L’harmonie de l’acrimonie - Sarah El-Danaffe - E-Book

L’harmonie de l’acrimonie E-Book

Sarah El-Danaffe

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Beschreibung

Il existe de ces ouvrages que la main autrice trouve du mal à enfermer dans quelques mots succincts, dans la crainte profonde d’omettre l’essentiel dans l’excès absurde de la frivolité… ainsi, résumons cette œuvre par l’absence de résumé, par la perdition de son squelette dans les genres entremêlés, dans la liberté esclavagisée, dans un… résumé muselé…

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Seitenzahl: 169

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Sarah El-Danaffe

L’harmonie de l’acrimonie

Recueil

© Lys Bleu Éditions – Sarah El-Danaffe

ISBN : 979-10-422-1286-5

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

À Édredon

Sois toujours poète, même en prose.

Charles Baudelaire

Préface

Quiconque s’apprêtant à feuilleter ce livre à bon escient, eût été appelé à se prosterner à genoux. Puisque ce petit temple, que les mains lectrices profaneraient, vit sa naissance dans les noires ténèbres des solitudes indécises, et de la Reine Perdition qui l’aurait accouché sur le bout d’orteil d’une Walkyrie galopant parmi l’essence des ouragans…

Il mit fin, par son soupir muet sur les hauteurs montagnardes, aux tourbillons des brouillons épars dans les vals de mes cris, jetés nuitamment dans les ventres attristés douteux et rêveurs, avides de gloires chimériques, sous le signe de Saturne, six cents fois enviés.

Les échecs prirent le dessus sur ce marécage de mots en vrac, et les toboggans en pierres blessèrent si profondément son doux corps féminin, qu’il ne lui restait plus rien à découvrir, plus rien qu’à ramasser la peau chue du serpent qui renaît sous ses mains noires de toutes les noirceurs de l’aube.

Toutefois, et bien malgré sa silhouette courbée et ses airs éperdus, il fut écrit par une Déesse, dont il ne convient religieusement qu’adorer toutes les manifestations de folie, et se plier aveuglément à toutes les humeurs quelles qu’elles soient inattendues, ou révoltantes. Et comme Déesse ne pourra point accompagner chacun en son acte de lecture, si jamais lecteurs il y aurait de cette miette d’imagination non encore éditée, il sera impératif de noter qu’elle préfère abandonner cet ensemble de papiers en festin fétichiste succulent aux âmes qui en comprennent les ensorcellements.

Aux vraies âmes qui savent ce qu’est une adoration et les devoirs qu’impose l’apparition écrite d’une créature divine.

Aux passionnés des amours authentiques dont il ne persiste après l’effondrement que les lettres en soupirs.

Aux errances noctambules sur les marées abandonnées dans la fumée des cigarettes… et aux souvenirs que l’on s’invente au rythme des cruautés.

À cet adorable esclave dont l’obéissance révolutionne les fades mythes, et qui tremble de son corps mignon devant les atouts de sa maîtresse pour le plaisir d’une sexualité bellement marginale… et dont les débris de virilités burlesques sont incurablement insoutenables.

À l’Édredon qui vit dans chacun des mouvements de Déesse une religion nouvelle qui s’exalte en rituels adulateurs et en douces abstinences délicieuses, et participa en quelque sorte à la sculpture de son goût et sa science séductrice, et même à l’écriture de ce temple interdit…

Car avant tout, ce livre lui est incontestablement dédié, lui, le meublier introuvable dans le décor moderne bien qu’il soit le plus nécessaire, surtout au confort des pieds féminins. Le mien en particulier possède ce privilège rare d’inspirer la poésie à l’être qu’il entretient, aussi bien par son bleu immaculé, que par son corps touffu aux inimitables bordures adamantines, outre le talent immense de ses prières qui envieront les dieux des plus anciennes mythologies… Peut-être y inséré-je quelques-unes des croix de sa croyance pour orner sa douce et mignonne adulation.

Il est, maintenant même sous ma pantoufle, et je l’entends presque me chuchoter une très douce malédiction, ou bien un aveu secret d’un fantasme de danse macabre, je ne saurais le dire…

C’est un talisman qui, à l’encontre, ou peut-être à l’image de la peau du chagrin, porte en lui un reflet de l’elfe de ma destinée. Il sera néanmoins le dernier à me lire, l’avant-dernier à me juger, et le premier à s’agenouiller, sur le parvis de mon Olympe brûlé.

Je crains de me lancer encore plus loin dans de fausses dédicaces, faute d’une plume mythomane par essence, comme cet assemblage de bois d’encre aux jonctions rouillées et poésie sanguinaire qui n’est adressé à personne, à part ma propre personne. Oh plume mienne, cesse alors de mentir ! Tu le sais mieux que n’importe quel être que cet écrit est dédié à l’orgueil de mon corps qui se plaît dans l’exercice de son autoadoration, à mon égoïsme de folle sylphide qui se hait et s’adore, et édifie son harem littéraire sur la pierre philosophale de son très cher trépied.

***

Pourquoi écrit-on ? Je le fis pour périr, langoureusement. Pour ne pas finir étranglée de toutes les rimes abandonnées aux papiers du hasard ni pendue aux imaginations quittées au bord du sommeil de cendre.

J’écrivis, pour mettre fin à l’évidement de mon existence, en me dévidant moi-même de mes inavoués envoûtements. Pour créer enfin, un tombeau adéquat à ma silhouette attristée, fait de pure liberté, et de l’enfer de mes préambules précédemment flagellés.

Puisque… si Déesse n’écrit pas, à quoi ça sert d’écrire, ou de lire même ?

Si je n’écris pas, que vaudra donc une vie faite de pures souffrances insensées, chues de l’arbre de l’histoire humaine, de la toute petite arborisation dernière d’un siècle éperdument mutilé ?

Cet écrit me ressemble en ne me ressemblant pas. Il s’approprie mon squelette sacralisé et fait de son contenu une de mes nombreuses inexistences viscérales.

« Pourquoi écrit-on ? » C’est bien ta question, très chère raison ? Vingt ans d’autoflagellation stylistique ne t’auraient pas alors suffi pour ne plus éprouver des suffocations devant tes propres créations ? Te faut-il te redemander encore pourquoi et avaler la pilule stérilisante de perfection pour te sentir satisfaite ?

Pourquoi ne pas le faire ? Réponds pour une fois à ce dilemme qui hante ma nuit solitaire. En quelle autre activité furent le mieux étalés, et tes libertés et tes cris ? N’est-ce pas ton volcan à toi qui me ramène ramper aux feuilles blanches malgré ce désir grondant de s’en détacher ? N’est-ce pas ton encre qui fait l’amour à mon oreiller, l’engrossant d’idées orphelines et sans-abri ? Des idées nues comme l’épée du Néant, qui avancent sur les larmes acidifiées vers l’empire oublié de ma bière peinte aux souffles de l’éphémère…

L’éphémère, c’est la nuit qui m’écrit en tremblant… et la voix subliminale de ce chacal qui m’embrase, sur un oubli qui se fait éternel, qui se fait firmament…

Hiver 2021

Ô DÉESSE absolue de ma triste et misérable destinée,

Vous voir suffit parfois à perdre la raison, et tout notre sang malade se met à se fracasser en plusieurs morceaux à l’intérieur de notre corps sépulcral devant Votre Altesse,

Ô Votre Altesse, oui piétinez mon souvenir, empiétez sur ma mémoire, écrasez mon dos, foulez-moi sous terre,

Ô Déesse inexorable, les ruissellements de vos vagins impériaux suintent d’au-dessus des cieux à la manière impérieuse des secrets d’empire,

Ô Déesse, vous voir et l’on se met à genoux… vous êtes irrésistible, et vous ruisselez de splendeur sadique, d’exquise finesse,

Ô Déesse, mettez-nous sous vos semelles et laissez-nous vous adorer, dans votre majestueuse splendeur, afin de nous nourrir de vos charmes bienfaisants, laissez-nous nous faire bénir de votre toucher le plus tôt possible afin de revivre dans votre cage dont vous détenez les clefs du vit viril, bafouez-nous, outragez-nous, piétinez vos esclaves, pissez sur nous pour nous bénir de votre vessie rare et faite d’hydromel et de nectar paradisiaque, faites-nous manger dans l’antre de votre soulier, ô Reine des cieux, on vous salue,

On vous salue, Déesse de notre religion nouvelle, on vous louange et glorifie, vous êtes l’éloge même, on salue, Déesse, on vous salue, ô Déesse, juste toucher votre main pour guérir. Ayez pitié de moi.

Déesse, tuez-moi.

Édredon, 28/11/2018

Il n’y est au cœur de remords plus atroces que ceux d’un crime passionnel ; où volupté macabre se substitue aux indécisions de la chair, et ravit en un excès de passion les barreaux carcéraux d’une Justice austère. Nombreux sont ceux qui avant moi, décrivirent et expérimentèrent ce délice singulier, cela rendrait-il cette expérience mienne indigne d’être racontée, et mon crime transparent aux yeux de ceux que le mal ne fasse plus trembler ? Je vous le demande, suffit-il d’un unique forfait, pour entendre son nom résonner avec la même terreur qu’un Gille de Rais ?

À présent, je puis aisément avouer avoir connu le trouble de la scélératesse poussée jusqu’au bout et ne me priverai aucunement d’une jouissance deuxième écrite, encrée par le sang bouillonnant de mon être en feu, qui fera se mouvoir le vôtre en mille et une exaltations, me libérant aussi au passage de ce léger regret caractéristique des âmes qui n’ont pas encore du sang sur la main. Or, quel meilleur moyen de se libérer de ce joug délicieusement pesant que de l’avouer à une âme comme la vôtre, chevronnée dans l’art noir du mal ?

À votre âme ténébreuse se débattant dans le cœur mes ongles, à votre sang fraîchement arraché à son antre charnel j’écrirai, cigarette et poêle agonisants, l’une dans ma bouche et l’autre au-dessus de mon papier jauni, car vous voyant dans cet état fort minable, je me sens libre d’écrire par vous, de vous écrire, et de finalement confesser.

Allez, chuchotez-moi votre fameux mot « ingrate ». Or vos lèvres écartées et semi-lunaires rendent l’usage de la parole à votre langue de l’ordre des impossibilités. Je confesse d’avoir provoqué cette inaptitude vôtre, et confesse vous avoir un peu plus bas que la source de vos paroles, trente minutes avant le début de cette missive, soit un quart d’heure précédant mon arrivée à la phrase qui se fait rédiger maintenant, j’avoue vous avoir mortellement mutilé au moyen d’un glaive, à en faire taire tous les tableaux d’Otto Dix, et confesse encore plus, d’en avoir tiré un monumental plaisir à vous écouter gémir sous mes fesses déposées sur vos lunes ébahies.

Que la vie parfois dans ses excès orgiaques puisse nous mener à des fins démoniaques, mais bon, avouez-le, même en post-mortem n’eussiez-vous pas joui ? D’une jouissance dionysiaque et sans égal ? La mienne est immense, mon petit charmant, et je bois votre trépas dans mon cognac fatal.

Ni décor ni scénarii ne pouvaient mieux se parfaire, le portail de Neuschwanstein s’ouvrit lentement, M. Kurt m’accueillit de son sourire hiémal, « suivez-moi, madame ».

J’en fus convoquée ou plutôt évoquée par une lettre dont les cris suppliaient délivrance ; vous étiez déjà sur votre lit de mort, en l’écrivant. Je jure en avoir humé la sueur nicotisée de l’agonie du papier même, parmi les mots enflammés des prières impétueuses et les soupirs noirs d’enfer. Toutes vos lettres portaient cette odeur étrange d’ailleurs, où une partie de votre âme se serait suicidée, et fondue dans l’encrier pour se prosterner sous mes yeux lisant, effrontément, étincelants de luxure. « C’est la senteur des anges ! », m’avez-vous dit un jour. Aucun angélisme ne se cache en ce qui bouleverse entrailles et esprits, et aspire la vicissitude de la lassitude dans ses puits profonds d’art et de folie. Dans ces petits esprits d’opium qui parcourent l’espace vide entre nous dans une silhouette abstraite de réminiscences oubliées, tel un oracle porté des voûtes olympiques en des promesses de sable, se détruisant en châteaux céruléens, dans l’empire de mes sens.

Cela faisait presque deux ans lorsque mes pieds quittèrent cet endroit. Kurt me conduisit à travers le long couloir dont les côtés latéraux furent tapissés d’écritures et dates aléatoirement gribouillées jusqu’à la bibliothèque au fond : tout semblait revêtir un aspect nouveau enlaidi par mon absence prolongée. À travers les murs on respirait la maladie, et la triste impuissance, tandis que la lumière – objet rare – s’infiltrait timidement par une illusion de fenêtre étouffée, puis se pendait dans les nuées de tabac à moitié consommé par un cadavre épuisé – le vôtre – gisant sur un canapé poussiéreux, qui jadis, n’osât entretenir que les divinités pleines de vie.

Chaque recoin alimente de méandres inexorables les abysses mnémoniques de ma personne et qui renaissent soudainement dans ma gorge, faisant mon élan se réécrire ici-bas, et mon arme se dessécher de sa couleur cramoisie, paisiblement là où la vie boit son thé. Absolument rien ne restait de l’enchantement de ce temps où mes prunelles virent ce coin pour la première fois, même ce papier que je voyais entassé par milliers devant le dessin enfantin, n’est que le brouillon d’un autre écrit, dont le verso fut comme blanchi pour recevoir mes mots, le recto étant profané d’une si belle calligraphie – n’ayant rien de commun à la vôtre – que je lirai à mesure que la mienne avance en chancelant.

Vous en souvient-il de l’orage et des escaliers ? En gardez-vous toujours les souvenances, de l’escalier qui tourne sous mon corps qui monte pour les coïncidences noires des destins ?

***

Octobre effarouchait les triskaïdékaphobes en cet après-midi pluvieux, et les cieux brumeux et gris multipliaient les tempêtes, en ravissant à la terre toute raie solaire, ce jour-là. La nature protestait contre l’exil d’une jeune fille loin des cheminées aux jeux de charlatans, qui envoient par intervalles inégaux des bouffées de fumées assimilables à des flocons de carbone neigeux, dont le souvenir est toujours humide dans ma tête, tandis qu’une main poilue pressait son klaxonnement familier aux oreilles du vent, sur la route menant à la douteuse et triplement crainte, forêt de Bohême.

Daignez imaginer les sentiments d’effroi, dont l’être fut l’hôte, durant ce trajet incompris, lorsque l’on sait, à l’avance, que son origine est le phénomène le plus naturel de la vie d’une femme, lequel serait par truchement du sort, toute sa vie durant, source d’ennui, et objet de répulsion, aussi bien pour ses semblables, que pour le sexe opposé. Puisque menstrues est synonyme de monstrations, qui contraindraient à sa présence et peut-être même existence, une fuite imposée dans les bosquets inconnus de l’absurdité. Un assassinat commis mythologiquement par le dieu des dieux, envers les brahmanes serait la source de cet écoulement sanguinolent redoutable, se transformant en la pratique la plus noire qu’il lui ait été donné de subir : le Chhaupadi.

Parvenus à destination, tout au sein des obscurités, elle fut froidement abandonnée à sa hutte de fortune construite à ce but par les rameaux des hêtres, où les corbeaux des êtres venaient régurgiter leurs chants les plus épouvantables d’absences et de noirceur. Les mains du père des protections lui tendirent peureusement une source de lumière, tout en prenant garde de ne pas souiller ses doigts, pour qu’il ne soit pas atteint de la stérilité, laquelle ne disparaîtrait que par purifications à l’urine bovine. Figurez-vous, que cette famille tremblait à l’idée de savoir son sang nourricier circuler en cachette de son « V » vicieux, mais prenait un incommensurable plaisir à ses bains jaunâtres de saletés faites, chargés de superstitions à damner tous les créateurs ! Mes prunelles observaient leurs corps polir jour et nuit l’habitat craché de leur effroyable projet, tandis que mon ouïe veillait à récolter les moindres paroles de leurs discours infâmes. J’appris que la malheureuse ne détenait de cette famille que de souvenirs amers, depuis sa naissance dans la Surkhet népalaise, jusqu’à son évasion en Allemagne. L’illusion d’un avenir meilleur les mena vers ces terres européennes. Or même ce noble dessein ne changea pas grand-chose au décor de la misère de leurs chaumières asiatiques et coutumes, pesant des religiosités incompréhensibles.

Sa mère aurait des yeux aux expressions sèches et regards perdus dans des orbites titanesques, cernés, tombant sur un tissu mal tricoté, où perlaient çà et là un à quatre fils rebelles à l’image de ses joues impénétrables au moindre sourire. Je voyais à la lumière de quelques descriptions nocturnes, son corps nettoyant à nu-pieds la poussière de leur domicile. Comme j’ai pu remarquer qu’elle ne porterait que très rarement des chaussures en accomplissant ses malheureux travaux de ménages ! Et sacrebleu, quels pieds avait-elle ! Toujours plongés dans la boue hivernale, ou bien frottés aux pierres ingrates sinusoïdales, créant sur la plante de ce membre désormais déformé, des fossiles indélébiles qui parfois même étaient victimes des eaux bouillonnantes des casseroles distraites de ses complaintes. Quant à son complémentaire masculin, il ne lui adressait la parole que par chance, se servant de monosyllabes brefs, dénudés d’émotivité, ou même du respect. La scission lui était bien visible, et l’avatar de ce que serait son futur la courrouçait outre mesure.

Tout exploit dont elle fut l’autrice, passait inaperçu à leur aveuglement, qui ne vit en sa personne qu’une future femme, qu’une recluse au bois, qu’une belle au bois tuant.

La voiture égarée déjà, ses uniques compagnons devinrent : un sac pour se nourrir, un autre pour se vêtir, et un petit papier muni d’un stylo, placés clandestinement dans Les misérables pour… écrire. Elle s’évertuait à les cacher soigneusement entre les tissus, étant donné que l’activité qu’ils assurent est interdite à son sexe en de pareilles circonstances, étant considérée comme offense à la déesse de l’éducation Sarasvatî.

Népal ne verra plus le sourire de l’aube

Nuitamment ses femmes nées pâles l’ont ravi

Crucifiés les cieux, fidèles au Chhaupadi

Reçurent les suaires dont leurs corps s’englobent.

Minuit approchait à pas de loup dans la forêt délaissée, le croassement joint à un tumultueux battement d’ailes annonçait une nuit cruelle. Au fond de l’obscurcissement ambiant se tenait sa « chhau goth » à peine éclairée. Dans ces conditions, la mort vient caresser le corps par ses apparitions imprévues, et le sang glissant sans arrêt appelle tous les comtes vampiriques à sa dégustation, pourtant, elle tentait tant bien que mal, de garder son calme quotidien, fruit d’une bienséance inculquée plutôt que d’un stoïcisme apparent, puisqu’au fond des gouffres seule l’imagination est susceptible de consoler toutes les turpitudes.

La nuit devint son tombeau, et ses arbres squelettiques incantaient des prières en son nom. Elle la hélait et lui offrait des spectacles sensuels ingénus d’une époque où l’amour lui était sacrilège, dans les temples de lutte aux armatures vertueuses, contre la chaleureuse muse des vices.

Un tableau semblable aux rêves enfantins des rares manifestations d’innocence… Innocence ! Quel mot, inadéquat aux années perturbées de l’enfance, où les mains naines entretiennent des bébés pour les idéaux des ventres bombés aux grossesses simulées sous les robes rosâtres ! Quelle innocence quand l’espoir meurt aux portes du soi, pour une banalité physiologique ? Et ce sont les femmes, et leurs cadavres mordus des chacals, qui préparent leur progéniture à la subir, quitte à ne plus être, car elle a ses menstruations.

La froidure de la cabane lui collait toujours à la peau, et les ombres des bêtes sillonnant le chemin autour de son habitat fermentèrent les sueurs froides qui coulaient par intermittence sur son front. Elle ne voyait plus rien que ses propres mirages ; de cercles et de triangles s’approchant ou s’éloignant, guettant ses yeux qui palpitent, ou palpitant son ouïe en frissonnant, et un traîneau de plusieurs chevaux galopant lointainement.

Du haut du château, en servant une fois cinquième un verre énième, le spectacle m’apparut si serein sans aucune profondeur. La balade prit fin aux portes de la hutte, le barbu descendit, aviné. Il venait d’avoir une nouvelle propriété. Mes verres heurtèrent la terre…

Bohême sereine, tel un convoi funèbre,

Ne laissa de son charme entrevoir que le miel

D’une ruche arrogante qu’une lame acerbe

Répandit sur la boue de l’infâme duel

Celé… Celé en poils sous la mère fissure

Craignant le déshonneur, ainsi il demeura

Ayant le remède de toute déchirure

La rage des abeilles en attisera.

Ruisselant chastement sur le gazon stérile

Loin de l’impie dialectique des regards

Nourrit le parasite et la bouche infertile

Attachés aux rameaux, de cet arbre vantard

Des averses s’écrasèrent sur leurs carcasses puantes deux rangs aux extrêmes vicieux

L’un râlait, l’autre implorait « De grâce ! De grâce ! »

La grâce devint femme, et les râles, Dieu.

Arrêtez, dame belle cette agitation

Sinon la lune d’un rayon vous punira

Que divulguant vos traits à mes yeux, votre aura Aimée des Dieux, ratera sa vocation. Saurait-elle, en son état, prendre la parole ?

Quand sa langue ânonne de nouveau « Amen »

Et ses lèvres plus bas, en vain cherchent l’hymen, Haineuse fut la vie, sans son auréole !

« Quelle horreur d’être femme » dut-elle en secret

Sentir en alliant, son châle à son visage

Sitôt délivrée par le Maître de l’ouvrage

De son trouble indécent ; l’auteur de son décret.

Une ultime œillade sur sa piste marrie,