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Une prostituée qui crie vers le Christ qui lui répond, la Bible retrouvée dans les décombres du World Trade Center ouverte à une certaine page, un immeuble qui disparait du cadastre pour pouvoir être offert à des religieux, l’impossible prière d’un prisonnier exaucée, une mouche à l’origine d’une conversion… Comme le disait Julien Green, « l’Évangile ne fait que commencer », et aujourd’hui encore le Christ guérit les malades, inspire des connaissances surnaturelles aux priants, multiplie la nourriture et surtout la charité dans les cœurs… Ces 80 histoires, racontées avec le ton et l’humour si vivants propres à leur auteur, en sont la preuve : Dieu est l’œuvre dans nos vies !
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Seitenzahl: 159
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Joseph Challier
Joyeux miracles
80 histoires véridiques pour stimuler votre foi
Couverture : Christophe Roger
Édition : Hélène Mongin
Composition : Soft Office (38)
© Éditions Emmanuel, 2025
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanel.com
ISBN : 9-782-38433-310-3
Dépôt légal : 3e trimestre 2025
« Tu veux un miracle ? Sois ce miracle. »
Voilà une belle citation de Morgan Freeman, alias Dieu, dans la comédie américaine Brucetout-puissant.
Elle est tout à fait juste.
Cette phrase pulvérise le fidéisme – gros mot par lequel on désigne le fait de tout attendre de Dieu, de faire ses prières sans prendre ses responsabilités. Une attitude qui m’agace assez considérablement. Se laisser gagner par un enthousiasme débordant pour le merveilleux, voir le merveilleux partout à en devenir ridicule… Cette course aux miracles, aux prodiges ou aux signes (nous reviendrons après sur la distinction entre ces trois termes) n’est pas, selon moi, la foi chrétienne. Ce peut être une foi en quelque chose de surnaturel, ce qui peut être un premier pas pour suivre le Christ, mais le chrétien ne peut en rester là.
Il est dangereux pour l’homme de chercher les signes : il risque de les trouver. Du moins, de trouver des faux signes, de se fabriquer ses signes, de ne suivre que le merveilleux de l’affaire…
Point de merveilleux et de sensationnalisme dans ce qui va suivre, donc. Mais des récits inspirants.
Une autre chose m’agace non moins considérablement : le rationalisme primaire qui rend incapable de constater l’incroyable, de s’émerveiller du miraculeux. Cela me rappelle une autre citation, tout aussi vraie, de l’écrivain Chesterton : « Ce qu’il y a de plus incroyable dans les miracles, c’est qu’ils arrivent. »
Si l’on retirait des évangiles les miracles qu’ils rapportent, on réduirait de moitié le récit de la vie terrestre du Christ. Les miracles font partie de la foi chrétienne. Pas la foi moyenâgeuse, où la science n’était pas si développée. La foi d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Notre foi implique une part évidente de surnaturel, d’inattendu, d’inconcevable pour notre esprit humain. Oui, ces miracles ont eu lieu. Jésus est ressuscité.
Pas de snobisme ou d’ironie dans ce qui va suivre, donc. Mais des témoignages sincères.
Des miracles ?
Il est temps de définir un peu ce mot-tiroir, « miracle ». Selon la définition de l’Académie française, il s’agit « d’un phénomène qui déroge aux lois ordinaires de la nature et auquel la science ne peut assigner aucune cause ». La science ne parle pas de phénomène inexplicable, mais de phénomène inexpliqué, dans le sens où la recherche future trouvera l’explication (ce qui est joliment paradoxal, puisque cela ressemble fort à une croyance en la recherche… belle, d’ailleurs ! et que je partage). La suite de la définition de l’Académie française dit que le miracle est « un signe de l’action de Dieu qui est propre à susciter ou à confirmer la foi ».
J’aime ces deux parties de la définition. Selon moi, un miracle implique d’abord un constat avant de susciter une interprétation. Il y avait une maladie incurable, un médecin l’avait constaté. Il n’y a plus de maladie, un médecin peut le constater. Il n’y avait plus de soupe dans la marmite. La marmite s’est mise à déborder de soupe. Ensuite seulement intervient l’interprétation : Dieu a fait ce miracle. N. B. : il ne s’agit pas d’une « preuve ». Le qualifier ainsi serait aller trop vite en besogne, sans respecter les règles scientifiques et théologiques. Le miracle, en revanche, est un signe. Que tout homme peut, ou non, suivre. Le chrétien pourra interpréter ce miracle pour renforcer sa foi, comprendre tel mystère, s’approprier telle partie du message évangélique. Le non-chrétien pourra se laisser bousculer et interroger ses croyances.
Dans le Nouveau Testament, trois mots grecs sont traduits par « miracle » en français. Sémèiôn, le signe, sorte de panneau indicateur vers une réalité d’en haut, un invisible pourtant existant… Téras, le prodige ou la merveille, tel un numéro de magie qui surprend et en met plein la vue, que personne ne peut ne pas voir… Et dunamis, la puissance, la force, les actes de puissance de Dieu…
Dans les histoires qui vont suivre, il y a des prodiges, des signes, des belles conversions, des témoignages édifiants, des guérisons spectaculaires et miraculeuses, etc. Bref, Dieu à l’œuvre. Mais le langage courant regroupe souvent tout cela sous le vocable « miracle ». Aussi garderons-nous désormais ce même mot.
Pourquoi nos esprits de catholiques cartésiens se refusent-ils bien souvent à croire aux miracles ? Soit Jésus est vivant, et cela change tout. Car alors l’Évangile continue de s’écrire. Soit Jésus n’est pas ressuscité, et « vaine est notre foi » (1 Co 15, 14).
Figurez-vous que 43 % des Français croient aux miracles (sondage Ifop du 13 juin 2023). Se pourrait-il que cette soif de l’impossible trahisse une quête de Dieu ? Se pourrait-il qu’il y ait des traces aujourd’hui encore de la Résurrection ? Fort de cette double conviction, je me suis mis à récolter ces « miracles ». Un par un, avec autant d’émerveillement que d’esprit critique. Je suis parti avec l’idée de ne garder que ceux que je pouvais un tant soit peu authentifier. Ils sont déjà nombreux et beaux. Adieu, donc, histoires trop sensationnalistes ou bien dont les sources sont confuses. Bienvenue, histoires authentiques et inspirantes. Ensuite, j’ai voulu partager simplement ce que ces récits de miracles m’inspiraient comme émotion, réflexion ou action. Pour, à notre tour, agir, prier, demander.
Puissent ces miracles nous aider à interroger nos vies, nos croyances et nos certitudes ; à rendre gloire à Dieu de son action en et par nos vies ; et à nous tourner vers lui pour lui demander : « Seigneur, augmente en nous la foi ! » Que ces miracles ne nous laissent pas bouche bée d’admiration puérile, mais qu’ils nous réveillent, nous entraînent et nous encouragent !
Oui : « Seigneur, augmente en nous la foi ! »
Il n’y a rien de plus pénible que d’entendre des promesses de prière lancées en l’air. Ou alors si : un week-end avec un Parisien qui sait tout sur tout ! C’est dire ! Mais revenons au fameux « Je vais prier pour toi », qui parfois devrait plutôt se traduire par : « Ne me parle pas de ta souffrance. » Par exemple, Rémi raconte une épreuve qu’il traverse ; Chantal ne donne aucune seconde à son cœur pour en être touché et accueillir ce partage, voilà déjà qu’elle lance une torpille estampillée « On va prier et tout va bien aller »… ou pire : « Il faut que tu pries ! » Autre version de ces prières pleines d’esprit du monde : « Oh, c’est comme une histoire que j’ai entendue : ils ont fait une neuvaine et le problème était résolu. »
Le problème n’est pas de vouloir prier.
Le problème est de ne pas s’intéresser à la souffrance de l’autre.
Le problème est de s’échapper de la situation par une attitude pharisienne de promesse de prière. Sans s’impliquer.
Si Chantal écoute Rémi, compatit puis décide de prier (et de le dire – ou pas ! – à Rémi), la situation n’a plus rien à voir.
Alors on aime.
Alors on intercède. Intercéder sans aimer, c’est réciter des prières, tels de gentils païens.
Le chrétien peut plus.
Il peut aimer (ce qui prouve non pas sa foi, mais son humanité).
Il peut prier, ce qui éprouve sa foi. Il prie alors avec ses tripes pour demander à Dieu son aide dans la situation de Rémi. Les disciples du Christ font cela. Mine de rien, ils font trembler le monde des démons et de l’égoïsme, du fatalisme, du rationalisme radical…
Parfois, certains voient les fruits immédiats de leurs prières. Comme dans les histoires qui vont suivre.
Les miracles ne viennent finalement que de Dieu. Ils sont une grâce donnée par grâce. Prier, c’est demander la grâce.
Alors qu’ils sont à la maternité, Paul et Anne s’inquiètent de l’accouchement qui débute (qui ne serait inquiet ?). Anne, que les douleurs de l’enfantement commencent à saisir, demande soudainement à son époux de louer Dieu avec elle. Enfin, demande… Demande avec toute la force de persuasion dont est capable une femme qui va commencer son travail. Paul, sous le coup lui aussi de l’émotion (que de souffrances va vivre sa chère femme qui est là, à ses côtés ; et que peut-il faire ?) est surpris par sa requête pleine de foi. Il a quelque peu l’habitude de louer. Par réflexe, le voici donc qui commence à remercier Dieu pour les merveilles déjà faites par lui dans leurs vies, pour la vie qui vient, pour le don des enfants… Anne, quant à elle, glorifie le Seigneur (toujours avec cette force particulière d’une femme en plein travail), crie sa louange, offre ses douleurs pour les missionnaires autour du monde, appelle l’Esprit Saint. Disons-le simplement : voilà nos deux chrétiens en train de crier leurs prières et de hurler des psaumes ! Ce qu’ils ne savent pas, c’est que ce n’est que le début… En effet, durant tout l’accouchement, ils louent. Quinze heures durant, les psaumes, les actions de grâce s’enchaînent entre deux « poussez, madame » et mains broyées. Le bébé naît. Gloire à Dieu (on peut le dire) ! Le médecin, impressionné par leur louange, demande à les revoir. Avec le temps, ils deviennent amis. Et le médecin demande l’effusion de l’Esprit Saint.
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J’aime cette force de la prière criée, pétrie dans notre humanité parfois mouvementée ! Prier avec notre vie, avec notre corps glorieux ou balourd, pleurer l’espérance lorsqu’on galère, crier notre angoisse en un dernier chant d’espérance, rendre grâce à Dieu avec nos joies et nos peines…
Je ne crois pas que le Bon Dieu nous demande dans la prière de mettre de côté nos problèmes pour « faire la paix en nous ». Je ne vois pas pourquoi sinon il se serait enquiquiné à venir nous rejoindre sur place ! Non, le Bon Dieu n’est pas Bouddha, il se réjouit que nous lui présentions nos vies… y compris ce qui est difficile !
Dans une réunion de famille pour les vacances de Noël, l’un des hommes présents, Benoît, est pris d’une forte douleur au nez. Le mal gagne tout le système nasal et les mâchoires. La souffrance est terrible. Alors qu’il vient de prendre un médicament, son beau-frère, Thomas, lui propose de prier pour sa guérison. Benoît accepte. Ayant entendu cette proposition, sa femme rapplique. Les voilà tous trois à intercéder – dans la cuisine ! – pour la guérison de Benoît. Puis ils enchaînent sur une prière de bénédiction pour sa vie tout court. Thomas demande au Bon Dieu de donner un travail à son beau-frère qui cherche depuis longtemps.
Fruit de la prière ? Serait-elle un médicament hyper efficace, aux effets secondaires très bénéfiques qui résoudraient d’un coup les problèmes de France Travail et de la Sécurité sociale ? Toujours est-il que le mal quitte immédiatement le souffrant. Et le chômeur trouve un travail dans les dix jours qui suivent. Autant vous dire que la famille a été quelque peu rassérénée par cette expérience.
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Avec l’ambiance de Noël de ce miracle, on pourrait se croire dans une version moderne de la Pastorale des santons de Provence. Ce merveilleux conte, écrit dans une langue d’oc et d’or par Yvan Audouard, imagine les miracles que le Bon Dieu ferait dans un village de Provence après la naissance de Jésus, « tellement il est content, le Bon Dieu ». La Bonne Nouvelle, c’est que les miracles n’arrivent pas que dans les contes, ni qu’à Noël…
À l’époque de l’URSS, dans une des maisons tenues par les sœurs de mère Teresa en Arménie, à Erevan, se trouve une petite fille qui souffre d’une paralysie croissante des membres et des voies respiratoires. Quand les médecins en arrivent à dire qu’elle va mourir dans la nuit, on prévient secrètement le prêtre pour qu’il aille baptiser l’enfant. Une sœur est là et prie pour la petite fille.
Tout le monde pense enterrer son corps le lendemain. Cependant, au matin, la paralysie pulmonaire a diminué. Elle peut respirer normalement. Trois semaines plus tard, l’enfant entre dans la chapelle des sœurs et leur fait une danse pour les remercier de leur prière.
La guérison étant extraordinaire, les médecins font un rapport à la direction de l’hôpital ; celle-ci en parle à l’Ordre des médecins d’Arménie. L’histoire remonte jusqu’aux autorités sanitaires basées à Moscou, qui envoient alors une délégation de médecins et de psychiatres à Erevan pour trouver quel traitement les sœurs de mère Teresa ont utilisé. Durant l’enquête officielle, les sœurs expliquent comment elles prient et donnent aux malades des médailles miraculeuses de la rue du Bac. Le prêtre du couvent essaie lui aussi de faire comprendre ce qui s’est passé aux fonctionnaires communistes, peu enclins à croire aux miracles. Toutefois, les membres de la délégation croient à l’organisation, aussi prennent-ils une médaille et la collent-ils sur une feuille de leur volumineux rapport.
Deux ans plus tard, le prêtre se tient à un carrefour de Moscou quand tout à coup, il entend une voix derrière lui l’appeler. Il se retourne et reconnaît le jeune assistant de la commission d’enquête.
– Père, quel formidable hasard de vous rencontrer ! Hier, j’ai été baptisé et reçu dans l’Église orthodoxe. C’est certainement grâce à la médaille miraculeuse que vous nous aviez donnée.
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La prière, arme de construction massive ? On pourrait le croire avec ce genre d’anecdote. Puisse-t-elle renforcer notre demande confiante en Dieu !
Cette histoire commence dans une banlieue ouvrière typique de Londres (maison de briques rouges après maison de briques rouges). Ilford, pour ceux qui ont le souci du détail. Y naît un dénommé Francis. Alors que le bout de chou n’a que 2 ans, son père abandonne sa mère. Francis et son frère aîné poussent comme des herbes sauvages. Il n’y en a même pas dans son quartier de cité minière. Délaissés par leur mère, les deux ados tournent rebelles, cèdent à la mode des bandes. Ils deviennent skinheads. Francis se lance alors avec toute l’énergie de ses 15 ans dans un master en délinquance, dont les matières n’ont guère changé depuis l’époque : arrêt de l’école, classe découverte drogue, consommation des filles, discipline sportive bagarres en tout genre, initiation aux cuites, introduction aux langues appliquées de la provocation et de la haine… Pour s’acheter leur drogue, les deux frères dévalisent un magasin de chaussures. Leur carrière s’arrête alors net : ils sont pris par la police. Francis écope d’un sursis. Mais son frère, lui, est condamné à la prison et incarcéré. Francis se retrouve alors seul. Il squatte une chambre dans un immeuble abandonné. Pas si seul que cela, si l’on compte l’accompagnement bien fidèle de ses idées noires. Il n’arrête pas de s’interroger sur le sens de sa vie… puis de la vie en général. Traînant son désespoir dans les rues d’Ilford, le jeune homme est attiré un jour par un bout de papier coloré perdu dans une cabine téléphonique (pour les plus jeunes, une cabine téléphonique était un espace en bois ou en verre où l’on pouvait passer un coup de fil sur un téléphone à fil, avant l’arrivée du portable. Vous pouvez en retrouver parfois aujourd’hui, transformées en boîte à livres). Toujours est-il que Francis s’avance vers ledit bout de papier, qui s’avère être une image. Sans doute tombée d’un portefeuille, elle représente un homme au visage pâle et doux, aux cheveux longs et blonds. Détail surprenant, il lève la main vers le ciel. Et encore plus surprenant, son cœur rouge sang est apparent sur une tunique bleu ciel, et des rayons d’or en jaillissent. « Trop dark ! » (Commentaire positif, à l’époque, dans l’esprit de Francis.) Au bas de la surprenante image, il lit cette inscription : « Christ, Infinie Miséricorde. Jésus, j’ai confiance en toi. » Francis ne comprend pas. Il ne comprend rien à la phrase mais surtout, il ne comprend pas pourquoi ce type le touche. Parce qu’il est clair que ce hippie lumineux le rejoint quelque part. Le skin glisse le portrait dans sa poche de blouson. Les jours qui suivent, il le regarde régulièrement et ressent à chaque fois une mystérieuse émotion.
Après son master en délinquance, il commence une thèse de quête existentielle : il étudie le New Age, essaie l’hypnose, les pendules, consulte des voyants, puis des médiums (car apparemment, oui, il y a une différence)… bref, il cherche. Il ne sait pas quoi, mais il cherche. Et ne trouve pas, au vu de son insatisfaction. Dans cette quête pourtant, persiste une constante : l’image du hippie de « l’Infinie Miséricorde » continue de le fasciner. Plus il la regarde, plus cette image le console. Oui, carrément : le console. Désormais, il la porte en permanence sur lui, comme un talisman.
Quelle n’est donc pas sa surprise lorsqu’un jour, il voit dans une vitrine une reproduction taille poster de son image ! Aimanté, il découvre alors qu’il s’agit d’une librairie catholique. Il ne connaissait même pas le concept. Qu’importe, le hippie l’appelle. C’est trop fort. Voilà donc Francis le skinhead qui entre dans la pieuse librairie. Tel qu’il est, avec son jean en morceaux, son cuir, ses chaînes et ses clous, ses santiags poussiéreuses, trois boucles à l’oreille. De quoi faire sursauter la commerçante, Cathy de son prénom.
– C’est qui, lui ? demande ce jeune homme à l’aspect peu rassurant, et même menaçant.
Pourtant, oui, il montre bien le poster de la vitrine et pose une question simple. Autant lui répondre, même si l’on n’est guère rassurée :
– Euh… le Sacré Cœur, c’est-à-dire Jésus notre Sauveur, répond la libraire.
– Vous pouvez m’en dire plus sur ce type, Jésus notre Sauveur ?
– Heu, bien sûr… Jésus est le fils de Dieu. Il a été envoyé par son Père pour sauver les hommes, chacun des hommes, et pour donner sa vie pour eux.
– Et pourquoi ? Vous pouvez me dire pourquoi ?
– Mais, par amour, Monsieur, par amour. Dieu nous aime d’un amour fou. C’est d’ailleurs ce que représente la gravure : de son cœur transpercé, symbole de l’Amour, s’écoule la Vie…
– Le cœur transpercé ?
– Oui, transpercé par le coup d’une lance d’un soldat, après sa mort sur la Croix. Il en est sorti du sang et de l’eau…
– Hum…
Francis est pensif. Beaucoup trop de mots inconnus, et beaucoup trop d’amour. Silencieux, il fait le tour du magasin. La libraire reprend du poil de la bête, ayant bien vu que Francis n’était pas dangereux. Elle ose donc poursuivre les présentations. Et voilà qu’elle évoque le Christ, l’Église, la Vierge Marie, le mystère de l’Eucharistie, les Évangiles… Très énigmatiques, ces mots n’en attirent pas moins Francis.
Notre skinhead repart de chez Cathy avec des images pieuses qu’elle lui a offertes. Lorsqu’il parle avec enthousiasme de Jésus Sauveur à ses copains de bande, ceux-ci se moquent bien correctement de lui et de ses bigoteries ringardes. Décidément, Francis se sent seul.
Petit à petit, en revenant régulièrement à la librairie, il rencontre des catholiques, clients. Après de nombreux échanges, l’un d’eux lui propose un jour de lui offrir un pèlerinage à Fatima. Gros cadeau dont Francis ne revient pas ! Pour la première fois, il quitte sa banlieue grise. Direction le Portugal. Il résumera ainsi ce voyage exceptionnel : « J’ai passé quatre jours à pleurer et à prier : je venais de découvrir que j’avais une Mère et qu’elle m’aimait tendrement. »
