Immaculée connexion - Emmanuelle Robert - E-Book

Immaculée connexion E-Book

Emmanuelle Robert

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Beschreibung

Qui n’a pas rêvé de tout plaquer pour repartir de zéro ?
Le 11 novembre 1985, la police fribourgeoise démantèle un laboratoire d’héroïne aux Paccots, révélant la plus grosse saisie de drogue jamais réalisée en Suisse.
Trente-huit ans après, ce roman imagine le destin des «petites mains » de cette affaire. Les femmes fatales ont l’âge d’être grand-mères, les vieux gangsters sont fatigués. Cependant, un jeune homme un peu perdu va raviver, malgré lui, d’anciennes blessures. Alexandre assiste par hasard au meurtre d’un dealer sur la place de la Gare, à Vevey. Paniqué à l’idée d’être soupçonné, il prend la fuite. Il est recueilli par une vieille dame du quartier puis dans un chalet de montagne. Pour se protéger, il doit se déconnecter de l’intelligence artificielle qui le fascine.
Toutes et tous ont en commun de chercher leur place dans un monde incertain, avec la soif de vivre chevillée au corps.

 À PROPOS DE L'AUTRICE

Après le succès de Malatraix et de Dormez en Peilz, Emmanuelle Robert explore le basculement de destins ordinaires en signant un thriller foisonnant, entre crimes du passé et interrogations contemporaines. Elle questionne aussi le silence sur le rôle des femmes dans les organisations criminelles.

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Seitenzahl: 431

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Page de titre

Personnages

Aboubakar Sani : sans-papiers, homme à tout faire dans un restaurant, frère d’Issaka

Anne-Marie : cuisinière, habite aux Paccots, amie de Madeleine

Alexandre Marchon : jeune homme toujours en retard, accro aux écrans

Dolores, dite « Lola » : ancienne reine de beauté, mère de Victor Monney

Edmée Giuliani, dite « l’Avocate » : femme d’affaires

Fify : teckel de Madeleine, détruit les plants de sauge

Fiorella : ex-mafieuse napolitaine

Henri Jacques : ex-braqueur français

Inspecteur Morerod : ancien inspecteur à la police cantonale fribourgeoise

Issaka Sani : sans-papiers, frère d’Aboubakar Sani, a mal tourné, au désespoir de son frère

John-Kristian Oguey, dit « Bogoss » : responsable de la division proximité de police Riviera (police intercommunale)

Jojo Monney, ou Georges-André : défunt homme d’affaires

Laurence Burger : directrice de l’Office fédéral de la police en Suisse – Fedpol

Luigi Mateo : chauffeur bénévole

Madeleine : habitante de Vevey avec Fify

Mireille : journaliste suisse romande

Monsieur Charles : résident d’un établissement médico-social (EMS)

Pierre-Alain : frère d’Anne-Marie

Sofia : veilleuse en EMS, voisine de Madeleine

Spalla (on ignore son prénom) : gangster, ancien amant de Dolores, qu’elle appelle mi novio

Victor Monney : brasseur d’affaires, pas toutes licites

Zacco : défunt homme de main

La police locale :

Mariam, la cheffe

Coralie, la maîtresse-chien

Timba des Charmilles, chienne policière

La police cantonale vaudoise :

l’inspectrice Antigona Abimi

l’inspecteur Mauro Piazenta

Aux femmes invisibles

À mon père

« La criminalité organisée se sent très bien en Suisse, car c’est un pays riche et paisible. »

Nicoletta Della Valle, ex-directrice de Fedpol, la police fédérale suisse de 2014 à début 2025, sur la Radio-Télévision Suisse (RTS), 22 mars 2024

Dictes-moy où, n’en quel pays,

Est Flora, la belle Romaine ;

Archipiada, ne Thaïs,

Qui fut sa cousine germaine ;

Echo, parlant quand bruyt on maine

Dessus rivière ou sus estan,

Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?

Mais où sont les neiges d’antan !

Où est la très sage Heloïs,

Pour qui fut chastré et puis moyne

Pierre Esbaillart à Sainct-Denys ?

Pour son amour eut cest essoyne.

Semblablement, où est la royne

Qui commanda que Buridan

Fust jetté en ung sac en Seine ?

Mais où sont les neiges d’antan !

(…) Mais où sont les neiges d’antan !

Ballade des Dames du temps jadis

François Villon, poète et voyou.

Si vous avez raté le début – avertissement

Le soir du 11 novembre 1985, la police fribourgeoise prend d’assaut un chalet aux Paccots et découvre un laboratoire clandestin transformant de la morphine-base en héroïne, destinée au marché américain. En plus d’une saisie historique, réalisée avec la collaboration des « stups » français et états-uniens, la police arrête six hommes sur le territoire suisse. Parmi eux figurent des membres du grand banditisme français, liés, pour certains, au milieu marseillais et corse : la French Connection, longtemps principale pourvoyeuse d’héroïne en Amérique du Nord. Deux Fribourgeois sont également interpellés lors de l’opération.

Le procès a lieu en octobre 1987, sous très haute surveillance. Trois trafiquants sont condamnés à vingt ans de prison, les autres reçoivent une peine moins lourde. Au cours des années suivantes, les membres de la Dzodzet1Connection, selon le surnom attribué par les médias suisses à la bande, refont les gros titres lors de plusieurs évasions. Ainsi, l’homme considéré comme le « cerveau » joue les filles de l’air en l’an 2000. Il ne sera pas retrouvé.

Près de quarante ans après cette saisie, ce roman déroule une suite contemporaine fictive à cette retentissante affaire. Si le point de départ est vrai, toutefois les personnages, leurs supposés liens et l’intrigue sortent de l’imagination de l’autrice Emmanuelle Robert. Toute ressemblance avec des faits qui se seraient réellement déroulés ne serait qu’une pure coïncidence.

Pour en savoir plus :le dossier de la Radio-Télévision Suisse (RTS)

1 Dzodzet, dzodzette, nom ou adjectif : Fribourgeois, fribourgeoise.

Prologue

Mai 2006

Maman est de nouveau tombée. Il l’a découverte, étendue sur le carrelage de la cuisine, en revenant de l’école, tout content d’avoir eu la meilleure note en maths. Il met sa joie et sa fierté au congélateur. Comme s’il y avait un interrupteur pour passer immédiatement en mode : « réfléchir à la façon d’une grande personne ».

Elle a dû se cogner en tombant car sa tête saigne. Il cherche le pouls, essayant de ne pas s’affoler. Il fait attention à ne pas mettre les mains n’importe où, pour ne pas se piquer. Il ne doit toucher à rien. Enregistre ce qu’il voit. Cette fois, le garrot est défait. La seringue doit avoir roulé sous elle. Par terre, une cuillère. Une moitié de citron. Le Zippo de maman, avec, sur le côté, l’image d’une langue démesurée, rouge sang.

Il sort de la cuisine. Le téléphone fixe est au salon. Papa a un portable. Lui, pas. De toute façon, papa est parti, il habite avec sa nouvelle copine.

Le garçon compose le 144, le numéro de l’ambulance. Il se présente, indique son adresse, explique pourquoi il appelle et répond avec application aux questions du monsieur. Oui elle respire. Il hésite, sur le moment, il n’est pas sûr. Lorsque l’homme lui demande son âge, il affirme qu’il a dix ans parce que ça effraie moins que neuf ans, puis termine par « Merci, au revoir monsieur ». Ensuite, il va vérifier que la porte d’entrée est ouverte et que la voiture de maman ne bouche pas le chemin.

Pourtant elle lui a promis que c’était la dernière fois. Peut-être qu’il aurait dû être plus sage. Peut-être qu’il aurait dû l’écouter raconter toutes ces méchancetés sur papa quand elle était en colère l’autre jour, au lieu de claquer la porte.

Par-dessus tout, il espère qu’ils vont rester vivre au Pays d’Enhaut. Il ne veut pas descendre en plaine.

C’est de sa faute à lui, si elle consomme. Il le sait depuis qu’il a entendu ses parents se bagarrer et sa mère crier qu’il n’aurait pas dû naître. Alors il essaie de réparer.

Il est calme. Encore une fois, ils vont sauver maman. De nouveau, ils l’emmèneront à l’hôpital. Lui, il leur dira de ne pas s’en faire pour lui, que papa va rentrer. Puis il s’enfermera dans sa chambre et il mangera des chips au paprika en écoutant Hard Rock Hallelujah de Lordi. Ils ont gagné l’Eurovision. Ce sont ses dieux. Quand il sera grand, il sera guitariste dans un groupe de métal.

Lorsqu’il entend l’ambulance arriver, il se dépêche de ranger le paquet de chips.

PREMIÈRE PARTIEFUIR

La morphine est un alcaloïde (substance azotée) salifiable qui peut […] se trouver sous sa forme de base ou de sels. […] L’isolement des alcaloïdes de l’opium débute par une série d’opérations de dissolution et d’ébullition, afin de les rendre solubles et de les séparer des substances indésirables.

La morphine-base […] est ensuite transformée […]. Le produit obtenu est alors une fine poudre blanche dont la teneur en héroïne peut être très élevée (~80 %). Ce produit (héroïne hydrochlorée) était fabriqué dans les années 1960 à 1980 par les chimistes de la French et de la Pizza Connection.

Zobel F., Esseiva P., Udrisard R., Lociciro S., Samitca S.Le marché des stupéfiants dans le canton de Vaud :Les opioïdes. Addiction Suisse/École des sciences criminelles/Institut universitaire de médecine sociale et préventive, Lausanne, 2017.

Jour de neige

Vevey, le 14 novembre 1985

« La stupeur est mondiale. En Suisse ! Et dans la petite station des Paccots ! Dix kilos d’héroïne pure, une valeur marchande de 100 millions de francs. Deux des trafiquants les plus recherchés dans le monde. Rescapés de la French Connection. Et un laboratoire situé dans un chalet aux Paccots, au-dessus de Châtel-Saint-Denis. Lundi soir, 11 novembre, la police fribourgeoise a réussi un superbe coup de filet, étouffant dans l’œuf un trafic à l’échelle mondiale », écrit le quotidien 24 heures. En une, le dessinateur Burki s’est fendu d’un dessin hilarant, où, sous le panneau d’entrée de localité des Paccots, couvert de neige, un deuxième signale « Chaînes obligatoires ». En file indienne, des bonshommes enchaînés marchent dans ce paysage enneigé.

La Suisse, L’Est vaudois, La Liberté ou Le Matin, tous les journaux titrent sur cette « opération rondement menée, sans un coup de feu » qui a fait tomber six voyous, liés au « milieu » marseillais et à la mafia italienne, et au moins un Fribourgeois. On se croirait dans un scénario à la Michel Audiard. De ceux qu’on aime regarder à la télé dans Spécial cinéma. Ou à l’Astor ou au Rex, sur grand écran. Dernièrement, Les Ripoux de Claude Zidi y était à l’affiche.

À quelques kilomètres à vol d’oiseau de Châtel-Saint-Denis, de l’autre côté de la frontière cantonale, à Vevey, on ne parle que de cela. L’hôtel où elle travaille n’échappe pas à la règle, des femmes de chambre aux clients, des lingères aux concierges : « Un des Français, il a été arrêté ici au parking de la Placette. Vous vous rendez compte ! »

Certains prétendraient presque avoir assisté à l’interpellation, alors qu’en réalité, ils prenaient l’apéro aux Négociants : « Des choses pareilles ! »

En ce mois de novembre frisquet de 1985, on découvre que la Suisse sert de plaque tournante au grand banditisme. L’annonce est si incroyable qu’elle en devient comique : un chalet des Préalpes fribourgeoises, théâtre de la plus grosse saisie de drogue jamais réalisée dans le pays !

Pendant que tout Vevey commente et rit aux éclats, elle cache son inquiétude. Le 11, elle avait congé et elle a passé la journée avec son amie. Il a neigé en abondance. Ce n’était pas prudent de reprendre la route. Après avoir hésité, sa copine a accepté de rester dormir sur le canapé du salon et de ne rentrer que le lendemain aux Paccots.

Décidément, 1985 aura été marquée par la neige. En février, dans les villes ensevelies sous la poudreuse, on a sorti les luges et les skis, à la grande joie des enfants. L’année a l’air de vouloir se terminer de la même manière qu’elle a commencé : sous les flocons.

Et s’il n’avait pas neigé, lundi ? Et si son amie était rentrée ?

Longtemps, la question la taraudera. Elle ne l’évoquera jamais.

Elle vieillira et ses doutes iront rejoindre le cimetière des interrogations devenues sans importance.

Jusqu’au jour où.

En retard

Vevey, décembre 2023

J’allais encore me faire engueuler.

En ce matin de décembre, une aube d’un violet intense se levait sur la gare de Vevey. En ombre chinoise, on apercevait le temple Saint-Martin, ainsi que le bulbe de l’église orthodoxe. J’avais raté mon train et dû prendre le suivant, arrivé avec un retard de douze minutes : « L’attente d’un autre train en est la cause, veuillez nous en excuser », énonçait une voix synthétique dans le haut-parleur. Conséquence : j’allais débarquer au bureau trente minutes après l’heure à laquelle commençait une importante réunion. Je n’avais pas osé avertir mon chef.

Bousculé par le flux des autres pendulaires, je demeurai figé sur le quai, tentant de juguler une montée d’angoisse tout en observant, fasciné, le phénomène d’une foule qui s’écoule. Comment des individus, dotés chacun d’une existence propre, d’émotions et de valeurs distinctes pouvaient-ils s’agglomérer ainsi en une onde homogène et presque menaçante, par la seule force de leur nombre ? La masse pressée passait sans me voir. Tel un caillou au milieu du torrent, je dus résister de tout mon poids pour ne pas basculer, emporté par le courant humain, constitué de torses, de jambes, de bras et de téléphones brandis.

La veille, mon supérieur m’avait passé sur le gril de l’évaluation annuelle. Oui, j’avais conscience que mes retards pénalisaient l’équipe, avais-je admis, gêné, en détournant le regard ainsi que je le faisais naguère, lorsque le prof me surprenait à n’avoir pas terminé mes devoirs. J’avais fait un serment, de ceux auxquels on croit de toutes ses forces sur le moment et qu’on sait pourtant qu’on ne tiendra pas : j’avais promis d’arriver à l’heure, désormais. Preuve de ma bonne foi, je m’engageai à prendre le train d’avant, s’il le fallait. Habité par d’excellentes intentions, j’avais sincèrement voulu devenir cette meilleure version de moi, un Alexandre enfin ponctuel.

Le lendemain, acte manqué, train manqué. Mes bonnes résolutions n’avaient pas passé la nuit.

Or ma hiérarchie m’attendait au tournant. Je me voyais déjà convoqué et licencié. Tout mon être se mit en mode panique. Face au jugement d’autrui, l’honnête employé de commerce que j’étais perdait les pédales. L’intensité du stress court-circuitait ma capacité à réfléchir : erreur 404, la page demandée n’existe pas. Pourtant, raisonner, c’était ce que je savais faire de mieux à part être en retard.

La seule idée qui me vint fut « Tu t’es engagé, hier, à arriver à temps. Si tu te présentes au travail maintenant, tu leur prouves à quel point tu es une erreur. » Il aurait fallu revenir en arrière. Remonter le temps jusqu’à ce moment où j’aurais mis le réveil encore avant, zappé le brossage de dents, hâté le pas… J’entendais déjà mon chef et les mots « je vous avais prévenu », « pas fiable », « procédure de licenciement ». Je ne pouvais pas me pointer au bureau dans ces conditions. C’était impensable.

Alors quoi, me faire porter pâle ? Deuxième sujet sensible évoqué par mon responsable : mes absences « perlées », ainsi qu’il les appelait, qui ne passaient plus inaperçues depuis que la boîte s’était dotée d’un logiciel de suivi des présences. Je souffrais de migraines et il avait fallu du temps avant de dénicher un traitement qui me convenait enfin. Pourtant, chaque fois que je revenais, prenant sur moi, faible et chancelant, je multipliais les justifications, avec l’impression d’avoir été pris en faute, alarmé à l’idée de porter l’étiquette de tire-au-flanc.

Sur ce quai où soufflait la bise glacée de décembre, je me sentis lâche, n’ayant ni le courage d’affronter les conséquences de mon retard ni la malhonnêteté de m’annoncer malade alors que je ne l’étais pas. La solution aurait été de me volatiliser. Malheureusement, mes connaissances en physique quantique étaient insuffisantes pour ce faire. J’allais me prendre un avertissement ou la porte.

Insensible à mon désarroi, le jour commençait à se lever. Un rose pâle succédait au violet profond, derrière le temple, annonçant du grand beau temps. Pour tout autre que moi, la journée serait splendide.

Tout à mes réflexions, je sursautai lorsque le train suivant entra en gare. De nouveau, j’observai la foule qui sortait et cherchait à s’écouler, face à la masse pressée qui, elle, voulait à tout prix s’engouffrer dans les wagons, par des portes trop petites. Dans cette agitation, je me sentais pourtant étranger, déjà exclu. Le vent glacial transperçait ma veste d’hiver. Je remontai la capuche, car mes oreilles gelaient.

Je laissai la marée descendante d’humains s’écouler et lui emboîtai le pas, incertain, en direction du hall. Là, dans le brouhaha, mais à l’abri du vent, une idée surgit : demande à ChatGPT. Je sortis aussitôt mon portable et écrivis ma requête : « Suis en retard au taf. Ai promis hier au “boss” que c’était fini. Que me conseilles-tu ? »

La réponse de l’intelligence artificielle s’afficha après une demi-seconde :

Essayez de rester calme et communiquez avec votre supérieur pour l’informer de votre retard. Présentez des excuses sincères et assurez-vous de prendre des mesures pour éviter que cela ne se reproduise, comme ajuster votre routine matinale2.

La machine paraissait avoir lu dans mes pensées ! J’avais beau savoir que ce n’était qu’un robot, elle me fit l’effet d’une voyante extralucide. « Ce n’est pas une option », promptai-je en retour à la solution qui m’était offerte.

Si vous ne pouvez pas éviter d’être en retard, assurez-vous de notifier votre supérieur dès que possible. Expliquez la raison avec honnêteté et proposez des solutions ou des mesures correctives pour minimiser l’impact de votre retard. La communication transparente est essentielle dans de telles situations.

« Communication transparente », j’aurais voulu l’y voir ! Les programmeurs de la Silicon Valley n’avaient, visiblement, pas mon chef au-dessus d’eux. « Il va me virer ! » écrivis-je fébrilement.

La transparence reste la clé. Exprimez votre préoccupation à votre supérieur, expliquez la situation et discutez des mesures que vous prendrez pour éviter que cela ne se reproduise. Montrez que vous comprenez l’importance de la ponctualité. Si possible, proposez des solutions pour compenser le temps perdu. La communication ouverte peut aider à atténuer les préoccupations de votre supérieur.

On tournait en rond. Depuis quelques mois que j’utilisais l’intelligence artificielle pour mon travail, j’avais apprivoisé la manière de lui parler. Aussi me fendis-je de ma botte secrète : « Propose-moi d’autres perspectives », ordonnai-je à la machine.

Considérez la possibilité de demander des conseils à des collègues qui ont peut-être été dans une situation similaire. Ils pourraient offrir des conseils pratiques ou partager leur expérience pour vous aider à gérer la situation. De plus, assurez-vous de tirer des leçons de cette situation et d’apporter des changements positifs à votre routine quotidienne.

ChatGPT, mon Superhéros ! Pourquoi n’y avais-je pas songé tout seul ? Mon ami René aurait la solution ! Un mec brillant, capable de retourner n’importe quel faux pas à son avantage. Nous avions brièvement été collègues avant qu’il obtienne un poste envié. Il grimpait dans l’échelle sociale, sans planter une rame.

« Je peux t’appeler ? » le sollicitai-je via un message vocal. Avec le flair qu’il avait, il comprendrait sûrement que l’heure était grave.

La réponse écrite ne tarda pas : « En réunion, DSL. » Sentant le découragement me gagner aussi sûrement que le froid, je tapai fébrilement, de mes deux pouces : « Mon chef va me virer. Suis en retard, avais promis d’être ponctuel. Un tuyau ? » Son conseil me parvint, à l’image de René, toujours décontracté : « Pars, profite de l’occasion ! Bye. »

Il en avait de bonnes. Quelle occasion ? Pour pouvoir la saisir, encore fallait-il qu’il y en ait une !

Transi, je me décidai à quitter l’enceinte de la gare pour affronter le vaste monde. Même si ce n’était que le centre-ville de Vevey, vingt mille habitants, paisible bourgade connue pour faire la fête tous les vingt-cinq ans.

La porte du hall s’ouvrit sur le parking chaotique qui faisait office de place de la Gare. Particulièrement matinaux, de rares dealers de diverses origines faisaient déjà le pied de grue. D’habitude, je passais sans leur prêter la moindre attention, ni à leurs offres ni à leurs invectives. Ma came à moi, c’était plutôt les écrans.

L’un d’eux m’apostropha, un éclat de terreur ou de folie dans ses yeux sombres, injectés de sang. « Chef ! Y a rien pour toi ! Je t’ai tout filé tout à l’heure ! »

Surpris, je m’arrêtai. Je m’apprêtais à rectifier lorsque l’homme fut pris d’une sorte de sursaut tandis qu’une lance à incendie me parut projeter un jet de matières. Déjà, les autres se dispersaient en courant. L’homme qui m’avait parlé gisait, la tête et le thorax fracassés. N’ayant pourtant ressenti aucune douleur, en voyant ma veste, je crus que je saignais. Toutefois j’étais simplement recouvert des fluides du malheureux. Me sentant chanceler, je me retournai et avisai une vieille dame à laquelle j’avais involontairement servi de paravent. Frappée de stupeur, elle semblait fixer mes habits.

J’eus un haut-le-cœur pendant qu’un autre que moi prenait les commandes de mon cerveau et saisissait le bras de la mamie. Celle-ci se laissa faire. Je l’entraînai à l’écart, en direction de la Migros des 2 Gares, et avec elle, son teckel tétanisé qu’elle tirait tant bien que mal. Nous entendîmes distinctement se rapprocher les feux bleus. Je m’interrogerais plus tard sur la raison qui me poussa à prendre la fuite plutôt que de rester à attendre la police et à lui expliquer ce que j’avais vu.

Toute ma vie, j’avais été conditionné par mes choix par défaut. Je venais de prendre conscience, un peu tard, que ce n’étaient pas toujours les meilleures options.

2  Les réponses sont réellement de ChatGPT (version 3.5), avec des réponses automatiques données dans un français parfois douteux que l’autrice a souhaité conserver tout au long du roman pour plus de réalisme.

Chez Madeleine

« Mon té3 c’est affreux ! Je veux dire heureusement, Alexandre que vous étiez là parce que Vevey, ça devient n’importe quoi avec ces voyous ! Avant, c’était pas pareil. Je veux bien que le monde change, mais pas dans ce sens-là », constate Madeleine.

Le jeune homme se tient devant elle, les bras ballants, et sa veste, une de ces vestes de ski à la mode que les gens portent au lieu d’un manteau élégant, maculée de sang et d’autres matières. Grâce à lui, elle n’a pas vraiment vu ce qui s’est passé, le garçon tué à quelques mètres d’elle. Elle ne veut pas savoir. Elle est désolée et elle fixe obstinément son attention sur autre chose : la veste. Elle serait étonnée qu’on réussisse à ravoir le vêtement, y compris avec du fiel de bœuf. Si c’est pas dommage.

Dans son une pièce et demie, Monsieur Alexandre a l’air tout emprunté. C’est dans ces moments-là, quand elle a des visites, qu’elle aimerait avoir un logement plus grand, sauf qu’avec sa petite retraite et malgré la rente de veuve, il n’y a pas de miracle. Son lieu de vie lui apparaît d’autant plus exigu que Fify a son quart d’heure de folie. La chienne tourne autour du jeune homme et saute partout en jappant. Elle espère que ça ne réveillera pas la voisine, qui travaille la nuit.

Tous les matins, Madeleine se lève, exécute quelques mouvements de gym douce pour avoir moins mal aux articulations, met de l’eau à chauffer pour le café instantané, prend laborieusement une douche et son courage à deux mains pour sortir la chienne dans le froid. Aujourd’hui, elle devait aller à la pharmacie et elle a poussé jusqu’à la gare pour chercher le nouvel horaire des trains. Au guichet, un employé lui a rétorqué qu’ils ne les imprimaient plus vu qu’on les trouvait sur internet. « Écoutez, j’ai huitante ans, j’ai pas internet et jusqu’ici, j’ai jamais eu besoin de ce commerce. » Elle garde pour elle sa conviction que ce machin ne crée que des ennuis. Les gens passent leur temps le nez sur leurs écrans et ils oublient que la vie, c’est des saisons qui se succèdent et des vraies personnes qu’on prend dans ses bras. Quand ils s’en rendent compte, c’est trop tard.

Faute d’obtenir un horaire, elle va demander à sa gentille voisine de lui imprimer les trains qui vont à Montreux.

Elle rentrait péniblement avec Fify tirant sur la laisse dans le but de déposer une crotte au pied d’un vélo électrique, quand elle a vu le jeune s’effondrer. On a dû lui tirer dessus, mais elle n’a rien entendu. Monsieur Alexandre lui a assuré que lui non plus : l’arme devait avoir un silencieux, mon té, comme dans les films !

Monsieur Alexandre, c’est l’homme providentiel derrière qui elle s’est abritée. « Venez, ne restez pas là », a-t-il proposé calmement, alors qu’il était tout couvert de ces choses sorties du corps du pauvre jeune. Il les a emmenées en sécurité, elle et Fify.

– Vous vous sentez capable de marcher ?

– J’habite pas loin, rue des Marronniers.

Il est tout pâle et pas beau à voir, son cavalier, seulement, sur le trajet, personne ne les calcule. Les employés sont déjà au travail. Dans la rue, à ces heures, il n’y a que les vieux à la vue basse, des marginaux dans les brumes de leurs substances et des livreurs pressés.

Madeleine ne peut pas laisser Monsieur Alexandre dans cet état. Et Fify l’a déjà adopté. La petite chienne ne se trompe pas.

– Venez. On sera mieux à la maison. Regardez pas le chenit, la femme de ménage passe seulement une fois toutes les deux semaines. Je nettoie ce que je peux, à cause de Fify.

– Ne vous inquiétez pas. C’est joli chez vous et mieux rangé que chez moi.

– Vous dites ça parce que vous êtes poli. Mon té, je n’ai pas fait le lit !

Il lui demande l’autorisation d’utiliser les WC.

– Bien sûr ! Il faut détacher à l’eau froide et je dois avoir du fiel de bœuf, bougez pas.

Quand il ressort de la salle de bains, ses habits sont « trempes comme une soupe », se désole-t-elle, tout en songeant que ce garçon aux cheveux châtain, un peu joufflu, a du charme. Conformément à ses prévisions, la coûteuse veste de ski est fichue.

Son Raymond à elle était un beau brun, lui. Elle avait intérêt à lui tenir la laisse courte, sinon il avait tendance à aller voir ailleurs, mon té.

Le jeune homme accepte son invitation à rester boire un café. Elle s’excuse de n’avoir que du « café-bocal ». Il lui assure qu’il ne boit que ça, du lyophilisé. Elle fait semblant de croire ce garçon si bien élevé.

Devant leurs tasses fumantes, Madeleine et Alexandre font connaissance. Elle lui expose son problème d’horaire de train. Il promet qu’il le lui imprimera avec plaisir.

– C’est merveilleux ! Vous êtes un ange sur mon chemin ! s’écrie-t-elle. C’est moi ou on n’entend plus les sirènes de police ?

– Effectivement, elles se sont tues. Ils doivent être sur place.

– Vous pensez que ça va nous causer des ennuis ?

– Je ne pense pas, Madeleine. Ne vous inquiétez pas. J’ai une idée, on va demander à ChatGPT.

– À qui ?

– À l’intelligence artificielle.

Elle le regarde sortir son téléphone de sa poche. Il lui récite ce qu’il est en train d’écrire : « Un homme a été tué par balles devant nous. La police est sur place. Que faire ? »

Ensuite, il lui lit le texte qui s’affiche :

La sécurité est la priorité. Si vous êtes en danger, cherchez un endroit sûr. Si possible, éloignez-vous de la scène de crime.

– Vous voyez, Madeleine, qu’on a bien fait !

– Attendez, c’est une télégraphiste, qui écrit ça ?

– Non, c’est l’Intelligence Artificielle ! Vous pouvez lui poser n’importe quelle question.

– Oh, vous savez, moi j’y connais rien. Elle a réponse à tout, vous dites ?

– À presque tout. C’est toute la connaissance humaine, enfin, celle qu’il y a sur internet.

– Sans blague. Vous pouvez lui demander, pour Fify ? Son vrai nom, c’est Finette.

– Qu’est-ce que vous voulez savoir, pour Finette ?

– Comment je fais pour qu’elle arrête de pisser partout sans dépenser une fortune en vétérinaire ?

3  « Mon Dieu ! » en patois vaudois. Souvent utilisé en le répétant : « Mon té, mon té ».

Un café, un cigarillo

Cette nuit encore, Victor était rentré tard. Dans la grande villa de Pully, à la faveur d’une insomnie, Dolores l’avait guetté. Lorsque le sommeil l’avait rattrapée, son fils n’était toujours pas de retour.

Avouer qu’elle n’avait pas la fibre maternelle, c’était peu dire. Elle ne s’était pas projetée dans le rôle, admit-elle, en introduisant une capsule dans la machine à café ultracompacte que Victor avait installée dans sa chambre. Une pression de son index manucuré et l’engin se mit en marche avec un vibrato appuyé. Comment une si petite chose pouvait-elle produire un boucan de marteau-piqueur ? Il n’y avait désormais que les machines à café pour faire autant de bruit ; même les voitures, à présent, étaient silencieuses. Goutte par goutte, un liquide mousseux tomba dans le dé à coudre qui lui servait de tasse. La vibration s’arrêta, le vacarme aussi. Premier ristretto. Elle le huma, y trempa la pointe de langue, laissa le café tiédir avant d’avaler la gorgée corsée. Cela ne valait pas un espresso au comptoir.

Ce matin, elle avait la tête pleine de souvenirs et l’humeur morose. La faute, sûrement, à ces jours ternes de décembre. En Suisse, on aurait cru qu’ils éteignaient la lumière pour ne la rallumer qu’en avril. Dolores ne s’y habituait pas. Pourtant, elle avait une vue imprenable sur le Léman.

Comme elle se trouvait pathétique, à présent. Une vieille femme angoissée. Tout ce qu’elle s’était promis de ne jamais devenir. À part le café, la première chose qu’elle fit en se levant fut de vérifier la présence de la voiture au parking. Rassurée, elle alluma le premier cigarillo de la journée. Que la récidive de son cancer du larynx aille se faire foutre.

Elle se servit une nouvelle tasse, dont, cette fois, elle apprécia l’intensité et l’amertume. Pour l’amertume, elle était servie.

Le costume

Malgré la situation, je me retins de rire : solliciter un avis vétérinaire auprès de l’I.A. ! Et pourquoi pas, tout bien réfléchi ? Je pouvais au moins rendre ce service à Madeleine. Spontanément, la vieille dame m’avait accueilli dans son tout petit appartement surchauffé et sentant le chien mouillé, sans rien exiger en retour. Elle m’avait permis de quitter le lieu de la fusillade ni vu ni connu et, de surcroît, m’avait ouvert grand sa porte alors que j’étais un parfait inconnu. Pour me rendre utile, j’interrogeai donc ChatGPT sur l’incontinence de son animal de compagnie. Je lui lus le texte généré :

Si votre teckel, Fify, a des problèmes d’uriner partout, cela peut être dû à diverses raisons, y compris des problèmes médicaux, des questions comportementales ou des problèmes d’apprentissage. Voici quelques conseils généraux qui pourraient vous aider à résoudre ce problème :

1. Consultez un vétérinaire avant de prendre des mesures comportementales, assurez-vous que Fify n’a pas de problème de santé sous-jacent, comme une infection urinaire ou d’autres troubles médicaux qui pourraient causer l’incontinence.

2. Établissez un horaire régulier : apportez de la régularité dans la routine de Fify, y compris les heures de repas et les sorties pour faire ses besoins. Les chiens apprécient la prévisibilité, et un horaire régulier peut aider à prévenir les accidents.

En lisant cela à ma nouvelle amie, je me demandai si je n’avais pas plus de points communs avec les chiens que je ne le croyais.

3. Supervisez étroitement : gardez un œil sur Fify autant que possible, surtout s’il est encore en phase d’apprentissage. En le surveillant, vous pouvez intervenir rapidement si vous voyez des signes qu’il est sur le point d’uriner à un endroit non désiré.

4. Renforcez la formation à la propreté : utilisez des méthodes de renforcement positif pour encourager le comportement souhaité. Lorsque Fify fait ses besoins à l’extérieur, récompensez-le avec des éloges et des friandises.

De nouveau, je m’interrompis. L’expression « renforcement positif » me laissa songeur : si le robot conversationnel était capable de me parler de renforcement positif pour obtenir le comportement souhaité chez un chien, mon chef qui me criait dessus à longueur de journée n’avait, lui, jamais entendu parler de ce principe. Et si, au travail, ce n’était pas seulement moi, le problème ?

Face au regard interrogateur de Madeleine, je poursuivis à haute et intelligible voix :

5. Utilisez des signaux d’alarme : apprenez à reconnaître les signes que Fify doit uriner, comme tourner en rond ou renifler le sol. Emmenez-le dehors dès que vous remarquez ces signaux.

Justement, Fify reniflait furieusement le sol. Je signalai la chose à Madeleine qui haussa ses frêles épaules.

– Que voulez-vous qu’elle renifle d’autre vu sa taille ?

6. Nettoyez les zones affectées correctement : utilisez des nettoyants enzymatiques pour éliminer complètement l’odeur des accidents passés. Si l’odeur persiste, Fify peut être incité à uriner au même endroit.

– Des nettoyants enzymatiques ? N’importe quoi. L’eau de Javel, y a que ça de vrai, croyez-moi ! s’écria-t-elle.

7. Évitez les punitions : évitez de punir Fify s’il a déjà fait ses besoins à un endroit inapproprié. Les chiens ne comprennent souvent pas pourquoi ils sont punis après coup, et cela peut aggraver le problème.

8. Considérez une caisse de transport : si Fify a des problèmes d’incontinence lorsqu’il est seul à la maison, une caisse de transport peut être une solution temporaire. Les chiens ont généralement tendance à éviter de faire leurs besoins dans leur propre espace.

La vieille dame haussa un sourcil :

– C’est tout ? Elle se moque de nous, votre télégraphiste ! J’ai déjà tout essayé, à part vos nettoyants qui coûtent cher !

– Il y a sûrement quelque chose à en tirer ? tentai-je, pendant que Fify pleurait sa goutte à un demi-centimètre de ma chaussure.

« Déjà testé tout ça », précisai-je à ChatGPT.

Si vous avez déjà essayé les étapes mentionnées et que le problème persiste, il pourrait être utile de consulter un comportementaliste canin ou un vétérinaire comportementaliste. Ces professionnels peuvent évaluer plus spécifiquement la situation de Fify, identifier des causes potentielles plus complexes et recommander des solutions adaptées à son comportement individuel. Parfois, des problèmes comportementaux plus complexes nécessitent une approche personnalisée pour trouver la meilleure solution.

– Elle n’y est pas, votre « Ji-Pythie » ! Fify, tu veux aller voir un comportementaliste qui coûte le lard du chat ? Oui ou non ?

La petite chienne leva les yeux vers sa maîtresse avec un regard empli d’amour que je lui enviai. J’aurais suivi au bout du monde la première personne qui m’aurait dévisagé avec une telle dévotion. Pour l’heure, je saisis un papier-ménage afin d’essuyer l’urine canine sur les catelles4 usées.

– C’est bien beau, votre téléphone. C’est pas ça qui va nettoyer vos habits. Tenez, on va les mettre à la machine. Demain, c’est mon jour de lessive.

Je pris conscience que je n’étais pas à mon avantage, avec mes vêtements trempés qui demeuraient maculés malgré mes efforts pour débarrasser leurs fibres des projections de tissus humains. Et je sentais mauvais, c’était indéniable. Pourtant je protestai :

– Ne vous donnez pas cette peine. L’eau et le savon m’ont permis d’enlever le gros. Cela finira par sécher.

Avec la température tropicale qui régnait dans le petit appartement, toute trace d’humidité aurait bientôt disparu de mes fringues.

– Écoutez, il me reste des habits de mon Raymond, j’ai pas eu le cœur de jeter son costume de mariage. Il risque d’être un peu grand pour vous, mais au moins, vous serez au sec !

Je compris que je ne m’en sortirais pas si facilement. Je fis mine de refuser tout en réfléchissant. Porter d’autres vêtements servirait mon anonymat. La place de la Gare devait être truffée de caméras de vidéosurveillance. On rechercherait un homme en jeans et veste de montagne à capuchon, pas en complet de mariage à la mode il y a un siècle.

J’endossai donc le costume de feu l’époux de Madeleine.

– Oh, mais, mon té, il vous va impeccable !

J’étais loin de partager cet avis : ce complet rayé, dans lequel je flottais, me faisait ressembler à Don Corleone sortant de prison.

Mal à l’aise sous les regards admiratifs de ma nouvelle amie, je devais prendre la poudre d’escampette avant qu’elle ne crût son Raymond ressuscité. Et résoudre le dilemme que me posaient les dix appels en absence de mon chef : le site de 20 minutes avait probablement relayé la nouvelle de la fusillade. Raconter la vérité, à peu de chose près, me permettrait de justifier mon retard et mon absence. C’était tentant et je faillis céder à cette tentation, lorsqu’un coup de sonnette retentit.

– Vous attendez une visite ? demandai-je à Madeleine, haussant la voix pour couvrir les aboiements de Fify, que la sonnerie avait transformée en furie.

– C’est peut-être le facteur ? Ah non, ça ne peut pas. Il y a des lustres qu’il ne sonne plus, il laisse les colis en bas.

– Le facteur, c’est un grand black tout habillé de noir, avec un bonnet ? murmurai-je en regardant par l’œilleton.

– Comment vous dites ? J’entends pas !

La peur me gagna. Comment ce type avait-il pu remonter jusqu’à nous ?

Je me plaçai face à elle et chuchotai en articulant le mieux possible, de manière qu’elle pût lire sur mes lèvres :

– Il y a un dealer derrière la porte.

– Il nous aura sûrement suivis depuis la gare, énonça-t-elle avec calme, tout en détachant les syllabes à son tour. Vous voyez, y a pas que votre « Jipiti » qui réfléchisse, ajouta-t-elle devant mon air médusé. Attendez, je vais ouvrir.

– Mais c’est beaucoup trop dangereux !

– Je sais ce que je fais. Si vous avez peur, cachez-vous.

Je ne me le fis pas répéter et me dissimulai dans la kitchenette tandis qu’elle déverrouillait la porte, sous les aboiements de Fify. Mon poste derrière le vieux frigo m’offrait une vue imprenable.

Un mec taillé tel un bûcheron faisait face à la frêle vieille. Rentrant la tête, Fify se posta au pied de sa maîtresse, prête à la défendre au péril de sa vie.

– Bonjour madame, commença l’inconnu en inclinant la tête. Je cherche l’assassin de mon frère. Les autres vous ont vu partir avec lui. Il ne s’en sortira pas ! Il y aura une justice.

Sa voix s’était cassée. L’homme semblait en proie à des émotions extrêmement violentes.

– Votre frère a été tué ? Mes condoléances, répondit Madeleine, se faisant toute menue, en petite mémé chétive et dépassée par les évènements.

– Merci. Je vous respecte parce que vous êtes une ancienne. Vous pourriez être ma grand-mère. Lui, je vais lui faire la peau ! Dites-le-lui ! Alors un conseil, tenez-vous à distance. Cet homme, c’est le diable. Et voilà sa came qui sème la mort !

Ce faisant, le visiteur brandit un paquet entouré de papier kraft que Fify essaya, en vain, d’attraper. Madeleine réceptionna le colis et le tint fermement contre elle.

– Mon té, que voulez-vous que j’en fasse ? demanda-t-elle d’une voix chevrotante.

L’homme se redressa de toute sa hauteur. Et, s’adressant à la kitchenette, comme s’il avait pu voir à travers le frigidaire, il asséna :

– Ce que vous voulez, ça m’est égal ! Moi je ne touche pas à ça. Il a pris la vie de mon frère, c’est lui qui a une dette, maintenant. Il devra payer.

Alors que je m’attendais d’une seconde à l’autre à ce qu’il fasse un pas en avant, me découvre et m’empoigne, il s’en alla, claquant la porte derrière lui. J’entendis Madeleine pousser le verrou et mettre la chaîne tandis que Fify recommençait à aboyer en direction de la porte fermée.

4  Carreau de faïence (helvétisme).

Un grand frère

Il est mort. Il est mort. Il est mort.

Aboubakar vient d’apprendre la mort de son frère par téléphone. D’abord, il ne l’a pas cru.

– Arrête, elle n’est pas drôle, ta blague.

– J’te jure, man !

L’autre a eu besoin de raconter. Il était là quand Issaka a été tué. « Explosé », il a dit. Aboubakar ne répond rien. Depuis longtemps, il a compris l’inutilité des mots que le vent emporte.

Le pire aurait été de recevoir un texto. Ou une vidéo de son exécution. Car, Aboubakar en est persuadé, son frère a été exécuté.

Il est mort. Il est mort. Il est mort. Il n’a pas su le protéger. Le fils de son père, son cadet. Le petit.

Il aurait dû être plus dur avec lui, quitte à l’enfermer chez eux. Le sauver de lui-même et de ces hyènes. Il aurait dû être son rempart. Prendre soin de lui. Il aurait dû. Il est trop tard. Il est mort. Un poing glacé enserre son cœur. Il ne pleure pas. En lui, quelque chose s’est figé.

Quand Issaka est arrivé ici, il l’a pris avec lui, lui a fourni un toit, expliqué les règles du jeu. Il a fait ce qu’il a pu. Son frère avait déposé une demande d’asile qui n’avait aucune chance d’aboutir. Aboubakar s’était tu pour ne pas le décourager. Il avait pu l’emmener à la maison parce que les centres pour mineurs étaient saturés. Les services concernés avaient feint de ne pas remarquer qu’il était sans papiers et qu’il vivait dans un minuscule studio. L’essentiel était que son frère ne soit pas seul, à la rue. Mieux : ils étaient en famille.

À son cadet, il avait parlé de leurs valeurs, du respect, de l’importance d’être un mec bien. Le gamin baissait les yeux en signe de déférence envers son aîné, cependant il était révolté : « Et moi ? Qui me respecte ? Ici ou ailleurs, le respect, ça s’achète. »

Aboubakar a essayé de se construire une vie, d’oublier. Le petit, lui, n’a pas pu.

Impossible de taffer dans cet état, son cerveau part en vrille. Il appelle le chef de cuisine.

– Mon frère est mort.

Ni bonjour ni rien. C’est la première fois qu’il le prononce à haute et intelligible voix et c’est comme si Issaka mourait une deuxième fois. Le chef se tait. Il croit toujours qu’on lui ment. Intérieurement Aboubakar s’attend à « Ça va pour cette fois, ne me refais pas le coup la semaine prochaine ». Au lieu des mots redoutés, il entend :

– Attends, ne me dis pas que c’est le mec sur la place de la Gare ? Si ? On ne parle que de ça, ici ! Bon ben écoute, prends ta journée. Je suis désolé.

Il balbutie « Merci » et assure qu’il sera là demain. Quoique la restauration ait désespérément besoin de bras, il ne faut pas pousser le bouchon, si on n’a pas de permis. Y compris lorsqu’on est casserolier.

Après une hésitation, Aboubakar rappelle le maléfique pote de son frère, celui qui était là et qui a tout vu. Il a besoin de savoir. L’autre lance : « Je passe chez toi. » Il est sûrement dans un état second, mais c’est l’ami d’Issaka. Il coupe la communication.

En l’attendant, Aboubakar reste prostré, assis sur le lit. Autour de lui, le silence. Au fond de lui, un brouhaha assourdissant. Et surtout le vide.

Coup de sonnette. Une accolade. Des « Ça va, ça va » alors que ça ne va pas du tout. Aboubakar prépare du thé, l’autre grimace. Ici, il n’y a pas d’alcool. L’autre fait un signe : va pour le thé. Il raconte : il a vu celui qu’on surnomme le « boss » au volant de sa bagnole, une Cayenne. Juste après la mort d’Issaka, la Cayenne avait disparu. Il a été d’autant plus surpris de voir le caïd tranquille, à pied, au bras d’une vieille dame. Tout le monde sait que c’est le patron même si personne n’a de contacts directs avec lui sauf quand il t’achète de la came pour vérifier. Les grossistes n’ont pas de liens avec les « fourmis5 » qui se font choper et relâcher en quelques heures. Les chefs ne prennent aucun risque, d’habitude. Lorsque la vieille et le « boss » sont partis, à pied, le pote d’Issaka leur a emboîté le pas. Ils ne se cachaient pas et ils ne se sont pas retournés.

– Je te jure, c’est sûrement sa grand-mère. Je sais où elle habite. C’est là qu’ils sont allés. Tiens, je te donne l’adresse, pour rien. Un conseil : fais gaffe, il est dangereux. Te mets pas dans une galère, man.

Pour une fois, ce mec qui présente tous les signes du manque a raison. Seulement, Aboubakar doit savoir.

– Merci, j’ai besoin d’être seul, répéta-t-il.

Après avoir demandé « T’es sûr ? », l’autre est parti et Aboubakar est resté à regarder la porte d’entrée rouge foncé, dont la peinture s’écaille.

Il est mort. Il est mort. Il est mort.

Depuis qu’il est tombé sur les sachets dans le studio, il sait que son frère a replongé. Il s’en veut de n’avoir pas été assez ferme. Assez vigilant. Il s’en veut de tout. Il l’entend encore argumenter :

– Sur ma tête, c’est rien qu’un petit stock. J’en amène jamais à la maison ! Cette fois j’étais mal pris, je pouvais pas aller à la cache.

Le lendemain, les sachets ont changé de place, mal disimulés dans une paire de vieilles baskets. Il a vu Issaka augmenter sa propre consommation, les yeux de plus en plus injectés de sang. Issaka, d’une maigreur effrayante, aux gestes désordonnés. Issaka qui hallucinait dans le noir et mélangeait la dope avec les M&M’s, comme il nommait les somnifères.

Aboubakar ne pouvait pas passer sa vie à le surveiller. Son frère écoulait sa came pile devant une pharmacie, juste à côté d’un centre médical où on aurait pu, certainement, le désintoxiquer.

Ce qu’il redoutait est arrivé. Et pas par overdose.

Autant l’exil a cassé Issaka, autant Aboubakar a gardé la foi. Était-ce moins dur, avant les printemps arabes ? Sans doute était-ce écrit ou avait-il eu simplement de la chance. Il s’est efforcé de se construire un avenir, tout en envoyant de l’argent là-bas, pas autant qu’il aurait dû, la vie est chère ici.

Il ne met pas longtemps pour découvrir la nouvelle cache, directement dans le lit. Un paquet entouré de papier kraft. Bizarre, ce conditionnement. D’habitude, Issaka éparpille son stock. On croirait qu’il s’est arrangé pour qu’on retrouve facilement la came. Une prémonition ? Le hasard ?

Aboubakar embarque le colis. Il saute sur son vélo, qu’il a racheté à un livreur d’Uber Eats, en direction de l’adresse qu’on lui a indiquée. La grand-mère de l’autre fils de pute.

Il a du chagrin et surtout, une immense et terrible colère. Il sonne et contre toute attente on lui ouvre la porte. La vieille a l’air fragile dans son petit appartement, avec un chien minuscule qui gueule fort.

Il hésite. Est-ce qu’il se serait trompé d’adresse ? Il n’a rien contre cette dame. Alors il crie quelques insultes au cas où l’autre serait dans la pièce, caché, trop lâche pour se montrer. Il jette le paquet comme s’il le brûlait. Il ne sait pas ce qu’il lui a pris. Il s’en va.

Rien de logique, rien de réfléchi. Son principal ennemi, c’est assurément lui-même. Il est venu chercher des explications, pas la vengeance. Et il a cédé à cette colère absurde, peut-être à la peur, tapie derrière le chagrin.

Mais comment obtenir des réponses ? Et la justice ? Pas question de s’asseoir sous le manguier avec les anciens. Ici, la justice, même si c’est aussi une affaire de palabres, est réservée à ceux qui ont un statut légal.

Issaka n’était pas méchant. C’était juste une question de survie.

Il va falloir annoncer sa mort à la famille, au pays. La détresse lui broie la poitrine. Le remords lui tord le ventre.

Ses jambes pédalent sans qu’il en ait conscience, à toute vitesse. Freinage d’urgence, avertisseur : il a grillé la priorité à un SUV. Ce n’est pas en se faisant tuer à son tour qu’il honorera la mémoire de son frère. Il se rend compte qu’Issaka vient de lui sauver la vie, de là où il est, bien qu’il ait échoué à le protéger. Non seulement son petit frère ne lui en veut pas, mais il veille sur lui !

Aboubakar serre les mâchoires tandis qu’il remercie Issaka dans un sanglot. Il a désormais un devoir sacré : l’enterrer.

5  Petits revendeurs.

Nuit de folie

Il ne fallait pas qu’on l’emmerde. C’était une période tendue, d’habitude il maîtrisait mieux. Victor savait qu’il devait lever le pied.

L’autre jour, à Vevey, il avait eu une embrouille avec un petit dealer. Il était passé prendre une amie, à la gare, et ce con s’était approché de sa caisse au point de risquer l’accident. Le mec était sous crack, ça se voyait. Complètement défoncé, le revendeur l’avait menacé. Victor avait aussitôt monté les tours, répliquant : « Tu sais qui je suis, enculé ? » Peut-être qu’il n’aurait pas dû gueuler aussi fort et que toute cette coke, ça le stimulait un chouïa trop. Mais ces raclures qui essaient de forcer l’achat, ça le mettait hors de lui.

Kayla, sa nouvelle copine, avait essayé de le raisonner. Le hic, c’est que quand il commençait à s’énerver, rien ne l’arrêtait. Une pipe ne l’aurait pas calmé, c’est dire !

Ce matin, il rentrait d’une nuit de fête à Verbier. Ils avaient fini dans la garçonnière d’un nouveau pote avec lequel il faisait du « bizness », comme il disait. Son standing l’avait inspiré. Putain, trente-six piges et pas encore de chalet à Verbier ! De quoi il avait l’air, alors qu’il était censé être promoteur immobilier ? Verbier, pour la nuit, le sexe et les filles, il n’y avait que ça de vrai. Victor en venait à se demander pourquoi il n’avait pas pensé avant à liquider le « chalet au papa ». À Charmey, le chalet : autant l’avouer, un trou. Comme si conserver ce vieux truc en bois avait compté. Comme si la mémoire avait eu un prix, et que son père avait pu revenir de l’enfer pour lui dire, en lui mettant la main sur l’épaule : « Vends pas le chalet. »

Il mit la playlist de Kayla à plein volume, même s’il détestait Zaho de Sagazan. Au point de réveiller la petite beauté qui articula « T’es un taré » et se rendormit. Qu’est-ce que ça l’emmerdait de ramener sa poulette à Vevey, il aurait dû la laisser se démerder à la gare de Martigny.

L’autoroute était saturée de pendulaires pas réveillés allant gagner leur croûte d’employés modèles, tandis que lui revenait de sa nuit de fête. Heureusement qu’il y avait la montagne parce qu’en ville, la teuf n’était plus ce qu’elle était, hashtag nuisances sonores.

Excédé, il prit la sortie et descendit sur Vevey, s’énervant dans le bouchon qui s’était formé à l’entrée de la ville. Kayla était à moitié comateuse, elle avait dû reprendre un cachet en douce. Puisqu’elle vivait chez ses vieux et qu’il valait mieux qu’ils ne la voient pas dans cet état, il lui prit une piaule dans l’hôtel attenant à la gare, payée d’avance. L’idée ne l’effleura pas de la sauter. Elle était trop foncedé pour ça et sûrement lui aussi.

Ça caillait grave alors que le jour se levait. En regagnant sa caisse qu’il avait laissée en double file sur la place, il le vit. L’autre chien de dealer de ses deux faisait mine de l’enculer, sa gestuelle était hyper explicite, au milieu des gens qui couraient choper leur train.

La petite frappe sortit un couteau. Victor distingua le reflet de la lame, brillant sous l’éclairage public, avant que le mecton ne la dissimule dans sa manche.

Il fit semblant de rien. Approcha nonchalamment de sa voiture, qu’il déverrouilla au vol, ayant toujours le petit gars camé à portée de vue. Calmement, il se mit au volant. Se baissa à peine pour extraire, de la boîte à gants, un pistolet d’alarme. Un truc de fille.

Il ne quitta des yeux le mec dans sa position obscène que le temps de refermer la boîte à gants. Un scooter s’était posé à sa hauteur. Le dealer avait été rejoint par quelqu’un qui lui tournait le dos, la tête encapuchonnée. De cela, il s’en souviendrait plus tard. Pour le moment, il cherchait à s’arracher.

Il ne comprit pas ce qui se passa. Ce fut comme si le mec s’ouvrait et giclait de l’intérieur. Peut-être que le scooter lui fit une queue de poisson, ou pas, avant de dégager. Victor démarra. En remontant vers la jonction autoroutière, il se gerba dessus. Le vomi appelant le vomi, il finit de repeindre l’habitacle de la Porsche Cayenne, sur le trajet Vevey-Pully. La femme de ménage nettoierait.

Arrivé à la villa, il évita de claquer la porte. Dolores devait dormir.

Une douche, quelques cachets, il ruminait toujours. L’étonnant, c’était qu’on puisse mettre un contrat sur une tête aussi insignifiante. Car c’était une exécution.

Avant de sombrer, il eut l’idée d’en parler à « l’Avocate ». La meuf avait l’âge d’être sa mère et pourtant ce n’était pas ce qui l’effrayait. Victor préférait largement les moins de dix-huit ans mais, flatté qu’elle s’intéresse à lui, il ne détestait pas la faire miauler, à genoux et les cuisses écartées.

Il avait tellement confiance en elle qu’il lui avait filé la clé de sa villa.

Décision éclairée

Tenant le mystérieux paquet lancé dans son appartement par l’inconnu, Madeleine tira le verrou et mit la chaîne en place. De son index à la peau usée, elle en caressa les maillons, semblant en éprouver la solidité. Elle jeta un dernier regard à travers l’œilleton puis déposa la chose près du panier où Fify s’était repliée. La chienne renifla et se recoucha sur ce nouveau coussin.

Se tournant vers moi, la vieille dame m’interrogea, soupçonneuse :

– Il avait l’air fâché, ce monsieur. Vous le connaissez ?

– Jamais de la vie ! C’est… un terrible malentendu. À l’évidence, il me prend pour celui qui a tué son frère. Madeleine, il va revenir, il est probablement dangereux. Ils savent où vous habitez. Je suis désolé, je vous ai mise dans de beaux draps.

– Mon té, mon té, Alexandre, que voulez-vous qu’il m’arrive ? Avec un peu de chance, nous sommes riches.

Ahuri, je la dévisageai sans comprendre :

– Riches ?

– Mais oui ! Je ne suis pas née de la dernière pluie ! Là-dedans, c’est sûrement de la drogue. Ça rapporte.

– Vous ne comptez pas…

La vieille dame me rendit mon regard et, d’une voix posée, déclara :