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Pour la plupart des hommes, les continents, qui s’étendent à peine sur le quart de la surface planétaire, sont les seules parties de la rondeur du globe dignes d’être connues, et la mer n’est autre chose qu’un sombre chaos sans limite et sans fond.
Les savants eux-mêmes sont portés, par une illusion d’optique intellectuelle, à donner aux phénomènes des régions continentales un rôle géographique beaucoup plus grand qu’à ceux des régions océaniques : ainsi nos ancêtres, tout en voyant au-dessus de leurs têtes s’arrondir l’espace infini rempli d’étoiles et de nébuleuses, ne considéraient cette immensité que comme une simple coupole reposant sur le large édifice de la terre. Et pourtant, si l’influence de l’océan dans l’économie générale du globe n’est point relativement étudiée avec le même soin que l’action des rivières qui coulent dans les plaines et des sources qui jaillissent dans les creux des collines, cette influence n’en est pas moins de premier ordre, et c’est d’elle que dépendent tous les phénomènes de la vie planétaire. « L’eau est ce qu’il y a de plus grand ! » s’écriait Pindare dès les origines de la civilisation hellénique, et depuis la science nous a révélé que les continents eux-mêmes se sont élaborés au sein des mers, que sans elles le sol, pareil à une surface métallique, ne pourrait donner naissance à aucun organisme. Ainsi que le racontent poétiquement presque toutes les cosmogonies des peuples primitifs, la terre est « fille de l’océan. »
Dans cette étude nous résumerons d’une manière générale l’état de nos connaissances sur les questions de physique et de géographie maritimes discutées par les savants. Il importe de nous rendre compte des recherches faites à cet égard, car la science de la mer est encore bien loin d’être établie.
À PROPOS DES AUTEURS
Jacques Élisée Reclus, né le 15 mars 1830 à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) et mort à Thourout en Belgique le 4 juillet 1905, est un géographe et militant anarchiste français.
Communard, théoricien anarchiste, c'est un pédagogue et un écrivain prolifique. Membre de la Première Internationale, il rejoint la Fédération jurassienne après l'exclusion de Michel Bakounine. Avec Pierre Kropotkine et Jean Grave, il participe au journal Le Révolté.
En octobre 1894, avec d'autres professeurs démissionnaires, il crée à Bruxelles l'Université nouvelle.
Précurseur de la géographie sociale, de la géopolitique, de la géohistoire, de l'écologisme et de l'écologie, il était également végétarien, naturiste, partisan de l'union libre et espérantiste.
Charles Nordmann est un astronome français. Recruté par le directeur de l’observatoire de Nice, Henri Perrotin, il cherche à détecter les ondes radio émises par le Soleil. Il mène son expérience sur les pentes du Mont Blanc (Alpes françaises), à 3100 mètres d'altitude, au mois de septembre 1901. Malheureusement il effectue ces mesures pendant une période d'activité solaire minimum, et les résultats sont négatifs. Dans sa thèse, soutenue en 1903, il décrit l’expérience négative du Mont Blanc, tout en considérant comme « infiniment probable l'émission par le Soleil d'ondes électriques ».
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Seitenzahl: 69
Veröffentlichungsjahr: 2023
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L’Océan : étude de physique maritime.
L’Océan
Étude de physique maritime
Pour la plupart des hommes, les continents, qui s’étendent à peine sur le quart de la surface planétaire, sont les seules parties de la rondeur du globe dignes d’être connues, et la mer n’est autre chose qu’un sombre chaos sans limite et sans fond. Les savants eux-mêmes sont portés, par une illusion d’optique intellectuelle, à donner aux phénomènes des régions continentales un rôle géographique beaucoup plus grand qu’à ceux des régions océaniques : ainsi nos ancêtres, tout en voyant au-dessus de leurs têtes s’arrondir l’espace infini rempli d’étoiles et de nébuleuses, ne considéraient cette immensité que comme une simple coupole reposant sur le large édifice de la terre. Et pourtant, si l’influence de l’océan dans l’économie générale du globe n’est point relativement étudiée avec le même soin que l’action des rivières qui coulent dans les plaines et des sources qui jaillissent dans les creux des collines, cette influence n’en est pas moins de premier ordre, et c’est d’elle que dépendent tous les phénomènes de la vie planétaire. « L’eau est ce qu’il y a de plus grand ! » s’écriait Pindare dès les origines de la civilisation hellénique, et depuis la science nous a révélé que les continents eux-mêmes se sont élaborés au sein des mers, que sans elles le sol, pareil à une surface métallique, ne pourrait donner naissance à aucun organisme. Ainsi que le racontent poétiquement presque toutes les cosmogonies des peuples primitifs, la terre est « fille de l’océan. »
Ce n’est point là simplement un mythe, c’est la réalité même. L’étude des couches terrestres, grès, sables, argiles, calcaires, conglomérats, prouve que les matériaux des masses continentales ont en grande partie séjourné au fond de la mer et qu’ils y ont pris leur forme et leur composition. Même sur les flancs et les sommets des plus hautes montagnes, actuellement soulevées à 5 et 6000 mètres au-dessus du niveau de l’océan, on trouve les traces de l’antique séjour et de l’action des eaux marines. D’autres terres, aujourd’hui submergées, vont s’élever à leur tour, tandis que, soit par érosion, soit par affaissement, des fragments des plaines et des montagnes retournent au sein des eaux pour s’y modifier encore. Par cet incessant renouvellement des roches, l’océan crée chaque jour, pour ainsi dire, une terre différente de l’ancienne. Aussi, dans l’esprit du géologue, le fond invisible des mers ne devrait-il pas avoir moins d’importance que la surface émergée des terres : le sol qui nous porte aujourd’hui, nous et nos cités, disparaîtra comme ont déjà disparu totalement ou en partie les continents des époques antérieures, et les espaces inconnus que recouvrent les eaux surgiront à leur tour pour s’étendre à la lumière du soleil en masses continentales, en îles, en péninsules.
Durant la longue période de siècles ou d’âges géologiques pendant laquelle les terres sont baignées, non par les flots marins, mais seulement par les ondes de l’atmosphère, l’océan n’en continue pas moins de modeler la surface du globe par les nuages, les pluies et tous les météores qui prennent naissance à la surface des eaux. Tous ces agents de l’atmosphère qui s’acharnent contre les sommets des monts, qui les ravinent et les abaissent peu à peu, c’est la mer qui les envoie ; tous ces glaciers qui polissent les roches et poussent devant eux dans les vallées de puissantes moraines de débris, ce sont les nuages venus de l’océan qui les déposent sous forme de neige dans les névés des montagnes ; toutes ces eaux qui pénètrent par les failles dans les profondeurs du sol, qui dissolvent les rochers, percent les grottes, entraînent à la surface les substances minérales et causent parfois de grands éboulements souterrains, que sont-elles, sinon les vapeurs marines retournant à l’état liquide vers le bassin d’où elles étaient sorties ? Enfin les innombrables rivières qui répandent la vie sur tout le globe, et sans lesquelles les continents seraient des espaces arides et complètement inhabitables, ne sont autre chose qu’un système de veines et de veinules rapportant au grand réservoir océanique les eaux déversées sur le sol par le système artériel des nuages et des pluies. C’est donc aux phénomènes de la vie maritime qu’il faut attribuer l’immense travail géologique des fleuves et le rôle si important qu’ils remplissent dans la flore, la faune et l’histoire de l’humanité. Et les climats, aux variations desquels est soumis tout ce qui vit sur la terre, ne dépendent-ils point des mouvements océaniques bien plus que de la distribution et du relief des continents ? Les découvertes futures des géologues et des naturalistes nous diront aussi quelle part revient à la mer dans la production et le développement des germes de vie animale et végétale qui ont atteint leur plus grande beauté à la surface des terres émergées.
D’ailleurs l’océan n’est plus aujourd’hui « l’infranchissable abîme, » et l’homme peut l’explorer dans presque toute son étendue. Plus de deux cent mille navires parcourent les eaux entre les rivages des continents et des îles ; plus de deux millions de marins ont fait leur patrie des vagues redoutées, et leur vie presque tout entière se passe loin des côtes, sur de frêles embarcations que balance le flot, que secoue la tempête. Les traversées maritimes deviennent de plus en plus fréquentes, et c’est maintenant par centaines de mille que l’on compte le nombre des voyageurs qui se déplacent chaque année de l’un à l’autre bord de l’Atlantique. Les rivages de la mer se peuplent rapidement, les grands travaux hydrauliques se multiplient, on abat des collines pour les jeter en brise-lames à l’entrée des baies de refuge, on construit des digues en pleine mer pour faire des ports artificiels, on transforme en campagnes parsemées de villages de vastes estuaires dont le fond garde encore les débris de bien des navires naufragés. L’homme se hasarde même à prendre possession du lit de l’océan, puisqu’il y déroule les fils qui dans l’espace de quelques instants portent sa pensée d’un monde à l’autre. Ces grands travaux et tous ceux que l’on prépare rattachent de plus en plus le gouffre immense de la mer au domaine de l’humanité. Que serait-ce donc si chaque navire devenait un observatoire flottant, ainsi que le demandait l’illustre Américain Maury, cet homme qui fut si grand lorsqu’il était servi dans ses tentatives par la puissante république dont il a cessé d’être le citoyen ? Dès que cette pensée aura reçu une exécution générale, dès que les milliers d’observations recueillies chaque jour en mer seront classées régulièrement, la surface de l’océan sera beaucoup mieux connue que ne l’est celle des terres elles-mêmes, et l’on pourra déterminer rigoureusement les lois qui président à tous les mouvements des eaux marines. Déjà, grâce à l’initiative de Maury et aux recherches des navigateurs et des savants qui sont entrés dans la voie si brillamment ouverte, la connaissance des choses de la mer s’est très rapidement accrue dans les dernières années, et le champ de notre vue s’étend chaque jour, pour ainsi dire, dans les abîmes jadis si mystérieux du profond océan. Dans l’étude qui va suivre, nous résumerons d’une manière générale l’état de nos connaissances sur les questions de physique et de géographie maritimes discutées par les savants. Il importe de nous rendre compte des recherches faites à cet égard, car la science de la mer est encore bien loin d’être établie.
Si ce n’est vers les deux pôles, où des espaces considérables comprenant ensemble à peu près la seizième partie de la rondeur du globe restent encore inconnus, la surface des mers est assez rigoureusement délimitée sur les cartes ; les corrections faites en divers points des côtes par les marins, et les astronomes n’en peuvent modifier que très faiblement le tracé. Toutefois, si la largeur des mers est mesurée, la profondeur des bassins océaniques n’est connue d’une manière certaine que pour des zones peu étendues. Hors des mers fermées, des golfes et des estuaires, les navires voguent presque partout sur des gouffres insondés.
