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Lorsque son père disparaît sans laisser de trace, Éric a 10 ans. Cet enfant qui admirait tant son papa entame alors une longue traversée du désert. Il grandit, fait ses études, se marie, sans ressentiment contre celui qui les a abandonnés. Un beau jour, grâce au zèle d’une assistante sociale, son père est retrouvé. Commence alors pour Éric et sa famille un long chemin pour retisser les liens rompus et vivre la grâce du pardon.
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Seitenzahl: 143
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Conception couverture : © Christophe Roger
Photo couverture : © shutterstock
Composition : Soft office (38)
© Éditions Emmanuel, 2020
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-812-1
Dépôt légal : 3e trimestre 2020
Éric Libault
J’ai retrouvémon père
La puissance du pardon
À Papa,À Maman, À Madame B. et au frère Jean-Louis,À tous ceux, proches ou moins proches, qui nous ont portés.
Le récit d’Éric Libault que vous venez d’ouvrir se lit d’une traite. C’est l’histoire d’une enfance heureuse et blessée, c’est l’histoire d’un père prodigue, c’est l’histoire d’un amour perdu et retrouvé. Je me garderai d’en dire trop pour ne pas déflorer les rebondissements d’une aventure humaine et spirituelle étonnante, un véritable polar de la grâce. La créativité de l’Esprit Saint en vérité dépasse de loin les ressorts habituels de la littérature policière tant elle permet à l’impossible de devenir réalité.
Un mot seulement pour évoquer les personnages : il y a Éric, ses parents, son frère et sa sœur ; il y a Claire, l’épouse d’Éric, à la présence délicate et apaisante ; il y a Madame B. à l’hôpital de Tarare ; il y a Marc, l’ami protestant, le père Hervé et le frère Jean-Louis. Et il y a surtout l’Esprit Saint, protagoniste essentiel de cette aventure humaine hyperbolique où chacun cependant peut se retrouver.
Ceux qui ont assisté à l’extraordinaire comédie musicale Ourra, mise en scène et en lumière des Actes des apôtres créée sous la houlette d’Éric Libault, se rappellent que l’Esprit Saint, sous les traits d’un jardinier, en était déjà le personnage principal. On comprend, grâce au témoignage que voici, que cette trouvaille théâtrale était surtout un témoignage rendu d’expérience à la puissance possible de l’Esprit Saint dans nos vies.
De manière allusive ou explicite, ce thriller de l’amour donne à entendre de façon particulièrement savoureuse de nombreux passages de l’Écriture. Il y a bien sûr la parabole du fils prodigue, même s’il s’agit ici d’abord d’un père prodigue et accueilli par ses enfants ; il y a des psaumes ; il y a le récit d’Élie à l’Horeb, lecture choisie par Éric et Claire pour leur mariage, où Dieu se donne dans le silence après les orages voire les ouragans de la vie. Toute cette histoire est comme un commentaire de la proclamation joyeuse de saint Paul : « L’amour ne passera jamais » (1 Co 13, 8).
La parole de Dieu décidément n’est pas enfermée dans un livre. C’est une parole vivante qui éclaire la vie et qui fait vivre. Elle résonne dans nos existences en particulier grâce au temps liturgique, bien présent lui aussi dans ces pages. Célébrations de Noël et de Pâques rythment les retrouvailles progressives du père, de ses enfants et de son épouse, initiées par des cartes de vœux. Jusqu’à cette ultime célébration pascale arrachée aux horaires de la SNCF : messe de la résurrection du Christ mais aussi de la résurrection plénière de l’amour filial et paternel. « Le Christ est vraiment ressuscité » se disent l’un et l’autre comme d’expérience le père et le fils enfin intimement réunis.
Intensément spirituel, ce polar de la grâce est aussi intensément incarné. On y découvre des prouesses de bricolage, un bouquet de thym, des langoustines et du Puligny-Montrachet. Tout dans nos vies passe par l’intensité – ou l’absence – d’un regard, par une qualité de présence, par des embrassades, par du pain et du vin partagés. Cette dimension à la fois très humaine et eucharistique de nos vies constitue en réalité ce qu’elles ont de plus décisif et de plus fécond.
« Si vous avez été touché, ému par cette histoire, écrit Éric Libault vers la fin de son témoignage, par un mot, une phrase, si ce récit vous a peut-être arraché une larme… ou plusieurs, ne vous y trompez pas, ce ne sont pas mes mots qui vous ont touché, vous venez de faire une expérience beaucoup plus forte : l’Esprit Saint vous a visité. »
Je l’avoue sans difficulté, ce récit m’a bouleversé. Il a fait jaillir de mon cœur et de mes yeux non seulement une larme mais plusieurs : larmes d’émotion, mais aussi et surtout larmes de joie. C’est bel et bien aujourd’hui que s’accomplit cette parole de l’Écriture : « Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie » (Jn 16, 20).
† Matthieu Rougé
Évêque de Nanterre
Je n’aime pas me raconter. Je parle peu de moi. Mes proches disent que je ne suis pas un bavard. C’est vrai. Et s’il est aujourd’hui une chose invraisemblable, c’est bien ce livre.
Écrire un livre était pour moi hors de propos. La somme de travail prévisible, le mode d’expression, qui n’est naturellement pas le mien, l’admiration pour ceux qui « savent » écrire, qui rendent chaque mot vivant et qui transforment une histoire banale en récit passionnant, me tenaient très éloigné de la plume – ou de l’ordinateur. Si tant est que ce premier obstacle fût franchi, le second devait mettre un point final à ce combat : écrire sur une partie de ma vie ? sur une partie intime de moi-même ? Inconcevable !
Et pourtant…
Le point de départ de l’aventure fut certainement cette phrase de Vincent, mon beau-frère, mon meilleur ami de lycée dont j’épousais la sœur quelques années après le bac : « Éric, après ce que tu as vécu, il faut que tu écrives un livre. » Quelle idée !
Elle a pourtant germé, mûri ; je l’ai maintes fois repoussée, remise à plus tard. À quoi bon ! Qui cela peut-il bien intéresser ? (Je me le demande encore…) Je n’en ai pas le courage. J’ai autre chose à faire ! Toutes les bonnes excuses y sont passées.
Mais comme souvent, une petite voix intérieure, patiente, aimante, jamais découragée malgré mes multiples refus, est revenue inlassablement susurrer à mon cœur que cette histoire pouvait rejoindre d’autres personnes. Elle n’en toucherait qu’une seule, mon travail ne serait pas vain. Elle a fini par me convaincre ou plutôt, je l’avoue, simplement par me mettre au travail.
Pardon signifie étymologiquement « au-delà du don ». Au-delà du don ? Quelque chose de plus fort, ou qui irait plus loin que le don, existerait donc ?
Oui, et je fus témoin de son fruit.
Juillet 1972. L’été de mes 9 ans. Le mois de juillet est chaud. Chaud comme je les aime. J’en profite pleinement en passant quelques jours chez mes cousins, près d’Orange. Sous un soleil de plomb, je commence mes vacances d’été chez la sœur de Papa. Deux de ses garçons me sont proches en âge et j’aime être avec eux. Le rythme de vie est plus reposant qu’à Paris. J’aime cette ambiance paisible qui, associée au soleil et à la chaleur du Midi, me dépayse et me fait oublier mon cocon familial. Entre les après-midis à la piscine, qui me vaudront de mémorables coups de soleil, les démonstrations de voltige de mon cousin aîné, un as de l’aéromodélisme, et enfin les soirées jusqu’à des heures très avancées, mais encore chaudes, de la nuit, avec des amis de ma tante et de mon oncle, le séjour est grisant !
Mais l’heure du retour à Paris a sonné. La déception de quitter ce havre de quiétude n’est que passagère : je reviendrai ! Je monte dans ma chambre pour préparer le sac que j’ai pour tout bagage. En redescendant, je passe à la cuisine demander à ma tante : « Et le thym pour Papa ? » Mon père partage en effet avec elle un don et un goût remarquables pour la cuisine, hérités de leur mère.
Chez ma tante, tout est toujours facile, on vit dans la profusion, sans jamais l’ombre d’un souci et toujours avec le sourire… ou même le rire. Que l’on soit au dernier moment quatre ou douze à table n’est pas un problème. Et l’on ne manque jamais de rien. Papa, quant à lui, aime faire la cuisine pour recevoir les amis. L’une de ses spécialités : le poisson. Ses origines rochelaises y sont sûrement pour quelque chose… C’est donc avec joie que j’avais accueilli la proposition de ma tante : « Quand tu repartiras, tu emporteras un gros bouquet de thym du jardin pour ton Papa. » Pour le poisson ! Je n’avais pas oublié. Elle non plus. Le gros bouquet m’attend dans la cuisine. Un sac en plastique pour le porter et me voici paré pour le voyage avec mes deux baluchons.
Je voyage seul. Papa et Maman m’attendront à l’arrivée, gare de Lyon, à Paris. La cérémonie et le stress du départ passés, comme chaque fois que je reviendrais vers ma maison et vers les miens, mon cœur se dilate et se remplit d’une joie immense.
Dans la chaleur étouffante de ce compartiment, je regagne Paris, les yeux fixés sur mon bouquet de thym suspendu en face de moi dans le filet à bagages.
Cinq heures plus tard, le cri strident des freins pour arrêter le convoi signale l’arrivée en gare. Je regarde par la fenêtre, je vois Maman sur le quai. Je descends du train en courant. Papa n’est pas là. Cela arrive fréquemment. Que ce soit en vacances ou le reste de l’année, l’emploi du temps de Papa est de plus en plus imprévisible. Parfois présent, parfois invisible. Retards et annulations sont fréquents avec lui, et je ne m’étonne donc pas de son absence. Je cours dans les bras de Maman. « Oui, j’ai fait bon voyage ! » Je la trouve un peu absente. La fatigue, sans doute. « J’ai rapporté du thym pour Papa, pour faire cuire ses poissons ! » Elle me répond, d’un ton désolé : « Papa est parti ! »
« Parti ? ». Oui, comme d’habitude, il a dû partir au dernier moment vers une occupation plus urgente ou imprévue… « ses affaires » comme on me disait alors. « Pas besoin de faire cette tête-là ! » Elle me regarde et me répète cette phrase dont je ne pouvais à cet instant mesurer la portée. « Papa est parti ! »
Maman se retourne alors et me tend la main, comme pour me dire « On y va ! ». Mais je sens que quelque chose ne tourne pas rond. Et je reste là, stupéfait, sur le quai de la gare, avec mon bouquet de thym dans les bras.
Je n’avais pas encore compris qu’à cet instant, ma vie – notre vie – venait de basculer.
Je suis né dans une famille de trois enfants. Je suis le dernier. Véronique, l’aînée, a cinq ans de plus que moi, et Dominique, mon frère, juste un an et demi. C’est la raison pour laquelle, enfants, nous partageons longtemps la même chambre. Mes premiers souvenirs remontent à la fin des années 1960, à notre installation dans l’appartement que nous allions occuper de longues années, jusqu’à nos départs respectifs vers notre vie d’adulte.
Je me rappelle les ouvriers travaillant toute la journée dans un chantier permanent. Les parquets retirés – nous marchions sur les lambourdes pour ne pas nous retrouver chez le voisin du dessous –, les premiers papiers peints, l’odeur du neuf… une nouvelle vie commençait pour toute la famille.
J’observais d’autant mieux le suivi des travaux que j’avais eu la bonne idée de tomber malade. Je restais donc de longues journées au lit, en changeant de chambre au gré du déploiement des rénovations.
Je voyais aussi Papa s’affairer. Conseil juridique de profession (ce qui équivaut aujourd’hui à avocat), il avait les horaires qu’il souhaitait. Son bureau se trouvant dans l’immeuble, je le voyais aussi bien travailler à son activité professionnelle qu’à l’embellissement de l’appartement. Papa était un bricoleur hors pair, et j’étais émerveillé par les réalisations qui sortaient par magie de ses mains. En dehors du gros-œuvre, il a réalisé la quasi-totalité des travaux de l’appartement où nous habitions. Lorsqu’il a fallu s’en séparer après le décès de Maman, je suis resté une dernière fois en admiration devant les placards du couloir. Au terme de cinquante ans de vie, parfois rude, aucune charnière ni aucune porte n’accusait la moindre marque de faiblesse.
Les racines de ma famille maternelle sont ancrées dans les terres solognotes, non loin d’Orléans. Papa et Maman se sont connus à Paris par le scoutisme où ils exerçaient chacun des responsabilités régionales. Ils se sont mariés en 1955.
Au moment où nous emménageons, Maman ne travaille plus. Même si elle est aidée par une jeune fille au pair, elle « s’occupe de ses enfants ». À l’âge que nous avons, sa préoccupation se tourne vite vers les écoles. Et si Véronique et Dominique y vont déjà, il s’agit cette année de ma première inscription. Dans le seizième arrondissement de Paris, le choix des écoles est vaste. Je ne sais pour quelle raison nous nous retrouvons ainsi avec mon frère à l’école Saint-Louis-de-Gonzague, plus connue sous le nom de Franklin et tenue par les jésuites. J’y effectuerai la totalité de ma scolarité jusqu’au bac. Elle deviendra ma seconde maison.
Ces premières années d’école sont pour moi très heureuses. L’une de mes institutrices rapporte d’ailleurs à Maman que j’ai toujours le sourire. Il faut dire que nous bénéficions d’une chance extraordinaire. L’école est à dix minutes à pied de la maison. Elle est composée de nombreux bâtiments anciens, de plusieurs cours, d’une volière… d’un bassin avec des poissons et d’un immense marronnier qui nous abrite les soirs d’orage lorsque nous attendons que nos mamans viennent nous chercher. Dans la cour principale trône un bâtiment imposant, un hôtel particulier, datant du début du siècle précédent, dans lequel est aménagée une chapelle. Nos institutrices sont très dévouées, et certaines sont encore capables, quand je les croise dans la rue quarante ans après, de donner mon prénom et mon nom…
Mais au-delà de ce cadre privilégié, nous avons une chance immense et vraiment exceptionnelle. Nous ne pouvions réellement nous en rendre compte à l’âge que nous avions alors.
L’un des pères jésuites avait aménagé un lieu extraordinaire qui nous était réservé, pour nous les petits, hauts comme trois pommes. Au sous-sol du bâtiment principal, un dédale de six pièces, chacune dédiée à un objet précis, constitue ce qu’on appelait le foyer. J’ai été profondément marqué pour la vie par ce soin qu’il avait de nous offrir ce qu’il y avait de plus beau, sans conditions, sans retenue. La décoration de l’ensemble du foyer était d’une minutie incroyable. Des phrases, écrites en lettres d’or sur les murs, nous rappelaient certaines paroles de l’Évangile. Les livres, photos, ou jeux qu’il mettait à notre disposition étaient beaucoup trop beaux et précieux pour des enfants de notre âge. Dans beaucoup d’autres endroits, ils nous auraient été interdits.
Lui faisait confiance. Nous étions ainsi pleins d’attention et de respect devant tant de valeur attribuée à ce que nous étions, de confiance accordée à notre sens naissant des responsabilités.
La chapelle, située à l’étage supérieur, n’était pas en reste. L’autel avait été dessiné par Cocteau, une magnifique vierge en bois avait été mise en lumière par des éclairagistes du Louvre… Les vitraux faits sur mesure provenaient d’une abbaye, les fresques des murs avaient été spécifiquement créées par un artiste. Le carillon qui sonnait les heures était une copie de celui de Westminster. Le foyer et la chapelle étaient une ode à l’émerveillement continuel, un encouragement à s’extasier sur ce qui est beau et vrai. Nous avions 9 ou 10 ans et déjà, nous avions la chance d’être nourris de beauté.
Les jeudis puis les mercredis après-midis obéissent à un rituel immuable. Nous allons au Ranelagh, avec mes cousins, ou des camarades de classe. Les jardins du Ranelagh représentent l’équivalent d’un petit parc ou d’un grand square. Nous y passons l’après-midi à glisser sur des patins à roulettes ou à jouer au ballon ou même avec des cerceaux. Nous repartons le soir, sainement épuisés d’un si grand bol d’air.
Mais assez vite, l’épuisement est pour moi si complet que je me mets à exprimer cette fatigue par une plainte : « J’ai mal aux genoux. » Maman n’y prête guère attention au début, tant cela relève pour elle, et pour moi, d’une fatigue corporelle habituelle et banale. Mais cette remarque se transforme, par sa régularité, en une interrogation. « Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? » Maman accordait toujours une attention particulière à la santé de ses trois enfants et finit par s’en inquiéter.
C’est ainsi que, conseillés par leur médecin, mes parents décident de prendre rendez-vous avec un spécialiste. Il tranquilliserait la famille sur la cause de mes plaintes.
