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Face aux dommages liés à notre manière de vivre, n’est-il pas temps d’un préalable : repenser l’Homme et sa réelle vocation ? Qu’est-ce donc que vivre dans un monde où les repères et références philosophiques se sont embrumés face à des réalisations technologiques jamais égalées ? L’Homme s’établit-il « demi-dieu » ou n’est-il qu’un infime « rien » dans le Cosmos ? Peut-on faire sien un plaidoyer pour une « philosophie de la Rencontre », quête d’une connaissance de soi, de l’autre, du Monde et du Tout Autre ?
L’horizon est vertical aborde les singularités fondamentales de l’humain : sa conscience et son esprit. Qu’est-ce que connaître et savoir pour le philosophe ou l’homme de science ? Et peut-on se désencombrer les poches et la tête pour renouer avec le cœur et l’esprit ? L’approche « Christique » peut-elle redessiner un sens à notre quotidien ? Une méditation, un appel en forme de « prière-pauvreté » pour donner plus de place à cette tentative répétée en chaque vie, celle d’apprendre à aimer.
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Seitenzahl: 237
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Couverture : Jacques Delforge (idée) et Corentin Branden (mise en page)
ISBN : 978-2-940721-17-7
Tous droits strictement réservés. Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie, microfilm ou support numérique ou digital, sans l’accord préalable et écrit de l’éditeur, est strictement interdite.
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À toi, perdu d’être trop éloignédes émerveillements de la Vie,annonceurs de son Au-delà,À toi, oublieux de l’essentiel,alangui sur les berges de ta conscience…Ces quelques mots cueillisprès de la tendresse de Dieu…Grappillés au vert pâturage,aux adrets d’une montagneplus élevée que… tous les relativismesNotre temps a magnifié l’homme et son désir,il en a oublié le premier précepte :Aimer Dieu.De « tout » notre cœur,de « toute » notre intelligence…Voilà comment il eût fallu L’aimer,mais… trop de choses…– tel le lierre envahissant les murs –nous en ont empêchés !…Puissent donc ces mots t’apostropher, t’appeler…au chemin difficile et prodigieux de l’amoureuseexigence à laquelle le Ciel nous invite !
Que soient ici remerciés ceux qui m’ont soutenu dans l’écriture de ces pages et tous ces frères et amis qui m’ont partagé leur joie de vivre, soucieux de Dieu et de Son projet pour l’Homme.
« C’est en consentant à l’existence et à ce qu’elle signifie que l’on prend congé du Néant. »
Bertrand Vergely
Comme toujours en ce cas, rien n’oblige le lecteur. Une proposition est… une matière à méditer. D’évidence, elle est là pour satisfaire l’esprit de son auteur, mais aussi pour évoquer près du lecteur des valeurs à réfléchir.
J’ai toujours ressenti le besoin d’une mise en cohérence, là où, sous bien des aspects, les événements de la vie semblaient en avoir bien peu.
Les choses sont-elles le fruit du hasard ? Le hasard prévaut-il sur toute chose ?
Tout n’est-il que le résultat des caprices des puissants ? Le tout du monde émanerait-il de la responsabilité des autres au point que jamais je n’aie à m’engager, à me mouiller ? Les choses du Monde me sont-elles étrangères ? Ai-je à y faire, ai-je à en dire quelque chose ?
À y analyser les intérêts géopolitiques, on imaginerait bien cette rencontre entre deux étranges protagonistes : ceux qui détiennent le pouvoir et veulent conduire les hommes et le monde à un certain mode de vie et… ce hasard dont nul ne sait rien, mais dont la mission est de poser ce grain de sable qui déjouera les plans des premiers.
Je ne cacherai pas que mon questionnement principal est bien la raison d’être et d’exister de l’homme. Que fait l’homme en vivant ici-bas ? Qu’a-t-il à apprendre ? Quels sont les chemins qu’il lui faut parcourir ?
Y a-t-il quelque chose de semblable à réaliser pour le plus humble des hommes, le plus savant ou le plus nanti ?
De longue date, des philosophes, des biologistes et bien d’autres ont interrogé la dimension ontologique de l’homme et sa place en ce monde. Qu’est-ce que l’homme en lui-même ? Qu’est-ce qui lui est spécifique ? Comment le définir et le distinguer de l’animal ou du robot ?
Et l’étudiant de la sorte, en le décryptant, en analysant ses divers aspects, ces débroussailleurs ont aidé à le comprendre. Chacun avait sa manière, son angle de vue, sa spécialité. Oui, chacun usait d’une investigation particulière !
La démarche fut louable, elle a donné à penser à de nombreuses générations.
Mais aujourd’hui, s’y adjoint la nécessité d’une prise en considération de l’homme en l’interpellant à travers le champ de ses relations.
L’homme n’est pas seul, il vit de sa relation aux autres, à tous les autres et à l’Univers.
Il ne peut plus être vu seulement comme « objet de science ». Il y a lieu d’envisager qui il est à travers ses options, ses choix et ses modes relationnels.
Le temps de l’objectivisme scientifique est obsolète. D’objet d’étude qu’il était au départ, l’homme change de statut. Il s’envisage en situation et en responsabilité.
Comment choisit-il de vivre avec lui-même et avec les autres ?
L’effet « papillon » pénètre les consciences : ce qui se passe ici entraîne des effets là-bas.
Ce que l’on perturbe aujourd’hui aura des conséquences pour nos petits-enfants.
C’est bien une caractéristique de notre siècle de se considérer tous en interrelation.
Les latitudes et le temps renient leurs limites et leurs frontières.
La présente réflexion estime qu’il est offert à l’homme quatre champs relationnels fondamentaux.
C’est une conviction non absolue, peut-être une forme de croyance, je le concède.
Comment va-t-il se connaître, se réfléchir et se comporter avec lui-même ?
Comment va-t-il rencontrer l’autre, se dévoiler ou se laisser découvrir ?
À quoi est-il obligé dans son rôle d’intendant de la nature ? Comment choisit-il son inscription dans son milieu naturel ? Quelle est sa relation à la Terre, voire au cosmos ?
Et je ne peux écarter sa relation à… Dieu (ou pour certains à la Transcendance), au Tout Autre, à Celui duquel il tient son titre de « vivant » !
Cette relation très spéciale ne présente pas la même visibilité que les autres.
On ne la voit pas. Personne ne la contemple objectivement. On la positionne comme croyance. Mais sans vouloir provoquer quiconque, je la tiens néanmoins pour fondamentale.
Pourquoi ? Parce que, bien qu’invisible et très privée, elle peut englober et transfigurer profondément toutes les autres ! Elle est une « mise sous globe transformatrice » !
C’est ce que nous tenterons de développer.
Porter son regard sur ces quatre champs relationnels nous ouvre à plus de conscience. Et qui dit plus de conscience dit plus humain, c’est-à-dire, selon nous, potentiellement plus VIVANT !
Si l’un de ces axes est manquant, l’homme est estropié. L’aménagement de ces quatre relations à vivre est le travail de la vie. On aménage, on concède, on reconsidère les événements du vécu. Qu’ils soient professionnels, conjugaux, familiaux ou autres, tous ont une place.
Les faits du quotidien sont bardés de psychologie qui interroge nos relations !
Si la relation peut entraîner au conflit, elle se peut aussi occasion d’harmonie.
Ce grand exercice tend à déboucher sur un bien-vivre unifié. Celui-ci ne nous est pas un acquis naturel. Il convient de reconsidérer la juste part de nos engagements en chacune de nos relations. Chacun est donc établi comme acteur, chacun y peut quelque chose.
Il m’apparaît difficile d’être bien avec soi-même et en même temps en guerre avec l’autre, le Tout autre, ou même avec cet environnement qui nourrit la vie.
Cette relation de « bonne intelligence multilatérale » est initiatrice d’une « joie de vivre » spécifiquement humaine. Car l’Homme est bien le seul à pouvoir vivre ces quatre liens relationnels.
Cette joie n’a que bien peu à voir avec le plaisir ou le bien-être. Il s’agit d’une joie née d’une paix intérieure bâtie sur cette harmonie relationnelle. Parce qu’elle fait démarche de vérité et de justesse vis-à-vis de soi, de l’autre, de Dieu et de notre environnement.
Les interrogations sont de toutes les époques de la vie, elles ne s’épuisent pas. Les conflits sont parties prenantes de nos décors journaliers. Les problèmes diffèrent au gré de l’évolution des sociétés, mais il y aura toujours des problèmes dont l’intérêt est d’abord cette tentative de les résoudre. Il y aura toujours des questions et une actualité à penser. C’est là l’opportunité d’une réflexion toujours renouvelée.
C’est ce travail, ce souci du choix judicieux qui fait honneur à l’intelligence humaine, qu’elle soit de science ou de cœur.
L’essentiel s’inscrit pour nous dans la rencontre intelligente et respectueuse de chaque axe relationnel.
Cette joie – comme l’évoque le Pape François – s’établit sur un passé et un avenir, sur une capacité à s’émerveiller de ce que rencontrer Dieu régénère notre vécu et un avenir qui nous dit ce qui est possible dans la relation comme dans cette espérance à laquelle Il nous convie.
Si, d’évidence, il existe des lois pour vivre en bonne santé physique et s’il en existe d’autres pour construire des liens psychologiques de qualité, il y en a d’autres encore qui régissent nos liens à l’environnement et… à la Transcendance.
Réfléchir à ces relations, approcher ce que peut chaque acteur vis-à-vis de lui-même, de l’autre, du tout Autre et de la Terre, ranime et ravive notre puissance d’être.
Chacun a conscience – de près ou de loin – d’être partie prenante face aux événements.
Il ne s’agit pas ici de plaider pour un exercice de philosophie morale qui dirait telle relation bonne ou mauvaise.
Il s’agit de tendre à être davantage Vivant – seul et ensemble. Il s’agit de faire émerger davantage de vie dans toutes ces relations qui nous obligent. À chacun d’y souscrire en toute liberté.
Ce surcroît de vie, gagné par la mise en qualité de la relation, est une des finalités de notre passage ici-bas.
C’est ici la première évocation du grand retournement, « la belle Métanoïa » à laquelle ce texte invite. J’y reviendrai. Sans concéder à un autre regard, un autre côté de la lorgnette, les choses se comprennent difficilement.
Entendez cela : « Nous ne sommes pas des êtres vivants qui avons pour horizon la mort, nous sommes des mortels qui avons pour horizon la Vie » (propos cueilli lors d’une homélie funèbre).
Méditation fondamentale !
Chacun est interpellé par les événements selon l’époque et la culture, selon les idées et les croyances ambiantes. Nul n’y échappe.
Nous vivons tous une histoire différente malgré des faits d’actualité semblables ! Notre vécu extérieur ou intérieur n’est pas celui de l’autre. Les ressentis particuliers s’éparpillent en tous sens.
L’Histoire porte le poids de son étymologie. « Histos », le tissu, un tissu fait de fils et de nœuds, qui lentement se déroule à travers le Temps de l’Humanité.
N’y a-t-il pas quatre Évangiles pour aborder les mêmes événements ? Disent-ils rigoureusement la même chose ? Non ! Et si nous avions eu à en écrire un, sa narration serait empreinte des marqueurs de notre époque. Seule la veine centrale du récit, cette fascinante option pour l’Esprit de la Bonne Nouvelle, est toujours là vivace.
Chacun est interpellé personnellement en son époque.
Nous pouvons revisiter les événements, y réfléchir bien des années plus tard, mais non point les juger avec les yeux et les acquis de notre temps !
Une pensée est toujours quelque peu écartelée entre sa veine universelle et le champ restrictif de l’histoire et de la culture qui l’accueille. Entre son concept hors du temps et son fait inscrit dans l’actualité, la pensée ondoie, oscille ou ondule !…
Faiblesse ou fragilité de toute pensée humaine ? C’est probable.
Mais qui s’étonnera que notre pensée nous ressemble ? N’y a-t-il pas un inextricable lien entre l’homme, sa pensée, son temps et sa parole ?
L’actualité et les faits pratiques du monde ne sont que changements : la vie est mouvement.
D’autres mentalités surgissent au fur et à mesure des évolutions de nos sociétés.
Mais la raison utile de notre passage sur Terre différerait-elle en fonction des ères ou des périodes de l’Histoire ? Je ne le crois pas.
Réfléchir aux choses dans leur contexte historique et circonscrire la pensée d’une époque sont des impératifs absolus pour éclairer les comportements des protagonistes.
C’est le subtil exercice auquel s’adonne l’historien.
On ne peut penser le passé qu’à travers les yeux supposés d’une époque. Grand écart acrobatique ! Une perspective contemporaine pour disséquer le « jadis et naguère » est un prisme déformant.
Il y a fort à parier néanmoins qu’une forme de questionnement fondamental – agitant davantage notre for interne – ait hanté les esprits de tous temps et de tous lieux. D’où la question :
Quelle est la mission essentielle de l’homme, au-delà des changements de décor que sont les âges et les civilisations ?
N’y aurait-il pas un commun dénominateur qui dicterait un chemin – certes plus intérieur – à toute existence humaine, quelle que soit son époque ?
N’est-il pas un certain but à atteindre qui nous soit commun ?
Y a-t-il quelque chose à faire… ou plutôt quelqu’un à devenir lors de notre temps d’immersion dans le monde par-delà les variables propres à chaque époque et à chaque lieu de culture et civilisation ? Je réponds « oui » d’emblée. C’est la conviction à laquelle vous convient ces pages…
Elle y joint l’humble et tendre prétention d’ouvrir une voie, une brèche… et pourquoi pas de suggérer une réponse !
L’homme de l’Antiquité, celui du Moyen Âge, des Temps modernes ou l’homme contemporain sont unis par une même interrogation… celle de notre destinée !
Dans un livre précédent, Mais diable, que sommes-nous venus faire ici-bas ?, ces réflexions sont déjà présentes.
J’y ai déposé des mots de raison logique aux côtés de mots poétiques, car c’est là ma manière de dire.
Je persiste à croire que c’est dans cette rencontre mystérieuse de logique et d’intuition, ce mélange de cœur et d’esprit que l’homme se construit puis s’établit. J’ai structuré mon propos et je l’ai habillé d’émerveillement… parce que je préfère l’homme de chair à la pensée désincarnée.
Peut-être ai-je rendu de la sorte le texte difficile… J’aborde donc les choses un peu différemment, si je le peux… !
Dans la théorie de la connaissance, la philosophie nous enseigne qu’il existe deux versants fondamentaux pour « connaître » : le rationalisme, réflexion logique considérant l’idée, et l’empirisme, connaissance reliée à l’expérience. Certes, le grand philosophe Emmanuel Kant s’est fendu d’un Idéalisme transcendantal qui recourt aux deux démarches. Nous y reviendrons.
Si je ne peux que souscrire à cette perspective, je voudrais néanmoins ajouter une troisième dimension de connaissance. Elle paraîtra étrange, voire étrangère à beaucoup. Certains diront même que c’est « hors contexte » de tout débat raisonnable.
Mais plus humaniste que philosophe, je me permets cette incartade. Approcher la connaissance de l’humain se fait aussi par un autre abord.
Quelle en serait la bonne dénomination ? J’ai pensé désencombrement pour évoquer l’idée de faire place à ce qui n’est pas de notre entendement naturel ni du champ expérimental ordinaire.
La prière est devenue cette grande inconnue, si peu travaillée par un monde occidental qui, fort de ses avancées technologiques, n’en sait plus grand-chose. Une certaine condescendance, voire un certain degré de moquerie y sont attachées.
Tout au plus lui concède-t-on un effet d’apaisement… De quoi rasséréner… comme le ferait un placebo ou la pose « zen » pour la méditation. Ce serait « le fait d’y croire » plus encore que son exercice… qui en ferait fleurir les bénéfices !
Prier est d’abord une invitation : je vous prierais par exemple de me suivre en mon propos !
Mais qui donc nous invite ? On se sent parfois invité à autre chose… qu’aux impératifs de la vie. Nos épaules sont chargées d’obligations qui, pesantes, finissent par mettre de la grisaille dans le quotidien… Ainsi, nous distinguons mal qui est à l’origine de l’invitation.
Trop encombrés sans doute, presque enterrés sous les gravats des choses nécessaires et utiles… et sans saveur, nous n’entendons pas, nous ne lisons plus le carton d’invitation.
Peu nombreux les priants, peu nombreux ceux qui s’appliquent à cet exercice essentiellement introspectif ! Est-ce là un effort ? Ou l’opportunité d’un émerveillement ? Parlons-en sans dénigrement ni condescendance !
Pour décrire ou comprendre l’homme ou le Monde, j’ai donc appris qu’il ne faut se défaire ni de la raison, ni de l’expérience – la clinique – comme on la dénomme en médecine, ni de la prière !
Cette trinité qui fait l’homme est un trépied d’équilibre ! Et de marcher sur deux pattes… nous vacillons facilement.
Dans le décours de bien des vies, logique et rationalité se mêlent au miracle et à l’inattendu.
Le surnaturel s’y fait une place ! De plus, le champ de bataille de nos réflexions se voit souvent bousculé, voire chahuté par la force des nos sentiments.
Ce sont là, Terre, Ciel et Enfer de toute vie !
La prière, je le dis pour qui ne la connaît pas, a aussi sa part de raison et d’expérience, mais s’y surajoute cet abandon à la confiance dans la relation à Dieu.
Si l’âme humaine – entendue comme part immatérielle de Dieu en nous – a partie prenante avec chacun des niveaux anthropologiques, elle se plaît particulièrement à l’étage de l’Esprit ! C’est là son pâturage de prédilection.
La Foi dans cette relation n’est en rien un savoir : qui croit ne sait rien… !
Elle est l’acceptation d’un laisser agir divin en l’homme. Chaque étage de notre humanité est concerné : corps, champ des sentiments et émotion, esprit et même ce Pneuma qui est principe de vie. Qui croit a seulement confiance !…
Mais étonnamment, il « apprend » quelque chose et fait une « expérience » particulière.
Et l’expérience se peut en son corps comme dans sa vie psychologique ou spirituelle.
À l’instar de nombreuses expériences, l’homme s’étonnera des résultats et des chemins en méandres vers lesquels la prière l’a mené. Nous mettons un temps à comprendre ce qui nous est advenu.
Gardons en mémoire que toujours, que nous cherchions à connaître l’homme par le biais de la raison, de l’expérience ou de la prière, il restera une part insondable à l’homme.
Chaque personne est et reste mystère et créature d’exception – qu’aucune analyse ne peut pleinement circonscrire.
C’est là une chance inouïe ! Une part de nous-mêmes est protégée !
Cette part est protégée parce que… inconnue ou insaisissable ni par la personne elle-même ni par autrui.
À tout humain, il est interdit de dire : « Toi, je te connais ! », ce qui serait dire : « Je t’enferme dans la maîtrise de mon savoir. » Sans doute cela relève-t-il du privilège de Dieu !…
Et pour qui le connaît… comme pour qui l’ignore, cela vaut probablement mieux ainsi.
Une réflexion proche de la prière sera le support explicatif du titre « peu logique » de ce livre : L’horizon est vertical. Ni la logique ni l’expérience ne semblent en effet s’y retrouver !
Souvent, un livre, une rencontre, un mot se plantent devant nous… insignifiants peut-être pour autrui, mais révélateurs pour nous ! Ces mots nous saisissent, nous ébranlent… ils vont modeler un élément nouveau dans la pensée.
Voici donc !
Dites-moi, que serait l’homme le plus riche, le plus puissant ? La femme la plus sage ou la plus séduisante ? Puisque chacun sait qu’il faut laisser au cimetière tous les acquis de nos avoirs, de nos savoirs et de tous nos pouvoirs !
Rien de ce qu’on a thésaurisé « pour soi » ne se peut germe de vie.
Même si le rêve « transhumaniste » tente encore une fois de ravir à Dieu le feu de la Vie, ces expressions bien humaines de puissance ont leurs limites. Elles n’outrepassent pas l’horizon terrestre. Un petit virus, un petit grain de sable mettent à mal les mécanismes bien huilés de nos orgueilleux objectifs.
Toute gloire et toute richesse ne sont qu’impasses.
L’illusoire voie heureuse se fracasse contre le mur du bout de la rue. Mieux vaudrait habiter… rue Fontaine d’amour !
Autre chose est d’avoir usé de nos capacités pour entrer en relation avec l’autre.
Si l’autre a pu grandir en compétence ou en sagesse grâce à notre relation, si l’offrande de nos avoirs, de nos pouvoirs et savoirs est accueillie, alors oui, quelque chose restera…
« La charité ne passera jamais » (1 Corinthiens 13, 8).
Si j’ai été porteur de richesse, et si je me convaincs que ces qualités émanent tant d’un don que d’un effort personnel, je peux entrevoir une autre perspective.
L’horizon se tord. Une lumière vient fendre l’Éther. Autre chose se donne à voir et à comprendre. Comprendre l’incompréhensible, toucher à l’inimaginable… on peut s’ouvrir à la verticalité des chemins de Dieu. On surajoute à l’humain…
Avec Lui, il n’y a pas d’impasses. Mais… il y a Pâques, passage étroit, difficile, qui a néanmoins l’immense avantage – au-delà de l’épreuve – de déboucher sur un supplément de Vie.
Tout ce qui aurait pu n’être rien, ne servir à rien… peut devenir l’abord d’un infini de Vie.
Mais rien ne nous oblige.
Verra… qui aura désiré voir ! Pour autant qu’il s’ouvre à une rencontre forte et qu’il concède à la radicalité qu’elle initie. C’est une traversée qui échappe au seul principe de plaisir ou de bien-être. La rencontre se peut souvent difficile !
Elle est ce passage qui a le goût de la mort. Les espaces de souffrance ou de sacrifice s’y font plausibles. Le grain se meurt en terre pour donner du fruit. Les semences laissées au grenier n’en donnent pas. Il nous faut traverser, mais sans jamais sauter par-delà la réalité.
Traverser les soubresauts, les peines, les gloires, les versants joyeux ou insipides de la vie.
C’est dans cette incarnation, dans cette glèbe humaine que se joue le possible d’un Au-delà à entrevoir. Ce lien à la réalité, commun, absurde, fade, passionnant ou inquiétant ouvre sur une autre dimension.
On se sent d’un autre théâtre. On est prié d’entamer un chemin.
La scène nous paraît tout à coup différente, le regard se porte en haut. L’anfractuosité de Pâques laisse darder une éjaculation de lumière. On peut dans l’ordinaire, sans magie ou illusion, modeler un sens nouveau à nos jours.
Je ne sais plus quelle écrivaine caricaturait le mot prière en trois dimensions : « Merci, Au secours, Pardon ! »… Ce n’est déjà pas si mal. C’est souvent lorsque l’homme est aux abois qu’il reconsidère la prière.
Le philosophe dira que la prière humanise à travers le fait de « demander avant de prendre » laisse place au langage, à la loi et à la personne !
Plus encore, on pourra habiter ce corps que l’on a, pour être ce corps que l’on est ! Il nous faudra être présents à ce corps et le laisser se saisir de l’Esprit.
La prière est cette pleine présence de notre être à l’Esprit.
Si l’on interrogeait le ciel, celui-ci nous dirait ceci :
« Prier, c’est se mettre en contact avec l’Éternel – et avec les choses qui servent à amener l’Esprit bien au-delà de la Terre. C’est la méditation des perfections de Dieu et de la misère des hommes, misère du moi.
C’est susciter des actes de volonté amoureuse ou réparatrice, adoratrice toujours, même si c’est une volonté qui surgit d’une méditation sur une faute ou un châtiment1. »
Mais voilà que plus simplement je rappellerais qu’en italien prier se dit « pregare ».
Proche, le mot français « précarité » : vivre au risque de la pauvreté, vivre au risque de la fragilité ! Prier, c’est se faire pauvre… se désencombrer de tout ce qui nous encombre, tout ce qui nous empêche… en matière d’accueil, de pensée et de vie.
Encore une fois, on touche à toute la finesse de la pensée chrétienne : se faire pauvre, ce n’est en rien faire l’éloge ou l’apologie de la misère !
Contre cette misère-là, physique, sociale et spirituelle, toutes nos forces ont à s’engager ! Il y a des choses à faire, des soins à donner ou mieux, il est demandé de « prendre soin de l’autre comme de soi ». Il y a de nouveaux rapports sociaux et économiques à inventer.
C’est là le challenge des sociétés contemporaines. Il y a des perspectives spirituelles à reconsidérer à la lumière de situations nouvelles et suite à l’apport des sciences humaines de notre époque.
Le chrétien est appelé à être pauvre, attaché à la rencontre et à la relation, mais désencombré. Tant de choses encombrent, dilapident ce temps qu’on aurait pu offrir.
Mais pire, certaines petites choses parasitent, voire paralysent la relation.
Je me rappelle cette situation de rêve et d’horreur mélangés. Nous arrivions en vacances au beau pays de Corse. Nous venions de quitter les nébulosités de notre région du Nord. Quelques kilomètres après avoir quitté l’aéroport d’Ajaccio, une taverne-restaurant s’offrait à nous. L’endroit s’ouvrait sur une plage et quelques rochers dans un décor de rêve.
La lumière était large, le soleil se mêlait à une fine brise venue de la mer… des arbres, un peu d’ombre et bien peu de monde !… Le lieu et ses espaces étaient donnés… Tout était propice à la contemplation.
Juste à côté de nous, un jeune couple à table avec à côté d’eux, leur jeune enfant dans la poussette… Les parents avaient les yeux rivés sur l’écran de leur iPhone. À cette heure où tout invitait à rendre grâce pour ce que l’on est, pour les éblouissements dont la création nous désaltère, il était un enfermement. L’instant était pourtant béni.
Il aurait pu conduire les yeux de l’enfant tout alentour. Il aurait pu réunir autour de lui papa et maman qui lui auraient soufflé à l’oreille et au cœur quelques mots… Lui conter la beauté et ses ravissements à partager !
Que sommes-nous devenus pour préférer l’artifice à la beauté à vivre ? L’écran plutôt que la rencontre ? Parasiter ou paralyser la relation, disais-je ? Celle-ci s’abîme au jeu des faux semblants : paraître, séduire, donner l’illusion… L’homme contemporain est-il donc si rembruni qu’il excelle à maquiller les vérités qui font sa vie ?
Possibilités démultipliées comme jamais, l’homme peut beaucoup, l’homme n’a jamais autant pu qu’aujourd’hui ! Mais les misères qui l’assaillent se font elles aussi plus pointues et omniprésentes. Les sollicitations du « veule » sont légion.
Addiction programmée et assuétude concédée se donnent aujourd’hui la main pour nous ramener à des formes nouvelles d’esclavage, alors qu’on se désirait libre !
Le corps est hanté par ses besoins, les sentiments se cherchent. Un consensus entre le « pour l’autre » et le « pour soi » s’essaient au bonheur. L’homme contemporain est tenu en laisse au pays des désirs-illusions. On se laisse habiter par autrui… pour autant qu’on lui offre un espace.
Se désencombrer du médiocre ou de l’inutile, on le peut. Mais, se laisser habiter par l’Esprit, est-ce encore possible aux pays du consumérisme matérialiste ?
Les choses encombrent, et bien des misères nous avilissent. Que nous en soyons les acteurs ou les responsables ou que, par indolence humaine ou spirituelle, nous y concédions.
La prière est l’exercice du désencombrement pour faire place à la relation au bon, au beau, au droit, au juste. Faire de la place… Vivre désencombré des flatteries et des leurres… car ceux-ci détruisent celui qui les gobe.
Et, en cet espace enfin déserté, s’approcher de qui est la Relation aimante absolue, le Dieu trinitaire, est planche de salut.
Il peut nous ouvrir à la relation à nous-mêmes, à l’autre et à cette part du Monde dont nous sommes les intendants.
Ce mouvement de confiance et d’abandon permet d’approcher une autre connaissance. Cet effort a quelques similitudes avec la ténacité du chercheur qui connaît aussi les moments obscurs des « non-découvertes » !
C’est « désencombré » qu’on peut se rapprocher de l’universel pour rencontrer le particulier et ne point renier sa singularité.
Inscrire sa singularité dans la rencontre du particulier et se ressentir partageant l’universel (perspective hégélienne).
Quand donc une faculté d’économie nous proposera-t-elle un modèle d’une certaine pauvreté pour faire de tous et de chacun… des gens riches d’un horizon nouveau mais… vertical cette fois ?
