Il comblera tes désirs - Sophia Kuby - E-Book

Il comblera tes désirs E-Book

Sophia Kuby

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Beschreibung

Que faire de nos désirs profonds ? Pourquoi un tel manque dans nos vies ? Comment vivre avec cette part d’insatisfaction douloureuse qui semble entraver notre aspiration au bonheur ? Face à ces questions, deux attitudes sont fréquentes : satisfaire immédiatement nos moindres désirs, comme nous y invite la société de consommation, ou bien chercher à les étouffer, une tentation malheureusement répandue chez de nombreux chrétiens. Il existe pourtant une troisième voie, la seule capable de nous offrir une joie durable... Dans cet essai où témoignage et réflexion s’entremêlent, l’auteur nous fait prendre conscience de notre immense soif de bonheur et nous invite à changer notre regard sur nos manques et nos désirs. Accueillir notre désir profond, découvrir dans nos manques un lieu de fécondité, voilà la condition pour une rencontre intime avec le Seigneur. peut s’ouvrir dans nos vies un chemin de liberté et d’authenticité véritables.

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Seitenzahl: 89

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Conception couverture : © Christophe Roger

Composition : Soft Office (38)

© Éditions Emmanuel, 2018

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

ISBN : 978-2-35389-675-2

Dépôt légal : 2e trimestre 2018

« En plein désert, il comblera tes désirs et te rendra vigueur. Tu seras comme un jardin bien irrigué, comme une source où les eaux ne manquent jamais » (Is 58, 10).

Le paradoxe du désir

L’homme est fait de désirs. De grands désirs. Il n’est pas facilement satisfait, et encore moins facilement heureux. Nos désirs sont multiples, difficiles à contrôler, parfois imprévisibles, souvent puissants. Leur poursuite mobilise notre imagination, notre créativité, notre énergie et notre temps. Quand tout va bien, ils nous mettent dans la joie et nous donnent des ailes. Quand cela va moins bien, ils nous montrent l’inassouvissement de notre vie, parfois de manière brutale. Comment leur donner alors une juste place ? Comment comprendre ces désirs qui nous tiraillent entre bonheur et manque douloureux ?

Quand nous goûtons à leur accomplissement, nos désirs nous exaltent. Mais ceci a un prix, car ils nous poussent souvent à rechercher la gratification dans des plaisirs que nous pouvons regretter rapidement après. Tant de choses nous allèchent en nous promettant de courts moments de bonheur ! Ces promesses sont parfois si séduisantes qu’il nous arrive de craquer, alors même que nous sommes conscients de leur part d’illusion ou de mensonge. La question se pose donc : les désirs sont-ils un obstacle à la vie chrétienne comme on peut l’entendre de temps en temps, au moins de manière implicite ? Ou bien sont-ils au contraire une force qui nous pousse à grandir, tant humainement que spirituellement ? Par leur caractère insatiable, nos désirs nous semblent être bien plus souvent une source d’agitation, voire de frustration, qu’une aide. La bonne solution ne serait-elle pas d’apprendre à contrôler ces désirs jamais satisfaits, à leur couper les ailes pour pouvoir poursuivre notre vie plus tranquillement, y compris notre vie spirituelle ?

Quand notre cœur et notre esprit sont pris par un fort désir, nous sommes souvent confrontés à de vrais choix : quel moyen vais-je prendre pour satisfaire ce désir ? Renoncer à certains moyens peut être difficile, voire nous sembler parfois impossible. N’est-ce pas incompatible avec notre soif de bonheur ? Dieu nous demanderait-il de nous couper de nos désirs pour nous éviter d’être tentés et de tomber ? Serait-il à ce point insensible à cette grande recherche de bonheur qui nous habite tous et qui se manifeste principalement à travers nos désirs ? Comme s’il voulait que nous soyons des saints, mais des saints étouffés, sans vie, sans passion…

Certes, nos désirs peuvent nous détourner de Dieu. Cependant, cet essai se veut l’avocat du désir ! Il part tout d’abord de la prémisse anthropologique que le désir, au plus profond du cœur de l’homme, correspond à sa recherche de vérité et de Dieu. Le désir n’est donc pas qu’une simple capacité humaine, un carburant qu’on pourrait utiliser tant pour le bien que pour le mal. Il est ce dynamisme profondément bon, cette étincelle nécessaire pour allumer le feu intérieur sans lequel nous ne pouvons faire « ni petites ni grandes choses » (sainte Catherine de Sienne). Mais nos désirs ne sont pas automatiquement une force vers le bien. Ils ont besoin d’une conversion ! Convertir ses désirs, c’est-à-dire les orienter – ou réorienter – vers Celui qui seul peut les combler totalement. Cette bonne orientation du désir est ce qui permet à tout le reste de trouver sa juste place dans notre vie.

Ce livre puise aussi dans ma propre histoire. J’ai fait l’expérience, en effet, que la vie change en profondeur lorsqu’on découvre combien nos désirs sont le chemin de prédilection que Dieu emprunte pour nous attirer toujours plus à lui. Un psaume exprime magnifiquement, car très simplement, l’attitude fondamentale qui, pour moi, est la clé de la liberté, de la joie et d’une vie authentique : « Seigneur, tout mon désir est devant toi ! » (Ps 37, 10). Cette phrase contient deux mouvements qui, ensemble, nous permettent d’avancer sur le chemin du désir. Le premier mouvement est celui de consentir à notre condition humaine, telle que Dieu nous a créés, avec tout notre désir d’absolu si difficile à combler. Le deuxième consiste à présenter activement à Dieu ce qui est en nous, à s’exposer à sa lumière sans rien lui cacher. Exposer ses désirs à Dieu présuppose de les connaître. J’ai fait l’expérience qu’apprendre à connaître ses désirs et à découvrir le manque comme un lieu de fécondité plutôt qu’un problème procure une joie durable, d’une qualité toute nouvelle.

Plutôt que d’être trop passionnés, je considère que le problème des chrétiens aujourd’hui est souvent qu’ils ont trop peu de vrais désirs. Ils pensent être meilleurs s’ils mettent leurs désirs de côté. Beaucoup vivent comme s’il existait une seule alternative : céder à n’importe quel désir de manière effrénée et vivre par conséquent une vie incohérente… jusqu’à abandonner la vie de foi, tellement moins passionnante qu’une vie de plaisirs sans restriction ; ou bien arriver à contrôler ses désirs afin de les garder bien petits, confinés, voire tout simplement étouffés. Tu choisis ! Soit l’un, soit l’autre. Comment être surpris que beaucoup de chrétiens choisissent l’option clairement plus attirante, excitante, dynamique ? De l’autre côté restent ceux qui sont gentils, sages… et, admettons-le, d’un ennuyeux à mourir.

Or, ce dualisme est aussi répandu qu’il est loin de l’Évangile. Ce livre veut donc réhabiliter le désir, le remettre au cœur de notre vie, surtout de notre vie spirituelle. Pour un chrétien, le désir n’est ni un obstacle, ni un élément perturbateur. Au contraire, il est la condition nécessaire pour une vie tournée vers l’éternité ! Au risque de le répéter : le problème du chrétien n’est jamais d’avoir trop de désirs. C’est au contraire d’en avoir trop peu ! Trop peu de désirs orientés vers leur accomplissement véritable qui est la finalité de toute vie humaine : l’éternité en Dieu. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce chemin est très concret. Orienter nos désirs ne consiste pas à les désincarner, mais à leur permettre de s’épanouir pleinement. Cela nous libère intérieurement, nous apaise et donne un nouveau goût à notre vie.

Croire qu’on avancerait mieux vers Dieu en se coupant de ce qui est vraiment au fond de notre cœur est une erreur fatale. Une erreur qui ne coûte rien de moins que la vérité, la joie, la vraie liberté intérieure. Notre travail, pour lequel ce livre veut être une modeste aide, est de devenir des hommes et des femmes mis en mouvement par leurs désirs, afin de parvenir à une union plus intense et plus intime avec Dieu. Il s’agit donc de faire grandir nos désirs et de les orienter non pas vers de fausses promesses, mais vers le Bien véritable. Cela ne demande pas moins d’énergie que celle dépensée pour les contrôler ou les étouffer, mais ce travail de découverte, d’orientation et de purification des désirs nous donne incomparablement plus de joie et permet une fécondité surprenante.

L’irruption de Dieu

Très tôt dans ma vie, j’ai éprouvé un désir ardent d’être comblée au plus profond de mon être. Je n’avais pas la foi, je ne connaissais pas cette source qui est aujourd’hui devenue la source de ma joie. Je ne connaissais pas d’espérance au-delà du simple optimisme. J’étais comme cet homme dont saint Augustin dit : « Il cherche sa patrie mais il ne la connaît pas1. »

Mais j’avais des rêves, j’avais des désirs. Je voulais vivre à fond et la demi-mesure ne me satisfaisait pas. J’attendais beaucoup de la vie. Sans arriver à mettre des mots sur mon désir, je sentais intuitivement que la vie devait être plus que le plaisir, les amitiés, plus que toutes les belles choses qu’on peut expérimenter ou posséder. J’avais le désir d’un « plus », mais sans savoir ce que c’était. J’avais un désir de vérité, de me battre pour la justice. Je cherchais du sens, je voulais être heureuse.

Adolescente, je n’avais pas encore compris que le propre de l’homme est justement de n’être jamais satisfait. Nous sommes faits pour plus, pour beaucoup plus que les petites satisfactions du quotidien. Croyants ou non-croyants, nous sommes constamment attirés par quelque chose qui n’est pas encore là, mais vers lequel notre cœur tend et dont nous avons une intuition suffisamment claire pour savoir que l’atteindre nous procurera un bonheur sublime. Le désir est une joie anticipée.

Être habité par des désirs qui cherchent toujours plus beau, plus grand, plus haut, plus loin, implique une certaine agitation de notre cœur. Ce n’est pas de tout repos. Dès que nous assouvissons un désir, celui-ci se manifeste encore plus fortement aussitôt après. Nous le savons bien : nous ne sommes jamais tout à fait en paix. Et si nous le sommes, c’est pour un instant fugitif. « Notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il trouve le repos en toi », dit saint Augustin.

Au cours de ma vie, cette agitation intérieure est devenue plus forte quand mes parents ont divorcé. J’avais 14 ans. Une certitude – celle d’une famille unie, celle de parents vivant sous un même toit – m’a été soudainement enlevée. Un monde, mon monde s’écroulait. Mais avec les années, cette blessure est devenue un incubateur pour mon chemin spirituel et particulièrement pour une réflexion sur mes désirs. Souvent dans la vie, des moments de rupture, de changement, de crise, de césure sont des points de départ vers d’autres rives, vers des eaux plus profondes dans notre vie, vers une relation à Dieu plus authentique. Ce sont des moments où nous sommes invités à déposer notre vie plus sérieusement devant le Seigneur, car nous nous rendons compte qu’aucun autre remède n’existe.

Pour moi, l’effondrement de cette certitude vitale fut, inconsciemment encore, le point de départ d’une histoire d’amour. Une histoire avec Celui qui sait combler tous nos manques et nos désirs. Plus exactement, ce fut le début d’une attirance particulière pour cette eau vive qui seule peut nous abreuver totalement. Sans mettre des mots dessus, j’avais la forte intuition qu’il valait la peine de rechercher sérieusement ce qui pourrait réellement combler les désirs de mon cœur.

C’est lors de ma conversion, à presque 18 ans, quand le Seigneur est entré dans ma vie de manière très puissante, que j’ai rencontré Celui que mon cœur cherchait inconsciemment.

Alors que je n’étais pas baptisée, je me suis trouvée, sur invitation d’une personne que je connaissais à peine, dans une grande célébration eucharistique. Le monde catholique, ses habitudes, son vocabulaire, ses chants, sa liturgie m’étaient complètement étrangers. Je savais seulement une chose : à la messe, au moment de la communion, je pouvais m’approcher du prêtre pour être bénie.