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Rose s'est reconstruite. Rose est résiliente. Mais aujourd'hui, cette femme est accusée de meurtre. Son passé a engendré des conséquences. Le harcèlement scolaire est un délit puni par la loi. Pourtant, personne ne l'a protégée. Rose est-elle coupable d'avoir éliminé son bourreau ?
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Seitenzahl: 37
Veröffentlichungsjahr: 2025
Chapitre 1 - L’Accusée
Chapitre 2 - Le Poing de trop
Chapitre 3 : Les Racines du mal
Chapitre 4 – La classe de terminale
Chapitre 5 – Un dernier souffle
Chapitre 6 – Le monstre et la fleur
Chapitre 7 – La vérité au fond des yeux
Chapitre 8 – Un ange gardien
Chapitre 9 – Démasqués
Chapitre 10 – Aveux
Epilogue - Verdict
Je me suis rasé de près. D’habitude, je laisse traîner la mousse - un rappel de ma condition d’homme, faillible, un peu flou sur les bords. Mais aujourd’hui, j’ai voulu du tranchant. Une lame nette. Un sillon droit sur la joue. Comme pour dire que je suis prêt à juger. Prêt à trancher. Prêt à saigner.
Ils sont là. Ils nous regardent, affamés. Caméras au garde-à-vous, micros tendus comme des crocs, visages plastifiés d’attente. Le public n’a pas soif de justice, mais de spectacle. Et Rose Larmattin est le clou du spectacle. La grosse bête attendrissante, qu’on pointe du doigt avant de fondre en larmes, parce qu’elle nous rappelle un peu trop ce que nous avons été, ou ce que nous aurions pu devenir.
Je déteste ces jours-là.
Elle entre dans la salle, et déjà, un murmure coule le long des bancs. Pas un bruit, non. Un glissement. Comme un frisson.
Ceux qui la connaissent d’autrefois ont sur elle un avis déjà tranché. L’éléphante fait son entrée, et les moqueries de cour d’école ressuscitent dans les plis des cravates trop serrées et des tailleurs trop cintrés. J’aurais pu les entendre, si j’avais eu vent de la situation passée. Même s’ils ne disent rien. Le jugement a commencé bien avant moi.
Elle ne lève pas les yeux. Ses épaules, tombées, évoquent un vieux pardessus qu’on a trop porté. Elle traîne son corps comme une erreur de calcul. Trop grande, trop large, trop silencieuse. Sa robe est noire, mais ce n’est pas un deuil. C’est une stratégie.
Je consulte de nouveau le dossier.
Rose Larmattin, vingt-six ans. Chômeuse. Sans antécédent judiciaire. Sans enfants. Sans compagnon. Sans diplôme universitaire. Sans éclat.
Un "sans" à elle seule.
Mais aujourd’hui, elle est présumée coupable. Coupable d’avoir ôté la vie à Léandro Vidal, ancien camarade de lycée devenu entraîneur sportif, retrouvé inanimé dans le local de maintenance du gymnase municipal. Crâne fracassé par un extincteur. Pas joli à voir, disent les agents de l’IGPN venus sécuriser la scène. Odeur d’ammoniaque et d’injustice.
À mon tribunal, on ne juge pas seulement les actes. On épluche les âmes. Et celle-ci, si elle est coupable, a des couches épaisses d’excuses cousues dans la graisse des silences accumulés.
L'avocat de la défense, maître Corval, a ce regard torve des rongeurs trop souvent accusés de ruser. Il s’épouille mentalement, prêt à bondir à la moindre faille.
En face, la procureure Maëlle Trunel, mince comme une lame d’aiguille, se tient droite, raide, tranchante. Elle a soif. Elle veut une condamnation. Elle veut sa tête.
Mais nous ne sommes plus devant la guillotine.
— L’audience est ouverte. L'affaire Rose Larmattin contre le ministère public sera entendue.
Je tape du marteau. Un coup. Solennel. Inutile.
La salle frémit. Rose ne bouge pas. Son regard reste baissé, comme si la honte avait soudé ses paupières à la poussière du pupitre.
On dit que les éléphants n’oublient jamais. — Madame Larmattin, veuillez vous lever.
Elle le fait. Lentement. Comme on monte sur l’échafaud.
Elle est grande, c’est vrai. Massive. Mais ce n’est pas une montagne. C’est un château de sable qui tient bon. Pour l’instant.
Je la regarde. Elle ne pleure pas. Elle ne tremble pas. Elle est ailleurs. En elle-même, peut-être.
— Vous êtes accusée d’avoir, le 7 mars dernier, volontairement donné la mort à Léandro Vidal, en le frappant à la tête à l’aide d’un objet contondant. Reconnaissez-vous les faits ?
Un silence. Puis un souffle.
— Non, monsieur le juge.
La salle bruisse.
Pas de tremblement dans la voix. Mais pas de colère non plus. Juste… une déclaration sèche. Comme on dit : Je ne mange pas de viande, ou Je ne conduis pas. Une habitude. Une décision.
Je hoche la tête. Elle nie. Je ne sais pas encore si c’est de la force ou du déni.
La procureure demande à prendre la parole. Je l’accorde.
— Monsieur le juge, Mesdames et Messieurs les jurés… commence-t-elle,
