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Parmi les candidats à l'adoption, qui est ce mystérieux L., tantôt séduisant, tantôt oppressant? L'angoisse commence à saisir Elise, lorsque le harcèlement prend une étrange tournure. Saura-t-elle se sortir d'affaire en faisant le bon choix?
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Seitenzahl: 75
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Chapitre 1 – "Lettre d’intention"
Chapitre 2 — “Entretien préliminaire”
Chapitre 3 – "Incohérences"
Chapitre 4 – "Lignes de faille"
Chapitre 5 – "La brèche"
Chapitre 6 : « La voix dans la pierre »
Chapitre 7 – "L’enfant d’un souffle numérique"
Épilogue – "Au-delà du souffle"
Élise Berthier avait quarante-quatre ans, mais elle portait ses années comme un manteau trop grand : toujours en avance sur la saison. Brune, les cheveux tirés en un chignon flou qu'elle défaisait dès qu'elle franchissait le seuil de son appartement, elle avait le regard de ceux qui ont trop vu sans jamais pouvoir intervenir à temps.
Ses yeux étaient d’un vert pâle, presque aquatique, comme lavés trop souvent par la fatigue et les dossiers épuisants. Sa voix, elle, était douce et posée, mais elle savait la rendre ferme, presque coupante, quand il fallait faire barrage aux compromissions.
Elle habitait un deux-pièces au dernier étage d’un immeuble du quartier Alésia, avec une terrasse étroite où survivait un rosier fatigué.
Ce soir-là, en rentrant de la salle de sport – un club impersonnel où elle espérait parfois croiser un regard plus qu’un torse – elle avait le coeur un peu vide. Elle s’était surprise à penser à cet homme, David Lemoine, dont le dossier avait atterri sur son bureau le mois dernier.
Sa demande d’agrément avait été réceptionnée par le président du conseil départemental en décembre, et ce dernier venait de missionner le service d’aide sociale à l’enfance pour procéder à une évaluation sociale et psychologique du demandeur.
Comme la procédure l’exigeait, Elise, employée à l’ASE, avait envoyé la notice complète à l’adoptant. David Lemoine avait commencé par compléter le questionnaire-type portant sur sa situation familiale, professionnelle, ainsi que sur son projet d’adoption – nombre d’enfants, âges… Elle allait lire les réponses du candidat avant leur première réunion de prise de contact.
David Lemoine avait bien confirmé par lettre recommandée avec accusé de réception qu’il souhaitait poursuivre le processus, lorsqu’il avait renvoyé le questionnaire, mais d’autres documents indispensables manquaient. Voilà la raison pour laquelle Elise Berthier avait d’abord songé à mettre ce dossier de côté. Mais en consultant le planning de la semaine prochaine, elle s’était aperçue qu’un entretien avec monsieur Lemoine avait tout de même été prévu.
C’était inédit en l’absence de la copie intégrale de son acte de naissance, du bulletin numéro 2 de son casier judiciaire, et de son certificat médical de moins de trois mois, signé par un médecin agréé, attestant que sa santé lui permettait d’accueillir un enfant chez lui. D’ordinaire, la demande incomplète aurait échoué sur la pile vertigineuse des procédures administratives abandonnées.
Quelqu’un devait avoir plaidé sa cause. Peu importe. Embarquant le dossier en cours, Elise avait quitté le bureau à l’heure habituelle, pour faire sa séance d’exercice physique bi-hebdomadaire.
Elle prendrait connaissance des réponses apportées au formulaire-type, et se contenterait dans un premier temps de synthétiser les informations de monsieur Lemoine concernant son employeur et ses finances. Ce serait rapide.
Le reste devrait être complété rapidement. Son courrier précédent avait sans doute manqué de clarté aux yeux de l’adoptant. Il faudrait de vive voix lui expliquer que tous ces papiers étaient indispensables pour finaliser la procédure d’adoption, en France.
Une fois n’est pas coutume, ces documents avaient été rapportés chez elle, puisqu’elle s’était laissée déborder par le travail dans la journée. Ses collègues avaient décidé de fêter la Saint-Valentin autour d’un verre de l’amitié, à défaut d’être attendues par des amoureux inexistants. Nouer des relations passionnées devenait de plus en plus compliqué : ces femmes indépendantes étaient exigeantes. Mais l’horloge biologique tournait.
Elise soupira, en enlevant ses baskets, et se servit un verre de vin blanc, frais et minéral. Un peu de distance, juste assez pour ne pas être avalée par les vies des autres.
Puis elle ouvrit son carnet noir, celui où elle consignait, à l’abri du regard hiérarchique, ses impressions les plus intimes.
Elle écrivait toujours à la main, pour ralentir la pensée. D’ordinaire, c’était de la poésie, ou des fragments oniriques. Aujourd’hui, le loisir et le boulot se confondirent.
Elle relut, et commenta :
Vendredi 14 février 2025
Dossier n°7-1-25-ADOPT/D.L.
Référente : Élise Berthier,
Département Adoption Île-de-France
Réception du questionnaire annexe 2-8 du code de l’action sociale et des familles. A joindre au dossier déposé par M. David Lemoine, demandeur célibataire, 38 ans, domicilié rue Dombasle, Paris 15ᵉ.
Composition du foyer, ressources, informations sur le logement et le loyer, projet et réunion préalable d’information du conseil général. Le candidat a tout rempli, et il a coché la case correspondant à la session collective d’octobre de l’an passé. OK, il faudra apprendre qui a géré cette réunion. Manque de clarté, apparemment.
Pièces justificatives en règle, pour la quittance de loyer et le bulletin de salaire. 4000 euros de revenus par mois. 950 euros pour la location d’un T3. C’est parfait : il y aurait une chambre pour l’enfant accueilli.
Quant à la lettre d’intention, elle frappe par sa rédaction. C’est maîtrisé, posé, presque… littéraire. Pour preuve, j’en cite un passage :
« Je ne cherche pas à combler un vide, mais à transmettre ce que je n’ai jamais reçu. Un enfant ne me rendrait pas complet ; il me rendrait utile. J’ai appris à aimer sans retour, à écouter sans juger. Le monde me semble bruyant et flou, mais certaines voix sont nettes. Je crois que je pourrais devenir un bon père. Pas parfait. Mais attentif. »
Ma première impression est que le style est trop équilibré pour être spontané. Mais parfois, la solitude aiguise l’écriture. Je sens un isolement profond, peut-être même ancien. Une voix en attente d’écoute.
Ce dossier est assez maigre je l’avoue. David Lemoine n’a pas de fratrie. Parents décédés. Aucun(e) conjoint(e).
Ses activités professionnelles indiquées concernent le secteur des technologies avancées : CloudMind, NeuroNet, DataAffect. Je n’y connais rien. Bon, il a déclaré une activité, c’est bon signe. Trop de chômeurs nourrissent des rêves inaccessibles, de nos jours.
La photo d’identité m’intrigue. L’homme ne semble ni jeune ni vieux. Elle me met presque mal à l’aise, sans que je sache l’expliquer. Peut-être, justement, parce qu’elle ne me provoque pas d’émotion particulière.
Mais à quoi devrais-je m’attendre ? Comme si je devais ressentir quelque chose devant les candidats à l’adoption. Je divague certainement.
Et pourtant… Le trouble persiste. J’ai hâte de m’entretenir avec ce monsieur, afin de compléter les informations nécessaires, et de mieux cerner sa personnalité. Il s’exprime si bien.
Élise arrêta d’écrire et referma le carnet, lentement. Le dossier fut rangé dans sa sacoche, pour qu’elle le ramène au bureau après le week-end.
Elle but une gorgée de vin, regardant par la baie vitrée les toits de Paris qui s’éteignaient dans une teinte violette.
Son esprit se mit à voyager. La dernière fois qu’elle avait ressenti ce frisson – cette intuition confuse qu’un dossier comportait des lacunes – c’était pour un homme qui avait fourni des faux bulletins de salaire. Mais ici, tout serait peut-être en ordre. Pour quel motif suspectait-elle un parfum d’anomalie ?
Elle se leva, attrapa son téléphone et vérifia la date de l’entretien visio préliminaire avec David Lemoine, la semaine suivante. C’était pour mardi matin.
Elle voulait entendre sa voix. Si cela se trouvait, cet homme posé, désireux d’être père, serait un prétendant bon chic bon genre. Après tout, il avait des revenus honorables et des mots irréprochables.
Cette nuit-là, Elise se surprit à rêver à une histoire qui les rassemblerait.
Ce mardi 18 février, la pluie s'écrasait en fines perles sur les vitres du centre départemental d'action sociale, comme si le ciel lui-même était las de février.
Élise Berthier avait mal dormi. Une forme de tension, imperceptible mais présente, l’avait tirée du sommeil comme un harpon.
Elle s’était préparé un café trop fort, avait avalé deux tartines sans y penser, puis elle s’apprêta dans sa salle de bains. Elle mit une touche de mascara, pas pour séduire, mais pour cadrer les traits. Un peu de structure dans l’intime.
Il fallait partir. Elle s’exécuta. La ville était encombrée, laide, sous ce ciel de plomb. Les trottoirs étaient jonchés de déchets, conséquence d’une grève des éboueurs qui s’éternisait.
Élise arriva en retard, le coeur battant plus fort qu'elle ne l’aurait admis pour une simple visio.
Elle avait toujours préféré les entretiens à l’ancienne. Elle croyait à la manière dont quelqu’un entrait dans une pièce, croisait ou évitait un regard, touchait le bois d’une chaise avant de s’asseoir. Ces gestes disaient ce que les mots taisaient. Mais depuis le Covid, le service limitait les rencontres en présentiel, par « mesure sanitaire » puis « gain de temps » disait-on. Pour autant, interdiction était faite de se connecter chez soi, car on exposait alors son propre intérieur. Et avec certains demandeurs, les premières impressions par écran filtraient les simulacres.
Elle arriva. Son badge lui permit d’entrer.
