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Heureuse mais parfois difficile prière personnelle ! Comment entrer et grandir dans l’oraison au milieu de nos emplois du temps surchargés, des distractions, des sécheresses... ?
Dominique Sterckx nous livre un « mode d’emploi » simple et profond, fondé sur l’expérience séculaire des grands témoins de l’oraison, les saints du Carmel. Un guide indispensable pour tous ceux qui veulent vivre au quotidien une rencontre et un chemin d’amitié avec le Seigneur.
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Seitenzahl: 121
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Frère Dominique Sterckx
L’oraison
Petit guide pratique
Éditions Emmanuel
Conception couverture : © Christophe Roger
Composition : Soft Office (38)
© Éditions Emmanuel, 2021
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-888-6
Dépôt légal : 1er trimestre 2021
Ce petit livre voudrait répondre à une question. Depuis de nombreuses années, j’ai eu la joie de donner à des laïcs des week-ends de formation à la prière ; je me suis efforcé de rassembler l’essentiel de ce qui était à connaître et à pratiquer pour progresser en ce domaine. J’ai surtout prêté attention à leur prière personnelle. À l’aise en groupe pour chanter, garder ensemble un temps de silence, faire un partage d’évangile, ils l’étaient beaucoup moins pour prier seuls, le matin au saut du lit, le soir avant de se coucher ou dans le cours de la journée. Heureuse mais difficile prière personnelle ! Elle est pourtant le complément vivant de la prière en communauté. Comment y introduire, en donner le goût et aider à y grandir ?
Pour certains de ces laïcs, il y avait une attente plus précise. Ils avaient déjà l’habitude de s’arrêter quelques minutes pour jeter un regard de foi vers Jésus, l’appeler, lui adresser une demande ou nourrir leur esprit d’un texte d’évangile. Mais ils se sentaient attirés par une prière plus prolongée et plus silencieuse, une prière qui soit surtout une rencontre avec le Seigneur, un temps passé avec lui comme avec un ami. Ils aspiraient à ce qu’on appelle, dans la famille du Carmel, l’oraison. Parfois, ils en avaient fait une expérience, sans d’ailleurs l’avoir cherchée, et en avaient gardé un vif désir, petite flamme ardente ou écho de la prière du Psaume :
Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau (Ps 62, 1).
Comment les aider à répondre à leur désir et à leur soif ?
Tel est le but de ce livre. Il existe déjà de nombreux écrits sur l’oraison, et chacun a ses qualités. Je pense en particulier à celui du père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, carme : L’Oraison des débutants. Pourquoi alors n’y renverrais-je pas, tout simplement ? Je me suis posé la question… Cet ouvrage a été publié en 1945, il y a soixante-quinze ans. Durant cette longue période, le langage courant, les manières de vivre et de penser, les préoccupations de la vie ont évolué ; tout cela influence la prière, qui n’est pas une réalité intemporelle. Toujours la même dans sa réalité de foi et d’amour, telle que l’enseigne L’Oraison des débutants, elle prend aussi la couleur de son temps dans ses modes d’expression ; car là où il y a vraiment de la vie, il y a évolution. Aujourd’hui, les esprits ont plus de difficultés pour se fixer, sollicités par la surabondance des images et des messages transmis par les moyens de communication. Comment échapper à une pensée en perpétuelle agitation ? La question du temps est par ailleurs devenue aussi plus aiguë. Pour beaucoup, les journées sont de plus en plus occupées, jusqu’à en arriver à un rythme stressant, sans pause, sans temps libre : « Où trouver le temps de faire oraison ? Il y a les enfants, le travail, les déplacements et toutes les complications de la vie actuelle. »
L’expérience montre aussi qu’on peut chercher longtemps à progresser dans une fausse direction. La meilleure oraison est-elle bien celle où je suis arrivé à rester « concentré », sans distraction, ou mieux encore, celle où j’ai goûté la présence sentie du Seigneur ? Qu’est-ce qui donne sa vérité à cette rencontre avec le Seigneur qu’est l’oraison ? Il est essentiel de le préciser à la lumière de l’enseignement de l’Église et de l’expérience des saints.
L’auteur de ces lignes est un religieux carme, prêtre, appartenant au couvent des carmes de Lisieux. C’est comme tel qu’il cherchera à répondre à toutes ces questions, en reflétant la spiritualité du Carmel, et tout particulièrement le témoignage de sainte Thérèse d’Avila, considérée comme celle qui a la grâce d’enseigner l’oraison. Il se réjouit d’avoir à se pencher lui-même sur ces vérités vitales et de prier pour celles et ceux qui liront ces lignes.
Frère Dominique Sterckx
Thérèse d’Avila nous a laissé quatre livres principaux :
•le Livre de la vie est une relecture de la première partie de sa vie ;
•Le Chemin de perfection livre son enseignement à ses sœurs carmélites ;
•le Livre des fondations relate l’histoire des couvents qu’elle a fondés ;
•enfin, Le Château intérieur (c’est une image pour désigner notre âme) est son œuvre principale.
Les citations des textes de Thérèse sont tirées des Œuvres complètes, traduction par Marcelle Auclair, Desclée de Brouwer, 1964. Traduction que nous avons parfois modifiée.
Les textes de saint Jean de la Croix sont tirés des Œuvres complètes, Cerf, 1990.
Ceux de Thérèse de Lisieux le sont des Œuvres complètes, Cerf-DDB, 1997.
L’oraison, une rencontre et un chemin d’amitié
Ami(e) lecteur, lectrice, tu sais ce qu’est la prière, au moins un peu, et peut-être beaucoup. C’est une réalité simple, vivante qu’il est plus difficile de définir que d’expérimenter, d’autant plus qu’elle prend des formes très diverses. Une fois, par exemple, tu l’as rencontrée de manière imprévue. Entré par hasard dans une petite église, tu as été saisi par le silence, le calme et la pure lumière qui filtrait d’un vitrail. Dieu était là, comme tout proche de toi. Tu ne sais pas bien si tu lui as parlé ou s’il t’a parlé, ou les deux. Mais tu n’as pas oublié. Une autre fois, tu étais gravement inquiet : il te fallait prendre une décision professionnelle. Tu avais bien réfléchi et pris conseil, tu n’en ballottais pas moins, sans arriver à voir ce qui était le mieux. À un moment, spontanément, sans l’avoir décidé, tu t’es adressé à Jésus : « Seigneur, aide-moi. » C’était un petit signe de la présence de l’Esprit Saint en ton cœur… Ou bien tu as récité doucement un Notre Père. La paix est alors venue. Tu ne voyais pas mieux qu’avant ce que tu devais choisir, mais tu n’étais plus inquiet, au point d’en être toi-même surpris. Le Seigneur était tout proche, mystérieusement, avec toi.
Tu as ainsi ta petite – ou grande – expérience de la prière, avec ses visages si différents : elle change au gré des moments de la journée et de ce qui survient heure par heure, mais aussi en fonction de tes habitudes de prière, et de l’évolution de ta vie spirituelle. Qu’est-ce que la prière ? Tu peux dire : « C’est une rencontre avec Quelqu’un, le Christ ou le Père. » Tu connais plus ou moins Dieu, mais il est vivant pour toi. À certains moments, tu as avec lui comme un échange qui a une saveur particulière, avec ou sans mots : « Tu es là, Seigneur, et je suis là, avec toi. Et je voudrais tant que cela se prolonge. »
Tu pries avec d’autres, ensemble, à l’église ou en réunion, en chantant ou en silence, et tu pries aussi seul, en regardant le tabernacle, en égrenant ton chapelet ou en méditant l’Évangile. Prière spontanée qui jaillit sans que tu l’aies cherchée ou un Je vous salue Marie récité lentement, avec amour, ou encore prière auprès de Jésus regardé et écouté dans l’Évangile. Les traits concrets de la scène d’évangile, la représentation que tu te fais de Jésus, ses paroles que tu peux prendre comme adressées à toi, tout cela nourrit ta pensée et éveille ton cœur. On peut l’appeler prière de méditation.
Tu pressens que cette prière peut se simplifier et s’intérioriser en s’allégeant par rapport au mouvement des pensées, des images, des sentiments et des réflexions que tu as parfois du mal à arrêter. Tu aspires à une simple présence au Seigneur, avec peu de paroles. La durée est nécessaire pour cet approfondissement, habituellement il faut bien au moins vingt minutes. Tu prends donc le temps de t’arrêter pour ne faire rien d’autre que demeurer auprès du Christ, avec lui, autant que faire se peut, en te tournant vers lui dans la foi. C’est tout, et c’est beaucoup. Ce n’est pas un simple regard échangé ou quelques mots adressés en passant, tu cherches une rencontre qui se prolonge plus ou moins longtemps, avec le désir d’aimer Dieu et de te reconnaître aimé par lui. On peut appeler cela prière d’oraison. Elle suscite un désir de répétition, comme toute rencontre de véritable amitié. Sainte Thérèse d’Avila la présente :
L’oraison est à mon avis un échange d’amitié où l’on s’entretient souvent, seul à seul, avec Celui dont nous savons qu’il nous aime (Livre de la vie, 8, 5, trad. adaptée).
En parlant d’un « échange d’amitié avec Celui dont nous savons qu’il nous aime », elle pense au Christ qui, dans le discours après la Cène, a bien dit à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15). Effectivement, il nous révèle dans l’Évangile le plus intime de lui-même, sa relation d’amour réciproque avec son Père qui est tout son être et toute sa vie. Le point d’enracinement de notre « échange d’amitié » avec lui est son amour qui nous précède radicalement et que nous connaissons dans la foi : « nous savons qu’il nous aime ». Dans cet échange, notre part en retour est que nous l’aimions : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9). Comment ne pas marquer un temps d’arrêt pour ouvrir mon cœur à cette réalité inouïe : Le Christ, notre Créateur et notre Sauveur, m’appelle et m’offre de vivre d’amitié avec lui !
Les vingt minutes, ou mieux la demi-heure que je prends pour cette prière d’oraison, ne sont qu’un moment particulier dans mon amitié avec lui qui se prolonge dans le temps. Comme en toute amitié, il y a la rencontre ponctuelle et la relation permanente qui s’inscrit dans le temps et évolue. Si l’oraison est une rencontre avec le Christ, elle est aussi et plus encore un chemin avec lui, une histoire d’amitié. L’oraison d’aujourd’hui n’est qu’un pas au cours d’une marche appelée à se poursuivre. Si tu choisis ce chemin, tu feras l’expérience de cette relation vitale de confiance et d’amour avec le Christ, pour ta joie et la sienne.
Ami, amie, si tu te sens attiré(e) par cette oraison, si tu en as le désir, réjouis-toi, car tu peux y reconnaître un appel du Christ à une union intime avec lui, ton Ami, ton Frère et ton Seigneur. Si tu entends sa voix comme de l’intérieur, ou par des intermédiaires dans l’Église, voix des saints ou voix de personnes que tu fréquentes et qui te précèdent sur ce chemin, ne laisse pas passer l’occasion… Écoute l’appel, et choisis de répondre en ouvrant la porte de ton cœur à Celui qui te fait signe et voudrait se faire tout proche de toi. Fais-lui confiance : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (Ap 3, 20).
Attention. Tu gagneras beaucoup à écouter la parole de cet Ami qui nous dit : « Demandez et l’on vous donnera […] combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11, 9.13). Surtout mets cette parole en pratique. Demande en vérité.
Pour être accompagné et encouragé en cette aventure – ce dont tu as grand besoin –, tu peux aussi te tourner vers Marie, notre Mère. Elle t’apprendra la science de l’amour qui consiste à écouter l’Esprit Saint et se laisser mener par lui. Tu verras : cela s’apprend et change… presque tout.
Ainsi, tu désires apprendre, mieux, comprendre et approfondir cette prière d’oraison que tu pratiques déjà sans doute un peu, même si tu n’es pas encore sûr que ce soit vraiment de l’oraison et que tu ne sais pas très bien comment faire. Tu as le goût et le désir d’avancer sur ce chemin que tu pressens être un chemin de vie. Tu as bien raison.
Il reste à faire l’essentiel : te décider. Il ne suffit pas simplement d’envisager la question en te disant : « Je vais essayer pour voir ce que cela donne ; si ça marche, je continue, sinon, j’abandonne. » On n’engage pas une amitié à l’essai. C’est la meilleure manière de passer à côté, et peut-être de faire souffrir l’autre. Donc, commence par te décider, « avec détermination » te dirait Thérèse d’Avila.
Mais pratiquement, comment faire, comment ouvrir cette aventure et durer ? Durer n’est pas facile. Mes pensées m’entraînent vite ailleurs. Y a-t-il un guide pour diriger mes pas sur ce chemin où je m’engage… à petits pas ?
Ici, il faut marquer une pause, mieux, un arrêt un peu prolongé pour prendre en compte un fait important. Dans la vie de prière, nous l’avons noté, le plus souvent l’oraison n’est pas la première forme, elle est précédée par la prière récitée, la prière qui monte spontanément, la simple méditation d’un texte… Autant de prières qui constituent comme le premier terrain de la prière, le terrain de base où grandit ta relation avec Dieu. Terrain plus ou moins bien préparé, cultivé, arrosé, bêché, pour produire de bons fruits de vie, car tu y pries avec plus ou moins d’attention, d’amour et de persévérance. C’est un fait d’expérience qui n’est pas suffisamment pris en compte : la prière d’oraison s’avère souvent difficile parce que nous ne sommes pas assez attentifs à ce qu’est véritablement une prière chrétienne
