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Attention, ce roman est la suite de : La fille du clan de la lune noire.
Depuis trois ans, Eien et Ethan partagent une vie que personne n'aurait imaginée : une vampire dotée de magie et le Bêta d'une meute de loups-garous, liés par l'amour. Mais les murmures d'une ancienne prophétie résonnent, annonçant l'arrivée de dangers imminents.
Une brume mystérieuse enveloppe leur foyer, plongeant les membres de la meute dans une torpeur inexplicable. Tandis qu'Eien, elle, se heurte à des secrets enfouis et à la méfiance de certains loups-garous qui voient en elle l'héritage d'un passé sanglant.
Les liens qui les unissent seront-ils assez puissants pour vaincre ce qui rôde dans l'ombre ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Nelly Lacombe, passionnée d’écriture depuis l’enfance, découvre plus tard la lecture grâce à Harry Potter et aux Enfants de la Terre. Maman de deux filles, elle quitte le commerce pour devenir bêta-lectrice et correctrice, conciliant ainsi vie familiale et passion littéraire. Encouragée par son conjoint, elle se lance dans l’écriture de son premier roman, "La Fille du Clan de la Lune Noire", un début prometteur dans les univers fantastique et fantasy qu’elle affectionne tant.
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Seitenzahl: 269
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Couverture par Ecoffet Scarlett
Maquette intérieure par Ecoffet Scarlett
Correction par Emilie Diaz
© 2025 Ie Éditions
© 2025 Nelly Lacombe
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés.
Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou production intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
ISBN : 9782385722234
Je dédicace ce livre à mes deux filles, Marylou et Cloé, mes deux rayons de soleil.
Je le dédicace également à toutes celles et ceux qui doutent quant à la réalisation de leurs objectifs. Nos limites sont celles que l’on se fixe !
Merci également à Scarlett et Émilie pour leur confiance et leur travail !
Ethan et moi, nous nous sommes mariés il y a trois ans. Trois années de bonheur parfait. Jamais je n’avais connu une période comme celle-là.
Ethan et moi avons appris à vivre ensemble, ce qui n’est pas toujours simple, je dois l’avouer, surtout lorsque l’on a passé si longtemps seul, ce qui a été mon cas. Néanmoins, nous nous en sortons bien. Il ne faut juste pas être dans les parages quand nous sommes en désaccord. Cela fait des étincelles, au sens propre comme au figuré.
Côté travail, j’ai assimilé ma magie pour ne plus être un danger pour mon entourage et je seconde désormais le médecin en chef de l’hôpital de la meute. Côté cœur,
Nous nous sommes installés quelque temps à la meute, dans le loft d’Élisabeth comme le souhaitait notre Alpha, malheureusement cela n’a pas duré. La vie était paisible aux côtés d’Ethan, mais rapidement, cela est devenu plus compliqué. Progressivement, la frustration a remplacé le bien-être. Nous n’étions jamais tranquilles. Quand ce n’était pas moi qui étais appelée à l’hôpital pour le moindre mal ou minuscule « bobo », Ethan devait gérer chaque petit couac, chaque loup ayant pris l’habitude de le joindre, de toutes les façons possibles, quelle que soit l’heure.
Un soir où nous ne nous étions pas croisés de la journée, Ethan et moi, nous sommes tombés d’accord sans même dire un mot. À peine avions-nous mis les pieds sous la table pour le dîner qu’un membre de la meute le contactait parce que son fils s’était disputé avec l’un de ses amis. Il n’a pas eu le temps de répondre qu’une femme frappait à notre porte pour que je soulage ses maux de ventre.
À cet instant, nous nous sommes retrouvés, épuisés, au milieu de la nuit. Un regard et notre décision était prise. Dès le lendemain, nous avons demandé audience auprès de son oncle et Alpha : Conrad. Notre entrevue a été courte et il a été, comme d’habitude, particulièrement compréhensif.
— Eh bien, les enfants, pourquoi vouliez-vous me voir de si bonne heure ce matin ? nous a-t-il sollicité, de sa voix douce et profonde.
— Alpha, avons-nous répondu de concert.
Après un regard et un sourire, j’ai laissé Ethan poursuivre.
— Nous avons une requête, mon oncle.
— Installez-vous, a-t-il continué. Et expliquez-moi ce qui vous tracasse.
Ethan et moi avons pris une chaise et Conrad s’est dirigé derrière son bureau, comme à son habitude. Une fois assis, Ethan m’a saisi la main et s’est adressé à l’ancien.
— Eien et moi souhaiterions que tu nous permettes d’aménager dans la vieille cabane.
— Que se passe-t-il ? Vous avez eu des problèmes ici ? Est-ce que certains ont recommencé à être désagréables, Eien ? s’est-il inquiété.
— Non, il ne s’agit pas de ça, le rassura Ethan.
Ces propos m’ont replongée un instant au moment de ma venue. Période tourmentée. Peu après la bataille contre le clan de la Lune noire, un petit groupe, avec à sa tête Liam, un jeune membre aux dents longues et rêvant du poste de Beta, s’est attaqué à Ethan et moi. Tandis qu’Ethan remettait son titre en jeu lors d’un duel improvisé, souhaitant en terminer avec toute cette histoire. La patience et l’abnégation d’Idriss étaient arrivées à leur terme, la coupe était pleine comme on dit chez nous. Il fallait en finir. Trouver une solution pour avancer et mener la meute vers un futur uni. Le trouble de mon compagnon, je le ressentais vivement dans mon âme. J’ai peiné à me contenir et à ne pas intervenir et protéger Ethan. Il ne me l’aurait jamais pardonné. Cela aurait signifié remettre en doute son autorité tout autant que l’attitude de Liam. Rien n’aurait été aussi loin de ma volonté profonde. Je me suis donc contenté de rester à l’écart jusqu’à l’arrivée de notre Alpha avant que cela ne dégénère. Au moment de son intervention, Idriss, l’alter ego lupin d’Ethan maintenait le loup de Liam à sa merci, ses crocs se refermant autour de sa gorge. Face à cette situation hors de contrôle et afin d’être certain d’être obéi de tous, notre chef a préféré utiliser sa voix d’Alpha. Cela lui permet de tenir en respect tous les membres de sa meute, même les plus agressifs.
— Arrêtez et éloignez-vous l’un de l’autre ! a-t-il hurlé ce jour-là, devant l’assemblée d’un ton que je n’avais jamais entendu.
La tension était à son comble. Personne n’a osé bouger. Chacun des deux combattants s’est immobilisé. Idriss s’est ensuite écarté lentement, la gueule ouverte et les deux loups se sont retirés en couinant, la tête basse et la queue entre les jambes en signe de soumission.Après un discours enflammé abordant le respect, la tolérance et l’importance de la paix au sein de sa meute, il a proposé au groupe dissident de partir ou d’accepter ma présence et l’autorité d’Ethan. Rester ou devenir des rebelles. Leur choix a été vite fait, vous imaginez bien. Toutefois, si les actes peuvent être contrôlés et les paroles surveillées, rien ni personne ne peut empêcher chacun de penser selon ses propres convictions. Aujourd’hui encore, même si je n’en parle jamais, je perçois des regards en coin, des sourires malveillants et j’entends des chuchotements dans mon dos. Heureusement, cela concerne une poignée d’individus et j’ai appris à les ignorer. Une très grande majorité de personnes avec qui nous vivons m’ont accueillie à bras ouvert. Beaucoup sont en outre devenus des amis très proches.
— Eien, est-ce que tout va bien ? s’inquiète Conrad, visiblement soucieux.
— Oui, pardon, je repensais au jour où tu as demandé aux membres de la meute de m’accepter ou de partir, ai-je expliqué. Là, nous venons te voir, car, justement, ils m’ont, pour la plupart intégrée à leur vie, et Ethan aussi. Mais, peut-être un peu trop.
— Je dois avouer que je comprends mal où est le problème dans ce cas, a-t-il rétorqué en nous regardant avec cet air ébahi qu’il a parfois et qui m’a valu un infime sourire moqueur.
— Mon oncle, ils ont tous pris l’habitude de faire appel à Eien et à moi pour les plus petits tracas. Des choses qui ne sont généralement pas du ressort du Bêta ou d’un médecin de garde, détaille Ethan. En trois ans, on peut compter sur les doigts les moments d’intimité qu’Eien et moi avons pu avoir, si vous voyez ce que je veux dire. Ce n’est pas une vie, s’exclame-t-il devant les yeux écarquillés de Conrad.
— Je comprends, mes enfants. Mais, la cabane n’est pas à côté. Comment pensez-vous gérer vos obligations ? s’est-il inquiété.
— En coupant à travers la forêt, nous serons à une vingtaine de minutes pour Idriss. Moins pour Eien qui peut se fier à ses pouvoirs vampiriques. Nous arriverons le matin et repartirons le soir après notre journée, comme chaque personne quitte son travail, a expliqué Ethan.
— En cas d’urgence, tu pourras nous contacter grâce à notre lien mental et nous viendrons immédiatement, ai-je continué. Et nous garderons le loft si besoin.
— Vous avez réfléchi à tout, n’est-ce pas ? a répondu Conrad tout en souriant.
Après avoir finalement accepté notre proposition, nous avons convenu du planning d’Ethan, le mien étant déjà fixé, du moins en théorie, en fonction des horaires de visites de l’hôpital.
***
Je me retrouve ainsi, ce matin, sous mon arbre favori pour la première fois depuis des lunes. Quel chemin parcouru depuis ! Dans peu de temps, je vais prendre la direction de la clinique, pourtant pour l’instant, je me laisse envahir par une mélancolie que je pensais enfouie au plus profond de moi. Okami me manque. Sa truffe froide et humide, ses longs poils blancs, sa chaleur rassurante.
Trois ans, et pas un jour ne passe sans qu’il soit dans mon esprit. Je me souviens de ce jour où il était parti plusieurs heures durant. Je me suis redressée au moment où il est arrivé près de moi. Il s’est approché, a avancé lentement son museau sur ma joue, m’a caressée et m’a léché le visage. J’ai éclaté de rire à cause des chatouillis qu’il a provoqués. J’ai alors posé mes mains autour de son encolure, mes doigts dans sa fourrure, le grattant partout où il adorait. Je me rappelle encore sa chaleur et la douceur de ses poils qui me procuraient cette sensation merveilleuse dont je ne me lassais jamais. Nous étions restés là un moment, profitant de ce moment de tendresse et de complicité.
Mes yeux brillent dès que je pense à lui-même si j’ai appris, peu à peu, à faire face et à camoufler mes émotions. Pour Ethan qui ne supporte pas de me voir triste. Pour mon entourage, car la mélancolie peut influer sur mes pouvoirs magiques et je ne veux blesser personne. Pour moi, enfin, parce que finalement, on doit aller de l’avant et continuer à vivre et à profiter des moments qu’il nous reste. Coûte que coûte, progressivement. Très vite, j’ai réalisé que la peine ne disparaîtrait pas. Peut-on vraiment faire ça ? De temps à autre, cela semble simple pourtant, la plupart temps, cela me paraît insurmontable. L’autre jour, alors que je marchais dans les couloirs de l’hôpital, j’ai laissé mon esprit errer. Allez savoir pourquoi j’ai repensé à mon petit coin de rivière. Rapidement et sans que j’y prenne garde, j’y ai vuOkami jouer dans l’eau en essayant d’attraper des poissons comme il le faisait occasionnellement. Mon cœur s’est serré et j’ai manqué de tomber sous le coup de l’émotion. Mais, la vie continue, c’est ce que nous répétait régulièrement Conrad. Ainsi chaque matin, je me pare de mon plus beau sourire et je vais rejoindre la meute.
Ethan est déjà parti depuis longtemps. Aujourd’hui, Joshua et lui doivent patrouiller afin de vérifier qu’aucun intrus ne pénètre sur notre territoire. Des traces ont été repérées par nos guetteurs et ils voulaient en avoir le cœur net.
***
Cela fait quelques heures que je suis arrivée à l’hôpital. Les urgences ont été traitées, mes dossiers administratifs sont rédigés, alors, une fois n’est pas coutume, je bois un café avec mes collègues en salle de pause et nous discutons des récents potins. Notre équipe se complète bien et cela nous permet de faire du bon travail. Le bien-être des patients est notre priorité et contrairement aux hôpitaux humains, nous n’avons pas de problème de budget à régler.
Avec les années, j’ai pu créer des liens avec chacun d’eux. Nous nous connaissons désormais par cœur. J’ai déjà servi son café au lait à Elina. Pour Clarissa, c’est du thé à la menthe avec beaucoup de sucre. Malcom n’est pas là sinon il aurait eu droit à son expresso bien noir.
Tout à coup, un brouhaha nous interpelle. Nous sortons rapidement pour constater que Liam porte un autre homme. Ce dernier est visiblement inconscient. Liam semble paniqué et crie tellement que personne ne comprend ce qui arrive. Le responsable du service étant absent, je dois gérer cette crise dont je me serai bien dispensé. D’un pas assuré, je me dirige vers lui et d’une voix ferme, tout en restant calme, je demande aux infirmiers de s’occuper du malade puis je me tourne vers lui.
— Bonjour, Liam, pourrais-tu essayer de te reprendre et de nous préciser ce qui est arrivé afin de pouvoir aider ton ami ?
— Où est Malcom ? crache-t-il en me regardant de la tête au pied de cet air dédaigneux que j’ai trop souvent surpris.
— Il est en congé aujourd’hui. Je suis responsable des soins, expliqué-je en gardant mon calme.
— Certainement pas ! Écarte-toi de mon chemin, continue-t-il à hurler, avec véhémence. Il est hors de question qu’une sale suceuse de sang de ton espèce s’occupe de William.
— Ma nature n’était pas réellement un problème lorsque je t’ai guéri après cette chute qui aurait pu être mortelle sans mes pouvoirs de guérison, ironisé-je.
Il y a quelques mois de cela, Liam est tombé dans un piège tendu aux rebelles et il a perdu connaissance après s’être blessé. Lorsqu’il a repris vie, je l’avais déjà traité. Il ne pouvait donc pas se plaindre. Toutefois, le remettre à sa place est, je dois l’avouer, jouissif. Il me regarde avec des yeux exorbités. Il doit être partagé entre la stupéfaction et la rage. Comment osé-je dire à tous que je l’ai soigné ?
— Maintenant si tu souhaites que William puisse lui aussi me reprocher ce que je suis, je dois d’abord lui sauver la vie ! continué-je fermement, ne lui laissant, finalement, pas le choix.
— Nous étions en patrouille avec Beta Ethan et Gamma Joshua. Nous avons perçu des odeurs étrangères alors, Ethan, Joshua et quelques hommes sont partis de leur côté et William et moi, à la tête d’un autre groupe, explique-t-il à contrecœur. Puis, à la frontière nord, nous sommes tombés sur une épaisse fumée. William a voulu s’approcher pour voir au-delà, cependant en moins d’une minute, il a sombré dans l’inconscience.
— Comment ça « sombré dans l’inconscience » ? Il n’a reçu aucun coup ? Tu n’as entendu aucune incantation ? insisté-je vivement. Il n’y avait que vous ?
— Combien de fois dois-je te répondre ? crache-t-il à mon encontre. Tu comptes rester ici longtemps ou comptes-tu t’occuper de lui ?
— Ce sont tes explications qui me permettront d’orienter mes soins de la bonne façon et de le guérir rapidement. Néanmoins, bien sûr, comme toujours, tu ne vois pas plus loin que le bout de ton nez quand il s’agit de moi, Liam.
Exaspérée, je décide de l’abandonner sur place et de rejoindre William. Je tourne ainsi les talons et je le laisse planter là, au milieu du couloir immaculé de l’hôpital.
Il est un jeune oméga de la meute. Ses cheveux brun foncé sont courts sur les côtés et plus longs sur le dessus. Il possède de beaux yeux noirs expressifs sous une arcade sourcilière bien définie. Ses traits sont fins, pourtant ils témoignent de son tempérament de feu. Il y a longtemps, je me suis interrogée sur les origines de sa hargne contre moi. C’est à ce moment-là que Conrad m’a appris que sa famille a été massacrée par un couple de vampires incontrôlables. Dès lors, j’essaie de maîtriser ma mauvaise humeur et mon envie viscérale de le vider de son sang dès que je le croise.
Lorsque j’arrive à son chevet, mes collègues ont déjà déshabillé William pour lui passer la tenue de tous nos patients : une blouse qui s’attache dans le dos, le tout d’une teinte vert bouteille.
Nos chambres sont assez spacieuses et ont été décorées avec goût. Personne ici ne souhaitait qu’elles soient reproduites à l’identique de celles sans vie des hôpitaux humains. Murs en couleur, tableaux peints par nos artistes, musique d’ambiance diffusée par des haut-parleurs dans les couloirs, tout pour le bien-être de nos malades. Un bon rétablissement passe, il est vrai, par les soins du corps. Toutefois, il ne faut pas oublier l’esprit, bien plus robuste, et pourtant si fragile parfois.
Clarissa, notre infirmière en chef, a déjà réalisé les examens d’usages concernant les patients inconscients. Elle et Elina ont vérifié son état en le stimulant par la voix et la douleur. Il n’y a eu aucune réaction notable. Sa respiration est profonde, son pouls régulier. Ses voies aériennes sont dégagées. La couleur de sa peau est telle qu’elle est habituellement : hâlée. Il n’a pas de fièvre. Pendant qu’elles l’habillaient, elles ont tenté de percevoir des signes de traumatismes ou pathologies. Sans résultats. L’examen rapide de la tête aux pieds n’a permis de détecter aucune blessure visible, rien. Alors qu’elle vérifiait tout ça, Elina, mon amie et élève, lui a fait une prise de sang. Nous aurons les conclusions dans quelques heures. Pendant que les filles m’expliquent où elles en sont, je le regarde. Il paraît dormir paisiblement. Ses longs cheveux dorés sont éparpillés sur l’oreiller. Clarissa semble anormalement distraite. Ou plutôt préoccupée plus que de coutume. Ses réponses à mes questions sont décousues tandis qu’elle bafouille et jette des œillades discrètes vers William.
— Très bien, attendons les résultats de la prise de sang, conclus-je. Elina, je te laisse le soin de t’occuper de lui. Au moindre signe inhabituel, appelle-moi, s’il te plaît.
— Tu peux compter sur moi, affirme-t-elle.
Clarissa est à nos côtés, tournée vers le patient. Je remarque son regard vide et son silence n’est pas anodin. Je ne prononce pas une parole allant dans ce sens en revanche, je n’oublie pas qu’il faudra que je garde un œil sur elle.
Nous sortons tranquillement toutes les trois et retournons à nos petites tâches quotidiennes.
Soudain, Ethan, Joshua et d’autres guerriers arrivent en trombe portant chacun un homme inconscient. Cinq au total. Six avec William. Symptômes identiques. Même origine du mal. Même longue liste de questions sans réponse. Une fois les nouveaux malades pris en charge, je retrouve mon compagnon pour être certaine qu’il va bien. Nous nous rejoignons dans mon bureau. Il est accompagné de Joshua. Tandis que j’entre, ils sont tous deux installés sur des chaises et m’attendent visiblement impatients. Le genou de notre Gamma ne cesse de bouger et Ethan tressaille au son de la porte qui s’ouvre. Je le vois se lever et se diriger vers moi. Sans un mot, je le serre dans mes bras.
— Ma Déesse, heureusement, tu n’as rien, avoué-je finalement au creux de son oreille.
— Je n’ai rien, mes hommes, en revanche n’ont pas eu cette chance. Tout s’est passé si vite, Eien, nous n’avons rien compris, précise-t-il, quelque peu dépité.
Je m’éloigne et l’accompagne jusqu’à sa chaise puis je m’assieds à mon tour avant de continuer. Son visage est fermé et son front plissé.
— Avant votre arrivée, Liam nous a amené William. Il nous a parlé d’une fumée dense qui aurait rendu William malade, expliqué-je. Par chance, seul William a été touché de leur côté. Qu’est-ce qui s’est passé avec votre groupe ? interrogé-je les deux hommes.
— C’est ça. À la suite d’odeurs étranges venant de direction opposée, nous nous sommes séparés. Au bout d’un moment, une épaisse brume est apparue, me précise Joshua.
— Les jeunes membres de la meute qui nous accompagnait se sont précipités avant même que je puisse étudier la situation, continue Ethan. Tu as pu ausculter William ? Que peux-tu me dire de son état de santé ?
— Pour le moment, il est stable. Nous attendons les bilans de ses analyses. Honnêtement, si je n’étais pas au courant des circonstances, je dirais qu’il dort. Tout simplement, admets-je, ennuyée de n’avoir rien d’autre.
Elina choisit alors ce moment-là pour nous interrompre avec les résultats de la prise de sang. Elle tape à la porte. Elle entre et me tend le compte rendu. Je lis sur son visage que quelque chose ne va pas. Je me donne donc le temps d’y jeter un coup d’œil. Ma stupeur doit être perceptible, car Ethan m’interroge du regard. D’après les conclusions, il n’y a rien d’anormal dès lors pourquoi est-il toujours inconscient ?
Je partage ainsi mon questionnement avec les deux hommes, et nous choisissons de patienter et de surveiller l’évolution de l’état de santé des malades. Tandis qu’ils se dirigent chez Conrad pour rendre leur rapport, je me retrouve seule avec mes pensées.
Cette fumée, ce brouillard ou quoi que ce soit, n’est pas naturel. Peut-être que si je le voyais, je pourrais en découvrir les secrets ?
Je décide donc d’aller sur place. Je connais les zones infectées, je n’aurais pas de mal à y arriver rapidement. Dois-je prévenir Ethan ou notre Alpha ? Non, je n’ai aucun élément qui pourrait aider à l’enquête. Peut-être est-ce même une perte de temps ? Ils ont d’autres choses à gérer aujourd’hui.
Je mets donc mes affaires en ordre et je vérifie que tout est O.K à l’hôpital, que personne n’aura besoin de moi dans l’immédiat. Je me dirige ensuite vers les limites de notre territoire. Personne ne me remarque quand je sors tant ils sont occupés par nos récents malades. Une fois à l’extérieur du bâtiment, je ne perds pas une minute. Il nous faut rapidement des réponses puisque nous ignorons comment va évoluer cette étrange maladie.
Je décide d’aller explorer la zone dans laquelle se trouvait Ethan dans un premier temps. Les températures sont agréables pour la saison. Le voile nuageux matinal se dissipe enfin pour laisser place à un soleil franc. Plantes et animaux en jouissent pleinement. Compte tenu de l’urgence de la situation et de l’incertitude quant à la santé de nos blessés, je ne peux pas me permettre de profiter de cette balade. Grâce à ma vitesse vampirique, je me meus rapidement.
L’air est frais et à mesure que j’avance l’ambiance devient plus lourde. La brise légère s’épaissit.
À mon arrivée, je constate immédiatement que mes défenses magiques sont en place. Personne n’aurait pu traverser physiquement sans que j’en sois avertie. Néanmoins, cette fumée n’est pas palpable, elle. Elle a pu empiéter sur notre territoire sans problème.
La nature autour de moi s’est transformée, elle aussi. Le vert intense des feuilles des hauts arbres vire vers le kaki, voire le marron ou le rouge caractéristique de l’automne. L’herbe est jaunie par endroit et les fleurs sont fanées. C’est évident que quelque chose se trame. La sorcellerie est à l’œuvre ici. Seulement, il faut que je trouve quel genre d’envoûtement pourrait ainsi affecter les loups autant que la végétation.
À l’aide de cette mémoire ancestrale acquise grâce à Okami – Déesse, qu’est-ce qu’il me manque – j’ai souvenir d’une magie si ancienne et si noire que tout y succombait. Malgré tout, ces maléfices ne sont plus utilisés depuis la nuit des temps ?!
Je m’étonne et n’y crois pas. Le danger est trop grand pour qu’une personne ose y recourir de nouveau. Notre belle planète avait presque été empoisonnée en ce temps-là. Et sans cette nature si chère à mon cœur, plus de féérie possible. C’est sa puissance, canalisée grâce à un don possédé par quelques-uns, qui est la source des capacités des sorciers. C’est d’ailleurs en me connectant à la Terre que j’ai réussi à devenir ce que je suis aujourd’hui.
En revanche, il n’y a personne. Aucune odeur perceptible. Aucune trace. Invraisemblable ! C’est humainement impossible.
Je me déplace vers une zone vierge du maléfice, car je ne veux pas courir le risque d’être contaminée. Je m’accroupis et pose mes mains sur le sol puis ferme les yeux.
Je sens l’irrégularité de la terre. L’humidité de l’herbe printanière. Les effluves boisés de la forêt qui s’éveille après le long répit hivernal m’enivrent.
Rapidement, je perçois des picotements pénétrer ma peau et l’incantation qui s’échappe de mes lèvres ressemble à une douce mélodie à mes oreilles.
Entre ma bibliothèque et celle de Conrad, j’ai pu parfaire mes connaissances ésotériques et approfondir mon répertoire magique. C’est devenu comme une seconde nature pour moi. C’est un don plus instinctif et intuitif que ceux qui me viennent d’Irina.
Grâce à Okami et à la Déesse de la Lune, Séléné, j’ai pu bénéficier de la mémoire ancestrale de ma lignée, néanmoins je ne dois pas pour autant me reposer sur mes lauriers. Il est de mon devoir de me perfectionner, encore et encore. Ma meute compte sur moi.
Alors que mon chant redouble de puissance, je sens une force s’opposer à moi. La personne qui m’affronte est douée, pourtant je n’ai pas le choix. Je dois trouver pourquoi six de nos guerriers sont dans cet état. Je dois lever le voile invisible qui nous enveloppe. J’intensifie donc mes pouvoirs et je parviens finalement à faire céder mon adversaire.
Toutefois, aucune trace de lui.
J’ai gagné cette bataille, la brume a disparu. Malheureusement, je n’ai toujours pas de solution ni la moindre piste concernant un éventuel remède. De dépit et de frustration, je pousse un cri qui retentit dans l’immensité de la forêt.
Au travers de notre lien de compagnon, je perçois de la colère et autre chose. L’impuissance, peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’Eien est contrariée. Et… elle n’est plus à la meute.
Pourquoi serait-elle partie ? Et surtout où a-t-elle pu aller ?
— Beta, nous avons intercepté une femme qui dit vouloir parler à Eien. Nous sommes au sud de notre territoire.
C’est Luther, l’un de nos guetteurs, qui utilise notre liaison mentale. C’est un moyen de communication entre les différents membres assez pratique, mais intrusif. Ce message me sort brutalement de mes songes se rapportant à Eien.
Conrad est face à moi et discute avec notre Gamma. En revanche, il ne semble pas s’être aperçu de ma distraction.
— Bêta que dois-je faire ?
— Vampire ?
— Non Bêta, j’en suis sûr !
— Amène-la à la maison de la meute. Je vais la recevoir dans mon bureau.
— Bien Bêta, quand nous arriverons, je te recontacterai.
Une fois le lien fermé, je regarde les deux hommes devant moi. J’avance alors d’un pas pour faire comprendre que j’ai une information importante sans pour autant leur couper la parole.
— Mon oncle, Luther rentre avec une étrangère qui dit vouloir parler à Eien.
— Qui ?
— Je l’ignore encore. Je n’ai pas plus de renseignements pour le moment. Ils sont en chemin.
Tout en expliquant la situation, je réfléchis à qui pourrait connaître Eien. Ou plutôt qui toujours en vie ?
***
Je travaille dans un environnement lumineux et spacieux. Je me suis installé dans l’ancien appartement de ma cousine Elizabeth. Ou plutôt, le nôtre, à présent. D’un côté, les chambres, de l’autre mon espace professionnel.
Le style moderne, blanc immaculé et épuré, est parfait pour se concentrer. Au moins, ces locaux servent à quelque chose lorsqu’Eien et moi-même sommes dans notre petite cabane dans la forêt.
Cette pièce contraste donc brutalement avec le bureau de notre Alpha. Sombre. Vintage. On pourrait même dire ancestral. Comme lui. Et pourtant, cela fait des mois que Géras1 semble vouloir le rattraper. Ses facultés déclinent. Il est souvent las et la fatigue a désormais marqué son visage physiquement. Aujourd’hui, il s’occupe moins des affaires courantes. Il se consacre volontiers à ses loisirs de prédilection tels que la pêche, la lecture ou le cigare. Sans même m’en rendre compte, j’ai pris la relève. Cela s’est fait de manière naturelle, progressivement. Nous n’en avons pas parlé ouvertement, de sa succession. C’est un sujet que personne n’aime généralement aborder puisque cela signifie mettre en lumière l’aboutissement d’une période que personne ne souhaite voir se terminer.
Il y a quelques minutes, Luther m’a averti qu’ils arrivaient. Je suis alors allé dans mon fauteuil pour les attendre.
Eien, elle, n’est toujours pas revenue. Peut-être est-elle rentrée chez nous. Je ne lui pose pas la question, car j’ai bien senti qu’elle a besoin de rester seule. D’autant que, tant que j’ignore ce qui se passe, je veux qu’elle soit le plus loin possible d’ici.
Mes instincts protecteurs sont plus aiguisés que jamais. Idriss est là, lui aussi, prêt à bondir au moindre signe de danger.
Toc, toc, toc.
Je lève la tête vers la porte et je découvre Luther entrer avec, à sa suite, une femme.
À peine aperçu, Idriss reconnaît la magicienne du Blue Moon. Et moi également !
C’était il y a tellement d’années. Une éternité, me semble-t-il. Je cherchais alors des renseignements concernant Eien. En ce temps-là, nous avions besoin de toutes les informations possibles pour comprendre qui elle était et ce qu’elle était.
— Bonjour Luther. Je te remercie, précisé-je en souriant. J’ai demandé à Liam de te remplacer, tu peux prendre ta journée.
Il acquiesce sans un mot et s’en retourne vaquer à ses occupations.
Depuis son arrivée, Tara me fixe. Son regard est troublant d’intensité, malheureusement je suis incapable de le décrypter. Les perles d’or dans le vert de ses yeux brillent d’une lueur étrange.
Sa gestuelle n’est pas aussi assurée que lors de notre dernière rencontre. Visiblement, elle ne s’attendait pas à tomber sur moi, ou, tout du moins, pas si vite.
Je laisse intentionnellement le silence s’étirer entre nous. Cela me donne de l’ascendant sur elle et compte tenu de ce que je sais de cette jeune femme, c’est primordial. Alors que je sens que la tension arrive à son apogée, je lance un :
— Bonjour Tara.
Des images me reviennent inconsciemment. Je la revois se lever, descendre lentement la fermeture Éclair qui se trouvait sur le devant de sa robe. Son soutien-gorge en dentelle rouge et ses seins ronds et fermes apparaissent devant mes yeux. Ensuite, elle s’est dirigée vers moi en se mordant la lèvre. Oh, ma Déesse, elle était si attirante et provocante ! À présent, c’est différent. Et je ne désire pas être rattrapé par mes vieux démons.
Ma voix est froide, mon ton est sec. Je souhaite qu’il n’y ait nulle ambiguïté, nous ne sommes plus dans cet hôtel, et ce n’est plus elle qui a le pouvoir.
— Bonjour Bêta, nous nous connaissons ?
— Eh bien, d’une certaine façon, réponds-je suspicieux.
Un autre silence s’étire entre nous. Elle le fait exprès ou quoi ?
— Que veux-tu ? Pourquoi es-tu là ? demandé-je.
Autant être direct et ne pas gaspiller de temps.
— Voilà trois ans environ, j’ai perdu la mémoire. Je me suis réveillée un beau matin sans me rappeler quoi que ce soit. Depuis, je suis en quête de mes souvenirs.
— Tu ne te rappelles rien ? Tu ne m’as jamais vu ?
— Pas que je sache. Dans ma quête, on m’a, à une époque, parlé d’une sorcière et guérisseuse particulièrement puissante. J’espère qu’elle acceptera de m’aider, car cela fait bien longtemps que je la cherche.
— Tu veux faire référence à Eien, je suppose ?
— C’est de cette façon qu’on m’a dit qu’elle s’appelle. En revanche, je ne m’attendais pas à un pareil accueil.
— Vraiment ? Crois-tu pouvoir pénétrer sur le domaine d’une meute de loups, en l’occurrence la nôtre, comme on rentre dans un moulin ? réponds-je sur la défensive et de manière tout de même un peu agressive.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire Beta. Je suis consciente que les loups sont particulièrement attachés à leur territoire. Et protecteur aussi, argumente-t-elle. Mais, je ne suis pas une menace.
— Ça, c’est à moi d’en juger. Qui t’a parlé d’Eien ?
— Eh bien, pour être honnête… je l’ignore. Je cherche des réponses depuis si longtemps. Personne ne peut imaginer le sentiment ressenti en se réveillant et en ne sachant plus qui l’on est. Ce n’est que grâce à mes papiers d’identité que je connais mon identité.
Elle s’interrompt un instant au milieu de son explication, l’air visiblement peiné. Si cela est vrai, en effet, cela doit être particulièrement déroutant, pensé-je. Quoi qu’il en soit, je n’arrive pas à réfréner mes doutes.
— J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé personne qui me connaisse. Je n’ai manifestement pas d’amis ni de famille.
Des larmes se mettent alors à couler sur ses joues.
Si elle joue la comédie, elle mérite un oscar, me fait remarquer Idriss. Laisse-lui sa chance. Elle me fait de la peine. Nous la surveillerons de près. Et puis notre petite vampire ne te pardonnerait pas de la rejeter.
Tu as raison. Eh bien, soit !
Je lève la tête et la regarde droit dans les yeux. La sagesse d’Idriss me permet de prendre la bonne décision. Si Eien était là, elle l’aurait accueillie les bras ouverts sans poser de questions. Malgré tout…
— Tu peux séjourner ici pour une durée illimitée, si tu le souhaites. Mon loup, Idriss, m’a convaincu.
— Je comprends. Eh bien, merci de ta confiance, Idriss.
— Dernière chose, avant d’aller avertir Conrad, notre Alpha, de ta présence, as-tu eu un quelconque rapport avec des vampires ?
— Des vampires ?! Ces monstres sanguinaires !? Mon Dieu non ! s’exclame-t-elle avec dégoût.
Sa réaction semble excessive, mais néanmoins sincère.