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Après
Les Conquérants (1928) et
La Voie royale (1930),
La Condition humaine (prix Goncourt 1933) est le dernier volet d’un cycle romanesque inspiré à Malraux par ses séjours en Indochine dans les années 1920.
Une fiche de lecture spécialement conçue pour le numérique, pour tout savoir sur La Condition humaine d'André Malraux
Chaque fiche de lecture présente une œuvre clé de la littérature ou de la pensée. Cette présentation est couplée avec un article de synthèse sur l’auteur de l’œuvre.
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Seitenzahl: 50
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Universalis, une gamme complète de resssources numériques pour la recherche documentaire et l’enseignement.
ISBN : 9782852291867
© Encyclopædia Universalis France, 2019. Tous droits réservés.
Photo de couverture : © Monticello/Shutterstock
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Ce volume présente des notices sur des œuvres clés de la littérature ou de la pensée autour d’un thème, ici La Condition humaine, André Malraux (Les Fiches de lecture d'Universalis).
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Après Les Conquérants (1928) et La Voie royale (1930), La Condition humaine (prix Goncourt 1933) est le dernier volet d’un cycle romanesque inspiré à Malraux par ses séjours en Indochine dans les années 1920. Loin d’être seulement une fresque historique de la révolution, La Condition humaine propose une véritable méditation sur l’homme : « J’ai conté jadis l’aventure d’un homme qui ne reconnaît pas sa voix qu’on vient d’enregistrer, parce qu’il l’entend pour la première fois à travers ses oreilles et non plus à travers sa gorge ; et, parce que notre gorge seule nous transmet cette voix intérieure, j’ai appelé ce livre La Condition humaine » (Les Voix du silence, 1951).
L’action du roman, concentrée en à peine quelques jours, se situe à Shanghai en 1927, dans une Chine politiquement décomposée, dominée économiquement par les nations étrangères. Le Kuomintang nationaliste de Tchiang Kaï-chek et le Parti communiste chinois préparent une insurrection commune. La révolution réussie, Tchiang Kaï-chek, exige que les communistes lui rendent leurs armes. Ils s’y refusent, puis cèdent sur ordre de l’Internationale. Sans défense, ils sont massacrés par les nationalistes.
Chacun des héros de cette épopée incarne à sa manière le caractère tragique de la condition humaine, écartelée entre raison et instinct de vie. Le communiste Kyo Gisors, mi-chinois mi-japonais, agit par idéal, et trouve dans la révolution un sens à sa vie. Au contraire, Tchen sombre dans le terrorisme et le fanatisme pour tenter de combler le vide qui l’habite. Hemmelrich, boutiquier qui donne asile aux insurgés communistes, lutte lui aussi contre son impuissance à agir, tandis que le baron de Clappique ne peut que jouer sa propre existence. Enfin Ferral, capitaliste aventurier et dominateur, soutient Tchiang Kaï-chek, non par idéal mais par volonté de puissance. Le roman s’achève par une hécatombe : Kyo et Tchen meurent, ainsi que Katow, figure du sublime christique. Ancien de la révolution russe, il donne son cyanure à deux compagnons d’infortune, leur évitant de subir sa propre mort : il sera brûlé vif dans un foyer de locomotive. Le roman s’achève néanmoins sur une note d’espoir : May, la compagne de Kyo, reprend la lutte avec les survivants.
La Condition humaine est un roman historique et politique fondé sur la vérité humaine des personnages. La révolution constitue le cadre du roman, mais non son essence, car le véritable propos du livre est métaphysique. D’emblée la tragédie se noue, d’une révolution faite pour l’homme, mais qui le broie et le mène à sa perte. Les impératifs de la cause révolutionnaire conduisent à un écartèlement de la conscience : rendre les armes aux nationalistes revient à les retourner contre soi-même. Paradoxe de ces hommes qui luttent pour la condition humaine et acceptent l’instrumentalisation de leur destin jusqu’à la mort.
Or La Condition humaine met en exergue la solitude inéluctable de cette fin. Seuls face à la mort, les hommes sont également isolés de leur vivant, dans la mesure où l’action commune ne masque pas les divergences de motivation. Kyo Gisors est révolutionnaire par idéal, tandis que Tchen l’est par désespoir : « Que faire d’une âme, s’il n’y a ni Dieu ni Christ ? »
Malraux définit ses personnages comme des « types de héros en qui s’unissent la culture, la lucidité et l’aptitude à l’action ». Mais ne sont-ils pas également plongés en permanence dans la boue de la condition humaine, alternance de grandeur et de servitude ? Kyo se suicide dans l’espoir d’une fusion fraternelle : « ... il mourait parmi ceux avec qui il aurait voulu vivre, il mourait, comme chacun de ces hommes couchés, pour avoir donné un sens à sa vie », mais cet espoir est illusoire. Tout le tragique de la condition humaine est là : vivre c’est apprendre à mourir. L’angoisse eschatologique se double, dans l’impossible dépassement de soi, de l’appréhension face à sa propre conscience. La vie est absurde, et l’homme incapable de savoir qui il est.
Pourtant, dans ce drame existentiel, l’espoir persiste. Si l’homme ne saurait dépasser son destin, échapper à sa condition, il peut, en revanche, faire de sa mort une apothéose de la fraternité. Celle-ci repousse le néant de la vie humaine en s’appuyant, comble du paradoxe, sur le néant d’une autre vie. Lorsque Katow donne son cyanure à deux compagnons afin d’adoucir leur fin, il ne les perçoit déjà presque plus. « ... ce don de plus que sa vie, Katow le faisait à cette main chaude qui reposait sur lui, pas même à des corps, pas même à des voix ». Héros sacrificiel, ange de la fraternité, Katow annonce de manière troublante une autre figure, bien réelle cette fois, celle du résistant Jean Moulin, à qui Malraux rendra hommage en 1964 devant le Panthéon : « Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d’ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures. »
Florence BRAUNSTEIN
