, je continue tout droit. Peut-être parce que tout le monde est curieux de voir ce qui se passe quand un accident se produit. On aime tous sans l’avouer voir des voitures retournées, tenter de deviner ce qui s’est produit. S’essuyer le front avec un soupir de soulagement parce que ce n’était pas nous, puis continuer notre chemin.

Quoi qu’il en soit, je suis en train d’écouter la radio et je pianote sur le volant alors que j’attends que le flic me dise de passer. Je tords le cou pour observer la scène de l’accident, estimant la distance entre les deux voitures. Ces véhicules ne reprendront jamais la route. D’ailleurs, si leurs passagers ne sont pas morts dans un accident pareil, ils devraient remercier leur bonne étoile.

La voiture A est un Dodge Charger noir flambant neuf, en sale état. La voiture B est couchée sur le flanc, son châssis tourné vers moi, et a visiblement fait plusieurs tonneaux. On dirait que la voiture A est rentrée dans la voiture B, et que la voiture B a roulé jusqu’à s’immobiliser sur le côté.

J’essaye de déterminer son modèle, mais tout ce que j’arrive à voir, c’est que la voiture B est un SUV noir. Un frisson angoissant me parcourt la colonne vertébrale. Britta conduit un SUV noir, une Nissan.

Du calme, me dis-je. Elle est à la bibliothèque, sans doute en train de se demander où tu es.

J’avance, progressant lentement dans la file de voitures. Enfin, c’est mon tour de passer, et je conduis prudemment. Je ne peux pas m’empêcher d’observer la voiture A et la voiture B, ainsi que les nombreux policiers qui prennent des notes et des photos.

J’ai presque dépassé la scène de l’accident et je suis sur le point d’accélérer, quand quelque chose attire mon attention. Une policière passe en revue des effets personnels qui viennent probablement de la voiture B, et elle place une couverture sur un gros sac de pièces à conviction.

La couverture est tellement familière que mon cœur s’arrête. C’est une couverture de bébé, avec deux ours qui pêchent dans une rivière. Une couverture unique, cousue main pour Sarah par la mère de Britta.

J’écrase les freins alors que mon cerveau se met à tourner à plein régime. Peut-être que la mère de Britta a acheté la couverture toute faite, et qu’il y en a des tonnes dans le monde. Ou alors...

Derrière moi, une voiture klaxonne, me faisant sursauter. J’avance à nouveau, et me range sur le bas-côté dès que j’ai dépassé l’accident. Mon cœur bat à cent à l’heure et le sang me monte à la tête, m’empêchant de réfléchir comme il faut.

Je tourne la tête pour regarder la scène. La couverture n’est plus visible. Je tente de déterminer le modèle du SUV, mais depuis ma position, c’est impossible.

Je me mets à trembler alors que je défais ma ceinture et sors mon téléphone de ma poche. Britta m’adresse un sourire radieux, Sarah dans les bras. C’est mon fond d’écran alors que je tape son numéro avec des doigts maladroits.

Ça sonne quatre fois. Je jette un regard dans le rétroviseur à la cinquième sonnerie, pour voir si la policière qui inventorie les objets ramasse quelque chose.

Mon cœur se serre quand je la vois prendre un portable.

Non.

Non, c’est impossible.

Je sors de la voiture, conscient du fait que je vois de plus en plus flou. C’est le premier symptôme de mes crises d’angoisse, mais pour l’instant, c’est le cadet de mes soucis.

— Monsieur ? dit une jeune femme en se plaçant devant moi alors que je m’avance à grands pas.

— L’accident, dis-je sans même regarder la policière, trop occupé à observer les objets par terre pour voir si je reconnais quelque chose. Où sont les blessés ?

Elle tend le bras pour m’arrêter alors que je tente de m’approcher.

— Monsieur, il faut que vous...

Je l’attrape par le poignet et plonge le regard dans le sien, désespéré. Mon cœur bat de plus en plus vite, tant et si bien que j’ai l’impression que je vais m’évanouir. Je halète et je vois flou, mes mains fourmillent.

Je perds les pédales.

— C’est peut-être ma femme, réussis-je enfin à dire.

Je lui lâche le poignet et agrippe le col de ma veste.

— Ma fille. Je veux juste savoir...

Je dépasse la policière, sans prêter attention à ses « Monsieur ? Monsieur ! »

D’un pas décidé, je me dirige vers la voiture B, jusqu’à ce que je voie une rose en soie délavée sur le sol, entourée d’un million d’éclats de verre... et de sang.

Assez de sang pour remplir un corps.

Je plaque la main sur ma poitrine, les jambes raides. Je regarde sur ma droite, vers un vieux policier près de la voiture B. Il est au téléphone, fait des observations. Il ne me voit même pas, tant il est occupé à constater les dégâts sur le SUV.

— C’est injuste, dit-il en secouant la tête. Un conducteur ivre arrive à toute allure, tue une femme, tue presque son bébé, mais il s’en tire sans une égratignure. Vraiment injuste.

Non.

C’est impossible.

La première policière me rattrape et me prend par le coude en criant à l’aide. Je tombe à genoux, les yeux de nouveau rivés sur la rose en soie.

Non.

Pas Britta.

C’est impossible.

C’est forcément une erreur.

— Est-ce que ça va ? me demande la policière.

Je la regarde, et la noirceur menace de s’emparer de ma conscience. Mes deux mains agrippent ma poitrine. Je tente de dire quelque chose, mais j’ai seulement assez d’air pour murmurer.

— Mon cœur, dis-je.

Et tout devient noir.

2

Larkin

De Nos Jours

Pourquoi est-ce que ce truc refuse de partir ? je vocifère en tentant de frotter plus fort.

Je me trouve en haut d’une échelle posée contre la façade de la maison de ma mère. Enfin, non ; ma mère est morte il y a trois ans, et de son vivant, elle ne prenait pas vraiment soin de cette énorme bâtisse victorienne.

C’est pourquoi je me trouve sur cette échelle, à frotter furieusement les toiles d’araignées et la crasse noire qui s’accumule le long de l’avant-toit.

J’imagine que c’est ma maison, désormais.

Je porte un tee-shirt à manches longues, mon plus vieux jean, et mes longs cheveux blonds sont attachés avec un foulard. C’est l’été, mais il fait rarement très chaud sur la côte de l’Oregon. Au mieux, on atteint les vingt degrés.

Alors bon, nettoyer l’avant-toit est une tâche nécessaire, mais cela me permet également de bronzer un peu. Je fais le plein de vitamine D, en espérant que cela parviendra à me rendre un peu plus heureuse. Dommage que ce ne soit pas efficace sur la crasse de la façade.

Je réussis enfin à en décoller un morceau.

Ah, il faut gratter et décoller, je crois.

Tout en travaillant, je me demande comment ma mère a pu laisser les choses se détériorer à ce point.

La maison se trouve en plein milieu de ce que j’appelle le centre-ville de Pacific Pines, une grande étendue d’herbe entourée de maisons et de magasins. La demeure de ma mère ‒ ma demeure, désormais ‒ est gris vert, avec un étage et des pignons.

À une époque, ma mère a payé pour diviser la maison en deux logements. Les deux façades sont décorées de motifs aux couleurs criardes typiques des années 70. Mais ça, c’est ma mère tout craché : Big Ruth, l’appelaient les gens. C’était la directrice de l’école primaire, un Don Juan en jupons et une vraie narcissique. Elle ne faisait jamais les choses à moitié, surtout en termes de décoration.

Je reprends mes efforts de plus belle, et suis récompensée quand une grosse bande de crasse se décolle. Si je suis de retour à Pacific Pines, c’est pour vendre la maison et m’installer à New York avec l’argent. Je suis ici depuis six mois, à travailler à la bibliothèque et à passer du temps avec ma tante Mabel, la sœur bien plus âgée de ma mère.

Malheureusement, comme tout ce qui a un rapport avec ma mère, mettre la maison en vente n’est pas si simple. Je vais devoir la rafistoler d’abord. Entre les pignons décrochés, la peinture qui s’écaille ‒ dedans comme dehors ‒ et la pile d’objets rouillés dans le jardin...

Ce sera un projet titanesque. Et comme je n’ai pas beaucoup d’argent à investir dans les réparations, je fais la seule chose qu’une personne d’un mètre cinquante puisse raisonnablement faire. Aujourd’hui, je mets un peu d’huile de coude à l’ouvrage pour la première fois, et je trouve cela...

Eh bien, désagréable, pour être honnête.

Enfin non, pas tout à fait. Hier, j’ai passé toute la journée à ouvrir l’autre moitié de la maison, celle qui est restée vide pendant des années. J’étais curieuse de voir ce que j’allais y découvrir, alors j’ai ouvert les portes et les fenêtres, perturbant la tranquillité des moutons de poussière et des mites.

J’ai été un peu étonnée de constater que l’autre côté de la maison est identique à celui où je me suis installée. Des placards et du papier peint verts dans la cuisine. Un grand salon avec des sols en pierre, contrastant vivement avec le canapé et les fauteuils bas, jaunes comme le beurre. Les toilettes et salles de bains figurent toutes des teintes plus ou moins étonnantes de vert, de rose et de jaune.

Je me suis même rendue à l’étage et j’y ai trouvé les mêmes meubles de chambre que de mon côté de la demeure, en cèdre et en teck, les mêmes motifs géométriques marron et jaunes sur les draps. J’ai fait la même chose là-bas que de mon côté de ma maison ; j’ai ôté tout le linge de maison et l’ai remplacé avec mes achats. J’ai nettoyé les tapis, passé l’aspirateur sur les rideaux, et lavé chaque surface possible et imaginable.

D’accord, il faudrait que je remplace tout ou que je m’en débarrasse un jour ou l’autre, mais au moins pour l’instant, c’est relativement propre.

— Bonjour, Mlle Lake ! me lance un jeune garçon.

Je tourne la tête et protège mes yeux du soleil. C’est Sam Res, un visiteur régulier de la bibliothèque âgé de dix ans. Il porte sa tenue de base-ball.

— Bonjour, Sam. Comment ça va ?

— Bien. Je vais jouer au base-ball.

— Ah, super !

Il se gratte la tête.

— Ouais... j’aurais préféré aller à la bibliothèque. Vous y serez demain ?

— Oui ! De bonne heure, afin de tout préparer pour vous.

Sam sourit.

— D’accord, tant mieux. À demain, Mlle Lake !

— Au revoir, Sam, réponds-je, mais il s’est déjà éloigné en direction du terrain de base-ball.

Je gratte le reste de crasse à ma portée, puis je commence à descendre de l’échelle. Alors que je passe devant la fenêtre de l’étage, je m’étonne de voir que mon zoo personnel est réuni devant, à observer patiemment.

Muffin me fixe de son œil valide, sa petite queue de félin frémissante. Zack et Morris, mes deux labradors croisés, ont six pattes à eux deux. Ils aboient et se mettent à haleter avec enthousiasme lorsque je tapote la vitre. Sadie est ma chienne la plus exceptionnelle : c’est une Malamute aveugle et sourde, et elle penche la tête, tentant visiblement de comprendre pourquoi Zack et Morris sont tout excités.

Je souris et continue ma descente. Tous mes animaux sont considérés comme estropiés, d’une façon ou d’une autre, mais cela ne les rend que plus précieux à mes yeux. Une fois au sol, je vois un grand homme brun d’à peu près mon âge venir vers moi. Il a une petite fille d’environ deux ans dans les bras. Ses cheveux sont plus foncés que ceux de l’inconnu, mais quelque chose dans ses traits me dit qu’ils sont de la même famille.

Je regarde à droite et à gauche pour m’assurer que c’est bien à moi que cet homme vient parler. Il n’y a personne d’autre en vue, alors je me mets bien droite. Alors que l’homme approche, je réalise à quel point il est grand. Il doit bien y avoir quarante-cinq centimètres de différence entre nous.

En plus, il est canon, admets-je intérieurement. Des sourcils bruns en ailes d’oiseau au-dessus d’yeux vert vif, des pommettes hautes, des lèvres larges, un début de barbe de trois jours. Sa tenue est décontractée, un jean et un sweat-shirt à capuche noir, ainsi que des bottes de type militaire, noires elles aussi. Et son corps aurait pu me faire rougir. Il est musclé et imposant de partout.

Eh ben !

— Bonjour, dis-je d’un ton léger et amical.

Il fait sauter la petite fille sur sa hanche et s’arrête devant moi. J’examine brièvement l’enfant ; elle porte un sweat à capuche gris et un caleçon bleu marine, avec de chaussures noires.

— Bonjour. Je suis Charlie Lawson.

Le timbre de sa voix est étonnamment grave et rocailleux. Il me donne un frisson d’excitation le long de l’échine. Soudain, je me sens coupable de fantasmer sur le mari d’une autre.

Enfin, pas trop coupable quand même. Sa femme partage son lit toutes les nuits, elle.

— Larkin Lake, réponds-je en lui tendant la main.

Il réajuste sa fille sur sa hanche puis la saisit. Quand ses doigts se referment sur les miens, je ressens une petite décharge électrique. Il lâche rapidement ma main.

— Voici ma fille, Sarah. Dis bonjour, Sarah.

La petite fille rit, révélant un sourire éblouissant.

— Bjouuuuuur.

Je ris à mon tour.

— Bonjour, Sarah !

— On mangeait à Dot’s Diner, là-bas, dit-il en montrant le restaurant de l’autre côté de l’étendue d’herbe. Et j’ai demandé où je pouvais louer quelque chose dans le coin. La serveuse m’a conseillé de vous parler, que vous aviez un logement disponible.

Je me tourne et regarde ma maison les yeux plissés. J’ai un logement, en effet, mais ce n’est pas vraiment de notoriété publique. Ça m’apprendra à aérer l’autre côté de la maison. À présent, tout le monde est au courant.

— C’est vrai, dis-je avec lenteur. Mais c’est un peu vieillot. Tout date des années soixante-dix.

— C’est propre ? demande-t-il, les sourcils froncés.

— Euh, oui.

— Oui, répète Sarah d’un air très fier.

Son père ne réagit pas et la fait simplement rebondir sur sa hanche à nouveau.

— Le logement a deux chambres ? demande-t-il.

Je me mords la lèvre avant de répondre.

— Trois. Vous voulez... le voir ?

Il plisse les yeux un instant, peut-être pour essayer de déterminer si je lui inspire confiance.

— D’accord.

Je tourne les talons et leur fais monter les quelques marches qui mènent à la deuxième entrée, construite sur le même modèle que la première. Elle n’est pas aussi imposante que l’original, la porte faite de bois alors que la mienne est en verre trempé. Les deux entrées sont séparées par un mur, afin que chacune ait sa portion de porche privative.

— Je reviens tout de suite, dis-je à Charlie, qui continue de faire rebondir Sarah sur sa hanche. Je vais chercher les clés chez moi.

Je me dépêche de descendre les marches et d’aller à ma porte. Les clés se trouvent sur un crochet dans l’entrée, juste au-dessus d’une rangée de manteaux et une autre remplie de bottes pour la pluie.

Je les récupère et retourne voir Charlie et Sarah. Je brandis les clés comme preuve de mon succès, mais l’homme ne cille même pas.

— Alors, euh... vous emménagez ici avec votre... compagne ? je demande en déverrouillant la porte, que j’ouvre en grand.

— Com’paaagne, répète Sara.

Je lui souris.

— C’est bien ça, compagne, je roucoule en direction de la petite fille.

Je pense qu’il est hétéro, mais inutile de tirer des conclusions hâtives. Nous entrons et observons le salon.

— Non, répond enfin Charlie d’un air fermé qui n’invite pas d’autres questions. Seulement Sarah et moi.

— Ah, dis-je en grimaçant intérieurement.

Je remarque que Charlie n’éprouve pas le besoin de combler les silences avec des banalités. Pas comme moi, qui me sens angoissée face aux longues pauses.

Entre ça et ses bottes, j’en conclus qu’il était dans l’armée. Mon père était militaire, quand j’étais petite. Il avait la même posture, les mêmes yeux en perpétuel mouvement.

— Alors, si je peux me permettre de vous poser la question, qu’est-ce qui vous amène à Pacific Pines ?

— Je veux me rapprocher de ma famille, répond-il.

Il fait remuer Sarah sur sa hanche, et son attention se tourne vers la cuisine. Je le suis alors qu’il traverse le rez-de-chaussée.

— Qu’est-ce que vous faites, comme métier ?

Il ouvre l’un des placards verts, vide.

— Je suis à mon compte. L’argent n’est pas un problème.

Je hausse les sourcils.

— Ah ?

— Par terre, dit Sarah en tirant sur le pull de Charlie. Par terre.

Il jette un regard alentour, puis la pose.

— Vous pourriez la surveiller une seconde pendant que je vais voir les chambres ?

Je regarde Sarah, qui se dirige vers les placards de la cuisine et se met à ouvrir et fermer ceux du bas.

— Bien sûr, pas de problème.

Il disparaît vers le reste de la maison. Il est sans doute capable de trouver l’escalier tout seul. Sarah ne semble pas convaincue, cependant.

— Papa est parti ! me dit-elle, une expression de parfaite surprise au visage.

Le moment est venu de la distraire. Je la rejoins et me penche pour lui montrer le placard.

— C’est un placard, dis-je.

— Placa.

— Placard, je répète.

J’entends les bottes de Charlie dans l’escalier, puis je l’entends marcher en haut.

La petite fille me regarde d’un air très sérieux.

— Placareu.

— Mmm, je murmure.

Sarah se retourne et regarde autour d’elle.

— Où ? gémit-elle. Papa parti ?

— Hé, tu as vu ça ? je demande en ouvrant un tiroir. Regarde.

Son visage se fait curieux.

— Quoi ?

Je referme le tiroir, puis l’ouvre à nouveau. Elle s’approche et pose sa petite main sur la mienne pour refermer le tiroir. Puis elle me regarde.

— Fermé, dit-elle d’un air grave.

— Eh oui.

J’ouvre une nouvelle fois le tiroir, et elle m’observe d’un regard solennel. J’entends Charlie descendre les escaliers d’un pas lourd, et quelques secondes plus tard, il réapparaît dans la cuisine.

— Pa ! s’écrie Sarah en levant les bras en l’air. 

Charlie la soulève. Elle semble ravie. La façon dont ses petits poings se referment sur le sweat-shirt de Charlie me serre la gorge d’une émotion que je ne saurais nommer.

— Ça me plaît bien, me dit-il. J’aimerais autant ne pas avoir de bail. Je paierai plus si nécessaire. Enfin, à condition que vous vouliez bien de nous.

— Eh bien, je n’avais pas prévu de louer le logement aussi tôt... alors je n’ai pas de contrat de location sous la main, de toute façon, dis-je en haussant les épaules. Qu’est-ce que vous diriez de... huit cents dollars par mois ?

Il ne bronche pas et hausse lui aussi les épaules.

— Très bien. Deux mois de loyer comme caution ?

J’écarquille les yeux. Ça fait beaucoup d’argent. Mais après tout, il a dit que ce n’était pas un problème pour lui.

— Oui.

— Je peux emménager tout de suite ? me demande-t-il.

— D’suite, répète Sarah, avant d’éclater de rire.

J’ai du mal à contenir un sourire.

— Oui, bien sûr. Vous avez beaucoup d’affaires ?

— Non. On doit avoir moins de six sacs chacun, c’est à peu près tout.

— Vraiment ? dis-je, surprise.

— Vraiment, répond-il en prenant son portefeuille.

Il en sort adroitement une liasse de billets pendant que Sarah tire sur la ficelle de sa capuche. Il compte les billets, puis me les donne.

— Tenez. Ça devrait faire mille six cents.

Il me met l’argent dans les mains.

— Super. Voilà les clés. Vous voulez que je surveille Sarah pendant que vous apportez vos sacs ?

— Nan, dit-il. Ça ira.

— Très bien, réponds-je en haussant les épaules. Alors à plus tard. Au revoir, Sarah.

Sarah énonce une série de mots sans queue ni tête que je décide de prendre pour un au revoir. Je regagne ma maison et mon échelle, que je fixe mon regard,les sourcils froncés.

Ma tâche me semble soudain bien moins intéressante. Je déplace l’échelle et grimpe à nouveau. Une fois tout en haut, sur la pointe des pieds, je parviens à apercevoir Charlie et Sarah, qui font des aller-retour sur la pelouse, probablement en direction de leur véhicule, quel qu’il soit.

Charlie est mystérieux, bien que séduisant. Mais je dois bien avouer que j’apprécie la vue...

Et Sarah est adorable, en plus.

Je pousse un soupir et me remets à décrasser les pignons.

3

Charlie

Je me réveille le lendemain matin nez à nez avec ma fille de deux ans, qui me regarde les sourcils froncés. Je l’ai couchée dans son parc, mais visiblement, elle est trop grande pour lui, car elle est en train de me grimper sur le torse.

Je reste allongé un instant, mon tee-shirt et mon bas de pyjama en coton toujours imprégnés de la sueur de mon cauchemar. La pièce dans laquelle nous nous trouvons me donne une drôle d’impression, et je mets un moment à me souvenir que c’est la première fois que nous passons la nuit ici.

Sarah me regarde, ses cheveux bruns sont ébouriffés. Elle ressemble à sa mère, et j’ai un pincement au cœur chaque fois que je la vois.

— Chmar ? me demande-t-elle.

— Un cauchemar, oui, je soupire en la déplaçant sur le côté du lit avant de m’asseoir. Tu as bien dormi ?

— Dormi ! gazouille-t-elle.

— Tu as envie de faire pipi ?

Sarah réfléchit, puis secoue la tête.

— Nan.

Je la regarde d’un air sceptique. Elle s’est mise à aller aux toilettes d’elle-même il y a environ un mois. Je suis toujours épaté qu’elle soit capable d’y aller toute seule.

— Tiré la chasse, dit-elle d’un ton neutre.

Ça doit vouloir dire qu’elle y est allée toute seule.

— D’accord. Tu as faim ? je demande en me levant.

— Oui ! s’exclame-t-elle.

Le simple fait de mentionner de la nourriture a le don de l’enthousiasmer. Elle adore manger, je n’y peux rien.

— D’accord. Allons-nous s’habiller, alors.

Nous effectuons notre routine matinale. Je parviens à la distraire avec des céréales sans lait et des dessins animés sur ma tablette le temps d’aller prendre une douche ultrarapide.

Finalement, le fait que je sois occupé à essayer de donner un bain à Sarah et à l’aider à choisir des vêtements tombe bien. Comme ça, je n’ai pas le temps de cogiter à propos de ce que je m’apprête à faire : me pointer sans prévenir chez mon père avec Sarah dans les bras.

Mon père ne me parle plus depuis que j’ai choisi de m’engager dans l’armée il y a près de dix ans. Nous nous sommes disputés parce que je lui ai demandé de prendre soin de ma mère de temps en temps pendant que j’étais au camp d’entraînement.

— J’ai pas divorcé pour rien, m’avait-il dit d’un ton cassant. Elle est tarée, cette garce.

Mais pas assez tarée pour que tu laisses pas ton jeune fils avec elle, apparemment, avais-je songé.

Ouais, il valait mieux que je me concentre sur le goûter et la culotte de rechange que je voulais emporter pour Sarah. J’étais devenu très doué pour ravaler mes peurs, pour m’inquiéter de ce qui était juste devant moi et ne pas penser à l’avenir.

Une heure et demie après que Sarah m’a réveillé, nous sommes tous les deux habillés et aussi prêts que possible. Je porte Sarah, ma sacoche d’ordinateur et le sac à langer dehors.

Je plisse les yeux face au soleil matinal alors que je rejoins ma sedan. Je vois la propriétaire, Larkin, fermer sa porte à clé.

Je détourne instinctivement le regard, mais cela me suffit à graver son image dans mon esprit.

Elle est toute menue, environ un mètre cinquante, et elle doit peser cinquante kilos toute mouillée. Elle a de longs cheveux blonds qui rebiquent un peu aux pointes et le visage en cœur, avec de grands yeux ambrés, un nez retroussé et une bouche qui m’évoque des idées impures.