Je fais le plus beau métier du monde - Benoît Pouzin - E-Book

Je fais le plus beau métier du monde E-Book

Benoît Pouzin

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Beschreibung

Le témoignage de feu du père Benoit, aîné des frères Pouzin (le groupe Glorious) sur sa joie d’être prêtre, suivi de conseils de vie spirituelle. Le « Renaître d’en-haut » des 15-25 ans.

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Seitenzahl: 213

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Père Benoît Pouzin

Je fais le plus

beau métier

du monde

# PRÊTRE # JOIE # JÉSUSCHRIST

Conception couverture : © Christophe Roger

Photo couverture : © Axelle Redivo

Composition : Soft Office (38)

© Éditions Emmanuel, 2017

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

ISBN : 978-2-35389-639-4

Dépôt légal : 2e trimestre 2017

#préface

Amis lecteurs,

Une des joies les plus profondes d’un évêque est d’ordonner de nouveaux prêtres pour son diocèse. Cette joie se démultiplie en voyant avancer ces prêtres dans leur ministère, prendre de la maturité et déployer leurs ailes pour l’annonce à tous de l’Évangile et le service des hommes sans frontières. À mon arrivée dans le diocèse de Valence, il y a trois ans, j’ai fait le choix de visiter chaque prêtre et j’ai pu entendre chacun, dans son style à lui, me faire le récit de sa vie, de sa vocation et de son ministère, car tout cela est lié. Moments intenses, souvent remplis d’action de grâce, parfois aussi moments douloureux ravivant des blessures. C’était pour moi une initiation très concrète au ministère de l’évêque, père, frère et ami de ses prêtres, comme dit le concile Vatican II à plusieurs reprises (par exemple constitution Lumen gentium sur l’Église, n° 28). Je suis conscient que ces rencontres ont permis d’ouvrir la coopération d’une manière authentique, profondément humaine et ecclésiale. Au fil du travail pastoral dans la vie diocésaine, je mesure l’importance d’entretenir ces relations fraternelles par des dialogues en vérité et des temps de relecture de la mission. Cela me paraît essentiel pour exprimer à chaque confrère la reconnaissance du Seigneur lui-même qui ne cesse de nous appeler, de nous former et de nous envoyer.

Quand le père Benoît Pouzin m’a fait part de son projet de livre, je l’ai encouragé. Je suis certain que vous allez avoir du bonheur à le lire, et que cette lecture trouvera un écho en votre cœur. Voici un prêtre qui exprime, du fond de son cœur, ce qui l’anime au quotidien, hier quand il cherchait à entendre l’appel du Seigneur, et aujourd’hui dans son ministère de curé de paroisse avec différentes charges auprès des jeunes.

Ce témoignage d’un prêtre qui vient de fêter son treizième anniversaire d’ordination vous permettra de mieux comprendre ce qui se passe dans le cœur des pasteurs qui sont à votre service, quels que soient leur âge et leur itinéraire, prêtres de toutes les générations, émerveillés de l’appel toujours nouveau du Seigneur. Ils expérimentent tous cette parole de Jésus : « Je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. Je suis le Bon Pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10, 10-11). Vous découvrirez comment les prêtres agissent ensemble comme des frères, en collaboration avec les baptisés, dans des missions qui se complètent : vie paroissiale, préparation au mariage des jeunes couples, formation des enfants et des jeunes, accompagnement des nouveaux chrétiens, des malades, des prisonniers… et au centre de leur vie donnée, la célébration des sacrements et de la messe. Le ministère des uns est aussi le ministère des autres, et nous sommes ensemble engagés dans la mission. Cette fraternité est la clef de la fécondité de notre sacerdoce. D’ailleurs, je ressens cela quand tel ou tel confrère m’envoie un SMS avant une célébration difficile, et moi, son évêque, je prie pour qu’il trouve les paroles qui donneront la paix de Jésus à ceux qui en ont besoin.

Ce livre fera l’effet d’un baume aux jeunes qui, parmi vous, sont en pleine recherche de leur vocation. Selon un adage dont je ne connais pas l’origine, on découvre souvent son propre appel à l’écoute de l’appel des autres. En lisant ce témoignage, ceux qui entendent le Seigneur frapper à la porte de leur cœur auront peut-être moins peur d’oser répondre oui, d’avancer pas à pas en sachant que des frères et des sœurs peuvent les accompagner. Il y a un tel bonheur à se donner pour le Seigneur et pour les hommes ! D’autres, qui pensent au mariage, percevront qu’ils peuvent s’appuyer sur le ministre de l’Église qui les accompagne et va célébrer leur union pour vraiment vivre le don total d’eux-mêmes.

Puisse le témoignage du père Benoît Pouzin ouvrir la porte à des échanges de foi avec des jeunes ou des moins jeunes, des croyants ou des personnes en recherche, des garçons ou des filles en train de discerner l’appel du Seigneur qui les bouleverse ! Que les prêtres qui le liront n’hésitent pas à leur tour à raconter l’histoire de leur vocation !

+ Pierre-Yves Michel

Évêque de Valence

Printemps 2017

#prologue

Jesusfirstinmylife

Jésus est venu frapper à la porte de mon cœur alors que je n’étais qu’un adolescent de 14 ans. Ce fut une surprise. Gentiment rebelle, j’étais en train de prendre la décision de ne plus aller à la messe. Je n’avais aucune envie de prier… et le Christ a tout changé ! Au fil de ces pages, je vais te raconter l’histoire de ma vocation et te dire comment la foi a pris une place si importante dans notre famille.

Oui, je fais le plus beau « métier » du monde ! Tu me diras qu’être prêtre n’est pas une profession mais une vocation. C’est vrai ! Mais en même temps, je vois des personnes qui vivent leur métier vraiment comme une vocation. J’ai rêvé d’être enseignant, avocat, médecin, musicien, mais aussi sportif professionnel ! Aujourd’hui, je suis prêtre et, en quelque sorte, j’accomplis tous ces métiers. C’est ma joie depuis maintenant 13 ans.

Lorsque j’ai fêté mes dix ans de sacerdoce, mon évêque m’a proposé de faire une longue retraite silencieuse de trente jours, les exercices spirituels de saint Ignace. J’ai donc pris un mois pour me ressourcer, prier et rendre grâce au Seigneur ! Rentrer dans ce nouveau rythme n’a pas été facile au départ, mais cette retraite a été vraiment bénéfique. J’ai pris le temps de rendre grâce et de prendre du recul sur mon quotidien. J’ai beaucoup médité la Parole de Dieu. Enfin, ce fut pour moi un temps de purification et de renouvellement intérieur. J’ai de nouveau choisi Jésus et mon sacerdoce. C’est au cours de cette longue retraite que le projet de ce livre a mûri dans mon cœur.

Ami lecteur, quelle que soit ta foi, quelles que soient tes questions, je voudrais te rejoindre et parler à ton cœur. La période de vie que tu traverses est merveilleuse. Tu as des milliers de désirs, une énergie débordante et en même temps l’avenir t’inquiète. Notre système scolaire et universitaire ne te permet pas toujours de découvrir tes talents.

J’aime passer du temps avec les jeunes pour les écouter, les accompagner et les conseiller, mais aussi pour partager leur vie, leurs joies et leurs peines. Certains ont plus de mal à s’exprimer et à mettre des mots sur ce qu’ils vivent, c’est bien normal. D’autres osent se confier et ouvrir leur cœur.

Tous cherchent le sens de leur vie. Ils ont souvent l’impression que les adultes n’entendent pas ce qu’ils vivent, comme s’ils étaient sur une autre planète. L’adolescence est cette période de mutation et aussi de deuil au cours de laquelle on sort de l’enfance. Voilà pourquoi certains s’habillent en noir et ont des idées morbides. Des pulsions de vie et de mort cohabitent parfois douloureusement. L’adolescence est un passage. J’aime ce mot qui rappelle le mystère pascal. Toute notre vie est faite de passages, certains douloureux, d’autres heureux.

Ton corps change, il faut apprendre à le réapprivoiser. Ton entrain oscille entre « deux de tension » et énergie débordante. Tu as besoin de reconnaissance et d’amitiés vraies. En effet, l’amitié est le don le plus précieux parce que tu fais l’expérience de la confiance et du partage en profondeur. L’amitié est le lieu de la confidence : l’ami est cette personne à qui tu peux confier des pensées intimes, personnelles. Tu fais ainsi l’expérience de la confiance et du partage. Une des découvertes les plus terribles que tu puisses vivre, c’est la trahison. Je pense souvent au Christ qui a vécu dans sa propre chair le fait d’être trahi par l’un des siens. L’amitié nous ouvre sur les autres. Faire de bonnes rencontres est capital à ton âge. Si l’on finit toujours par se relever d’un 0 en maths, un 0 en amour peut en revanche être mortel !

Je vois des jeunes rencontrer le Christ en profondeur, ils sont véritablement libérés par son Amour. La foi donne la joie de vivre, la joie de s’engager, de se donner, d’oser une aventure et d’aller de l’avant. La foi donne un sens à la vie ! Un jeune qui croit en Dieu rayonne ! Il possède une grande force pour dire avec joie et dans la paix les petits « oui » du quotidien qui préparent le grand « oui » qu’il prononcera lorsqu’il se mariera ou s’engagera dans une forme de vie consacrée.

Au fil de ces pages, comme un ami, je voudrais te présenter le trésor de ma vie qui pourra devenir le tien. Il te rendra heureux, très heureux ! « Le Christ n’enlève rien, il donne tout », disait Benoît XVI aux jeunes. N’aie pas peur de te laisser rejoindre par Jésus !

#famille

vocation

Ma famille

Je m’appelle Benoît, j’ai 40 ans et je suis l’aîné d’une famille de six enfants. Mes parents avaient 22 ans lorsqu’ils se sont mariés et je suis né deux ans plus tard. Mon frère Aurélien est arrivé 18 mois après ma naissance. Benjamin est né ensuite, puis Thomas, 18 mois plus tard. Quatre garçons en 7 ans… une belle équipe ! Nous avons ensuite eu la grande joie d’accueillir des filles dans notre fratrie. Mes deux petites sœurs, Amélie et Alice, sont arrivées quelques années plus tard. Elles ont aujourd’hui (bientôt) 26 et 24 ans. Je n’ai pas vraiment vu grandir Alice ; elle n’avait que 2 ans et demi lorsque je suis entré au séminaire. Mon frère Aurélien et son épouse Céline ont 5 enfants. Benjamin est marié avec Claire et ils ont 4 enfants.

Au début de leur vie de couple, mes parents restent fidèles à leur éducation et vont à la messe tous les dimanches. Par tradition, pourrait-on dire. Leur foi n’est pas personnelle. La prière ne fait pas partie de leur vie et ils n’ont pas d’engagement dans l’Église, un petit peu comme ceux qui aujourd’hui se disent « croyants mais non pratiquants », et qui vont à la messe à Noël ou à Pâques.

En 1981, alors que j’ai 4 ans, mon père vit une expérience spirituelle très forte qui va transformer sa vie : il rencontre le Seigneur. Il a subitement le désir de prier alors qu’il n’en aucune expérience. Il m’a partagé cela bien plus tard, après ma propre conversion, et me l’a raconté ainsi :

Un soir, alors que mon épouse s’endort, je tombe à genoux comme un enfant au pied de mon lit, devant un crucifix. Impossible de dire ce qui me pousse à faire cela. Je me sens alors enveloppé d’une onction, c’est-à-dire d’une force et d’une grande douceur. C’est une expérience nouvelle. Des larmes de joie coulent sur mes joues. Elles jaillissent des sources profondes enfouies en moi. Je ne comprends pas ce qui m’arrive mais cela me marque profondément. Jésus se révèle à moi. Je l’accueille comme mon Sauveur et je m’adresse à lui.

Après ce moment très fort, je commence à aller à la messe de 7h chaque matin. Ma femme est très étonnée… notre curé aussi ! J’installe un petit oratoire dans notre maison, ce qui, au départ, agace mon épouse. « Nous ne sommes plus deux mais trois dans notre couple », lui dis-je. Quelle surprise pour elle ! Depuis ce jour, je débute chaque journée par la messe du matin.

Pour la première fois de sa vie, mon père s’adresse au Seigneur. Il a, ce soir-là, la certitude que Jésus est vivant, qu’il est tout proche de lui et qu’il l’aime d’une manière toute particulière. Cela va changer sa vie. Dans son travail, ses collègues ne le reconnaissent pas : « Mais Pouzin, que t’arrive-t-il ? Tu es toujours heureux ! » La joie de sa conversion rayonne !

Après une telle expérience spirituelle, il faut « atterrir » et creuser cette relation avec le Christ pour l’enraciner, pour qu’elle ne se solde pas comme une simple et éphémère expérience « mystique » dont l’intensité s’effrite avec le temps. Papa rencontre alors le père Guy Gilbert qui l’invite à s’occuper des pauvres et des marginaux. Il prend cet appel très au sérieux. Ainsi, nous avons été habitués à voir à notre table le nouveau SDF du coin, invité à partager notre repas familial. Avec mes frères, nous nous amusons à imiter certains d’entre eux qui sont vraiment hors du commun… c’est parfois très drôle !

De son côté, ma mère se convertit progressivement. En couple, ils avancent sur le chemin de la foi. Ils se forment et prient ensemble et cela renforce leur unité conjugale. Le premier vendredi de chaque mois, ils vont adorer1 Jésus pendant la nuit. Quelle fidélité et quel magnifique témoignage ! Mes frères et sœurs ont tous vécu cette expérience personnelle d’amour avec le Seigneur qui a changé leur vie. Je crois vraiment que c’est dans le cœur-à-cœur fidèle de mes parents avec Jésus que nos vocations sont nées.

« Vous êtes vraiment une famille extraordinaire. Vos parents ont beaucoup de chance ! » J’entends parfois cela… Mais non ! Nous ne sommes pas extraordinaires, nous ne sommes que des personnes ordinaires qui avons rencontré un Dieu extraordinaire ! « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu », dit Paul dans sa lettre aux Éphésiens (2, 8).

Depuis que je suis prêtre, je rencontre beaucoup de familles. Je suis surpris des rivalités, des combats, des jalousies et des haines qui peuvent exister dans une fratrie. Bien évidemment, dans ma famille aussi, nous nous disputions, mais c’était sans haine ni violence. J’ai eu l’immense grâce de vivre une enfance paisible et joyeuse avec mes frères. Nous étions – et sommes toujours – une famille unie par l’amour… et par son cousin, l’humour ! C’est si important de ne pas se prendre au sérieux et de savoir rire ensemble, sans manquer de charité, bien sûr ! Nous aimons nous imiter les uns les autres… et nous ne nous « ratons » pas !

Notre vie de foi

La prière

Chaque soir, nous prions en famille. C’est une belle prière toute simple. Avec sa guitare, mon père accompagne des chants de louange. Nous exprimons spontanément nos actions de grâce, nos demandes de pardon ou encore nos intentions de prière. Parfois nous récitons le chapelet2. Nous apprenons aussi à nous familiariser avec le silence et à goûter la Parole de Dieu. J’aime ce passage du livre d’Ézéchiel dans la Bible. La Parole de Dieu est à la fois un don et une nourriture :

« Fils d’homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel (Ézéchiel 3, 3).

C’est aussi pendant ces temps familiaux que démarrent les fous rires les plus improbables ! Familles, prenez le temps de prier ensemble ! C’est le rendez-vous principal de votre journée et il est prioritaire sur tout le reste.

« Mon père, on n’y arrive pas, on n’a pas le temps. » Combien de fois ai-je entendu cela… Je sais que c’est difficile. Mais retrouvons le sens des priorités ! Le Seigneur doit être à la première place. Il est LA priorité de nos vies ! Faisons des pauses dans notre quotidien surchargé et prenons le temps de nous mettre en présence du Seigneur. Pour persévérer et être fidèle à la prière familiale, ce temps doit être un moment simple et joyeux. Quand nous prions, nous allons à la rencontre du « Tout Autre » qui s’est fait tout proche. Chaque détail de nos vies l’intéresse, nous pouvons tout lui confier.

Familles, découvrez le trésor qu’est la Parole de Dieu ! Il ne peut y avoir de prière chrétienne sans écoute de la Parole de Dieu.

Écoute Israël : Le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé (Deutéronome 6, 4-7).

Écouter est bien le premier de tous les commandements. Dieu ne demande qu’une chose, c’est d’écouter. Voilà pourquoi nous avons deux oreilles et une bouche !

La grâce du pardon en famille

Depuis que nous sommes petits, nous faisons en famille l’expérience du pardon et nous éprouvons à quel point est puissante la miséricorde de Jésus, qui se déverse en abondance dans nos vies. Nos parents nous apprennent à nous demander pardon lorsque nous nous parlons mal ou que nous nous disputons. Cela se passe généralement pendant la prière du soir. Mais ils savent aussi se mettre eux-mêmes à genoux devant nous pour nous demander pardon d’un emportement ou d’une parole trop rapide. Mon cœur d’enfant est marqué par leur démarche si concrète et si humble.

Qu’il est difficile et exigeant de vivre ensemble ! J’en suis témoin depuis que je suis prêtre et que je visite des familles. Étymologiquement, le mot « éduquer » signifie « guider », « conduire dehors ». L’éducation – les parents le savent bien – est ce juste équilibre à trouver entre exigence et bienveillance. C’est cela, aimer !

« Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5, 3). Pour demander pardon, il nous faut de l’humilité, de la simplicité et aussi une réelle pauvreté de cœur, celle dont nous parle Jésus dans les Béatitudes. Le pardon nous rend humbles, c’est le chemin de la sainteté.

Servant d’autel le dimanche

Une fois arrivé à l’âge de 7 ans, mes parents me proposent de servir la messe dans notre paroisse Saint-Émilien de Valence. Cette nouvelle aventure fait grandir ma foi en l’Eucharistie. Je suis heureux de me rapprocher de l’autel et de porter une aube. Mais surtout, quelle joie pour moi d’aller à la messe en ayant une mission à remplir ! Cette responsabilité m’aide à être fidèle. Très vite, je prends en charge les servants d’autel plus jeunes. L’un d’eux deviendra prêtre lui aussi.

Le foot… et l’école !

Depuis ma jeunesse, je suis un passionné de foot ! Toutes les occasions sont bonnes pour se retrouver, avec mes frères ou avec des amis, autour du ballon. Dans la famille, Aurélien a même un réel talent. Il avait été repéré par de grands clubs de ligue 1 et avait fait des stages à Clairefontaine avec l’équipe de France junior. Nous sommes de férus défenseurs de l’équipe de Valence, alors en ligue 2. Que de bons souvenirs de supporters avons-nous ! Aujourd’hui encore, un dimanche après-midi par mois, j’organise un match de foot pour les jeunes, avec leur papa… et leur prêtre !

Le terrain de jeu permet de dévoiler les talents. Don Bosco, un saint prêtre et éducateur du XIXe siècle, aimait jouer au foot avec les jeunes dont il avait la charge. Par le jeu, les caractères se révèlent et s’affirment. Le sport en équipe permet à chacun d’avoir une place tout en créant un esprit de corps et de fraternité. J’aime développer cela autour de moi : encourager, motiver, se dépasser, oser, prendre des risques, se confronter à l’autre, donner le meilleur de soi, etc. Le jeu est tellement éducatif !

Le foot me permet aussi de rencontrer des jeunes pas toujours à l’aise avec la messe. Le prêtre que je suis les rejoint sur leur « terrain ». Grâce au lien créé par le jeu et les discussions qui s’ensuivent, certains acceptent ensuite d’animer des camps d’été pour les plus jeunes et vivent alors une expérience de foi. J’aime le dire ; le sport peut permettre de rencontrer le Seigneur ! Il se sert de tout pour sa Gloire !

Du côté de l’école… rien d’exceptionnel ! Je suis un écolier puis un collégien ordinaire qui, souvent, ne trouve pas le sens de ce qu’il fait. Comme beaucoup, je me pose des questions sur l’utilité de ma scolarité : à quoi bon travailler et apprendre tant de cours qui ne serviront jamais ? Malgré tout, je me débrouille assez bien et, bien que le système scolaire ne me passionne pas, j’envisage de devenir enseignant. La plupart des professeurs me semblent inintéressants et surtout terriblement blasés par leur métier. Je rêve de passionner mes élèves avec ma matière.

J’entre ainsi tranquillement dans l’adolescence. Après une première année de collège, je passe très naturellement en classe de Cinquième. Trois passions m’habitent cette année-là : le foot, cela va sans dire, mes amis, et les filles. Je ressens mes premiers émois amoureux. Je ne vais plus au collège que pour la cour de récréation, rien d’autre ne m’intéresse. Les conséquences ne se font pas attendre et ce qui devait arriver arriva : le conseil de classe signe sans appel mon redoublement de Cinquième. L’équipe pédagogique a alors l’idée (allez comprendre…) de me remettre avec les mêmes professeurs que l’année précédente… Sur le plan des résultats scolaires, c’est catastrophique : ma deuxième Cinquième est pire que la première.

Grâce à mes parents, je fais la connaissance d’un jeune garçon de mon âge, qui est pensionnaire et heureux de l’être, dans une école tenue par des pères spiritains près de Valence. Il me raconte sa vie à l’internat et cela m’attire. Je demande donc à mes parents de m’y inscrire. J’entre ainsi à 14 ans en classe de Quatrième dans ce nouvel établissement.

Ma conversion, l’été de mes 14 ans

Chaque été, nous avons l’habitude, avec Aurélien, de passer trois semaines dans une colonie de vacances organisée par une communauté religieuse en Ardèche. J’ai toujours aimé y aller car nous retrouvons de nombreux amis. Mais cette année, puisque je prépare mon entrée à l’internat, je décide de ne pas faire le camp. J’accompagne donc mes parents, sans aucun enthousiasme, à leur session à Paray-le-Monial3.

J’y suis déjà allé. A priori, j’aime bien cet endroit. À 9 ans, j’ai participé à une session où Mère Teresa était présente4. Un jour, pendant la messe, j’ai reçu un appel intérieur. Au moment de recevoir l’Eucharistie, je me suis levé et ai communié pour la première fois de ma vie. Ce n’était pas du tout prévu, j’ai décidé cela seul et l’ai vécu seul avec le Seigneur. Mère Teresa animait le temps de l’action de grâce, ce fut un moment incroyable !

Mais cette fois-ci, du haut de mes 14 ans, je pars en traînant les pieds et en faisant la tête… Pendant la session, nous sommes répartis en groupes par tranche d’âge. Au cours de la journée, des activités spécifiques sont proposées : des enseignements, des prières, des partages, des services mais aussi des jeux. Aurélien n’est pas avec moi et j’affronte donc seul les premiers moments dans mon groupe. Entouré d’inconnus, l’expérience est horrible ! Une sourde colère monte en moi. Je ne cache pas ma mauvaise humeur et mon désintérêt. Mon sweat à capuche vissé sur les épaules, j’éprouve une certaine joie intérieure à manifester un dégoût permanent pour tout ce qui est proposé.

Sœur Emmanuelle du Caire5 visite notre groupe et nous raconte ce qu’elle vit au milieu des plus pauvres. Je suis assis à côté d’elle. Elle nous parle avec son cœur. Une anecdote me marque particulièrement : un jour, elle voit un petit garçon d’environ trois ans, perché sur un immense tas d’ordures dans un bidonville du Caire. Il trouve une tomate dans un état de pourriture indescriptible et la porte à sa bouche. Aussi vite que possible, elle le rejoint et l’oblige à la jeter. Mais l’enfant lui répond qu’il a faim et qu’il n’a rien d’autre à manger…

Quand je réalise ce que vit ce petit enfant, je suis calmé ! Dans la suite de son témoignage, sœur Emmanuelle nous apprend à lutter contre le gaspillage. Elle n’hésite d’ailleurs pas, lorsqu’elle visite des écoles en France, à demander au directeur d’apporter les poubelles de la cantine et à les vider entièrement de leur contenu sous les yeux des élèves pour expliquer combien de personnes elle pourrait nourrir avec les restes des repas.

Nous nous faisons « secouer » par cette petite grand-mère à la voix haut perchée. Je suis chamboulé par sa foi et par son dynamisme hors du commun. La jeunesse de son cœur donne envie de se retrousser les manches. « Yallah » nous lance-t-elle ! Cet appel est comme un envoi : « N’aie pas peur ! Partage, donne, ose la rencontre avec le plus pauvre ! » En l’écoutant, un mot résonne fortement en moi : missionnaire ! Comme elle, je veux aider mon prochain.

Chassez le naturel, dit-on, il revient au galop ! Hélas ! Cette flamme allumée par sœur Emmanuelle semble vaciller dès le lendemain et mon côté rebelle de bon adolescent reprend le dessus. Nous sommes le 16 juillet 1991. Notre groupe commence la journée par un temps d’adoration eucharistique. J’ai déjà vécu cela lors des colonies de vacances en Ardèche. Cette activité me semble intéressante mais quand même vraiment monotone… J’ai donc ce matin une motivation proche de zéro et je cherche comment disparaître de la circulation. Dans ce genre de situation, il n’existe qu’un seul bon plan : filer aux toilettes !

Tu sais, c’est comme au moment où les parents te demandent de mettre le couvert ou de vider le lave-vaisselle… Le calcul est vite fait. Tu as des choses bien plus urgentes à faire. Et d’ailleurs, c’est profondément injuste. C’est toujours à toi qu’on demande un service, jamais aux autres, n’est-ce pas ? Les toilettes sont, une fois de plus, le bon plan !

Je cherche donc, ce matin-là à Paray, le moyen de m’éclipser discrètement pour la première partie de la matinée, mais je me fais rattraper. Je ne connais pas suffisamment les lieux. Dommage, impossible de fuir ! Contraint et forcé, je m’approche de la tente où est exposé le Saint-Sacrement6