L'ombre du coureur - Pascal Buniet - E-Book

L'ombre du coureur E-Book

Pascal Buniet

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Beschreibung

Sur l’île de Tenerife, à l’arrivée de la célèbre course de trail running, Bluetrail,  Sylvia attend son mari, Eduardo, l’un des 2500 participants. Inquiète de ne pas le voir arriver, elle s’informe. Selon l’organisation, il a terminé sa course car sa puce électronique a été détectée sur la ligne d’arrivée. Son temps est enregistré. Pourtant personne ne l’a vu.
Disparu !... Comment ? Pourquoi ?
L’inspecteur Alejandro Valverde et l’agent Elena Del Rio, qui a participé à cette course, s’uniront pour essayer de résoudre le mystère de cette étrange disparition.
Une énigme qui emmènera les enquêteurs bien au delà de la ligne d’arrivée.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Originaire de Saint- Pol-sur-Mer (Dunkerque), Pascal Buniet, réside à Tenerife, aux Iles Canaries, depuis quarante ans. Il a publié plusieurs romans en Espagne, ( Lagrimas en el mar, La verdadera historia de Gloria T., Sombras en la meta) en espagnol, langue dans laquelle il écrit.
L’ombre du coureur est la traduction de Sombras en la meta paru en 2018.

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Pascal Buniet

L’ombre du coureur

Roman

© Lys Bleu Éditions – Pascal Buniet

ISBN : 979-10-377-0346-0

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants causes, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Traduit de l'espagnol par l'auteur

Crédit photo couverture : Áurea Casas

Á Ania

« Durant les courses de fond, le seul adversaire que l’on doit vaincre, c’est soi. Le soi qui traine tout son passe »

Haruki Murakami

Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

Chapitre 1

Sa tête s’inclina en avant, emportée par le poids de la fatigue. Elle ouvrit les yeux. La salle qui l’entourait baignait dans la pénombre, les objets et les meubles lui étaient étrangers. Elle tarda quelques longues secondes avant de comprendre où elle se trouvait. Sans changer de position, enfoncée dans ce profond fauteuil, elle promena son regard dans la pièce. Face à elle, sur une table basse de salon, deux assiettes avec des restes de sandwiches étaient abandonnées ainsi que deux verres et une bouteille d’eau presque vide. Contre le mur d’en face, de l’autre côté de la table, sur une longue commode étaient disposées deux plantes, une à chaque extrémité et, au centre, deux cadres avec photos. L’une représentait une fillette, souriante, d’environ trois ans assise sur un banc devant un bâtiment officiel d’une grande ville qui pouvait être n’importe quelle ville. Sur l’autre, un jeune couple enlacé, en vêtements de sport dans un paysage montagneux, souriait à qui les photographiait.

Son regard s’arrêta sur cette image ensoleillée qui contrastait avec la pénombre de la pièce. Cet instantané venait de raviver dans son esprit la cause de sa présence en ce lieu, à cette heure de la nuit. Elle regarda sa montre, appuya d’un doigt sur le bouton qui illumina l’écran. 3 heures du matin. Ce retour à la réalité la sortit de son état léthargique. Elle se redressa un peu dans son fauteuil et tourna la tête vers le sofa, sur sa gauche, où se trouvait une personne endormie. Cette femme, couverte par un drap, dormait le visage plongé en partie dans l’oreiller. Elena ne distinguait que son profil gauche. Tandis qu’elle l’observait, elle nota qu’elle crispait par moments le bord de sa lèvre supérieure en un tic nerveux. Ses longs cheveux noirs ébouriffés cachaient une portion de son visage. Elena dirigea de nouveau son attention vers la photographie du couple et observa l’image la jeune femme au sourire rayonnant. Elle tourna ensuite son regard vers le faciès de la femme du sofa et y retrouva les mêmes traits mais recouverts d’une brume qui dissipait toute forme d’expression, comme si on lui avait arraché le masque du bonheur. Il lui restait la peau, l’apparence, anéanties par l’obscurité de la nuit. « Elle paraît avoir dix ans de plus que sur la photo » pensa Elena « et qu’hier quand je l’ai revue. »

Elena ressentit un malaise, une étrange sensation de ne pas se trouver où elle devrait, elle aurait souhaité être ailleurs. Elle n’aurait pas dû être là. La vie lui avait joué un mauvais tour, l’avait emmêlée dans cette étrange situation et attrapée en ce lieu qui lui était étranger.

Ce jour, le jour qui venait de se terminer, devait être un jour spécial et l’avait presque été. Une date qu’elle avait marquée en rouge dans son calendrier. Elle s’était préparée pendant des mois… seulement pour ce jour. Mais à aucun moment elle n’aurait pu imaginer qu’il pourrait se terminer d’une façon aussi… aussi… Elle n’arrivait pas à qualifier ce qui lui arrivait.

Elle parcourut de nouveau la salle du regard. Ce salon était bien différent du sien. La décoration reflétait le style de vie de ses occupants, une famille sans aucun doute. On sentait une présence féminine qui avait le temps de s’occuper des petits détails comme ces nappes, ces fleurs, ces décorations de porcelaine ici et là. Une série de gadgets, des « attrape poussière » pensa Elena pour qualifier ces objets. Rien à voir avec son appartement qu’elle avait meublé à sa mesure, limité à ses strictes nécessités, pratique mais accueillant. « Minimaliste » disait-elle avec ironie. « Quand je rentre chez moi c’est pour me reposer, pas pour travailler et être esclave des choses. »

Un bruit sur sa gauche l’arracha à ses pensées. La femme du sofa se retourna et ouvrit les yeux. Elle resta un instant immobile, fixant Elena. Elle faisait visiblement un effort pour comprendre, comme si ce qu’elle voyait ne correspondait pas à ce qu’elle attendait. Son visage se crispa.

— Désolée, je me suis endormie. Quelle heure est-il ? Où est mon téléphone ?

Elena s’était redressée et était assise sur le bord du fauteuil, inclinée en avant, les coudes sur les genoux, la tête tournée vers son interlocutrice.

— Il est là sur la table… mais il n’y a rien de neuf. Elle murmura ces mots d’un ton doux comme si elle craignait de rompre le silence, en harmonie avec l’intonation de la jeune femme qui venait de se réveiller.

En dépit de la réponse, celle-ci étira le bras pour saisir l’appareil d’une main tremblante. Quand elle approcha l’écran illuminé, son visage prit un ton bleuté et Elena put voir apparaître une larme sur le bord de son œil droit et descendre lentement sur sa joue jusqu’à ce qu’elle la fasse disparaître soudain d’un revers de manche. Elle se laissa tomber en arrière sur le sofa, abandonna le téléphone à son côté, se couvrit le visage des deux mains pour cacher ses pleurs tandis qu’elle murmurait d’une voix entrecoupée :

— Que s’est-il passé ? Je n’y comprends rien. Mais où est-il donc ? Ce n’est pas possible…

Le silence s’installa de nouveau, plus dense encore. Elena n’avait pas bougé. Elle observait cette femme, immobile maintenant, qui enleva les mains de son visage. Elle avait les traits tendus, les yeux ouverts et le regard perdu vers un point du plafond, l’esprit à ses pensées et spéculations.

Elena se sentait mal à l’aise, elle aurait voulu dire quelque chose, trouver des mots réconfortants qui auraient pu lui apporter un peu d’espoir mais il ne lui venait que des banalités à l’esprit, des topiques du genre « Ne t’inquiète pas, ça s’arrangera. » Des phrases vides. Comme si le simple fait de les prononcer aurait pu avoir l’effet d’un baume.

Elle ne dit rien, se laissa aller en arrière jusqu’à ce que sa tête repose contre le dossier du fauteuil, le regard dirigé de nouveau vers le meuble et les photographies. Son attention se concentra sur la fillette de la photo qui semblait lui sourire. Elle lui rappelait une autre fillette qu’elle avait connue il avait tellement longtemps qu’il lui semblait que c’était dans une autre vie, dans un autre monde. Son esprit la transporta pendant un moment au passé, à la cour d’un collège où elle était entourée d’autres filles de son âge, toutes habillées pareil, une jupe a carreaux écossais de différents tons de gris et noir et un polo blanc. Elle y retrouvait le sourire de Sylvia, tellement identique à celui de la fillette de la photographie, au milieu de nombreux autres visages qui revenaient à ses pensées comme des fantômes qui réapparaissaient, profitant du fait qu’elle ait rouvert la porte du passé derrière laquelle ils étaient enfermés.

La tristesse l’envahit en se remémorant cette époque, quand elles pensaient tout connaître, planifiant leur avenir avec confiance, dans cet internat de jeunes filles de bonne famille, isolées du monde, se préparant pour y entrer et triompher. Était-ce tristesse ou nostalgie ce qui l’affligeait en cet instant ? Peut-être était-ce la peine pour les illusions perdues ou pour l’innocence envolée.

La voix de Sylvia rompit le silence et la sortit de ses réflexions.

— Je te remercie vraiment de nous avoir accompagnées. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi. Le ton de sa voix était calme et serein et contrastait avec le désespoir d’avant, quand elle s’était réveillée, comme si pleurer lui avait permis de décharger la tension accumulée. Elle paraissait calmée.

Elena tourna la tête vers elle sans changer de position, observa son profil plus arrondi que celui de l’adolescente qui peuplait ses souvenirs. Son visage, son corps, sa voix s’étaient transformés en ceux d’une femme en un instant pour Elena, par ce simple mouvement de tête. Elles s’étaient peut-être croisées durant ces dernières années sans se reconnaître. Jusqu’à ce matin… Non, c’était hier. Elle dut faire un effort de réflexion. Il ne s’était pas écoulé vingt-quatre heures, elle n’avait pas dormi une nuit entre le moment où elles s’étaient rencontrées et maintenant. Mais c’était hier, parce que maintenant commençait un autre jour, l’aube d’un nouveau jour qui se levait sans la pause qui sépare le soir du matin, quand venait de se terminer la veille.

— Quelle confusion ! Pensa Elena. Quelle histoire et moi, ici, coincée !

Un mouvement sur sa gauche la ramena à la réalité. Sylvia était debout à côté d’elle. Essayant d’arranger ses cheveux en bataille et d’attacher le cordon de son pantalon de survêtement rose.

— Je reviens tout de suite, murmura-t-elle, je vais voir si ma fille va bien et est endormie.

Elena suivit du regard cette silhouette rose, qui s’éloignait dans l’ombre traînant ses pantoufles, légèrement courbée comme une forme indéfinissable.

Les pensées d’Elena la transportèrent de nouveau à son passé, à la pénombre du dortoir, semblable à celle qui l’entourait à présent, où des voix de gamines murmuraient d’un lit à l’autre pour ne pas attirer l’attention de la religieuse de service. À quelques mètres dormait Sylvia, la même Sylvia qui venait de sortir. Mais non, ce n’était pas la même personne. Elles avaient le même âge alors, les mêmes illusions, les mêmes rires. Elles défiaient le monde de la même façon. Mais cette dame qui venait de sortir en pantoufles, la mère de la fillette, cette maîtresse de maison, lui semblait appartenir à une autre génération, antérieure à la sienne. Elle se demanda si elles avaient encore des points communs, des choses à partager, des illusions à échanger ou si elles étaient dorénavant comme ces vieux soldats dont la seule conversation consiste à évoquer les batailles du passé.

En réalité, elles n’avaient pas eu l’occasion de se parler, tout s’était déroulé d’une façon tellement étrange qu’elle se demandait encore si sa présence en ce lieu était réelle ou le fruit d’un mauvais rêve.

Elle se leva du fauteuil, étira les bras horizontalement puis les plia jusqu’à réunir ses deux mains derrière la nuque. Elle sentit comment une partie de la tension de la veille s’échappait par la pointe de ses doigts. Quand elle fit les premiers pas pour contourner la table du salon, elle sentit la douloureuse raideur des muscles de ses jambes. Non, non elle n’avait pas rêvé, la réalité s’imposait. Tout son corps lui rappelait le super effort du jour précédent, un jour qui lui paraissait à la fois si proche et si lointain après cette nuit de veille. Elle s’approcha du meuble et prit dans ses mains le cadre qui représentait Sylvia et Eduardo. Elle observa avec attention cet homme qu’elle avait connu la veille, essayant de discerner dans ses traits une explication… à sa disparition.

Mais où diable pouvait-il se trouver en cet instant ? se demanda-t-elle.

Chapitre 2

Le village de Vilafor, situé dans une zone montagneuse de l’île de Tenerife, est connu pour être le plus haut de toute l’Espagne, privilège qu’il dispute à deux autres endroits de la péninsule ibérique. Mais que cela soit exact ou non n’a aucune influence sur le fait qu’il s’agit d’un lieu doté d’un charme particulier. Il se trouve enclavé à une altitude de 1 400 mètres sur le flanc d’une montagne, là où commence le versant boisé de sapins canariens qui s’étend jusqu’à la vallée du Teide. Le village est composé d’un petit noyau urbain aux ruelles étroites et inclinées bordées de maisons serrées les unes aux autres, puis il s’étire peu à peu vers la campagne avec des constructions plus parsemées, entourées de jardins, d’arbres et de vignobles. Il s’agit sans aucun doute d’un endroit tranquille, baigné par l’air pur de la montagne. Cependant, durant la journée, le passage de voitures et d’autobus y est constant car le village se trouve au bord de la route qui conduit au célèbre volcan Teide. Nombreux sont ceux qui s’y arrêtent pour le visiter. Certains à la recherche du charme d’un village typiquement canarien y restent pour passer la nuit dans l’un de ses petits hôtels accueillants très différents des hôtels monstrueux des zones touristiques côtières. L’aube y est sereine et la tranquillité est seulement interrompue par le chant des coqs et d’autres oiseaux.

Mais le 10 juin, Vilaflor ne s’éveilla pas comme d’habitude. Très tôt le ronronnement de moteurs interrompit la paix matinale, causé par l’arrivée de voitures et autobus, chose insolite à cette heure du jour. Les villageois étaient déjà prévenus car la routine quotidienne s’était déjà altérée la veille au soir. Tous les hôtels étaient occupés et l’affluence de personnes se promenant dans les rues dans la soirée était inhabituelle.

Alors que certains villageois se demandaient ce qu’il se passait, la plupart d’entre eux savaient que ce n’était que la répétition d’un événement qui se célébrait chaque année à la même époque.

Comme l’indiquaient les affiches installées aux vitrines de certains commerces, ce jour-là se célébrait la fameuse course de trail appelée Bluetrail. Une course à pied de montagne qui comporte quatre parcours : la media Trail de 21 kilomètres, le marathon de 40 kilomètres, la trail de 66 kilomètres et la catégorie suprême, la Ultratrail de 100 kilomètres. Le village de Vilaflor occupe un rôle important dans cet événement car c’est là que se trouve la ligne de départ de la trail, tandis que les coureurs de la Ultra y passent en route vers le Teide à 3 718 mètres d’altitude, tous se dirigeant vers la même ligne d’arrivée au Puerto de la Cruz, sur la côte nord de l’île.

Ce matin-là les acteurs de cet événement sportif étaient arrivés, certains en voitures, d’autres sortant des hôtels, donnant aux ruelles une touche multicolore inhabituelle à cette heure du jour.

Il était facile de reconnaître ceux qui allaient participer à la course de ceux qui étaient simplement venus les accompagner pour prendre le départ. Leurs accoutrements les distinguaient sans aucun doute. Maillots aux couleurs fluorescentes ou vives, shorts, bermudas, collants, casquettes, visières, sacs à dos, ceintures, chaussures de sport. À tous ces éléments de base s’ajoutait une grande variété d’accessoires et touches personnelles. Depuis bâtons de marche, casquettes à visières arrière, lunettes de soleil, MP3 unis à des auriculaires de toutes sortes, montres GPS, bidons. En résumé tout ce que l’on peut trouver dans le département de « running » des magasins de sport spécialisés, aussi bien dans le rayon hommes que femmes y était représenté.

De loin on pouvait avoir l’impression qu’il s’agissait d’un groupe compact homogène alors que de plus près, apparaissait la grande diversité d’individus réunis. Une grande majorité d’hommes mais aussi un bon nombre de femmes. La palette d’âge s’étendait des dix-huit ans minimum pour participer jusqu’à l’infini, bien qu’il y avait plus d’individus entre les trente et quarante ans que de personnes dont l’âge était proche de l’infini.

Tandis que tous se dirigeaient à pied vers la zone de contrôle proche de la ligne de départ accompagnés de leurs supporters, des voitures continuaient d’arriver à l’entrée du village.

La montre de Maria indiquait 8 heures 25 quand la Wolfwagen golf rouge prit la dernière courbe avant d’arriver à Vilaflor.

— Ça y est, nous sommes arrivés, dit-elle nerveusement à ses passagers.

Le trajet avait été plus long qu’elle ne l’avait pensé. Selon ses calculs, ils auraient dû arriver vers 7 heures 15 avec suffisamment de temps pour trouver une place pour se garer et se présenter détendus à la zone de départ, mais la brume qu’ils avaient trouvée en chemin les avait obligés à réduire la vitesse.

Durant tout le trajet, Elena avait été préoccupée car elle craignait que les mauvaises conditions météorologiques puissent avoir une influence négative pendant sa course. Mais dès qu’ils passèrent les dernières courbes avant le village de la Escalona, la brume se dissipa. Le ciel de l’aube prit un ton gris lumineux tandis que les silhouettes noires des montagnes et des arbres se détachaient tel un spectacle d’ombres chinoises. Au soulagement que sentait Elena pour le changement de climat s’ajoutait le plaisir de jouir de la vue d’un tel spectacle naturel.

— Ne vous inquiétez pas, on a le temps, lança Luis qui était assis à l’arrière, d’un ton réconfortant.
— Il y a des voitures partout, s’exclama Maria en pénétrant lentement dans les premières rues du village, je me demande où l’on va bien pouvoir se garer…

Elena, sa sœur assise à son côté, enroulait et déroulait nerveusement un foulard rouge autour de ses doigts tandis qu’elle regardait aux alentours, observant les participants de la course qui se déplaçaient à pied vers le centre du village. Son attention se centrait sur leurs équipements. Certains allaient seuls, d’autres en petits groupes, accompagnés de femmes, enfants où parents.

Les battements de son cœur s’étaient accélérés. C’était sa première. Bien sûr ce n’était pas sa première course, elle avait participé à des semi-marathons, des courses de vingt et même trente kilomètres mais ce qui l’attendait ce jour, c’était autre chose… soixante-cinq kilomètres. Jamais auparavant elle n’avait couru cette distance, même au cours de ses entraînements. Elle avait mal dormi à cause de la tension, avait tourné et retourné dans son lit, jetant un coup d’œil à son réveil presque toutes les demi-heures, impatiente qu’arrive enfin le moment de se lever. Avant de se coucher, elle avait tout préparé. Les vêtements qu’elle allait porter pour courir, ses chaussures avec le chip fixé aux lacets, son sac à dos et le sac avec les vêtements pour se changer à l’arrivée. Elle avait aussi préparé deux bidons de boissons isotoniques, en avait gardé un dans le congélateur et l’autre dans le frigidaire. Elle avait vérifié plusieurs fois qu’elle n’avait rien oublié.

— On est arrivé ? Murmura une douce voix.

La voix de la fillette qui avait prononcé ces mots provenait de l’arrière de la voiture. Carlota, la nièce d’Elena, avait insisté ; elle aussi voulait aller voir sa tante prendre le départ de la course. Pour cela elle s’était levée très tôt mais s’était rendormie immédiatement dès que la voiture avait pris la route, la tête appuyée contre l’épaule de Luis.

Elena se retourna, un sourire sur les lèvres, allongea le bras, posa la main sur son genou et le secoua doucement.

— Alors dormeuse ? dit-elle à la petite qui luttait pour maintenir les yeux ouverts.

Carlota était la fille de Maria, sa jeune sœur qui avait suivi le chemin traditionnel de se marier et avait eu rapidement un enfant. Elena avait une vision de la vie différente. Elle avait beaucoup de projets et illusions qui correspondaient à un type de personne libre et indépendante, les voyages, les ambitions professionnelles, les hobbies. La course à laquelle elle était sur le point de participer en était un exemple.

Un coup de frein brusque la fit se retourner. Ils venaient de trouver une place pour se garer. Ils descendirent rapidement du véhicule, Elena et Luis déchargèrent les sacs nécessaires pour la course et ils se mirent immédiatement en marche vers la zone de départ, simplement en suivant les autres. Elena marchait à côté de Luis qu’elle avait connu seulement une heure auparavant, le temps de faire la route. Lui et Maria travaillaient comme réceptionnistes dans le même hôtel. Quelques jours plus tôt, il lui avait indiqué par hasard qu’il allait participer à cette épreuve et Maria lui avait proposé de l’emmener vu qu’elle y conduisait sa sœur. Elena en profita pour lui faire part des doutes qu’elle avait sur le ravitaillement en course car elle craignait que ce qu’elle avait emporté ne soit pas suffisant, profitant ainsi de l’expérience de Luis qui avait déjà couru les deux éditions précédentes.

Quand ils arrivèrent enfin à la zone de départ, la musique de Reggaeton à haut volume dans les haut-parleurs donnait un air de fête inhabituel à cette heure du matin. Elena salua, entre rires et accolades, ses connaissances qui se trouvaient là. L’ambiance qui se respirait aux alentours de la ligne de départ était un mélange de tension, d’excitation, d’exaltation et de crispation. Le commencement de l’épreuve approchait. Les dossards étaient en place, les sacs à dos en position, les sportifs prêts à passer le contrôle. C’était aussi le moment de dire au revoir à ceux qui étaient venus les accompagner. Elena s’éloignait déjà de sa sœur et de sa nièce quand elle entendit cette dernière l’appeler :

— Elena, tes lunettes !

Elle tenait dans la main les lunettes de soleil.

Elle retourna sur ses pas. Elle se souviendra plus tard de ce moment comme l’instant précis à cause duquel elle avait été impliquée dans toute cette histoire.

Tandis qu’elle se retournait, elle remarqua qu’une dame aux cheveux noirs accompagnée d’une fillette et d’un des participants la regardait avec insistance. Elle n’y prêta guère attention, concentrée sur ce léger contretemps. Après avoir récupéré ses lunettes, alors qu’elle allait vers la ligne de départ, cette personne s’approcha, le regard dirigé vers le dossard sur lequel figurait le nom de la course Bluetrail, au centre en grand son numéro 570 et plus bas son nom Elena Del Rio. Elle releva son regard, un large sourire sur les lèvres et s’exclama :

— Tu es Elena. Elena Del Rio !

Elena la regarda, surprise, sans comprendre de qui il s’agissait et immédiatement l’inconnue ajouta :

— Je suis Sylvia !... Sylvia !

Elena fronça les sourcils, essayant de comprendre.

— Sylvia ! Ta compagne de chambre à l’internat du collège la « Pureza de Maria. »

Finalement Elena la reconnut et avant même qu’elle puisse réagir, l’autre s’approcha et l’embrassa.

— Dis donc. Ça fait un bail, articula Elena, essayant de montrer le même enthousiasme que son interlocutrice quand celle-ci relâcha son étreinte.
— Tu n’as pas changé, dit Sylvia en la regardant de bas en haut. J’ai eu un petit doute quand je t’ai vue, à cause de la casquette et ensuite en voyant ton nom…, elle montra le dossard du doigt.

Elena la reconnaissait maintenant… mais elle était différente, plus arrondie, plus… comme une autre personne en fait.

— Toi non plus tu n’as pas beaucoup changé, mentit-elle.
— Dis donc, comme je suis heureuse de te revoir, s’exclama Sylvia, quand je pense à toutes les années passées depuis… Tu ne peux pas t’imaginer combien de fois je me suis rappelée de toi, de Gloria, de Rosa… Dis donc, c’était le bon temps. Plus elle parlait plus son enthousiasme augmentait. On était de bonnes copines, mais nous deux on était plus que ça, on était comme des sœurs. N’est-ce pas ?

Elena répondit affirmativement d’un timide mouvement de la tête. Elle avait toujours sur les lèvres le sourire qu’elle avait arboré après l’accolade. Effectivement, elle se souvenait d’elle, mais pas d’une façon aussi radicale. Elles avaient été amies d’internat, voisines de chambre avec tout ce que cela impliquait de proximité.

Elena l’écoutait avec patience mais son esprit était ailleurs. Tandis que Sylvia parlait, les autres participants passaient à côté d’eux en direction du contrôle où une file d’attente s’était déjà formée. Elle n’avait aucune envie en ce moment de maintenir une conversation sociale, ce n’était vraiment pas le bon moment, elle ne savait pas comment se libérer. Bien sûr elle était ravie de la revoir, elles avaient sans doute des souvenirs à évoquer… probablement… mais pas maintenant. Ce n’était ni le moment ni l’endroit. Des copines passèrent et lui lancèrent en guise de salut « Allez Elena, bouge, on va partir sans toi ! ». Elle leur répondit avec un sourire « J’arrive tout de suite ! »

Elle se rendit compte qu’elle n’écoutait plus et avait perdu le fil de la conversation, tandis que Sylvia ne cessait de parler, ignorant ce qui se déroulait autour d’elles. Elle semblait décidée à raconter sa vie depuis qu’elle avait quitté l’internat. Quand Elena fit un effort pour se reconcentrer sur la conversation, elle l’entendit dire :

— Je te présente Eduardo, mon mari. Elle prit par le bras l’homme qui se trouvait à sa gauche. Celui-ci fit un pas en avant et lui tendit la main.

C’était un homme jeune, grand aux cheveux noirs, peau bronzée. Il sourit largement laissant apparaître ses dents blanches. Le regard direct et ouvert qu’il dirigea vers Elena lui plut. C’était sans aucun doute « un beau mec » comme diraient ses copines du gymnase. Grand, plutôt élancé mais large d’épaules et robuste. Il portait une visière noire et une maille de cette même couleur jusqu’au-dessus du genou, un gilet coupe-vent orange sur un tee-shirt blanc à longues manches et un foulard rouge enroulé autour du cou.

— Ce n’est pas vraiment un bon moment pour converser. Pas vrai ? dit-il en lançant un regard de connivence à Elena. Il vaudrait mieux que nous laissions ça pour un autre moment et que nous bougions si nous ne voulons pas perdre le départ.
— J’ai du mal à croire que toi aussi tu vas prendre part à cette folie, interrompit Sylvia. Je ne comprends vraiment pas pourquoi souffrir autant inutilement. Je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un comme toi puisse participer à cette course. Je lui dis toujours…
— Excuse-moi, mais il faut y aller, coupa Elena soudain et elle s’approcha pour lui donner un baiser, profitant de l’occasion que lui avait fourni Eduardo. Elle s’éloigna de quelques pas, se retourna et tout en marchant s’exclama. « À bientôt. Désolée mais ils vont donner le signal de départ d’un instant à l’autre ».
— Et comment puis-je te contacter ? cria Sylvia. Elena fit comme si elle ne l’avait pas entendue.

Elle sentit un léger remords pour n’avoir pas été suffisamment chaleureuse envers cette amie de jeunesse de qui elle avait été assez unie alors, elle avait même été sa confidente… mais elle n’avait pas pu ou voulu, c’était plus fort qu’elle. « Ma mère a peut-être raison quand elle me reproche d’être de plus en plus acariâtre. » Elle arriva à la ligne de contrôle avec ces pensées.

— T’en fais une tête ! C’est la course qui te rend ainsi ? Cette phrase et une petite tape sur l’épaule la ramenèrent à la réalité. Elle se trouvait entourée de plusieurs amis de son club. Cristina qui lui avait parlé, avait quarante-deux ans, sept de plus qu’Elena, c’était elle qui l’avait convaincue de participer à cette course. « Pour toi ça va être facile » avait-elle affirmé « Tu es meilleure que moi et en plus tu es plus jeune. Si moi je peux le faire, toi aussi. Tu vas souffrir mais tu vas t’amuser. Tu vas t’amuser parce que tu vas souffrir et parce que tu vas sentir que tu es vivante, bien que dans le fond tu seras morte… de fatigue ». Elle termina sa phrase par un éclat de rire que partagea son amie.

Elena s’était laissée entraîner par l’enthousiasme et l’optimisme de Cristina qui avait déjà participé à cette même épreuve l’année précédente. Ça n’avait pas été très difficile de la convaincre car elle était toujours partante pour des aventures non traditionnelles qui n’étaient pas à la portée de n’importe qui. De plus, courir en pleine nature, avec ou sans but, suivant des pistes peu fréquentées, l’inondait de bien être. « J’adore me retrouver seule face à moi-même dans la nature », ajouta-t-elle.

— Tu as pu dormir ?
— Non pas beaucoup, répondit-elle avec une mimique, je crois même que j’aurais préféré commencer la course à une heure du matin, j’étais plus reposée alors. J’ai l’impression que les tours que j’ai faits sur moi-même dans mon lit m’ont fatiguée davantage.

Elles cessèrent leur conversation pour prêter attention car le son de la musique venait de baisser et une voix retentit dans les haut-parleurs : « Préparez les accessoires obligatoires pour passer le contrôle d’accès à la zone réservée aux coureurs, couverture thermique, sifflet, bidons, téléphone… »

Les deux amies échangèrent un regard, elles avaient déjà en main ce qu’on leur demandait.

— Prêtes ! S’exclama Cristina avec un large sourire.

Alors qu’elles avançaient pas à pas au milieu de la file des participants, Elena reconnut, un peu plus loin sur sa droite, le profil du mari de Sylvia qu’elle venait de connaître. Il était seul, l’air sérieux et concentré. Le téléphone à l’oreille, il devait être en train d’écouter car ses lèvres étaient immobiles. Il baissa le bras et rangea l’appareil dans son sac qu’il replaça sur son dos. Il avait déjà passé le contrôle et attendait immobile le signal du départ. Il doit être impatient comme tout le monde, pensa Elena, que se terminent les formalités et que la course commence une bonne fois pour toutes.

Elena avait accédé également à la partie réservée aux participants délimitée par la ligne de départ quand tout à coup, le thème musical « We will rock you » inonda avec force la place. C’était le moment tant attendu. Tous les participants, les bras levés tapaient dans les mains au rythme de la musique, laissant échapper ainsi une partie de la tension accumulée dans l’attente. Soudain la voix de la mégaphonie se mit à compter à rebours, accompagnée par celles de tous les coureurs 10 ! 9 ! 8 ! 7 ! 6 ! 5 ! 4 ! 3 ! 2 ! 1 et… La colonne se mit en marche tel un mastodonte, comme si la puissance des voix aurait fait s’effondrer une muraille qui le retenait. Les premiers se propulsèrent en avant, suivis d’un groupe compact qui voulait se maintenir uni mais qui se désintégrerait peu à peu, en avançant.

Elena le savait quand elle se mit à courir entourée par une multitude de sportifs. Elle savait qu’en dépit du nombre de personnes qui l’entouraient en ce moment, elle partait pour une course en solitaire, seule face à elle-même. Elle allait souffrir, lutter, se surpasser au-delà des limites qu’elle se connaissait. Elle savait que le mastodonte qui venait de se mettre en marche allait rapidement se transformer en un serpent qui s’étirerait sur des kilomètres et des kilomètres, dans les bois et sur les pistes, que certains se lanceraient dans les descentes, que d’autres peineraient dans les montées, et tandis que les uns atteindraient les cimes, d’autres traverseraient des vallées. Elena savait aussi que tandis que le premier passerait la ligne d’arrivée, elle et beaucoup d’autres seraient encore perdus en montagne, bougeant les jambes sans rémission, animés par la seule volonté d’atteindre le but.

La course avait commencé à un rythme assez rapide et dès le premier kilomètre, on pouvait déjà noter que tous ne pourraient maintenir cette cadence. Elena dépassait certains tandis que d’autres la laissaient en arrière. La colonne s’autorégulait. Christine l’avait prévenue : « Fais attention à ne pas te laisser entraîner par un rythme qui n’est pas le tien, sois consciente du chemin qu’il te reste. » C’est ce qu’elle fit. Elle adapta sa cadence afin d’être à l’aise et éviter un surmenage qui pourrait lui peser plus tard.

Elle n’avait pas fait trois kilomètres quand elle entendit une voix masculine sur sa droite lui souffler, entrecoupée :

— On est déjà plus près de l’arrivée.

Elle tourna la tête dans cette direction et vit Eduardo qui la dépassait d’un pas un peu plus rapide que le sien, accompagné de quatre autres participants.

Elle lui fit un petit signe de la main accompagné d’un sourire.

— À bientôt, au Puerto de la Cruz – lança-t-il.
— Ou en chemin, répliqua-t-elle.

Il ne se retourna pas mais leva la main, le pouce en l’air, s’éloignant suivi d’autres coureurs. Luis était l’un d’eux. Elle l’avait perdu de vue en arrivant à la zone de départ quand il s’était uni à des amis qu’il avait rencontrés.

— Allez la gazelle ! cria-t-il dans un souffle, le visage crispé laissant apparaître un sourire tendu. Il avait ses bâtons en main, prêt pour affronter la prochaine côte.
— Allez, macho ! lança-t-elle sur le même ton d’humour.

Cependant, elle garda la même vitesse, le voyant s’éloigner. Elle savait que tous ceux qui la précédaient en ce moment n’allaient pas arriver avant elle ni que ceux qui la suivaient allaient être derrière elle au classement. De même qu’elle savait que tous ceux qui avaient pris le départ n’allaient pas terminer la course. Certains abandonneraient d’épuisement, d’autres pour lésions.

Tandis qu’elle courait, concentrée sur le chemin qui se déroulait devant elle, elle ignorait encore qu’il y avait une autre raison qui allait empêcher un coureur de passer la ligne d’arrivée.

 

 

 

 

 

Chapitre 3

 

 

 

Le soleil levant commençait à disséminer une faible luminosité sur les couleurs du paysage dans les hauteurs de Vilaflor. Les coureurs avaient laissé derrière eux les dernières constructions et les cultures qu’ils venaient de traverser et entraient dans un monde de paix et de silence. Une fine brume inondait la nature, lui apportant une ambiance magique d’ombre et de rayonnement.

La file de sportifs s’était étirée et stabilisée, chacun avait trouvé sa cadence et semblait s’être adapté à celle de ceux qui les entouraient. Elena avançait dans un silence que seul le son de sa respiration interrompait, accompagnée d’inconnus qui pas à pas, kilomètre après kilomètre s’étaient transformés en silhouettes familières. Le sac à dos, les épaules, les mouvements des bras, des jambes de ceux qui la précédaient à quelques mètres étaient devenus un paysage constant qui contrastait avec le décor varié qu’ils traversaient, en permanente ascension jusqu’à présent.

Son esprit vaguait indépendamment de son corps, ses pensées volaient comme un oiseau de branche en branche, à mesure que changeait le décor qui l’entourait. Elle put contempler l’extension du serpent de coureurs quand le chemin plongea jusqu’au fond d’un ravin pour ensuite remonter sur l’autre versant. Des taches de couleurs apparaissaient et disparaissaient selon l’escarpement du terrain et la hauteur de la végétation. Certains descendaient à grande vitesse tandis que d’autres peinaient pour remonter, foulant tous le même chemin qui se transformait peu à peu sous l’agression de cette multitude de semelles de chaussures de sport de toutes marques, qui se distordaient sans trêve pour réaliser les millions de pas nécessaires avant d’atteindre l’arrivée.

Ah, l’arrivée ! Bien que ce fût le but qu’ils voulaient tous atteindre le plus rapidement possible, personne n’osait encore y penser car elle était encore tellement loin, à des heures de chemin. Il ne convenait pas de calculer ni le temps qu’il restait ni le nombre de kilomètres à parcourir encore. Mais la ligne d’arrivée existait et les attendait.

Au bord de la mer, au nord de l’île, dans la ville touristique du Puerto de la Cruz, un arc gonflable surplombait la ligne qui marquait la fin de la course, à quelques mètres de la plage où des surfeurs chevauchaient les vagues, indifférents à ce qui se passait sur la rive. Le soleil étendait ses rayons sur le tapis bleu qui recouvrait les cent derniers mètres du parcours de la Bluetrail qu’allaient franchir tous les coureurs pour atteindre enfin l’arrivée. Ce tapis bleu symbolisait le moment où la souffrance fait place au plaisir, quand toutes les difficultés rencontrées en chemin appartiennent désormais au passé et se transforment en souvenirs qui magnifient la jouissance d’avoir atteint l’objectif.