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Remporter l’or olympique à Tokyo, en compagnie des Red Lions. Voilà ce qui a animé quotidiennement John-John Dohmen, ancien capitaine de l’équipe et meilleur joueur de hockey du monde en 2016. Et c’est chose faite !
Dans Game Day, John-John revient sur son incroyable parcours vers les sommets du hockey mondial, sur son expérience de capitaine, sur les secrets des Red Lions et sur l’évolution du hockey en Belgique… John-John livre également un regard touchant sur ses moments de doute et sur les coups durs qui ont pu parsemer sa carrière: de la maladie rare qui l’a éloigné des Red Lions au drame personnel qui l’a touché... Des épreuves qu’il a surmontées et qui ne l’ont pas empêché de rester au top dans le sport de haut niveau.
Un témoignage sincère, touchant et particulièrement inspirant pour tous les amateurs de sport et d’excellence.
À PROPOS DE L'AUTEUR
A 33 ans, John-John qui a voué sa vie à son parcours de sportif, en Belgique et à l’international. Il affiche une carrière impressionnante : plus de 145 goals durant sa carrière nationale, cinq titres de Belgique une victoire en EHL, pas moins de quatre participations aux Jeux olympiques (Pékin, Londres, Rio et Tokyo) dont une médaille d’or et une médaille d’argent. Sans oublier 5 médailles d’or avec les Red Lions lors de compétitions internationales. En 2021, John-John vient de battre un nouveau record : il a joué quelque 420 matchs en équipe nationale. Seuls 2 autres joueurs sont parvenus à un tel record dans toute l’histoire du hockey…! Il faut dire que la montée en puissance de l’équipe nationale, John-John l’a vécue depuis les débuts. Il a en effet intégré l’équipe en 2004, quand « joueur Red Lions » n’était pas encore en « vrai métier »...
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Seitenzahl: 354
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Une médaille d’or aux Jeux olympiques de Tokyo, un titre de champion du monde, un autre de champion d’Europe et la place de numéro 1 mondial pour les Red Lions. En moins de vingt ans, notre équipe nationale est parvenue à se hisser au sommet du hockey mondial et à s’imposer dans toutes les grandes compétitions. Un parcours incroyable. L’accomplissement d’un rêve qui paraissait inaccessible quand, en 2004, je suis arrivé dans une équipe qui rêvait tout au plus de participer, un jour, aux Jeux olympiques et de pouvoir faire le tour d’honneur lors de la cérémonie d’ouverture. Nous sommes partis de rien et nous avons franchi, pas à pas, toutes les étapes pour arriver à réaliser, puis dépasser, chacun de nos rêves. Car après nous être qualifiés une première fois aux JO sans y réaliser de performance sportive, nous avons finalement réussi à décrocher une médaille d’argent à Rio, puis l’or à Tokyo. Cette équipe, je suis fier d’en faire partie. Fier aussi de m’être accroché dans les moments pénibles qui ont jalonné mon parcours personnel et dans les coups durs rencontrés par le groupe.
Ce livre, Game Day, c’est mon histoire, ma vérité. J’espère vous faire découvrir les coulisses du sport de haut niveau, particulièrement le hockey. J’espère aussi vous donner un aperçu de ma mentalité et de ma manière de voir les choses. Je vous invite à lire les événements tels que je les ai vécus et à découvrir les coulisses et les secrets de mon parcours. À revivre mes victoires et mes moments de joie. Mais aussi à connaître les difficultés que j’ai rencontrées et les moments de doute que j’ai vécus. Car pour réussir à décrocher les médailles à Rio et à Tokyo, j’ai aussi dû traverser beaucoup de tempêtes et de difficultés. En partant de zéro, individuellement et collectivement, on doit forcément tout développer, tout créer… et grandir. Bien sûr, je n’étais pas seul : beaucoup de coachs, de coéquipiers, d’amis et de proches m’ont aidé dans ce long processus. Pour arriver au sommet, il faut connaître des victoires… et vivre des échecs.
C’est pour cela qu’un livre sur mes rendez-vous olympiques ne suffirait pas : vous devez connaître toute l’histoire et savoir pourquoi j’ai persisté, pourquoi je me suis accroché à mon rêve. Et même comment je l’ai dépassé. Car oui, il est possible d’aller plus loin que les JO : j’en suis la preuve vivante, puisque j’ai eu la chance d’être désigné « meilleur joueur du monde », en 2016, et de rentrer dans l’histoire du hockey mondial. Au final, rien n’est impossible quand on y croit et que l’on s’accroche !
Game Day raconte mes débuts, mon parcours pour arriver à réaliser mon premier rêve : participer aux Jeux olympiques. Puis, la réalisation de mon rêve suivant : gagner une médaille. Ces rêves qui m’ont construit et qui constituent la base du joueur et de l’homme que je suis aujourd’hui.
John-John Dohmen
LA MAGIE DU SPORT
Il ne reste que quelques secondes à jouer, le score est de 0-0 et nous sommes loin du but adverse. Toute la partie s’est cantonnée au milieu du jeu. Très peu d’occasions de part et d’autre, comme si les deux équipes avaient peur de perdre cette finale. Le coach me fait signe de rester à l’écart des joueurs qui s’agglutinent autour de la balle, alors je m’isole, je regarde l’action attentivement. Je suis convaincu que cette balle finira bien par sortir du groupe de joueurs attroupés autour d’elle pour venir vers moi. Quelques instants plus tard, c’est bel et bien le cas. Je contrôle la balle, j’accélère et je file vers le but qui, de loin, me paraît énorme. En arrivant face au gardien, il me paraît soudain minuscule. Je me rapproche encore un peu et je me rends compte que je peux marquer, là dans le coin droit, entre le pied du gardien et le poteau. Je shoote, goal ! Tous mes coéquipiers, fous de joie, sautent sur moi pour célébrer le seul but de la partie. L’arbitre siffle la fin du match. On ne remettra pas la balle en jeu. Nous sommes champions et, quelques instants plus tard, je soulève ma première coupe. Eh oui, ma toute première. Il s’agissait de la finale de football interécoles. J’avais 6 ans et je jouais ma première compétition sportive. J’étais déjà mordu à l’époque. Ce sentiment de victoire en fin de match après avoir tout donné. C’est cette sensation que je cherche encore chaque jour à l’entraînement et en match. Ce « but en or », c’est mon plus lointain souvenir. Je suis incapable de remonter plus loin dans ma mémoire. Mais quel souvenir : j’avais l’impression que le stade était plein à craquer et que les supporters nous encourageaient sans relâche. Malheureusement, il ne s’agissait que de quelques parents ayant pris une pause sur le temps de midi pour venir voir leur fils. Mais ce qui compte, c’est le sentiment. Et j’avais l’impression d’avoir gagné la Champion’s League.
Le sport, voilà ma raison de vivre. Je le sais depuis mon plus jeune âge.
C’est dans mes tripes. Je ne peux rien y changer. Quand je rentrais de l’école, je ne regardais pas la télévision, je ne jouais pas dans ma chambre : tout petit déjà, j’allais dans le jardin pour jouer au foot ou rouler à vélo. En hiver, j’avais même négocié avec ma mère de pouvoir faire mes devoirs quand il faisait noir afin de profiter des quelques éclaircies que nous offrait la météo belge. Je passais des heures dans le jardin à jouer au ballon, jusqu’au repas du soir. Seul, je m’organisais même des tournois complets, depuis les matchs de qualification jusqu’à la finale. J’adorais le foot.
Aujourd’hui, je ne changerais pour rien au monde mon parcours dans le hockey, mais je m’amuse, parfois, à imaginer que j’aurais pu faire partie d’une tout autre équipe : celle des Diables rouges. Car quand j’étais tout petit, je jouais mieux au foot qu’au hockey. Un peu après ma première coupe, je devais avoir 7 ans, lors d’un autre match de foot auquel je participais avec mon école, un monsieur m’avait observé. Il cherchait à savoir qui était le petit blond qui galopait sur le terrain et qui ne lui semblait pas mauvais. On l’a dirigé vers ma maman et il lui a fait une proposition : rejoindre un club de foot. Cet homme, c’était Herman Van Holsbeeck, le futur manager du Royal Sporting Club d’Anderlecht. À l’époque, il travaillait pour le RWDM et il m’aurait bien vu intégrer les équipes de Molenbeek. Le foot était ma passion à l’époque, mais j’ai quand même refusé. Du moins, c’est ce dont je me souviens, même s’il est aussi peu probable que ma famille m’ait vraiment encouragé à aller vers le foot… Pourtant, je pense que j’aurais pu faire une bonne carrière dans ce sport, car les points communs avec le hockey sont nombreux. Difficile, bien sûr, d’imaginer où j’en serais aujourd’hui si j’avais rejoint le RWDM en tant qu’enfant et si j’avais mené une carrière pro dans le foot. Impossible à dire… même si c’est amusant d’y penser. Être sportif de haut niveau est déjà un rêve en soi. Mais jouer dans des stades de 20.000 à 80.000 personnes qui chantent et vous encouragent, donne envie. Je n’aurai jamais la réponse à cette question et c’est pour ça que je n’ai aucun regret.
Lorsque Herman Van Holsbeeck m’avait repéré, j’avais commencé le hockey deux ans plus tôt et, même si j’étais vraiment plus fort au foot, je voulais continuer à jouer au hockey et à passer du temps avec mes copains. Il faut dire que je viens d’une famille où le hockey tient une place prépondérante, surtout du côté de ma maman. Dans sa famille, tout le monde jouait au hockey. Cela a commencé avec mon grand-père maternel, malheureusement décédé fin 2020, qui avait choisi le hockey comme sport. Il y avait ensuite initié ses trois filles, dont ma mère qui jouait au Royal Uccle Sport. Avec un certain succès puisque ma maman a non seulement été internationale mais aussi onze fois championne de Belgique avec Uccle Sport et une fois avec le Léo (le Léopold, à Uccle également) où, plus tard, je débuterais. Douze titres de championne, c’était énorme. Pourtant, je ne l’ai pas tellement vue jouer au hockey car elle a arrêté après la naissance de ma sœur Ashley qui avait été hospitalisée durant toute sa première année de vie. Paradoxalement, j’ai assisté à plus de matchs de mon père qui, lui, s’est mis à y jouer sur le tard, autour de l’âge de 20 ans… à Uccle Sport où il a rencontré ma mère. Ensuite, il était dans le club l’Amical à Anderlecht (fondé par mon grand-père) et jouait dans le championnat Mineurs.
Quand j’écris que j’ai plus observé mon père jouer, je dois bien avouer que j’ai surtout le souvenir d’avoir emmené mon stick et d’avoir tapé la balle contre la bordure. J’aimais m’entraîner au bord du terrain pendant ses matchs, même si je garde quelques souvenirs marquants de cette période en tant que jeune spectateur. Dans les années 1990, il s’agissait de terrains sablés et les joueurs s’ouvraient vite les genoux et les mains. Je me souviens que mon père revenait régulièrement en sang. Je garde aussi en mémoire cette fois où le gardien de l’équipe adverse a frappé plusieurs coéquipiers de mon père avec son stick. Le gardien s’était couché au sol et les attaquants avaient, plusieurs fois, tiré la balle en sa direction alors qu’il restait allongé par terre. Sans doute a-t-il eu peur. Il a alors pété un plomb et, moment hallucinant, il a frappé trois joueurs qui ont dû aller à l’hôpital. Le type avait été suspendu. Heureusement, je n’ai jamais été amené à revoir une altercation pareille.
Vous l’avez compris, ma famille baignait dans le monde du hockey et c’est comme cela qu’à l’âge de 5 ans, je courais déjà sur les terrains avec un stick en main. Beaucoup de cousins et cousines du côté maternel y jouaient également et l’on se retrouvait tous, une bande de huit enfants, chez ma grand-mère qui vivait près du Léo. On mangeait là avant de nous rendre à l’entraînement. Mais il s’agissait d’une activité familiale et, à ce moment-là, on n’envisageait pas de faire carrière dans le hockey. Loin de là.
Je figurais parmi les bons au Léo, mais je n’étais pas le meilleur. D’ailleurs, chez les minimes et les cadets (U12 à U14, comme on dit aujourd’hui), je me souviens que je n’avais pas été repris dans l’équipe 1. Généralement, les clubs comptaient une équipe 1 (la plus forte) et une équipe 2 (plus faible). Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’équipes et il est plus difficile de jouer en équipe 1. J’ai dû faire une saison en équipe 2, ce qui me semblait inattendu et j’en étais particulièrement déçu, évidemment. Mais, d’une certaine façon, ça m’a été bénéfique : en évoluant dans cette équipe, j’ai pu non seulement m’habituer à jouer sur un grand terrain mais, surtout, cela m’a permis de davantage jouer. Dans l’équipe 1, j’aurais été plus souvent sur le banc. Cela m’a en, outre, permis de prendre tout doucement confiance en moi, au sein du club, et de commencer à progresser.
En parallèle, pendant un petit moment, j’ai combiné plusieurs sports car j’adorais la compétition. J’ai d’ailleurs rapidement réalisé quelques prouesses dans des compétitions scolaires. En 2000, par exemple, j’ai obtenu le brevet d’or de l’Iron Kid’s Triathlon au collège Cardinal Mercier à Braine-l’Alleud. Au classement général, j’ai fini deuxième des trois épreuves qu’étaient le cross (2.076 m), le cyclisme (5.820 m) et la natation (300 m). Mais quand on se plongeait dans le détail de mes résultats, j’avais obtenu la première place en cross et en cyclisme… mais je n’étais que 101e à la natation. Rien de surprenant à cela : j’ai toujours été fort dans les sports d’endurance, par contre, en natation, je suis très mauvais. Mes muscles ne sont probablement pas faits pour nager. C’est un sport que j’aime peu pratiquer, aujourd’hui encore.
À côté de ces compétitions scolaires, j’ai aussi commencé à jouer au tennis, comme beaucoup de hockeyeurs. C’était courant puisque les clubs de hockey étaient très souvent logés dans des clubs de tennis. Je n’étais pas spécialement mauvais, mais je dois bien admettre que j’étais… plus « difficile » : je m’énervais souvent, je cassais ma raquette… Je pétais souvent les plombs au point qu’on me sortait du terrain. Ce qui, à l’inverse, n’arrivait jamais quand je jouais au hockey. Je pense que je n’aimais pas la solitude du joueur de tennis et que je n’arrivais pas à gérer les temps morts après chaque point. Au hockey, il faut être connecté au match en permanence. Et puis, l’équipe me donne de l’énergie. Je me souviens de matchs de tennis acharnés, notamment ceux contre un certain… Cédric Charlier, plus âgé, plus grand et plus fort que moi. Impossible à battre, ce garçon. Je courais partout, je ramenais toutes les balles. Il attaquait sans relâche. Les échanges duraient des heures et je finissais toujours par ramener des points et à faire en sorte que le match soit serré. Malheureusement, le score était toujours en faveur de Cédric. Il ne lâchait rien non plus. Ce n’est probablement pas un hasard s’il joue, aujourd’hui, à mes côtés au hockey parmi les Red Lions. Comme moi, il n’a pas changé : il ne lâche jamais rien ! C’est un râleur, et moi aussi. Et alors ? Un joueur qui ne râle jamais n’est pas un gagneur. Croyez-en mon expérience, les meilleurs joueurs que j’ai côtoyés sont des râleurs. Pas des mauvais perdants, mais des sportifs qui ne supportent pas la défaite, ou plutôt qui veulent tout gagner. Le meilleur exemple reste, bien sûr, Eddy Merckx. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelait « le cannibale ». Bref, je détestais et je déteste toujours perdre.
J’ai aussi tenté de faire un peu de cyclisme, auquel mon grand-père paternel m’a initié. Non pas en me faisant monter sur un vélo mais en regardant le Tour de France durant les vacances. Il m’a transmis la passion du cyclisme, elle ne m’a jamais quitté. Encore aujourd’hui, c’est le sport que je regarde le plus à la télévision. Gamin, j’adorais ce sport et j’étais tellement passionné que j’ai forcé mon père à m’installer un guidon de course sur mon VTT, avant de lui demander de m’acheter un vrai vélo de course. J’ai d’ailleurs participé à plusieurs compétitions quand j’avais 13 ou 14 ans. Mais combiner le hockey, le tennis et le cyclisme devenait compliqué. D’autant que le hockey a commencé à prendre beaucoup plus de place dans mon quotidien. Les courses cyclistes, c’est une guerre ! L’effort physique est énorme, rien à voir avec le hockey ou le tennis. La concentration est indispensable car on peut chuter à tout moment. En arrivant à ma première course, je pensais que ça se passerait comme au Tour de France : une échappée, un peloton et, éventuellement, un sprint. Pas du tout ! Tout le monde attaque dès le kilomètre zéro, ça n’arrête pas pendant toute la course. Ça relance en sprint après chaque virage. Physiquement, c’est l’enfer ! Je pense que le cyclisme m’a vraiment appris à résister à l’effort. Même si je n’ai gagné aucune course, j’ai fait quelques places correctes pour un débutant.
Au Léo, je me suis retrouvé avec des jeunes que je ne connaissais pas, mais je me suis très vite intégré. Plus grâce à mon niveau de hockey qu’à ma sociabilité car j’étais plutôt timide. Je me suis bien amusé mais j’étais impatient d’attaquer la saison suivante avec mes potes dont Elliot Van Strydonck. Je me souviens bien des briefings de son père, Bernard, notre coach : « Contrôler, donner, c’est l’ABC du hockey, ce n’est quand même pas compliqué… » Il me pointait parfois du doigt à la mi-temps : « Regardez John-John, il est tout blanc. Il court deux fois plus que vous. Et vous ? Vous êtes tout rouge… c’est l’ABC… » Il ne savait pas que lorsque je fais un effort, je deviens blanc, comme Andrés Iniesta, le joueur de foot emblématique du Barça (qui joue en ce moment au Japon). C’est rare, mais ça existe. On avait une tactique de folie, un 3-5-2 ou 3-1-3-2 avec le fameux triangle magique dont j’étais le « 1 », la pointe du bas dans l’axe du jeu. Les deux autres éléments du triangle étaient Elliot Van Strydonck et Alaric Dekelver. C’était une belle équipe et nous avons remporté pas mal de matchs et de tournois.
Cette même année, la Fédération belge de hockey avait lancé sa première initiative pour investir dans les jeunes et pour préparer l’avenir avec un objectif précis : remporter le championnat d’Europe de 2004. Concrètement, la Fédération avait sélectionné vingt-trois des meilleurs joueurs du pays, nés en 1988. Une chance incroyable qu’elle choisisse les enfants de mon année de naissance. J’ignore encore pourquoi ils ont choisi cette date, mais cela m’a permis d’être sélectionné. On formait le groupe « Elite 88 ». Je me souviens d’ailleurs d’avoir participé aux sélections sans savoir qu’elles en étaient. Ma mère m’avait dit qu’elle m’emmenait à un entraînement, rien de plus. Elle avait juste insisté pour que je m’amuse. C’était indéniablement une bonne chose que j’ignore tout du projet car j’y suis allé sans pression. On devait réaliser plein d’épreuves : des slaloms techniques ou en vitesse, des passes et des matchs. Je me suis éclaté, surtout en match. Ce jour-là, j’ai probablement livré mon plus beau hockey et réalisé le meilleur entraînement de ma vie.
Quelques jours plus tard, la nouvelle est tombée : j’étais sélectionné pour le test suivant, à Temse. Cette fois, ma mère m’avait donné plus de précisions : c’était la même chose que l’autre fois mais avec de meilleurs joueurs et je devais bien jouer pour être sélectionné en équipe nationale. D’un coup, la pression avait augmenté et le stress m’avait envahi. Parmi les dizaines de tests à effectuer, il y en avait un très bizarre : il fallait dribbler sans que l’on entende le son de la balle sur le stick. Ce jour-là, par contre, je n’avais pas été très bon et je craignais de ne pas être sélectionné. Miracle, toutefois, j’avais été retenu, mais de justesse ! Je le sais car l’attribution des numéros des maillots avait été faite dans l’ordre des niveaux. On m’a remis le numéro 19 et mon meilleur pote à l’époque, Nils De Keyser, le 23. Ouf !
Aujourd’hui, les jeunes qui participent aux sélections pour les équipes nationales jeunes savent ce qu’ils font et subissent une vraie pression de la part des coachs, de leurs parents ou d’eux-mêmes parce qu’ils veulent tous devenir des Red Lions ou des Red Panthers. Moi, à l’époque, je n’ai pas subi tout cela et, d’ailleurs, pour être honnête, l’équipe nationale de hockey ne représentait rien pour moi. Je pense même que je n’en avais jamais vraiment entendu parler. Les matchs ne passaient pas à la télé, l’équipe n’allait pas aux Jeux olympiques et rarement en Coupe d’Europe. Je ne connaissais même pas les noms des joueurs de l’équipe nationale ! Les seules stars dans le monde du hockey belge étaient plutôt les joueurs de l’équipe première des clubs. Les enfants allaient les voir jouer le dimanche et c’étaient eux qui impressionnaient les petits et qui leur servaient d’exemple. Mais jouer dans l’équipe nationale n’était pas un objectif en soi puisqu’elle n’était pas connue et n’avait pas l’aura des Red Lions aujourd’hui. D’ailleurs, lorsque j’ai été sélectionné parmi les vingt-trois meilleurs belges de mon âge, j’étais évidemment content mais pas plus fier que cela. Je n’avais pas conscience de ce que cela pouvait représenter. Je m’amusais et j’aimais m’entraîner, mais cela s’arrêtait là. Le programme consistait en des stages durant toutes les périodes de vacances scolaires : la Toussaint, Noël, Carnaval, Pâques et les grandes vacances.
On ne partait plus en vacances avec la famille, mais on se retrouvait en équipe lors de ces stages. On dormait sur place en mode camping dans des sacs de couchage. C’était une période extraordinaire et extrêmement fun. J’adorais cette ambiance hors du terrain et, pourtant, sur le terrain, j’avais l’impression de compter parmi les moins forts de la sélection et de ne pas être au niveau dans les matchs que l’on organisait entre nous. Franchement, je ne me sentais pas en confiance au début et, sur le terrain, je ressentais beaucoup de stress. J’avais même développé une vraie superstition : je cherchais des tas de petites astuces, dans la tête, pour me mettre en confiance. Je mettais, par exemple, la chaussette gauche avant la droite, je gardais les mêmes serre-poignets… Ou bien, lorsque je jouais au solitaire sur l’ordinateur avant les stages, je me disais qu’il me fallait atteindre sept réussites pour que cela me porte chance sur le terrain. Les superstitieux verront certainement de quoi je veux parler. C’était évidemment ridicule, mais il s’agissait d’une manière de me rassurer et de me dire que tout irait bien. J’ai bien changé depuis : je sais que ce type de superstition ne joue aucun rôle dans le succès d’un match. Je ne suis plus du tout superstitieux et je ne me prépare jamais deux fois de la même manière. Parfois, je mange des pâtes, parfois des tartines, parfois rien. Avant certains matchs, je dors tard, avant d’autres, je visionne des vidéos qui peuvent me servir durant la compétition. Je me prépare au feeling, selon mes envies du moment mais sans aucune superstition.
Au début du programme d’entraînement des « Elites 88 », j’avais essentiellement pour but de figurer parmi les meilleurs aux yeux du coach. Mais ce n’était pas le cas. Je n’étais jamais repris dans l’équipe A, toujours dans l’équipe B. Quelle frustration ! Car, c’est vrai, j’avais la chance de compter parmi les vingt-trois meilleurs de mon âge en Belgique… mais je n’y prêtais plus attention. Mon objectif consistait à figurer parmi les meilleurs de l’équipe. Peu m’importait d’être dans les « 23 » : je voulais compter dans le top de cette équipe-là. C’était ma mentalité et j’essayais de m’améliorer. Par conséquent, faire partie de l’équipe B me frustrait inévitablement.
Mais un jour, tout a changé : j’ai eu mon déclic. Les images sont encore très claires dans mon esprit. Nous étions en match de trois contre trois, sur le petit terrain à l’Herakles. Soudain, un de mes partenaires a envoyé un flick, une balle haute, dans ma direction. En une fraction de seconde, j’avais pris le temps de regarder qui était disponible et, toujours en un temps record, j’ai dévié la balle vers mon attaquant qui a aussitôt marqué. « Godverdomme, zeg ! Ongelooflijk ! », s’est écrié Chris Vercammen, le coach, qui semblait franchement ravi. Il faut dire qu’il parlait toujours de « prescan », une notion que la plupart des joueurs de hockey connaissent bien et que les tout bons joueurs parviennent à appliquer. Cela signifie qu’avant même de recevoir la balle d’un coéquipier, on doit déjà savoir ce qu’on pourra en faire au moment de la réceptionner. Si la balle vient de la gauche, par exemple, je dois déjà avoir prescanné à droite et savoir qu’il y a quelqu’un là-bas. En tant que jeune, cela n’a rien d’évident car on a plutôt tendance à se concentrer totalement sur la balle. Autant dire qu’au début des entraînements en équipe nationale, à l’âge de 15 ou 16 ans, il ne s’agissait pas d’une technique que l’on maîtrisait parfaitement. Durant ce petit match, j’avais identifié la « solution » à ma droite pour faire la passe. Voilà le déclic : j’avais réussi à appliquer ce concept de prescan dont Chris parlait souvent. C’est pour cela que, précisément à ce moment-là, il s’est emballé : il a fait arrêter le match et m’a pris en exemple pour réexpliquer la technique à l’équipe. C’était le premier compliment qu’il me faisait. L’après-midi même, il m’intégrait à l’équipe A, où j’ai marqué deux goals.
Cet épisode m’a donné confiance en moi, ce qui me manquait jusque-là dans le groupe Elite 88. Cela m’a boosté et m’a vraiment permis de commencer à jouer. Je me suis senti libéré et j’ai pu sortir ce que j’avais en moi, au point que je n’ai plus jamais quitté le groupe A. J’ai commencé à jouer de mieux en mieux et j’ai progressé de manière phénoménale. Il faut dire qu’en étant dans ce groupe, mon nombre d’heures d’entraînement avait doublé par rapport à mes entraînements en club. Durant l’année, je m’entraînais au Léo deux fois par semaine, les mercredis et vendredis, et je participais au match du samedi, tandis que pendant toutes les vacances scolaires, je partais en stage avec l’équipe nationale. Tout cela a décuplé ma motivation. Or, je pense qu’entre 14 et 18 ans, tout se passe dans la tête. Même si j’ai été nommé capitaine de l’équipe U16, en 2003, je ne pense pas que j’étais le plus fort de ma génération à l’époque. Je me souviens, par exemple, de Lucas De Mot, un de mes coéquipiers dans le groupe Elites 88, qui affichait un niveau bien supérieur. Il m’impressionnait vraiment parce que quand il jouait contre nous, il affichait une véritable aisance sur le terrain et semblait faire sa promenade. C’était LA star et, de très loin, le meilleur de notre génération. Il dribblait toute l’équipe adverse et allait tranquillement marquer son goal, en push, car il dribblait aussi le gardien. Pourtant, il n’a jamais été pris pour jouer avec les Red Lions. Tandis que moi, j’ai aujourd’hui dépassé les quatre cents participations en équipe nationale. Voilà pourquoi je pense qu’à cet âge-là, tout est dans la tête. J’avais l’avantage de toujours vouloir progresser et de ne jamais rien lâcher. Techniquement, je n’étais pas le plus fort, c’est vrai, et je ne le suis toujours pas mais ma motivation et ma capacité à apprendre vite m’ont permis de mener la carrière que j’ai eue.
J’ai adoré cette période parce que durant chaque vacances, je savais que je retrouvais mes potes du hockey que je ne voyais que là. Certains auraient pu voir ça comme un sacrifice, en nombre d’heures ou à cause des vacances familiales que l’on ne passe plus avec ses proches. D’une certaine manière, c’est vrai, mais je ne l’ai jamais vu comme cela. On vivait des moments extraordinaires, dans une super ambiance, et j’avais hâte de partir en stage d’entraînement. On formait une belle petite bande. Chris Vercammen nous a appris l’esprit d’équipe en nous faisant camper, en organisant des corvées, en nous faisant faire la vaisselle ou préparer les repas. Nous faisions tout en équipe et cela nous a soudés. Chris était un personnage très atypique, grand, costaud, avec une grosse voix. Un néerlandophone super enthousiaste et qui nous communiquait cet enthousiasme sur le terrain. Je ne comprenais pas toujours tout ce qu’il nous disait parce que je ne parlais pas bien le néerlandais, mais il arrivait à transmettre sa motivation et on peut dire qu’il a fait naître l’esprit d’équipe dans notre groupe. Mais il était aussi très exigeant et n’hésitait pas à nous imposer des pompages quand on ne faisait pas ce qu’il fallait : « Twintig keer pompen ! » Malgré cela, on l’adorait, il était très gentil. C’était un homme avec un cœur énorme même si son cœur, justement, n’était pas en grande forme. Un jour, il s’est fâché sur nous, a pris une balle et, de rage, l’a frappée contre sa poitrine. On a entendu un bruit bizarre… « Auw ! Mijn pacemaker, zeg ! » Il s’en est suivi un fou rire général. Lui-même était mort de rire. C’était un homme surprenant. Il boitait fortement mais ne se plaignait jamais. Il ne fumait pas le cigare, non, il les mangeait ! Un jour, il nous a même permis de fumer un de ses cigarillos. J’ai un super souvenir de ce coach.
Certains coéquipiers de l’époque sont restés des joueurs qui ont fait carrière, notamment à mes côtés dans l’équipe nationale. Je pense, par exemple, à Elliott Van Strydonck avec qui j’ai vécu plus ou moins tous les grands moments du hockey : les entraînements et les matchs au Léo, la Coupe d’Europe U16 en 2003 et jusqu’à la médaille d’argent aux JO de Rio. Je pense aussi à Jeffrey Thys, qui a joué au Dragons, avec qui j’ai participé aux JO de Londres, ou encore Jeremy Gucassoff qui, par la suite, a été la « doublure » de Vincent Vanasch au goal pendant près de dix ans et qui est resté au sein de l’équipe jusqu’en 2017. De notre groupe « 88 », plusieurs sont restés longtemps dans l’équipe nationale même si cela n’a pas forcément été l’année la plus représentée : il y avait pas mal de « 87 » et de « 91 », aussi.
En 2003, nous avons participé pour la première fois à la Coupe d’Europe U16 à Barcelone avec des joueurs nés en 1987 et certains de notre team Elites 88. Nous avons remporté la médaille de bronze, ce qui n’était déjà pas mal, après une année seulement d’entraînement de notre groupe.
C’était une période très excitante pour moi, et pas seulement au sein de l’équipe nationale des jeunes. Egalement au club où je passais beaucoup de temps et où la compétition me motivait également. Notre grand rival, au début des années 2000, c’était le Racing : on s’affrontait régulièrement, notamment en finale. Je me souviens particulièrement d’un match durant lequel nous étions menés 4-2 à dix minutes de la fin. Le règlement prévoyait que le premier du championnat pouvait se « contenter » de faire un match nul pour remporter la victoire. Et nous étions justement premiers : il fallait donc revenir et mettre deux goals pour gagner. Je crois me souvenir qu’on a mis le troisième goal à cinq minutes de la fin. Il ne nous restait vraiment plus beaucoup de temps mais je restais, malgré tout, positif même si j’ai glissé à l’oreille d’Elliott Van Strydonck « c’est fini, on n’aura jamais le temps de revenir ». Il m’en parle encore souvent. On y est parvenu : le Léo a fait un come-back inattendu dans le match à la dernière minute pour obtenir la victoire. Cela m’a marqué. J’ai toujours aimé un final comme celui-là, même s’il fait naître en moi un certain paradoxe : la crainte d’être au bout du temps et des possibilités et, en même temps, cet irrépressible sentiment que tout est toujours possible jusqu’à la dernière seconde.
C’est, aujourd’hui encore, l’un de mes moments favoris dans un match : cette dernière minute qui peut être décisive et renverser une situation que beaucoup considèrent comme sans espoir. J’adore cela, j’en ai vécu beaucoup et il m’est arrivé de marquer à ce dernier moment. À cet instant-là, ce n’est pas la technique qui compte mais le mental. C’est grisant et motivant, et je pense que cette capacité à continuer d’y croire jusqu’au bout fait partie de mes points forts. Ils me le disent souvent dans l’équipe. Pour moi, il est important de croire que tout est possible jusqu’au bout.
Je pense aussi que le mental, pas seulement le mien mais celui de toute une équipe, nous a permis de remporter la Coupe d’Europe 2004 avec les U16, que l’on appelait souvent les « Diablotins ». Même si, à l’époque, la Belgique n’avait jamais gagné de compétition internationale, nous nourrissions la ferme ambition de gagner le tournoi à Millfield, au Royaume-Uni. Nous en rêvions. Et on y est arrivés, on a gagné, de la plus belle des manières car ça n’a pas été simple du tout. En phase de poule, notre équipe s’est largement imposée contre la République tchèque avec un score de 7-2 et contre l’Espagne grâce à un magnifique 3-0, alors que cette équipe était particulièrement forte. On avait la pression contre les Ibériques car il fallait absolument gagner le match pour passer en poule finale. Le jour du match, nous nous étions réveillés à l’aube car le coach, Michel Van den Boer, qui avait remplacé quelques mois plus tôt Chris Vercammen, nous a emmenés sur le terrain dès 6 heures du matin avec l’équipe des p.c. Le but ? Répéter une phase de pénalty bien spécifique pour ce match-là, une phase durant laquelle je devais marquer. Ce que j’ai bien réussi à faire durant le match qui se déroulait l’après-midi. Bingo ! Ce match nous permettait d’accéder à la poule finale où nous allions affronter deux « gros morceaux » : les Pays-Bas et l’Angleterre. Les Pays-Bas étaient déjà une équipe « imbattable ». Mais on a réalisé un très bel exploit : 2-2. Puis, on a battu, un peu à l’arrache c’est vrai, l’Angleterre (2-1) avec un but en pleine lucarne de Florian Scopelitis dit « le bison », ce qui nous a permis de remporter le tournoi. C’était exceptionnel : pour la toute première fois, la Belgique remportait une compétition de ce genre. Il s’agissait même d’un premier titre belge de champion d’Europe en sport collectif, toutes disciplines confondues. Bien sûr, cela nous procurait une grande fierté. Pas forcément le seul fait d’être « les premiers », mais surtout d’avoir remporté ce tournoi et d’avoir réussi un exploit car rien n’était gagné d’avance. Nous retrouver devant les Pays-Bas, à l’époque, nous semblait absolument impossible. Y arriver était dingue.
Cette médaille d’or obtenue en Coupe d’Europe constituait aussi la première véritable validation d’une nouvelle technique d’analyse dans le hockey en Belgique. En effet, c’est durant cette période, entre 2003 et 2004, que la Fédération a introduit la vidéo pour les jeunes comme moyen d’améliorer notre niveau de hockey. C’était la première fois qu’on utilisait des vidéos pour analyser notre jeu, mais aussi celui des autres équipes. Étonnamment, cela ne se faisait pas jusque-là, même pas dans les équipes premières des clubs. Nous avons servi de test à la Fédération qui était convaincue de cette technique pour faire évoluer les joueurs. Elle poussait d’ailleurs les clubs à utiliser ce moyen. Elle avait raison car cela nous permettait de faire de meilleurs choix sur le terrain et donc d’évoluer trois fois plus vite. On observait une réelle réticence de la part de certains entraîneurs et de certains clubs, alors qu’en équipe nationale Elite 88, on y avait recours et j’adorais cela. Notre équipe a pu évoluer grâce à la vidéo et cela a porté ses fruits en Coupe d’Europe.
J’ai tendance à penser que cette victoire en 2004 a servi de déclic important pour tout le hockey belge. Si j’ai eu le mien en réussissant à appliquer la technique du prescan, la victoire des jeunes de ma génération à la Coupe d’Europe de 2004 a sans doute ouvert la voie. Il s’agissait d’un exploit. Aujourd’hui, les jeunes gagnent régulièrement des médailles mais pour nous, c’était assez exceptionnel. Cela ne minimise absolument pas toutes les victoires des autres équipes jeunes par la suite, loin de là, mais je suis convaincu que, mentalement en tout cas, il est plus difficile d’être les premiers. Personne ne pouvait nous expliquer comment faire car personne avant nous n’avait ouvert une telle porte. En gagnant cette coupe, notre équipe a brisé la frontière qui existait et qui paraissait impossible à franchir. Cela a donné un élan à beaucoup de jeunes par la suite.
« On m’appelle Statman »
Tout petit déjà, quand je rentrais de l’école et que je jouais chez moi, j’organisais des tournois de foot dans mon jardin. Tout seul. Je passais toutes les étapes, de la poule à la finale avec de vraies-fausses équipes… et je notais les statistiques des buteurs. J’adorais faire des comparaisons, des statistiques. C’est une passion qui ne m’a jamais quitté. Plus tard, quand je suis tombé amoureux du cyclisme, je faisais la même chose : je simulais le Tour de France en allant jusqu’à enregistrer les écarts de temps en secondes et en minutes. À une époque, je voulais être statisticien. Aussi, quand les grosses compétitions de hockey ont commencé, j’ai continué à garder des traces de toute une série de données. C’est comme cela que, plus tard, au sein des Red Lions, Shane McLeod m’a appelé « Statman ». Je le fais encore aujourd’hui : je me souviens de faits, de matchs, qui me permettent de dire que dans 75 % des cas, quand une équipe marque le premier goal, elle ne perd pas le match. Je pense être le seul joueur qui sait précisément combien il a marqué de goals en équipe nationale car ces données ne sont enregistrées par la Fédération que depuis quelques temps. J’ai aussi stocké les infos concernant le nombre de matchs des autres joueurs. Et pas seulement pour les Red Lions, aussi pour mes équipes de club. J’ai longtemps noté toutes les participations des joueurs du Waterloo Ducks. Un travail de dingue qui m’a bien valu ce surnom… Je calcul tout, je pense que le calendrier a une influence sur le résultat final. Si le tirage au sort vous place dans la « poule de la mort », c’est quasi impossible de gagner le tournoi. Vous pouvez le vérifier en hockey, en foot ou dans d’autres sports. Un calendrier ou tirage favorable ou défavorable aura toujours une influence. Il faut donc jouer en fonction de ça et en toute connaissance de cause. Calculer a toujours un intérêt à un moment dans un tournoi. Comme aux JO de Tokyo…
À côté du groupe Elite 88, je jouais, en 2004 et 2005, dans plusieurs équipes à la fois, notamment les U18 (l’équipe belge des moins de 18 ans) et les U21 (les moins de 21 ans). C’est aussi en 2004 que j’ai commencé à jouer en équipe nationale A alors que je n’avais toujours que 16 ans. J’ai eu un peu de chance car, en plus de ma prestation à la Coupe d’Europe de Millfield et notre victoire à ce tournoi, l’équipe nationale Hommes avait, elle, subi un vrai traumatisme lors des phases de qualification à Madrid pour les Jeux olympiques d’Athènes, en 2004. Les connaisseurs s’en rappellent encore : la Belgique affrontait l’Afrique du Sud et avait rapidement mis deux goals. Elle menait, dès la huitième minute, par 2-0. Et malgré un goal encaissé, les Belges menaient toujours 2-1 jusqu’à quatorze secondes de la fin, avant d’encaisser une nouvelle fois. Durant les prolongations, la « mort subite », ils avaient raté plusieurs occasions « faciles » et se sont fait éliminer durant les strokes. La non-qualification pour les Jeux olympiques a plongé l’équipe dans une profonde déception et les anciens ont vu leur rêve de JO s’envoler. Surtout que, pour plusieurs joueurs, attendre encore quatre années pour espérer une qualification éventuelle n’avait pas de sens. Plusieurs ont mis un terme à leur carrière en équipe nationale. Le départ de quelques cadres, dont le plus capé, avec 358 sélections, Marc Coudron, a provoqué de profonds bouleversements dans le groupe. Mais sept nouveaux joueurs ont rejoint « Les Diables », c’est ainsi qu’on appelait l’équipe à l’époque. La Fédération avait fait le choix de miser sur la jeunesse, en vue de préparer les échéances des années à venir : la Coupe d’Europe de Leipzig en 2005, la Coupe du Monde de 2006, la Coupe d’Europe de 2007 puis, en ligne de mire, les Jeux olympiques de Pékin en 2008. C’est comme cela que j’ai rejoint l’équipe en 2004, tout comme Jérôme Truyens qui venait du Racing, grâce à Pascal Kina, le coach adjoint, qui m’avait repéré et invité chez les A. On peut dire que c’est lui qui m’a lancé dans le bain.
Mon premier match dans l’équipe nationale Hommes a eu lieu à Rome où, les 25 et 26 octobre 2004, nous avions deux matchs prévus. Il s’agissait d’un voyage express : nous sommes arrivés un mercredi en fin d’après-midi pour participer au match de 21 heures. Nous en avions encore un le lendemain. Et, le surlendemain matin, nous prenions un vol qui me permettait d’arriver en matinée… à l’école. Ce genre de déplacement extrêmement court avec retour à l’aube en Belgique est arrivé quelques fois, notamment pour aller jouer en Irlande, en Écosse ou au Royaume-Uni. Ce premier match en équipe A, en Italie, n’a pas été mon meilleur souvenir ; j’ai complètement foiré ma toute première touche de balle en équipe nationale Hommes. Un vrai raté. J’avais dû attendre longtemps avant de monter sur le terrain éclairé par de très gros spots car le soir était déjà tombé. Comme personne ne me tenait, j’ai pu monter à l’attaque et me retrouver assez isolé. Le défenseur de notre équipe m’a fait un long flick mais, à cause des lumières, j’ai été ébloui et j’ai réalisé ce contrôle de balle… avec le bras. Ce n’était pas la meilleure des entrées en matière dans une équipe que je rejoignais et j’en avais un peu honte. D’ailleurs, les coéquipiers m’ont pas mal chambré, mais heureusement, j’ai pu, dès le lendemain, montrer ce que j’avais réellement dans le stick…
