Hibiscus et le maître des pensées - Bruno Bourdet - E-Book

Hibiscus et le maître des pensées E-Book

Bruno Bourdet

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Beschreibung

Un mystérieux visiteur vient de s’installer sur l’île d’Hibiscus et envoûte rapidement les habitants. Puissant hypnotiseur, cet escroc se sert de ses talents pour devenir Maitre de l’Île.

Pour contrecarrer l’imposteur, Hibiscus sollicite l’aide de Nectarina, la sorcière. Hélas, celle-ci succombe à son tour au charme de Flashman.

Comment Hibiscus pourra-t-elle faire face à l’association de ces deux êtres aux pouvoirs surnaturels, et sauver l’île de l’emprise diabolique du Maître des Pensées ?

À PROPOS DE L'AUTEUR


Bruno Bourdet est un touche-à-tout : peintures, illustrations, bandes dessinées, cinéma, littérature… Avec la naissance de ses enfants, il s’est trouvé une nouvelle source d’inspiration : écrire pour la jeunesse. Son amour des îles et la culture créole l’ont amené à créer "Hibiscus".

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Seitenzahl: 119

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Couverture

Page de titre

 

 

Bruno Bourdet

 

Hibiscus et Le Maître des Pensées

Série Les aventures d’Hibiscus

 

Roman Jeunesse, illustré par l’auteur

 

 

 

ISBN : 979-10-388-0875-1

Collection Saute-mouton

ISSN : 2610-4024

Dépôt légal : juin 2024

 

 

 

© 2024 Couverture Bruno Bourdet pour Ex Æquo

© 2024 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

 

 

 

Éditions Ex Æquo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières-les-Bains

www.editions-exaequo.com

 

 

1. LE MYSTÉRIEUX VISITEUR

 

 

 

Rien ne peut échapper au regard des gens sur une île. Le moindre événement qui sort de l’ordinaire attire tout de suite l’œil.

Par conséquent, l’arrivée d’un inconnu suscite l’intérêt général, comme ce jour-là, où une navette déposa sur le quai du port, un monsieur élégamment vêtu de blanc et coiffé d’un beau chapeau de panama. L’homme, âgé d’une quarantaine d’années, tirait deux lourdes valises. Les pêcheurs, les enfants, les mamans et les anciens du village le scrutèrent avec curiosité pour savoir vers quel point il allait maintenant se rendre.

L’inconnu se dirigea vers la buvette de Papa Louis et lui commanda un soda, qu’il régla en comptant scrupuleusement ses pièces. Puis il laissa ses deux valises sous surveillance de Papa Louis en échange de monnaie supplémentaire. Quand il s’éloigna, les pêcheurs éprouvèrent eux aussi, le besoin de boire un rafraîchissement.

— Pourquoi il t’a laissé ses valises ? demanda Anatole

— Il va faire un tour et il revient, m’a-t-il dit ! expliqua tout simplement Papa Louis.

On n’en savait pas plus pour le moment. L’homme était parti du côté de la route qui contourne la forêt. On ne le vit réapparaître que deux heures après, ruisselant de sueur avec sa veste blanche nouée autour de la taille. Il remercia Papa Louis et prit ses deux valises.

— Vous voulez qu’on vous aide ? demanda Anatole.

 

— Pas pour le moment, répondit le monsieur avec un affable sourire.

Et tout le monde le vit reprendre la route qui contourne la forêt.

— Où va-t-il donc crécher ? demanda Oscar, le plus herculéen des pêcheurs de l’île, qui dépassait d’une tête le reste de la communauté, et dont la corpulence musculaire suscitait l’admiration et le respect.

— Quand même pas chez la vieille Poulerousse ? s’inquiéta Anatole.

— Ça m’étonnerait, ce n’est pas le genre de gugusse qu’elle fréquente. Il m’a l’air beaucoup trop distingué pour se perdre au fin fond des bois dans une vieille case de guingois.

— N’empêche qu’il traîne quand même ses valises, aristo ou pas !

— Nous en saurons plus demain, allez hop, tournée générale ! s’exclama Papa Louis. C’est moi qui offre le dernier punch de la journée ! Je vais bientôt fermer la buvette !

Les joyeux cœurs trinquèrent à la santé du nouvel arrivant, puis passèrent à d’autres discussions tout aussi intéressantes : le foot, le foot et encore le foot !

Car dans les îles, croyez-moi, les ligues internationales de première division ont beaucoup moins de secrets qu’un curieux individu qui emprunte la route qui contourne la forêt… Comment, je l’ai déjà dit deux fois cette phrase ?

Mais c’est qu’il n’y a pour l’instant rien d’autre à dire sur ce mystérieux visiteur.

Les chapitres suivants se chargeront d’éclaircir le sujet. Alors vite, passons au chapitre 2 !

 

 

2. ISIDORE FAIT CONNAISSANCE

 

 

 

C’est le facteur Isidore qui donna des nouvelles de l’inconnu, le lendemain après avoir effectué sa tournée circulaire de l’île. Oh, il n’avait pas grand-chose à apporter et emporter, car en dehors des impôts, la correspondance écrite ne battait pas des records sur cette petite terre volcanique cernée de mer à perte de vue. Il remettait souvent des colis de métropole commandés sur internet.

Sa mobylette pétaradait et sursautait à chaque caillou ou racine rencontré au passage. Avec son klaxon en forme de poire caoutchouteuse raccordée à un petit cornet, il invitait les gens à sortir de chez eux et restait un quart d’heure à discuter avec eux, si ce n’était pas plus quand on le retenait pour manger des beignets ou siroter un p’tit punch. Les discussions s’avéraient longues pour la simple raison qu’Isidore avait un petit handicap : il bébé… il bégayait !

Et quelle ne fut pas sa surprise en revenant par la route qui contourne la forêt (eh oui, vous n’avez pas oublié, j’espère ?), de tomber nez à nez avec l’inconnu débarqué la veille.

Ce drôle d’homme avait troqué ses beaux habits blancs pour une tenue beaucoup plus décontractée. Il était en train de retaper avec des planches et des clous une vieille bicoque qui jadis servait de commerce pour la vente des poissons frais de la pêche des enfants de la mère Nicolas.

— C’est… C’est… C’est-y que vous créchez là ? demanda Isidore en s’arrêtant pour prendre des nouvelles.

— Cet abri me convient tout à fait, dit l’homme. Il n’est ni trop loin, ni trop près du village.

— Oui, mais il peut s’éc… s’écrouler comme un chacha… un château de cartes au preupreu… premier cyclone venu !

— Je suis un heureux spécimen de la race humaine qu’une bonne étoile a voulu guider dès son berceau.

— La bobo… La bonne étoile ?

— Vous, en revanche, vous semblez me traîner un complexe d’élocution depuis votre plus tendre enfance.

— Je, je… Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, dit Isidore en rougissant comme une tomate.

— Si vous le permettez, je peux remédier à ce mal assez facilement. En un claquement de doigts, je peux gommer des années de souffrance. Venez donc, mon ami, approchez-vous sans peur…

Isidore descendit de sa mobylette et avança vers l’inconnu qui calmement lui plaça ses deux paumes de mains sur les tempes.

— Détendez-vous, relaxez-vous, libérez-vous l’esprit de votre dur travail de facteur. Vous allez somnoler pendant quelques instants, le temps pour moi de retirer le frein de votre diction et vous relancer dans de meilleurs discours. Comment vous appelez-vous, mon brave ?

— Isidore, répondit le facteur, happé d’une douce envie de dormir, la tête lourde et penchée en avant au risque de se décrocher du cou.

— Eh bien, mon cher Isidore, désormais vos problèmes d’élocution sont à jamais dissous. Partez et parlez, vous ne serez plus le même !

 

Isidore se sentait tout drôle de l’intérieur, comme si une chaude vapeur lui avait assaini la bouche. Quand il voulut parler, il s’étonna lui-même de la prestance de ses propos.

— Votre truc est formidable ! Je me sens hyper à l’aise pour parler ! Vous êtes magicien ?

— Non, juste capable de réaliser quelques prodiges… Allez donc, mon ami, retournez au village. Et surtout, répandez la nouvelle de ma présence aux autres, que tout le monde sache que je suis là.

— Ah bon, et pourquoi ?

— Ça, c’est mon problème. Le vôtre est résolu, alors dites-le aux autres.

— Je n’y manquerai pas, dit Isidore en enfourchant sa mobylette, pressé d’apporter la bonne nouvelle à ses concitoyens de l’île.

Il était si content qu’il n’arrêtait pas de parler tout seul tout en conduisant, et son arrivée fut triomphale. Il fit péter plusieurs fois le pot d’échappement de son deux-roues, et freina en crissant les pneus devant la grande bâtisse faisant office de Mairie au centre du village. Même Balaou du haut de son phare, sortit sur la passerelle circulaire pour voir ce qui se passait. Isidore gesticulait comme un malheureux secoué de puces, sauf qu’on l’entendait rire et surtout parler la langue de Molière sans la moindre écorchure.

— Les copains, Tournée générale pour moi ! clamait-il. Je sais maintenant aussi bien causer qu’un ministre ! Faut fêter l’événement et ouvrir vos grandes oreilles pour bien entendre mon discours !

— Diable, ça nous arrangeait plutôt bien ton handicap avant, dit Papa Louis, car on te laissait causer en faisant semblant de t’écouter, mais maintenant, ça va être une autre paire de manches.

— Je suis guéri grâce au type d’hier !

— De qui nous parles-tu donc ?

— Ne soyez pas sots et sourds, s’énerva Isidore. Je suis allé voir le visiteur qui a débarqué chez nous, et il m’a ôté toutes mes difficultés verbales, rien qu’en posant mes mains sur la tête et en me parlant gentiment.

— C’est un sorcier ?

— Je n’en sais trop rien, mais ça marche ! continuait Isidore. Donnez-moi un bouquin, n’importe lequel, la Bible par exemple et je vous la récite du début jusqu’à la fin !

— Mais… mais c’est un prodige ! Tu vas nous faire bégayer à notre tour, dit Oscar.

— Par contre, poursuivit l’infatigable Isidore, je crois que notre bienfaiteur aurait besoin d’un bon coup de main pour rafistoler la vieille bicoque de la mère Nicolas. Il n’a que quelques clous et un marteau avec lui, le brave homme.

— Mais il fait quoi chez nous, ce gars ? Il est venu en vacances ?

— Le mieux, c’est d’aller lui demander, proposa le facteur. J’étais tellement content d’être guéri que je n’ai même pas pensé à lui poser la question.

Et voilà une dizaine de villageois, Papa Louis en premier, qui remontèrent la route qui contourne la forêt pour porter assistance à l’étranger bienfaiteur, suivis de quelques gamins excités à l’idée de rencontrer cet étrange magicien.

Et Hibiscus dans tout ça ? Croyez-vous qu’elle ait loupé une miette de l’actualité brûlante de cette nouvelle matinée ? Toujours à l’affût d’une belle aventure, elle jouait aux billes avec Firmin, Ange et Hugo, sur la terrasse de sa maison accolée au phare de son oncle Balaou, quand elle fut troublée par l’arrivée bruyante d’Isidore.

Voyant notre facteur aussi agité, elle s’avança avec ses camarades pour écouter s’égosiller avec brio l’ancien bègue. Cette métamorphose d’éloquence était bluffante, et Hibiscus se posait mille questions sur l’étrange monsieur venu s’installer sur l’île avec deux grosses valises. Mais en tant que fillette bien élevée, elle s’abstint de suivre le groupe des pêcheurs, préférant attendre leur retour enrichi d’informations supplémentaires.

Elle n’était pas la seule d’ailleurs, car les nouvelles allaient vite au village et tous les habitants mouraient d’impatience d’en savoir plus. À part peut-être Mamie Florinette en haut de sa falaise qui ne pouvait pas se déplacer avec sa chaise roulante… Quant à Monsieur le Maire, qui faisait sa sieste à ce moment-là, on se chargea vite de l’instruire de l’événement. Le temps d’enfiler une cravate et de se lisser les moustaches, il arriva fidèle au rendez-vous pour assumer ses responsabilités d’élu.

Et tous les regards se rivèrent sur… Hum, vous le savez bien maintenant : LA ROUTE QUI CONTOURNE LA FORÊT !... Je crois que vous finirez par connaître ce chemin par cœur, de sorte que si vous venez à votre tour sur l’île, vous identifierez l’endroit tout de suite !

 

Deux longues heures s’écoulèrent dans une attente quasi insupportable pour certains. Chacun n’osait regagner ses pénates, de peur de manquer le retour de la joyeuse équipe. Alors on faisait les cent pas, on discutait, on improvisait des jeux de boules et de dominos. Balaou regagna sa cuisine et éplucha ses patates douces et oignons, devant la fenêtre grande ouverte pour ne rien louper de ce qui se passait à l’extérieur.

Un Houlà de soulagement s’éleva dans les airs quand les éclaireurs réapparurent avec, toujours en tête, Isidore qui s’était trouvé l’âme d’un meneur.

— Alors, alors, alors ? s’élevèrent toutes les voix.

Papa Louis et toute la bande semblaient être dans les nuages, l’esprit rêveur et le sourire béat aux lèvres. Anatole qui d’habitude avait tendance à froncer les sourcils ou au contraire les lever haut pour étager plusieurs barres de rides au front, affichait cette fois-ci une plénitude totale. Et Voltaire qui ronchonnait tout le temps était sage comme une image. Ils paraissaient tous métamorphosés et restaient debout devant les autres habitants du village sans rien dire.

— Alors, alors, alors ? piaffa d’impatience la communauté en émoi.

— C’est un homme merveilleux ! s’exprima Papa Louis. Il a dit qu’à partir d’aujourd’hui, mon petit commerce fleurira pour atteindre l’apogée à travers toutes les îles de l’archipel. Je deviendrai riche et prendrai la place de notre maire.

— Hum, faudrait d’abord me déloger ! protesta l’élu concerné.

— Moi, il a dit que je deviendrai le maître à la maison, poursuivit Anatole.

— Oui, eh bien tu vas rentrer vite fait laver la vaisselle que tu as laissée dans l’évier ! rouspéta Madame.

— Holà, femme, ne me parle pas comme ça, je suis devenu un homme émancipé ! Je te répète É-MAN-CI-PÉ !

Madame Anatole roulait de gros yeux sans trop y croire.

— Et moi, je suis le plus zen de vous tous, continua Voltaire. Je philosophe à tout vent et j’aime la vie sous toutes ses formes, dans ses plus infimes détails, sans oublier tous ces idiots que j’ai longtemps méprisés et que je trouve aujourd’hui formidables et bourrés de qualités. Vive l’amour pour mes prochains, l’essence même de l’harmonie universelle !

— Un pupitre, qu’on me donne un pupitre pour que claironne haut et fort mon plus beau discours ! s’extasiait encore Isidore.

— Pour moi, ça sera un podium, car je deviendrai champion du monde en musculation, délira à son tour le robuste Oscar. Vous avez devant vous le futur Mister Univers !

Après avoir été réservés et silencieux, ils s’égosillaient tous à bâtons rompus, bombant le torse et faisant de grands gestes devant les autres villageois sidérés.

— Ils sont tous fous, ma parole !

Tout le monde se retourna pour voir l’auteur de cette accusation plus ou moins juste. C’était Tonton Balaou qui était descendu de son phare pour assister au spectacle de plus près.

— Il fait de l’effet, notre visiteur, dit Monsieur le Maire. Je serai partisan d’aller rencontrer moi aussi ce bonhomme.

— Et tu vas nous revenir ministre ? dit ironiquement Balaou.

— Je suis quelqu’un qui sait jauger un individu et qui a le sens des responsabilités. Qui m’aime me suive ! Rejoignons les pêcheurs ! Vous, les enfants, vous ne bougez pas de là !

— Je reste avec eux, dit Balaou.

Et cette fois-ci, ce fut le maire accompagné de la majeure partie du village, qui remonta le chemin qui menait à la cahute de l’étranger, tandis que Papa Louis invitait ses amis métamorphosés à une nouvelle Tournée générale.

Les gamins restèrent avec Balaou et quelques autres parents.

— Tu crois qu’il y a un sorcier sur l’île ? demanda Firmin, le camarade de classe d’Hibiscus.

— Oh, je ne sais pas, répondit-elle. Moi, les sorcières sont plutôt mes amies, comme Nectarina et même Poulerousse qui l’est un peu avec ses concoctions de produits naturels tirés des plantes. Voyons de quelle manière nous reviendra cette nouvelle équipe.

— Je me suis déjà fait ensorceler dans le passé, je ne me laisserai plus avoir, dit Balaou.