L'avenir de la sagesse - Marcel Comby - E-Book

L'avenir de la sagesse E-Book

Marcel Comby

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Les relations de l’homme et de son créateur ne sont pas d’ordre simplement moral et juridique mais essentiellement organique. Dieu s’accomplit par le monde qui se complexifie, qui se spiritualise jusqu’à pleinement réaliser le Christ qui est Dieu accompli. L’Amour est la forme la plus sublime d’une énergie universellement présente. Il existe une métaphysique dite œcuménique qui prend au sérieux le caractère rationnel et existentiel de la foi mais qui ne concerne pas seulement le monde chrétien. Elle s’adresse à toute personne désireuse de découvrir en soi une capacité intellectuelle capable de pénétrer profondément dans la vérité sur la véritable vie au-delà d’un rationalisme postmoderne centré sur la seule immanence. On doit préciser d’abord la nature des grandes traditions de l’humanité. Elles se réfèrent aux nombreuses pratiques culturelles, religieuses, philosophiques et spirituelles qui ont émergé à travers le monde et qui continuent d'exister dans diverses formes aujourd'hui.




À PROPOS DE L'AUTEUR

Marcel Comby a effectué sa carrière dans l’Enseignement supérieur. Il est membre de l’association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin et du Centre International de Recherches et Études Transdisciplinaires. En tant que scientifique et catholique pratiquant, il s’est spécialisé dans la recherche de tout ce qui concerne les rapports entre la raison et la foi chrétienne. Sa pensée s’inscrit dans le cadre de la théorie de l’évolution inspirée par Teilhard et de la logique ternaire. Ainsi sa vision du monde entre habituellement en résonance avec l’essentiel de cette philosophie de nature organique et cosmique et la pensée d'Antoine Arjakovski.

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Veröffentlichungsjahr: 2024

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Marcel Comby

L’avenirde la sagesse

Pour une humanitéplus unie, plus créativeet plus fraternelle

Du même auteur

Du même auteur

Spectroscopie, Éditions Bénévent, décembre 2004

Le monde tel que je le comprends, Éditions TdB, septembre 2009

Fille de Sion, réjouis-toi, Éditions Aubin, septembre 2011

L’homme, qui est-il vraiment ?, Éditions Édilivre, mars 2012

Pour une unification du monde et son accomplissement, Éditions Harmattan, janvier 2013

Les oiseaux ont 2 ailes pour voler, Éditions du Signe, octobre 2014

Le dedans des choses, Éditions Saint-Léger, juin 2016

De ma terre natale à ma Terre intérieure, Éditions Le Lys Bleu, avril 2019

La Sagesse qui était, qui est et qui vient, Éditions Saint-Léger, janvier 2023

Prologue

Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux.

Cette citation provient du Nouveau Testament de la Bible, précisément du livre de Luc, chapitre 10, verset 20. Elle a été prononcée par Jésus-Christ lorsqu’il s’adressait à ses disciples. Voici la citation complète :

« En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint-Esprit, et il dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils, si ce n’est le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. »

À cette heure même, Jésus se réjouit de l’œuvre accomplie par ses disciples et souligne l’importance de la joie non pas dans le pouvoir que les disciples ont sur les esprits, mais dans le fait que leurs noms sont inscrits dans les cieux. Cette déclaration met l’accent sur la valeur ultime de la relation avec Dieu et la vie éternelle plutôt que sur les réalisations terrestres.

L’idée selon laquelle il serait grand temps d’émerger d’un « rationalisme plat », selon l’expression d’un philosophe français, exprime une volonté de dépasser une approche étroite et unilatérale de la pensée rationnelle pour explorer des perspectives plus diverses et nuancées ainsi que des perspectives plus spirituelles.

Voici quelques interprétations possibles :

– La prise en compte de la complexité : Ceci peut signifier que nous devons reconnaître la complexité du monde et des problèmes contemporains, qui ne peuvent pas toujours être résolus uniquement par une pensée rationnelle simpliste. Elle encourage peut-être à explorer des approches plus holistiques et multidisciplinaires pour aborder les défis actuels. Nous vivons dans un monde de violence et du faire n’importe quoi.

– La remise en question des dogmes ainsi que celle des idéologies rigides qui se basent uniquement sur la rationalité sans tenir compte d’autres perspectives, comme les valeurs, les émotions, les réalités culturelles et les religions.

– L’ouverture à la diversité des savoirs : Cela suggère l’importance de reconnaître et d’intégrer différents types de connaissances ou encore les connaissances basées sur l’expérience personnelle.

– La critique de ce qui est objectif avec excès, cette vision du monde qui prétend refléter la vérité sachant que toute perspective personnelle est influencée par des valeurs, des croyances et des intérêts particuliers.

Les relations de l’homme et de son créateur ne sont pas d’ordre simplement moral et juridique mais essentiellement organique. Dieu s’accomplit par le monde qui se complexifie, qui se spiritualise jusqu’à pleinement réaliser le Christ qui est Dieu accompli. L’Amour est la forme la plus sublime d’une énergie universellement présente

Il existe une métaphysique dite œcuménique qui prend au sérieux le caractère rationnel et existentiel de la foi mais qui ne concerne pas seulement le monde chrétien.

Elle s’adresse à toute personne désireuse de découvrir en soi une capacité intellectuelle capable de pénétrer profondément dans la vérité sur la véritable vie au-delà d’un rationalisme postmoderne centré sur la seule immanence. Je me dois de préciser d’abord la nature des grandes traditions de l’humanité. Elles se réfèrent aux nombreuses pratiques culturelles, religieuses, philosophiques et spirituelles qui ont émergé à travers le monde et qui continuent d’exister dans diverses formes aujourd’hui. Ces traditions reflètent la diversité de l’expérience humaine et la manière dont les sociétés ont cherché à donner un sens à leur existence, à comprendre le monde qui les entoure et à interagir avec le sacré ou le spirituel. Voici un aperçu de quelques-unes des principales traditions de l’humanité :

Religions monothéistes

Le Christianisme qui est basé sur la croyance en un Dieu amour unique et centré sur la vie et les enseignements de Jésus-Christ.

L’Islam qui est fondé sur la révélation du Coran à Mahomet. Cette religion prêche une foi en un Dieu unique, Allah.

Le Judaïsme : Cette religion enseigne que la foi juive se concentre sur l’Alliance entre Dieu et le peuple juif, révélée dans la Torah.

Religions polythéistes

L’Hindouisme : est une religion dont les différentes divinités sont considérées comme les formes différentes d’une même expression divine sous-tendue par une réalité ultime. La question sur la nature exacte de cette dernière (immanente ou transcendante, personnelle ou impersonnelle) dépend des différents courants.

Le Bouddhisme : est une religion fondée sur les enseignements de Siddhartha Gautama, le Bouddha. Il met l’accent sur la quête de l’éveil spirituel.

Les Religions traditionnelles africaines : Composées de nombreuses croyances indigènes, souvent liées à la nature et aux ancêtres.

• Philosophies et traditions spirituelles

Le Taoïsme : est basé sur le Tao, un principe cosmique. Il encourage l’harmonie avec la nature.

Le Confucianisme : est fondé sur les enseignements de Confucius, il met l’accent sur la morale, la famille et la société.

Le Bouddhisme zen : Une branche du bouddhisme qui met l’accent sur la méditation.

• Traditions indigènes et animistes

Le Chamanisme : Une pratique spirituelle présente dans de nombreuses cultures indigènes, caractérisée par la communication avec les esprits.

La Spiritualité amérindienne : Les peuples autochtones d’Amérique du Nord ont des croyances variées liées à la nature et à la relation avec les ancêtres.

Nouveaux mouvements religieux et spiritualité moderne

Le New Age (ou nouvel-âge) est un courant spirituel occidental de notre époque récente caractérisé par une approche individuelle et éclectique de la spiritualité. Défini par certains sociologues comme un « bricolage » syncrétique de pratiques et de croyances, ce courant a pour vocation de transformer les individus par l’éveil spirituel et par voie de conséquence changer l’humanité.

La wicca, ou le wiccanisme, est un mouvement religieux fondé par Gerald Gardner. La wicca comprend des éléments de croyances telles que le chamanisme, le druidisme et les mythologiesgréco-romaine, slave, celtique et nordique. Ses adeptes, les wiccans / wiccanes, prônent un culte envers la nature et s’adonnent pour une grande partie à la magie. La wicca est un culte à mystères. Les wiccans sont, pour la plupart, voués à certains dieux comme Hécate, la déesse de la magie et de la lune, Gaïa, la déesse de la Terre, etc. La wicca est reconnue comme une religion aux États-Unis, y compris dans l’armée.

Humanisme séculier et athéisme

Humanisme séculier : Un mouvement philosophique qui met l’accent sur les valeurs humaines, la raison et l’éthique sans nécessité de croyance religieuse.

Athéisme : La non-croyance en Dieu ou en les dieux.

• Religions et spiritualités régionales

Le Sikhisme : Une foi indienne centrée sur l’unité de Dieu et l’égalité de tous les êtres humains.

Le Sémitisme : Des religions comme le zoroastrisme, le bahaïsme et d’autres qui ont émergé dans le Moyen-Orient.

Croyances et spiritualités contemporaines

Divers mouvements de spiritualités dites modernes évoluent dans le contexte de la société contemporaine pour enseigner la méditation de pleine conscience, le paganisme éclectique, et autres méthodes qui se développent sous le signe d’un mieux-être.

Ces traditions reflètent une grande variété de croyances, de pratiques et de valeurs, et elles sont souvent le résultat de l’interaction entre la culture, l’histoire, la géographie et les expériences humaines à travers les siècles. Il est important de noter que cette liste n’est pas exhaustive, et de nombreuses autres traditions et croyances existent à travers le monde. Cet essai présente de façon plus détaillée le rôle et le sens desspiritualités les plus courantes. Il est un devoir de mémoire que de se reporter à toutes les visions profondes que nous ont laissées certaines grandes figures de l’Histoire depuis Abraham.

Chapitre 1. La raison et la foi

Il est bon de se pencher dans le Passé afin de faire réapparaître les œuvres philosophiques et théologiques de chercheurs de renom dont la volonté était de réaliser une quête de vérité concernant la nature humaine et la société d’alors.

Simone Weil (1909-1943) était, en particulier, une philosophe, mystique, et militante politique française. Elle est largement reconnue pour sa profonde pensée philosophique, son engagement politique en faveur de la justice sociale et son exploration de la spiritualité.

Je cite quelques éléments qui concernent sa pensée et son œuvre :

– Ses travaux philosophiques : Simone Weil a étudié la philosophie à l’Université de Paris et est devenue une intellectuelle influente de son époque. Sa philosophie était caractérisée par une recherche de la vérité, une critique de la société contemporaine et une réflexion sur la souffrance et la condition humaine.

– Son engagement politique : Simone Weil s’est engagée activement dans des causes politiques et sociales, notamment en participant à des mouvements ouvriers et en luttant contre l’injustice économique et le totalitarisme. Elle était particulièrement préoccupée par les conditions de travail des ouvriers et des agriculteurs dont elle a partagé la condition.

– Sa spiritualité et son mysticisme : Simone Weil était également profondément spirituelle et mystique. Elle a exploré des questions religieuses et métaphysiques à travers ses écrits, cherchant à comprendre la relation entre l’âme humaine et le divin. Sa spiritualité était empreinte d’une quête de transcendance et d’une profonde compassion pour les êtres humains.

– Ses œuvres majeures : Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent « L’Enracinement » (1949), dans lequel elle discute de la nécessité de trouver des racines culturelles et spirituelles, et « La Pesanteur et la Grâce » (1947), qui explore des questions de foi, de grâce divine, et de destinée humaine.

– Son influence : Simone Weil a exercé une influence significative sur la philosophie, la théologie et la pensée politique du xxe siècle. Ses idées sur la justice, la compassion et la spiritualité continuent d’inspirer de nombreux penseurs de notre époque. Il existe à Lyon un lieu de rencontre pour des jeunes en recherche de sens : Le café Simone.

Malheureusement, Simone Weil est décédée à l’âge de 34 ans en 1943, mais son œuvre et sa pensée demeurent des sources d’inspiration et de réflexion pour de nombreuses personnes à travers le monde.

« Penser la science ! » : tel était le leitmotiv qui guidait Simone Weil dans sa quête de la transcendance. On doit échapper à l’alternative entre l’exaltation moderne de la science pourvoyeuse des très hautes technologies et son rejet en bloc. La science contemporaine a découvert de nouvelles échelles et de nouveaux modes d’observation qui dépassent la perception sensible. Mais ce faisant, elle a tendance à se couper inexorablement du monde et à construire des systèmes formels de signes qui ne se réfèrent à rien de concret. On aboutit à la construction d’un système de pensée basé sur un rationalisme plat. Ainsi la physique quantique, qui étudie l’infiniment petit, réduit le réel à un ensemble d’équations.

La science est au service d’une puissance qui rend l’homme « maître et possesseur de la nature ». Simone Weil estimait donc nécessaire un retour à la conception grecque de la science, qui doit viser à refléter la vérité de l’être. La Grèce envisageait la science comme la découverte progressive d’un réseau de nécessités, de lois et de ruptures d’équilibre qui permettaient de reconnaître à la fois l’intelligibilité du cosmos et les limites de la raison et de la puissance humaine. La science grecque véhiculait une sagesse qui doit être, selon la pensée même de Simone Weil, réinjectée dans la science contemporaine.

Simone Weil parlait de « dé création » c’est-à-dire l’annulation du sujet aliéné par son ego donc clos sur lui-même. Étant issue d’une volonté divine par essence bonne, la création est parfaitement pure. Mais l’homme la transforme en un mélange de bien et de mal car il oriente sa liberté vers un désir d’autosuffisance absolue. Il méconnaît donc la logique ternaire. Le mal correspond donc à cette volonté de se constituer en personne autonome par rapport au monde et par rapport à Dieu. Pour accéder à la plénitude, l’homme doit consentir à la mort, aussi bien à la mort physique qu’à la mort spirituelle. La personne doit accepter d’être dé – créé puis re – créé en Dieu. L’espérance est ainsi la génération de la vie divine en l’homme.

La problématique actuelle réside dans le fait que l’homme ne sait plus ou ne veut plus s’unir à Dieu pour achever la création. L’homme contemporain est plongé dans un monde de bruit et d’agitation et il n’aspire souvent qu’à un bonheur immédiat tout en ignorant que Jésus, mort crucifié sur la croix, lui demande de s’unir à lui dans le mystère de la Rédemption. Il y a ici toute une démarche spirituelle à redécouvrir par nos sociétés en régression socio-culturelle.

Mais la compréhension de cette logique, qui transcende la bipolarité au sein de nos pensées, n’est pas accessible à tous, loin de là.

En fait, le monde actuel n’est ni dangereux ni condamnable en raison de la violence, de la perte des valeurs morales et du culte des prouesses technologiques. On parle d’ailleurs rarement des trains qui arrivent à l’heure. Ce monde-là est à apprécier et à aimer, autant que celui de nos grands-parents ! Par contre ce qui est impressionnant et redoutable, c’est que ce monde – là constitue, comme le précisait Simone Weil, un univers fermé sur lui-même, livré à ses seules interrogations sur l’éthique et la laïcité, armé du seul « principe de précaution ». Pourtant les textes sacrés nous livrent une fabuleuse histoire qui témoigne de ce que nous sommes réellement : à l’image de la Trinité et participants au mystère de l’Alliance avec Jésus et Marie. Le progrès possède un prix à payer : la remise en cause de nos convictions les plus obsolètes et une ouverture à l’autre dans la recherche de ce qui est la vérité ; la vérité sur la personne humaine dans sa grandeur et sa fragilité ; la vérité sur ses rapports avec la transcendance en dehors de tout dogmatisme réducteur.

De nombreux colloques ont eu lieu depuis quelques années sur le thème de la science, des technologies de pointe et de leur rapport avec l’éthique ou les religions. Dès le début des années 80, et là je citerais volontiers un célèbre physicien et philosophe : M. Basarab Nicolescu, des scientifiques ont tenté avec plus ou moins de bonheur de mettre leurs connaissances au service de la recherche du sens de la vie. C’est ainsi qu’ils ont remis au goût du jour Baruch Spinoza, Pierre Teilhard de Chardin, Bernard d’Espagnat, Stéphane Lupasco et bien d’autres, ainsi que les philosophes d’origine extrême orientale.

S’il existe une réelle cohérence dans l’organisation du monde et des analogies troublantes, il n’en demeure pas moins que la science n’explique pas tout ; son rôle est d’éclairer la raison afin de la diriger suivant des directions et des points de repère. Notre intelligence dont le fond est essentiellement rationnel, se trouve alors écartelée entre deux positions extrêmes : celui de nier carrément les réalités de nature métaphysique et celui de construire des systèmes de pensée dont le contenu réalise un amalgame de tout. On peut même considérer les merveilles de la science comme des preuves en faveur d’une causalité d’origine divine. C’est le « concordisme ». Il convient, dans ma logique propre, non de rejeter systématiquement ce que les autres découvrent par leur intelligence et leur sensibilité, mais d’exprimer en toute franchise l’idée que je me fais des choses avec leur place dans l’univers.

Mes réflexions sur l’organisation du monde m’ont conduit à travers mon enseignement des mathématiques à mettre à jour ce qu’on appelle une matrice. Le mot « matrice » est lié généralement à la fécondation, il s’agit donc d’un embryon à l’origine de toute naissance fut-elle cosmique. Selon mon opinion personnelle, l’univers constitue un ensemble d’espaces séparés par des points de nucléation (en topologie on dirait points d’adhérence) qui délimitent les différentes phases de la matière qui présentent entre elles des rapports d’analogie. On dit aussi homologies ou isomorphismes.

Le récit des débuts de la Genèse m’a conduit à utiliser les éléments fondamentaux qui sont : l’air, l’eau, la terre et le feu et qu’on retrouve dans l’œuvre poétique de Bachelard.

Ces éléments possèdent une essence première qui leur est propre. Les trois premiers correspondent, au niveau moléculaire, à des états d’énergie conditionnés par la température ; c’est le cas de l’eau par exemple. Tandis que le quatrième est un agent de transformation thermodynamique donc une réalité de niveau supérieur aux trois autres. On retrouve alors ici une configuration semblable à celle de l’espace de dimension 4 qui figure dans la théorie de la Relativité Générale de Einstein. Ce lien permet d’établir une analogie basée sur le fait que tout élément d’une ligne a même essence que l’élément correspondant sur une autre ligne et sur la même verticale. Il s’agit alors d’un tableau essentiellement symbolique à interpréter en logique tétravalente.

Les différents états d’énergie admettent une polarité : le positif et le négatif

Aussi l’explication de la vie ne se résume pas à la contemplation de ce tableau à deux entrées.

Il existe comme une troisième dimension : la dualité, qui préside à la dynamique de la vie.

Les vérités métaphysiques ne peuvent absolument pas être comprises par notre pensée cartésienne qui fonctionne comme une sorte de filtre qui ne laisserait passer que des nombres, des formes, des rapports et on peut juger du rôle éminent joué par la logique mathématique qui représente un outil universel. Ce faisant, le langage, les mots et expressions contenus dans les textes sacrés permettent d’établir des liens de logique et de cohérence, des analogies, des homologies par le jeu des symboles, des archétypes et des métaphores.

Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême, avait en son temps fait plaisamment cette remarque : « Dieu s’est mis en quatre pour sauver le monde » ce qui corrobore l’idée que cette remarque confère au dogme de l’Assomption toute sa place dans le discours eschatologique chrétien.

Toutes ces avancées spectaculaires dont nous sommes des spectateurs émerveillés et des consommateurs fervents, ne devraient pas nous masquer toute la complexité de l’être humain : toute personne est paradoxale. L’être humain est en recherche de liberté afin de grandir et de s’épanouir ; c’est pour cela qu’il refuse tout dogmatisme qui étouffe ses désirs les plus intérieurs. Mais en même temps il témoigne de son angoisse face à une fuite des repères et des barrières qui lui sont nécessaires pour sa survie. La science ne prouvera jamais rien sur la nature du Dieu Créateur. Par contre les facultés de l’homme lui permettent d’approcher le Mystère et de comprendre qu’il est Symbole, créé à l’image de la Trinité, sachant qu’on entend ici par symbole, tout ce qui est capable de transparence. À une époque difficile où l’homme se trouve dépassé par l’influence des nouvelles technologies, n’est-il pas grand temps de se poser la question : qu’est-ce en fait que l’humain ?

Se pose actuellement la question de savoir s’il est possible d’unifier la physique et d’imaginer une théorie du Tout ? Mais ce que je me propose de faire dans cet essai à consonance biblique s’inscrit aussi bien dans une certaine recherche de l’unité du monde que dans une vision quaternaire de son organisation. J’ai désiré, en fait, réaliser comme un vitrail dont la fonction serait d’exposer des scènes et épisodes religieux suivant une certaine figuration artistique et philosophique.

À l’image des surfaces de Riemann que l’on découvre dans la théorie des complexes, notre Univers est un ensemble « feuilleté ». Il faut raisonner, non en termes d’interactions au sein d’un même système régi par un ensemble cohérent dont on aurait découvert la grande « fonction mathématique » originelle. Il faut raisonner en termes d’images, d’analogies, et ce car il existe, pour tous les croyants, un au-delà de la seule physique.« La science n’énonce certes pas ce que nous devons penser, mais à propos des choses ou des phénomènes qui relèvent de sa compétence, elle a d’autant plus d’autorité pour nous indiquer ce que nous ne devons plus croire » (Étienne Klein).

Les expériences de nature supra naturelles ne peuvent nécessairement pas s’inscrire dans le cadre d’une théorie se réduisant aux seules contingences anthropomorphiques. L’Univers demeure un Mystère dont on aura du mal à en dégager une véritable et authentique « Théorie du Sens ». Foi et Science ne sont pas des domaines complémentaires, mais des domaines que les mathématiciens appelleraient « orthogonaux ». D’ailleurs ce terme nous renvoie à la réalité de la crucifixion. L’horizontal et le vertical nous suggèrent tout le symbolisme qui enveloppe notre condition humaine. Sans la métaphysique, la Connaissance humaine se trouve à l’image de la condition de ces petites souris emprisonnées dans un bocal et qui cherchent désespérément à recouvrer leur liberté. Les seules sciences, si extraordinaires puissent-elles devenir dans un futur hypothétique, ne sauraient apaiser l’homme de sa soif de comprendre et de savoir. Toute théorie du Sens se doit de procurer à l’homme, non un seul plaisir intellectuel, mais une voie qui le rassure et qui lui montre, sans fioritures inutiles, ce en quoi il doit croire vraiment. Pour ce faire, il doit avoir recours à la compréhension du symbolisme.

Chapitre 2. Le symbolisme

Notions générales

Les symboles figurent au cœur de la vie imaginative. Actuellement ils revêtent une importance nouvelle due, sans doute, aux grands mystères de nos origines que la science tente de percer, au règne permanent de l’image que les sociologues essaient de pénétrer, aux interprétations modernes des mythes anciens, à l’émergence de mythes modernes, et enfin, aux travaux d’exploration de l’inconscient, fruits de la recherche en psychanalyse.

Les symboles figurent également au cœur de notre vie car l’expression symbolique traduit l’effort de l’être humain dans sa conquête de ce qui lui échappe. Le mot : « symbole » admet des sens multiples qui traduisent les divers aspects de la relation entre l’homme et la réalité. Dans le cas d’un événement tragique tout à fait isolé, cette réalité est parfois le révélateur d’un malaise plus profond et alors le fait prend subitement une valeur décuplée qui en confère une importance particulière.

Nous vivons dans la civilisation du symbole au sens sociologique du terme.

Avant d’aller plus loin dans l’approfondissement de ce mot, précisons que, dans le langage courant, on dispose de certains mots qui décrivent justement mais différemment ces rapports entre l’homme et une autre réalité d’ordre plus élevé. Citons :

L’« emblème », figure visible représentant une idée, un groupe, etc.

Le drapeau est l’emblème de la patrie et le laurier celui de la gloire.

L’« attribut », réalité ou image servant de signe distinctif à une personne, une collectivité, etc. Bibendum constitue un attribut de l’entreprise Michelin.

L’« allégorie », forme humaine, animale ou végétale représentant, à un même niveau de conscience, une réalité donnée de nature universelle.

La corne d’abondance est l’allégorie de la prospérité.

La « métaphore » est une assertion censée établir, à des fins pédagogiques parfois, une comparaison par analogie entre une réalité donnée et une autre de nature plus élevée, dans un processus de transfert.

Apporte-moi des lumières sur la question !!

Cet homme se trouve dans la fleur de l’âge.

Je brûle du désir de te connaître !

La « parabole » est un récit derrière lequel se dissimule un enseignement moral ou religieux aussi bien qu’une vérité cachée.

Il existe aussi tous les symboles mathématiques qui sont des formes de calligraphie restreinte, dont la mission est de représenter, de manière conventionnelle, des nombres, des opérations arithmétiques ou logiques ou tout autre chose possédant un sens.

Mais la nature ou la forme du symbole peut découler d’une vision d’ordre cosmique : ainsi la forme du chiffre « zéro » noté : « Ô », est lié à toute une culture antique soumise aux règles et rites de l’hindouisme. L’Univers nous apparaît avec une forme ronde de même que le vide.

Il s’agit ici d’une représentation de la sphère céleste. De même le symbole qui désigne l’infini, noté : « ∞ », évoque le serpent qui se mord la queue, image universelle de la manifestation des rythmes cycliques.

Ce sont là toutes les formes imagées de l’expression qui ne dépassent pas le niveau de la signification et de la communication intellectuelle.

On dit alors que ce sont des « signes » !

En fait la réalité sur le symbole n’est pas équivalente à celle du signe.

Le symbole est d’un ordre supérieur et il représente un autre plan de conscience que l’évidence rationnelle.

Ainsi la « roue » constitue un signe chaque fois qu’elle sera attribuée à une réalité telle qu’une compagnie de chemin de fer, et un symbole si elle est censée représenter les cycles cosmiques. Il s’agit donc d’un rapport d’organisation entre l’objet et le sujet, entre le signifiant et le signifié.

Ainsi le chiffre 3 symbolise une réalité ontologique bien connue des chrétiens, qui ne peut s’expliquer autrement que dans un rapport d’ordre numérique mais qui exige en permanence un approfondissement. Il en est de même du triangle équilatéral.

Le symbole ne décrit pas la réalité mais il propose une manière de s’en rapprocher par le biais de la pensée rationnelle. On sait que la raison est l’instrument intellectuel de choix dans l’organisation de la Connaissance. Cependant l’imagination possède, elle aussi, un dynamisme organisateur et unificateur. Dans le symbole, l’imagination ne s’attache pas aux formes elles-mêmes, mais à l’essentiel qui s’en dégage et qui est inaccessible par la raison. À l’aide du symbole, l’homme est appelé à provoquer la résonance de son être et la transformation de sa personne.

Les mathématiques constituent une science autonome en relation directe avec l’Universel, donc il ne faut pas s’étonner qu’on y découvre le symbolisme. Il ne s’agit pas du symbolisme conventionnel lié aux règles de logique qui utilisent, en fait, des signes plutôt que des symboles, mais du symbolisme tel qu’on l’a présenté précédemment et qui se rapproche de l’art. Les mathématiques comportent deux aspects : un aspect abstrait qui ne retient que la mesure exacte des choses et qui vide le symbole de son contenu pour ne retenir que le signe ; un aspect affectif, voire esthétique, qui au contraire fuit le signe afin de nourrir le symbole. L’étude et l’usage des mathématiques peuvent constituer une forme de plaisir dans cette manifestation parfaite des nombres, des figures et des démonstrations parfois éblouissantes. De plus, elles ouvrent la voie à une connaissance plus profonde de la réalité dans la recherche du sens.

Un jour, un prêtre a publié un ouvrage destiné à commenter les récits bibliques en partant du fait que les nombres présents dans les textes véhiculaient avec eux un message précis. Tout chrétien et même tout musulman, ne doit pas ignorer que les textes sacrés sont construits à partir d’un langage poétique, suggestif et messianique, qui cache, dans leur contenu ésotérique et abstrait, des vérités sur l’organisation du monde créé. Or ces textes s’adressent à des êtres qui ne sont perméables qu’à la spéculation sur des idées de nature rationnelle ou affective. Il ne faut donc pas s’étonner que les Livres saints possèdent une grande richesse symbolique où l’on peut découvrir le rôle pédagogique des nombres et des formes. Certaines interprétations de la Bible conduisent inexorablement à des contresens et à une compréhension caricaturale et manichéenne de la réalité métaphysique. L’étude des récits bibliques doit, au contraire, aboutir à une vision nuancée, contemplative et optimiste du Monde et de son Créateur.

On désignera sous le nom de symbolique, l’ensemble des interprétations relatives à un symbole mais aussi l’ensemble des symboles caractérisant une tradition, par exemple : la symbolique de l’art roman. La symbolique est la science des symboles comme la physique est la science des phénomènes, la logique la science des opérations rationnelles.

Le symbolisme s’attache à des spéculations sur l’essence des symboles qui se situe au-delà de l’explication rationnelle, au-delà du tangible, au-delà de l’expression dans quelque langage que ce soit.

Ainsi le symbole mathématique, lié à la notion d’intervalle ouvert dans R, contient, au sens de la topologie, une idée de grandeur qui transcende l’idée de nombre et l’idée de mesure. Citons aussi le très célèbre nombre d’or qui intervient dans certaines manifestations de l’Art mais aussi dans certains processus liés à la vie animale ou végétale.

Un symbole est essentiellement vivant… les mathématiques elles-mêmes ont un caractère dont les multiples facettes lui confèrent une réelle structure de vie qui stimule à la fois la raison et l’imagination. Il ne faut donc pas s’étonner de la passion avec laquelle tant d’intellectuels ont, depuis l’Antiquité, consacré leur temps à se laisser séduire par tous les attraits d’une science aussi complète et aussi riche en formes et en émotions : une mosaïque qui contient à la fois les principes : Terre, Eau, Air, Feu dissimulés au sein de leur organisation.

Ils constituent l’expression suprême du pressenti avant d’être celle du reconnu.

Le symbole, d’après R. de Becker, peut être comparé à un cristal restituant différemment la lumière selon la facette qui la reçoit. Le symbole est objet de contemplation et de méditation qui laisse apparaître la trajectoire d’un mouvement dans lequel l’être est emporté. Tel un arbre, la science mathématique est un mode vivant qui a trouvé naissance dans la découverte très ancienne et l’usage du nombre entier naturel ainsi que dans la vision intuitive de la modélisation. L’algèbre, fécondée par la pensée logique, a donné vie aux innombrables êtres mathématiques. La topologie a organisé l’espace et l’analyse a ouvert la voie à tous les développements rationnels de la physique.

Le symbole ne supprime pas ses bases dogmatiques ou historiques, mais il leur attribue une autre dimension : la verticalité. Il établit, à partir d’un fait, d’un objet, d’un signe, des rapports extra-rationnels, analogiques et imaginatifs entre différents types de réalité : l’humain, le cosmique, le divin. L’algèbre moderne nous fournit le terme : « isomorphisme » pour désigner les correspondances entre différents mondes structurés, organisées selon des règles d’analogie. Citons par exemple, le monde des choses visibles, le monde des particules subatomiques et le monde des réalités métaphysiques.

Le symbole est indéfiniment suggestif et chacun y voit ce que ses facultés intimes lui permettent de percevoir.

La grande notion d’orthogonalitéévoque aussi bien une configuration purement physique illustrée par l’angle droit, qu’une extension vers le domaine moral : la droiture et la vérité, ou celui du sacré : la Croix du Christ.

Le symbole est donc une des catégories de l’invisible ; il est une perception directe de la conscience. Il est, avant tout, une connaissance globale, relative et subjective qui n’est jamais acquise pour toujours ni jamais identique pour tous.

Le symbole est pluridimensionnel car il exprime des relations bipolaires :

l’eau vivifie ou tue, le feu réchauffe ou détruit, l’air apporte l’oxygène ou emporte tout sur son passage, la terre est nourricière ou expression de la dureté, etc. Cela fait donc jaillir des interprétations contradictoires : le symbole Terre fait penser à une entité dont la nature est rigide, condensée, fermée, ou alors on pense au fusionnel qui se trouve à la base du principe d’identification. Le concept de Culture va trouver sa généalogie dans la symbolique.

La finalité du symbole est une prise de conscience de l’être, dans toutes les dimensions du temps et de l’espace, et sa projection dans l’au-delà. Il ne s’agit donc pas d’un produit de la raison pure ni du résultat d’une déduction logique, encore moins d’une argumentation détaillée. Contrairement à la logique formelle, le symbolisme suppose le principe du tiers inclus qui fait que, tout jugement humain est entaché d’une grande part d’incertitude. Le vocabulaire de la topologie nous habitue à penser en termes de complémentarité, ce qui nous propulse intuitivement d’un monde rationnel où tout est blanc ou noir, vers un autre monde où le blanc et le noir, le bien et le mal, l’espace et le temps, peuvent comporter une complémentarité possible.

Enfin le symbole est médiateur en ce sens qu’il réunit des éléments séparés : le Ciel et la Terre, la matière et l’esprit, la nature et la culture, le réel et le rêve, la conscience et l’inconscient. À une certaine époque de ma scolarité, une célèbre courbe géométrique nommée parabole provoqua en moi un plaisir de découverte annonçant un réel changement d’horizon. Il ne s’agissait pas d’une simple émotion esthétique, mais l’intuition que mes connaissances d’un contenu ennuyeux, linéaire et dogmatique, allait s’enrichir au contact d’un monde plus passionnant.

Pourquoi insister sur le symbolisme ?

Car tout langage humain est limité, surtout s’il est au service d’une scolastique ou de la pensée unique. Le langage enferme toujours l’homme dans ses propres limites intellectuelles, sensorielles et affectives. Or la vie spirituelle est un appel de Dieu qui nous réintègre dans son Unique Réalité et qui brise ainsi nos limites, non pas pour notre propre perfection, mais pour la Perfection du Seul Parfait : Non nobis, Domine, sed nomini tuo da gloriam.

Toute image, tout concept, n’est qu’une introduction qui n’aboutit pas. Seule l’action divine fait réaliser ce que Dieu veut. Voir dans les choses la Réalité divine, voir dans les choses des symboles, cela n’est pas une théorie, mais une réalisation du Vouloir sanctifiant de Dieu.

Car si Dieu nous a placés dans un monde où il y a des choses, c’est pour que nous ne voyions rien d’autre que Lui dans ces choses. En d’autres termes, le langage symbolique n’est pas un langage fait par l’homme, comme c’est le cas pour l’allégorie, mais fait par Dieu dans l’acte créateur. Dieu nous parle. Quels sont les mots de son message ?

Les « Choses » qui s’offrent à nous chaque jour ! On doit lire dans les choses le sens de son message. Les lettres ne sont pas faites pour elles-mêmes pas plus que nos grandes théories philosophiques ou scientifiques, mais pour porter un sens. Or Dieu n’a pas mis dans ses paroles d’autre sens que sa Réalité même.

On doit certes, admirer les faits, mais l’essentiel est d’en comprendre la signification. Telle est là l’école du Christ !

Marie Romanens, psychanalyste, dans son ouvrage intitulé : « Le divan et le prie-Dieu », en fait la démonstration. Je la cite :

« Sortir de la crise de notre civilisation exige de nous des avancées pour que nous dépassions les anciens clivages, et notamment ceux du féminin et du masculin, de l’âme et du corps, du rationnel et de irrationnel, de l’homme et de Dieu, du ciel et de la terre.

En introduisant cet ouvrage, j’avais évoqué l’image venue régulièrement me visiter, celle d’une figure géométrique appelée “parabole”.

Cette courbe étonnante, qui va de l’infini à l’infini, et qui exhibe un point de renversement inéluctable sur son parcours, pourrait bien nous introduire au sentiment d’union au-delà des oppositions.

Cette image, curieusement, peut nous aider à mieux nous représenter les difficultés qui se jouent dans la rencontre entre la psychanalyse et la religion. En effet, du côté de l’Église comme du côté des “psy”, il semble que la tendance ait été souvent de ne reconnaître qu’une partie de cette figure et non sa totalité.

Dans le christianisme, la vie avait un sens. Mais la recherche du ciel s’accompagnait souvent d’un mépris du monde, et l’élévation de l’âme exigeait la condamnation de la chair. On était en quelque sorte placé sur la première branche de la parabole : suivre le chemin vers l’infini tout en ignorant qu’un autre parcours existait qui passait par le point de renversement et rejoignait la seconde branche, pourtant à destinée infinie… »

Pour l’auteur du livre, l’homme se trouve obligé de se défaire de ses prétentions illusoires qui peuvent l’acculer à une impasse. Le manque est replacé au cœur de l’être humain qui se trouve privé de ses anciennes consolations religieuses. Toutes ses certitudes peuvent s’effondrer. Il en résulte que se présente alors un espace d’accueil à une vie inconnue, fruit d’un retournement inattendu. L’impasse devient passage.

« Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 39)

La symbolique du sang

Le sacrifice faisant intervenir le sang, a existé dans de nombreuses traditions, y compris dans la Tradition hébraïque où il apparaît comme la préfiguration du Sacrifice du Calvaire. De même que les Oracles se sont tus depuis que les « pierres sont devenues du pain » dans le prologue de saint Jean, et depuis que le sang a été répandu dans les manifestations de Vishnu, Tout est maintenant consommé et le sacrifice a reçu son accomplissement. Il ne subsiste plus que le Sacrifice eucharistique d’ordre sacramentel. Le sang des martyrs est de l’ordre du témoignage

La réalité du Sacrifice du Christ tient dans le fait que cet événement témoigne du caractère réel de son symbolisme. Si le Christ nous donne sacramentellement son Sang : « Buvez-en tous », c’est parce qu’il est la Vraie Vigne qui alimente les sarments par le « Vin de la Connaissance », mais aussi par le « Breuvage d’Immortalité »

« Je suis la Résurrection et la Vie… Celui qui boit mon Sang aura la vie éternelle » (Jean, VI, 54)

La question primordiale qui se pose quelquefois est la suivante :

Jésus le Christ n’aurait-il pas pu accomplir un acte moins violent afin de racheter le Monde ?

Mais là nous touchons au mystère ! En fait, ce qu’il faut bien comprendre c’est que Jésus n’attend pas de nous un asservissement mais un accomplissement.

Le sang est le véhicule de la vie corporelle, mais à un niveau plus élevé de la Connaissance, il est le support plastique de la Vie qui est « Lumière des hommes ».

Donc le Christ est venu nous apporter « la Vie éternelle » par l’effusion de son Sang et par la Communion eucharistique.

La force et la puissance du symbolisme éclairent toutes choses, mais jusqu’à un certain point !

Il n’est pas possible de travestir la réalité par certaines vues de l’esprit qui enferment l’individu dans la confusion, l’incohérence et l’illusion, la culpabilité et le désespoir.

La symbolique des nombres entiers naturels

– Le nombre 1 désigne le Principe, le Nom manifesté, le Créateur

De l’Être Un rayonne l’Esprit comme un soleil.

– Le nombre 2 est le symbole de la dualité et en particulier celui du couple yin yang. Les éléments d’un couple sont opposés et complémentaires.

Terre – Ciel

Bien – Mal

Jour – Nuit

Action – Réaction… etc.

Le dualisme est essentiel dans la symbolique romane.

– Le nombre 3 est le symbole de la Trinité, celui de l’âme et des vertus théologales.

– Le nombre 4 est le symbole qui donne un sens à l’univers créé, reposant sur une base qui est les éléments : Terre, Eau, Air, Feu.

Citons : les 4 saisons, les 4 Évangiles, les 4 points cardinaux, les 4 sommets d’un carré.

On remarque que : 3 + 4 = 7 et 3 x 4 = 12 résultats hautement symboliques

– Le nombre 5 est le symbole de l’humanité.

Citons : les 5 sens, les 5 doigts de la main

– Le nombre 6 est le symbole de la puissance… qui se manifeste, en particulier, dans les 6 jours de la Création.

Le monogramme du Christ est un motif à 6 branches : une barre verticale et une croix renversée. Il s’agit de la représentation du salut universel opéré par la croix.

– Le nombre 7 symbolise l’union de Dieu et de l’homme.

Citons dans l’Apocalypse : les 7 cornes de la bête, les 7 cavaliers, Le chandelier à 7 branches de la tradition hébraïque réunit : divinité et lumière.

– Le nombre 8 symbolise la renaissance par le baptême et la résurrection, d’où la forme octogonale des baptistères et des clochers de certaines églises de Bourgogne et d’Auvergne.

L’Évangile fait référence aux 8 béatitudes.

– Le nombre 10 selon la doctrine pythagoricienne est le nombre parfait

Il représente l’unité. C’est le chiffre de la divinité. Citons le Décalogue.

– Le nombre 11 est le symbole du péché. C’est le nombre des apôtres après que Juda eût trahi !

– Le nombre 12 est celui des mois de l’année, des heures du jour aux équinoxes, des signes du Zodiaque, des tribus d’Israël, des apôtres.

C’est le symbole de l’Église Universelle. Les 12 apôtres sont souvent représentés sous des arcades qui symbolisent les portes de la cité céleste.

– Le nombre 13 parfois nombre maudit, symbolise les conséquences de la chute originelle.

– Le nombre 24 évoque les vieillards de l’Apocalypse.

Il est l’addition des travaux des mois et des signes du Zodiaque

Il symbolise donc l’année cosmique, l’espace et le temps.

– Le nombre 153 résume tous les symboles numériques utilisés dans la construction de l’abbaye de Cluny ainsi que le nombre de poissons de la pêche miraculeuse.

Zillis est un village des Grisons où se trouve le plafond d’un édifice couvert de peintures du xiie siècle. Les thèmes traités en 153 panneaux carrés relatent l’histoire de la vie et de la passion du Christ ainsi que la légende de Saint Martin. Il s’agit d’une œuvre cohérente dans laquelle la symbolique des nombres témoigne d’un ordre cosmique des choses entre elles.

Ce plafond, qui contient 17 rangées de 9 tableaux, se réfère aux 153 poissons pris par Simon Pierre. Le thème central de ce plafond est la conversion de l’homme et sa rédemption. Remarquons que 153 est la somme des nombres entiers depuis 1 jusqu’à 17 !!

La symbolique des formes

On la découvre principalement dans l’architecture des églises romanes où nous pouvons découvrir de véritables pages bibliques qui nous sont racontées à travers les multiples œuvres de l’artiste. Pour les moines du xiie siècle, trois symboles sont universels :

Le cercle, l’arbre et le bestiaire

L’idée de cercleest issue du fait que, en le parcourant, on revienne périodiquement au même point. Il est donc le symbole du temps cyclique.

Il exprime la divinité sans dimension ni fin, l’unité et l’éternité. Le cercle est utilisé comme auréole en arrière de la tête du Christ, des apôtres et des saints.

Ce nimbe symbolise l’irradiation de leur lumière spirituelle.

L’auréole est une image de forme circulaire chargée de sens. On parle souvent dans les textes anciens de « couronne royale », c’est dire l’importance de ce symbole. Ce disque circulaire bien connu évoque un rayonnement d’origine solaire. C’est la marque du sacré, du divin, de la sainteté. Il n’est pas sans lien avec l’aura, réalité qui désigne une manifestation de la lumière spirituelle. Le saint représente tout être qui rayonne de perfection divine. L’auréole valorise la partie la plus noble d’une personne : sa tête. Cette représentation mystique n’est pas sans rapport avec l’âme. La personne tout entière ayant pris pied sur les choses d’ordre terrestre, trouve son harmonie, son épanouissement et son unification dans les parties hautes de son être d’où il découvre le divin et la gloire éternelle.

Beaucoup de formes architecturales font appel au cercle : tympans, voussures, roues, rosaces, fleurs. La rosace se retrouve sur les linteaux et les chapiteaux, etc. Ces formes décoratives évoquent des thèmes spirituels multiples qui racontent la gloire de Dieu.

Les figures du Zodiaque ont leur source dans les grandes civilisations égyptienne, persane, chinoise, indienne. Cet antique motif païen fut transporté tel quel par syncrétisme dans l’iconographie chrétienne des tympans romans.

Le thème zodiacal évoque l’idée du temps qui se déroule et la correspondance céleste avec les travaux humains qui s’inscrivent dans l’harmonie universelle et la présence du Christ aux hommes.

Au cercle, symbole céleste, peut être associée une autre forme géométrique qui sert de transition entre la Terre et le Ciel. Ce sera, par exemple, le carré, le rectangle, l’octogone qui participent à l’élan architectural des édifices romans au travers des colonnes qui supportent la voûte.

La notion d’arbrese retrouve en mathématiques à propos des techniques de dénombrement. Au bas, à partir d’un segment qui s’élève, tel un tronc, prennent naissance deux branches qui s’écartent en forme de Y. De là prennent naissance d’autres branches suivant le même principe jusqu’à l’infini. L’arbre, dans la nature végétale, possède un sens très fort et très noble. C’est aussi un thème central dans l’art roman. L’arbre mathématique représente un mouvement croissant dont l’effet est de multiplier indéfiniment les possibilités qu’il représente.

Dans l’art roman, on peut y voir l’image de la vie qui prend naissance dans la terre et qui s’épanouit jusqu’aux cieux avant de recevoir sa dimension ultime dans le bois de la croix. Cet arbre a porté le fruit défendu.

L’arbre représente le symbole d’une croissance spirituelle dans une ascension verticale qui mène vers le Christ rédempteur. Selon le principe de la bipolarité, l’arbre en tant que symbole, possède, comme beaucoup de symboles, un sens négatif comme nous le verrons postérieurement plus en détail.

Le symbolisme roman est imprégné de doctrine platonicienne selon laquelle toutes les idées convergent vers une idée supérieure : le Bien pour certains, Dieu pour d’autres. Comme notre pensée est très limitée dans la recherche de l’absolu, notre moyen de connaissance se réalise à travers les images, les formes, les sensations, les sentiments, les émotions, dans une vision rationnelle des réalités visibles et invisibles. C’est la raison pour laquelle les hommes, vivant au temps de la construction des églises romanes, n’avaient à leur disposition que ce qu’ils étaient capables de reproduire.

Si les interprétations de leurs œuvres sont parfois multiples ou discutables, il n’en reste pas moins que ces œuvres témoignent d’une intuition spirituelle indéniable.

Il n’est pas interdit de s’émouvoir et de s’émerveiller devant de telles œuvres d’art dont la géométrie révèle une certaine cohérence universelle, chacun de nous appréciant à sa manière le contenu des formes qui nous interpellent. Il n’est pas interdit non plus de s’émerveiller de tout ce qui se cache derrière les œuvres humaines qui, tout au long de l’histoire, ont témoigné de la grandeur du génie de l’homme, et qui participent à l’unité du monde désiré par son Créateur. Ma conviction propre est que l’ensemble des réalités visibles et invisibles possède un sens et une organisation dont on peut découvrir les tenants et les aboutissants, pourvu qu’on se donne la peine de réfléchir et d’admirer !

Le Mandala de Vajrasattava (Tibet, xviie siècle)

Il est représenté par l’image d’un carré inscrit dans un cercle, faite de multiples couleurs. Cette image de méditation, peinte sur toile ou réalisée parfois en trois dimensions, présente symboliquement un condensé de la pensée bouddhique telle qu’elle s’est développée au Tibet.

Un espace est délimité et circonscrit, ce qui le protège des forces qui menacent la pureté du lieu. Au centre du mandala est représenté le palais qui est la demeure de la déité auquel le pratiquant s’identifie. Ce palais qui abrite l’Éveil est composé de quatre portes qui sont autant de manières d’y entrer.

Par la porte de l’est, on pénètre avec ignorance ; par celle du sud, avec un sens d’orgueil ; par celle de l’ouest, avec passion et par celle du nord, avec agression.

Ces attitudes qui nous empêchent d’être nous-mêmes, sont transmutées lorsque la personne pénètre dans le mandala. L’ignorance devient alors ouverture ; l’orgueil devient générosité ; la passion se change en amour bienveillant et compatissant ; l’agression devient clarté vive. Nous entrons en contact avec toutes les situations de notre vie par l’un de ces modes. Nous prenons conscience de nos comportements négatifs qui créent la souffrance pour soi et pour les autres. C’est une ouverture à la Sagesse qui reste souvent voilée au plus profond de nous.

Le Mandala fait partie de la symbolique du nombre quatre, dont la signification est le solide, le tangible, le sensible, la plénitude et l’universalité.

Il existe, outre ce que l’on a indiqué précédemment, les 4 piliers de l’univers, les 4 phases de la Lune, les 4 humeurs, les 4 fleuves du Paradis, les 4 lettres de YHVH et de Adam, les 4 bras de la Croix, etc.

De plus : 1 + 2 + 3 + 4 = 10 (la décade)

Dans la philosophie orientale, il y a les quatre parties du Véda : Hymnes, Charmes, Liturgie et Spéculations ; 4 est le symbole de la Totalité.

Dans l’Apocalypse, il y a les 4 vivants, les 4 cavaliers qui apportent les 4 fléaux, les 4 couleurs des chevaux : le blanc de l’est et de l’aube, le rouge du sud et du midi, le glauque de l’ouest et du crépuscule, le noir du nord et de la nuit. Il y a aussi les 4 anges destructeurs debout aux 4 coins de la terre, les 4 murailles de la Jérusalem Céleste faisant face aux 4 orients, les 4 camps des 12 tribus d’Israël, les 4 emblèmes des tribus (un pour chaque groupe de trois) :

– Le lion préfigure la venue de l’évangéliste Marc

– L’homme celle de Matthieu

– Le taureau celle de Luc

– L’aigle celle de Jean (association due à saint Irénée).

Signalons les quatre portes dans la spiritualité Soufi, associées aux quatre Éléments :

Air Feu Eau Terre

Pour Jung, la quaternité représente le fondement archétype de la psyché humaine, la totalité des processus psychiques du conscient et de l’inconscient. La fameuse croix de Jung met en évidence les quatre fonctions fondamentales de la conscience :

la penséele sentimentl’intuitionla sensation

On peut pénétrer dans les textes bibliques à travers quatre fenêtres : celles qui décrivent à leur manière le rôle joué par les quatre Éléments, comme il en est question dans le Soufisme, mais dans un ordre différent :

– Air symbolisera la communication avec Dieu par la Foi

– Eau symbolisera la Vie divine apportée par Jésus et fondement de l’Espérance

– Feu symbolisera l’Amour donnée par l’Esprit-Saint et fondement de la Charité

– Terre symbolisera l’Église du Christ dont le représentant primordial est Marie