L'intelligence et la foi en dialogue - Xavier Géron - E-Book

L'intelligence et la foi en dialogue E-Book

Xavier Géron

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Beschreibung

Pouvons-nous parvenir à connaître Dieu par l’exercice de notre intelligence ou bien devons-nous nécessairement,
passer par un acte de foi qui semble remplacer la raison ? La question n’est pas d’aujourd’hui. Saint Thomas d’Aquin, théologien du XIII ème siècle, en a déjà longuement débattu. En faisant l’effort de nous replonger dans ses écrits très modernes, nous découvrons que la foi ne remplace pas l’intelligence mais au contraire en exige le recours indispensable. Ainsi, cette réflexion nous préserve-t-elle de tomber dans les erreurs d’une idéologie qui défigure la dignité humaine comme le risque de l’intelligence artificielle ou de l’obscurantisme religieux. L’actualité nous met en présence de la confrontation de plus en plus violente entre l’indifférentisme de la laïcité et la religiosité sous une forme intégriste et radicale. Seul un juste équilibre entre la foi et la raison, un vrai dialogue entre l’intelligence et la Révélation, peut nous conduire à la lumière de la sagesse où toutes les vérités partielles s’organisent et s’ajustent pour conduire à la vérité tout entière qu’est le Christ.




À PROPOS DE L'AUTEUR

Xavier Géron - Prêtre du diocèse d’Aix et Arles, ordonné en 1990 pour la fraternité ND de la Sagesse. Études de philosophie et théologie à Fribourg (CH), détenteur d’une licence canonique de théologie. Curé en paroisse sur plusieurs diocèses (Versailles, Rouen Arras, Aix), prédicateur de retraites. Aumônier de la communauté des moniales bénédictines de l’Abbaye ND du Pesquié en Ariège (Foix) depuis 2021

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Seitenzahl: 131

Veröffentlichungsjahr: 2024

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P. Xavier Géron

L’intelligenceet la foien dialogue

avec Thomas d’Aquin

Imprimatur

NIHIL OBSTAT

Le 6 octobre 2023

P. Patrice Sicard, cens. dep.

IMPRIMATUR

Le 6 octobre 2023

Mgr Patrick Chauvet, vic. ép.

Imprimé avec autorisation ecclésiastique donnée le 6 octobre 2023 par Mgr Patrick Chauvet, vicaire épiscopal à l’Imprimatur de l’archevêque de Paris

Préface

La foi est la vertu intellectuelle et surnaturelle qui nous fait adhérer à Dieu tel qu’il s’est révélé. Elle fait appel à la raison. La foi n’exige pas une mise à l’écart de l’intelligence, elle n’impose pas une soumission de la raison, mais son acquiescement et sa collaboration. Dans la révélation, il y a des vérités surnaturelles que la raison ne peut ni prouver ni trouver par elle-même, mais il y a encore un certain nombre de vérités qui sont de soiet de droit, accessibles à la lumière naturelle de la raison1. Cependant, fait remarquer saint Thomas, il convenait qu’elles fussent révélées, car cherchées par la raison sans le secours de la foi – dans le contexte d’une nature déchue –, elles ne seraient le fait que de quelques-uns, non sans difficultés et non sans erreurs, remarque-t-il2.

L’ensemble de ces vérités accessibles à la raison font partie de ce qu’on appelle le révélable (revelabile), c’est-à-dire de ce qui est connaissable par révélation : « Est révélable ce dont la raison formelle est d’être révélée, c’est-à-dire des réalités (res) que l’on peut connaître au moyen de la révélation » (Cajetan). Or, parmi ces réalités, il y en qui sont accessibles par la raison, comme l’existence de Dieu, tel ou tel attribut divin, la création, l’immortalité de l’âme, etc., mais comme elles sont difficiles à atteindre, surtout pour une intelligence marquée par la blessure d’ignorance, il convenait qu’elles fussent connues de l’homme par révélation.

Ainsi deux objets matériellement identiques sont connus sous deux lumières formellement différentes : la raison et la foi. La lumière de la révélation éclaire les réalités connues comme révélable, qui sont par ailleurs connues par le philosophe, c’est-à-dire sous la lumière de la seule raison3. De cette manière loin d’aliéner la raison, la foi vient à son secours, en lui donnant d’atteindre plus aisément de connaître Dieu, connaissance normalement proportionnée à ses capacités naturelles, si l’intelligence n’était pas infléchie ou court-circuitée dans son exercice par toutes sortes d’entraves et de conditionnements culturels et moraux.

Pour saint Thomas, il ne peut y avoir de connaissance surnaturelle sans cette capacité de la raison naturelle à connaître les vérités rationnelles qu’elle présuppose4.

La connaissance de foi présuppose et pré-exige la validité de la connaissance naturelle de Dieu, non seulement pour donner un minimum de sens intelligible au mot Dieu, mais aussi parce que c’est le même Dieu qui est visé par la raison et par la foi. On connaît beaucoup plus de choses sur Dieu, selon un mode supérieur et avec plus d’assurance, par la foi que par la raison5. […] Il n’y a pas un Dieu pour la foi et un autre pour la raison : seule l’affirmation de Dieu par la foi diffère de l’affirmation de Dieu par la raison. Dieu, objet adéquat de la foi, transcende l’objet propre de la raison, mais c’est le même Dieu qui est l’objet réel de la foi et de la raison6.

Il est vrai qu’une même chose ne peut être, à la fois et sous le même rapport, objet de foi et de raison, objet de croyance et objet de science7.

Faut-il en conclure que l’existence de Dieu, par exemple, cesse d’être un objet de foi si elle se prête à une preuve rationnelle, ou bien qu’elle n’est objet de foi que parce qu’il est impossible d’en donner une preuve rationnelle ? Saint Thomas observe que pour un même objet il peut y avoir foi et savoir, en même temps et chez le même individu, mais sous des rapports différents8.

En effet, rien n’empêche que certaines réalités divines soient connaissables aussi, selon des rapports différents, à la fois par la lumière naturelle de la raison et par la lumière de la révélation surnaturelle9. Pour la foi, Dieu est « cette vérité première dont la vision fait les bienheureux »10 ; pour la raison, Dieu est la cause première de l’univers. Mais aucune preuve rationnelle de l’existence de Dieu, aussi convaincante serait-elle, ne dispensera jamais de croire en celui à qui l’homme peut se fier avec plus d’assurance qu’à sa propre raison, car « il y a plus de certitude dans ce que l’homme reçoit à l’écoute de Dieu, qui ne peut se tromper, que dans ce qu’il voit par sa propre raison, qui est sujette à l’erreur »11.

« On doit croire ce qui est de foi, non à cause de la raison, mais de l’autorité divine »12. Cependant, humainement, la foi n’est ni extérieure ni contraire à la raison, car elle requiert l’assentiment de l’intellect, « la foi implique l’adhésion de l’intelligence à ce que l’on croit »13.

Sous la conduite de la foi, la raison n’aliène pas sa nature [...]. En retour l’autorité de la foi n’est pas diminuée, mais accrue par le soutien qu’elle trouve dans la lumière naturelle de la raison14.

Il n’y a ni subordination de la foi à la raison, ni annexion de la raison par la foi, ni dénaturation de la foi par la raison et de la raison par la foi. Elles vivent l’une et l’autre comme des alliées, l’une soutenant l’autre, s’accomplissant « dans une mutuelle promotion où, par un respect réciproque, chacune en trouvant son accord avec l’autre, se retrouve elle-même »15.

Les textes thomasiens proposés par le Père Xavier Géron dans ce volume, non seulement illustrent ces rapports, mais ils les déclinent sous plusieurs aspects, en manifestent la vérité et la fécondité pour la vie chrétienne.

fr. Philippe-Marie Margelidon, o.p.

Directeur de la Revue thomiste

1 Cf. Contra Gentes, Lib. I, cap. 4.

2 Cf. ibid.

3 Cf. Summa theologiae, Ia, q. 1, a. 3, c.

4 Cf. ibid., q. 2, a. 2, ad 1 ; IIa-IIae, q. 2, a. 4 ; q. 6, a. 1 ; q. 8, a. 1.

5 Cf. ibid., IIa-IIae, q. 2, a. 3, ad 3.

6 J. Rassam, Thomas d’Aquin, Paris, PUF, 1969, p. 23-24.

7 Cf. De veritate, q. 14, a. 9, c. et ad 6.

8Ibid., ad 2-4.

9Sum. theol, Ia, q. 1, a. 1, ad 2.

10Ibid., IIa-IIae, q. 5, a. 1, c.

11Ibid., q. 4, a. 8, ad 2.

12Ibid., q. 2, a. 10, c.

13Ibid., q. 1, a. 4, c.

14 J. Rassam, Thomas d’Aquin..., p. 25-26.

15Ibid., p. 26.

Qu’est-ce que la théologie ?Pour comprendre l’existence de Dieu et qui il est

« Il n’y a pas de vie spirituelle sérieuse sans une bonne théologie »

Le rapport entre science et foi, entre philosophie et religion, est un sujet difficile à aborder mais pourtant indispensable. Le saint Pape Jean-Paul II, dans son encyclique « Fides et ratio » a su en tracer les lignes de fond pour aider à dépasser l’opposition apparente et encourager un dialogue fructueux. Les Anciens n’y voyaient aucune contradiction. Un témoin privilégié de cette approche intellectuelle fut certainement le grand théologien du xiiie s., saint Thomas d’Aquin. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de redécouvrir avec quelle noblesse l’intelligence peut se mettre au service des grandes vérités de la foi, à l’école de ce Maître dont la pensée continue d’éclairer la réflexion théologique. Devenir intelligent avec saint Thomas qui sut tirer d’un des plus éminents philosophes grecs, Aristote, les clefs d’un sage raisonnement, voilà une démarche qui pourra répondre à la soif de connaître la vérité.

Les textes qui suivent sont extraits de son ouvrage intitulé « Summa contra gentiles », c’est-à-dire « Exposé à l’intentionde ceux qui ignorent la foi chrétienne ». C’est tout dire de ce désir qui habite son auteur : entreprendre un vrai dialogue avec les penseurs non-chrétiens de son époque, surtout représentés par les maîtres de sagesse juive et musulmane. Les arguments utilisés font essentiellement référence à l’exercice honnête de l’intelligence face à des affirmations de la foi chrétienne. Celles-ci sont donc scrutées et évaluées à la lumière de l’intelligence humaine qui découvre alors sa dignité à traiter de sujets qui l’élèvent au-dessus de ses propres forces naturelles pour la conduire à la connaissance de la Vérité, en qui toutes choses ont été faites et pour laquelle elles existent.

Sans que l’on ait trahi en rien la pensée du Maître médiéval, il a été indispensable d’adapter le texte en adoptant une formulation qui permette à des esprits contemporains de suivre plus aisément le déploiement des raisonnements pour éviter de les décourager. Cette adaptation est faite à partir de notre traduction personnelle du texte latin original. Entre crochets sont parfois insérées des notices explicatives ou introductives. Les mots en italique précédés d’un *astérisque sont explicités en fin de volume et disposés en ordre alphabétique. Les références bibliques sont notées selon l’usage commun de leur abréviation.

Les paragraphes en italique correspondent à la présentation que nous faisons du texte de Thomas d’Aquin. Celui-ci apparaît en caractère bâton. Les extraits cités proviennent du Livre I de l’ouvrage Summa contra Gentiles.

1. Peut-on parler de Sagesse aujourd’hui ?

En introduction à son ouvrage, saint Thomas définit ce qu’est l’activité du sage : savoir ordonner ses connaissances et les hiérarchiser pour parvenir à connaître la vérité, source et fin de toutes choses. Or, ce qui est source et fin de toutes choses, objet de cette recherche effectuée par le sage, c’est la reconnaissance de l’existence d’un principe premier qui est de nature proprement spirituelle, c’est-à-dire immatérielle. Car l’objet de connaissance de l’intelligence ce n’est pas la matière mais ce que signifie cette matière, ce qu’elle veut dire. La recherche du sage consiste donc à découvrir la valeur des choses ce quine peut se faire qu’en apprenant à connaître leur signification profonde. Et là intervient un grand débat philosophique né de la modernité : qui donne sens aux réalités de l’univers ? Est-ce l’homme ou bien la réalité possède-t-elle par elle-même une valeur intrinsèque ? En fait, c’est à la fois l’un et l’autre mais de manière ordonnée. Tout l’enseignement de notre théologien réside en l’effort accompli pour distinguer quels sont les divers modes de connaissance de l’intelligence. Parce qu’elle est de l’esprit, elle peut connaître les réalités spirituelles et parmi celles-ci, ce qu’il appelle le principe premier de l’univers. Cette attitude intellectuelle se distingue radicalement de celle qui caractérisera ce qu’on appellera la philosophie idéaliste. Là, c’est l’intelligence qui déclare ce qu’est la réalité, oubliant qu’en tout premier lieu l’intelligence reçoit l’information de la réalité. Nous voyons donc quel est l’enjeu de cette réflexion dans laquelle nous entrons maintenant : une redécouverte de la métaphysique :

La fonction du sage :

[On trouve dans le Livre biblique des Proverbes cette déclaration :] Mon palais rumine la vérité et mes lèvres ont la malice en horreur (Prov. 8, 7).

Voilà en quoi consiste la fonction du sage : mettre en bon ordre et savoir les répertorier, les objets de la connaissance, comme l’explique le *Philosophe Aristote, afin d’en user correctement. D’où l’adage : « Le propre du sage est de mettre en bon ordre ». Or, la règle qui convient pour gouverner et ordonner tout ce qui doit l’être, se rapporte nécessairement au but ultime que l’on se propose d’atteindre. De cette manière, chaque chose trouvera sa meilleure place quand elle sera correctement ordonnée à sa fin. En effet, la finalité de chaque chose qui existe c’est de parvenir à ce qui la rend bonne. C’est ainsi que nous constatons, quand nous faisons quelque chose, qu’il existe des réalités qui exercent un ascendant par rapport aux autres parce qu’elles leur sont supérieures du fait qu’elles les conduisent à devenir bonnes, c’est-à-dire à leur finalité. Ainsi, la médecine utilise des remèdes en vue d’obtenir la santé. Et la santé est le premier but de la médecine. Mais la santé se trouve aussi dans l’art de savoir confectionner les remèdes. Et l’on constate aussi cet ordre d’organisation et de fonctionnement dans l’art de la navigation. En ce qui concerne les manœuvres militaires, ce sera l’art d’organiser la cavalerie et les autres régiments. De tels arts qui président par rapport aux autres sont appelés *architectoniques en tant qu’ils en sont comme les principes. Quant à ceux qui les mettent en œuvre, ils revendiquent le nom de sages. Ainsi, ceux qui exercent ces activités, dans la mesure où ils les conduisent à leur fin, bien que toutefois ils ne les conduisent pas jusqu’à la finalité absolue, on les appelle quand même des sages mais selon leur spécialité propre. La Bible dit en effet que c’est comme un sage architecte que j’ai posé le fondement (1° Co. 3, 10). Aussi le nom de sage comme tel est-il réservé à ceux-là seuls dont l’objet de l’étude tourne autour de la fin absolue de toutes choses et qui est en même temps le principe de tout. C’est pourquoi, selon le Philosophe Aristote, c’est au sage qu’il revient de considérer les causes les plus élevées.

Or la fin ultime de chaque chose est celle que lui a assignée son premier principe, en tant qu’il est son créateur ou celui qui lui donne la vie. Et le premier principe de l’univers c’est un esprit raisonnable. Il convient donc que la fin ultime de l’univers soit cet esprit qui est toute bonté ; voilà ce qui est vrai. Il convient donc, de cette façon, que la fin ultime vers laquelle s’oriente tout l’univers soit la vérité, et c’est en cela que consiste particulièrement la sagesse : connaître la finalité de l’univers et tout ce qu’il est. C’est pourquoi, dans l’intention de faire connaître la vérité, la Sagesse divine, quand elle se présenta sous la condition humaine, est venue dans le monde pour rendre témoignage. Et voilà ce qu’elle déclare : je suis né[e] et je suis venu[e] dans le monde afin de rendre témoignage à la vérité (Jn. 17, 37).

Qu’est-ce que la Philosophie première ? Le Philosophe Aristote la présente comme la science de la vérité, mais non pas n’importe laquelle. Il s’agit de celle qui est à l’origine de toute vérité, c’est-à-dire celle qui relève du principe premier comme source de l’existence de toutes choses. Aussi, affirme-t-il, cette vérité est principe de toute vérité. Voici en effet ce qu’il faut comprendre : les choses se disposent vis-à-vis de la vérité de la même manière qu’elles se disposent vis-à-vis de l’*être. Face à la vérité, soit on y adhère, soit on la rejette. Il en va de même pour l’art de la médecine, si la santé revient c’est que la maladie est éradiquée. Ainsi, de même que la vérité de la sagesse consiste essentiellement à accueillir l’autorité du premier principe et à considérer ce qui en découle, de même l’erreur qui est son contraire consiste à la réfuter. Il convient donc, quand nous entendons la Sagesse nous parler, de reconnaître la double fonction du sage : 1/ méditer la vérité divine, qu’on appelle vérité par *antonomase, et une fois méditée, l’enseigner, comme l’expriment les paroles citées au début de ce texte : mon palais rumine la vérité ; 2/ réfuter l’erreur qui s’oppose à la vérité, comme poursuit la citation : et mes lèvres ont la malice en horreur. Ainsidésigne-t-on l’erreur qui s’oppose à la vérité et qui est contraire à la religion que l’on nomme aussi la *piété. D’où il ressort que l’erreur qui lui est contraire reçoit le nom d’impiété.

2. Qu’est-ce donc que la Sagesse ?

Pourquoi rechercher la sagesse ? Est-elle donc une connaissance supérieure aux autres ? C’est ce que notre auteur s’efforce de montrer