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Antoine est accro aux jeux vidéo, Charles est fan des hamburgers frites et Cyrielle et Lilou ne veulent porter que des vêtements stylés. Mais surtout, les quatre ados sont amis pour la vie. Pour avoir porté secours à Danaé, la fille du châtelain, ils sont invités à séjourner une semaine au château de Rienne. Mais le jour venu, les chauffeurs chargés de les accueillir à la gare abandonnent les quatre amis en pleine forêt, après les avoir dépouillés de leurs portables, montres, portefeuilles et autres objets de valeur. Contraints de passer en mode survie, bien loin de leurs passions et du confort auquel ils sont habitués, ils seront confrontés à la faim, à la soif et à la peur.
La forêt des Miroirs réserve parfois bien des surprises…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Ancien professeur de français,
Gilles Horiac est un passionné de l’écriture. Il a publié plusieurs ouvrages, dont deux romans jeunesse, qui connaissent un grand succès, notamment dans les écoles.
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Seitenzahl: 139
Veröffentlichungsjahr: 2020
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L’auteur
Ancien professeur de français, Gilles Horiac est un passionné de l’écriture. Il a publié plusieurs ouvrages, dont deux romans jeunesse, qui connaissent un grand succès, notamment dans les écoles.
Du même auteur
Pleine lune, éditions Dricot, 2008.
Il n’y a plus de vieillesse !, 180° éditions, 2014.
Julien de Belgique, éditions Brumerge, 2015.
Le vierge mari, éditions Brumerge, 2016.
Col blanc cassé, éditions Entre deux pages, 2018.
La peau de l’autre, 180° éditions, 2019.
Pour la jeunesse
Sa Majesté Léa, 180° éditions, 2012.
Roses mortelles, co-écrit avec Odile Nicolas, 180° éditions, 2017.
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Collection : roman jeunesse
Édition : Juliette Favre
Mise en page : Graphic Hainaut
Illustrations : Joël Lepers
ISBN : 978-2-931008-44-7
Dépôt légal : D/2020/10.213/13
Tous droits strictement réservés. Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie, microfilm ou support numérique ou digital, sans l’accord préalable et écrit de l’éditeur, est strictement interdite.
1
6 juillet 1975
Dans la vaste salle d’armes du château, les arbalètes et les fusils d’époque avaient été remplacés par des toiles de peintres flamands et hollandais, tous élèves de grands maîtres de la peinture. Cette pièce faisait l’orgueil du châtelain, qui l’avait rebaptisée « salle d’art ». Une œuvre surtout remplissait de fierté cet amateur de belles choses : un triptyque réalisé par un célèbre artiste bruxellois, un homme fantasque, drôle et érudit que le maître des lieux avait rencontré personnellement et à qui il vouait une admiration sans bornes. Cette triple toile n’était mentionnée dans aucune brochure, dans aucun livre d’art, et c’est ce qui la rendait si précieuse. Le seigneur du château pouvait passer des heures à la contempler avec une gourmandise qui confinait à la vanité.
En cette nuit d’été, la femme progressait à petits pas prudents vers le mur où le chef-d’œuvre était accroché. Si un domestique devait la surprendre, ce serait une catastrophe. Elle repéra le retable et posa une chaise à proximité. De quelques gestes délicats, elle détacha le volet droit du triptyque. On le lui avait souvent dit : une simple toile du peintre Magritte valait une fortune. Alors, vous pensez ! Un volet d’une œuvre inconnue des plus grands spécialistes ! Maintenant que le châtelain la répudiait, elle n’éprouvait pas le moindre scrupule à devenir une voleuse. Et surtout, elle ne voulait pas qu’Oscar, son bébé de quelques jours, soit complètement déshérité.
Certes, elle avait fauté. Mais le châtelain lui-même n’était pas un ange ni un modèle de fidélité. La femme abandonnerait donc le château, la vie confortable qu’elle y menait, le ballet des domestiques qui la servaient, mais elle emporterait avec elle son petit Oscar et le fragment d’un chef-d’œuvre estimé à plusieurs millions de francs. Elle irait se réfugier quelque part, à des dizaines de kilomètres de la région, et le châtelain n’entendrait plus jamais parler d’elle. En réalité, la femme ne nourrissait qu’un seul regret, mais il était de taille : celui d’abandonner son premier fils, âgé de deux ans à peine, et que le châtelain élèverait désormais seul.
8 avril 2020
La jeune fille suivait en souriant la progression rapide d’un écureuil roux jusqu’aux premières ramures d’un pin. Elle s’était toujours émerveillée de la souplesse et de la grâce de ces petites bêtes. Poursuivant sa course en sautant d’une branche à l’autre, l’écureuil semblait s’amuser, lui aussi, de cette partie de cache-cache improvisée. La jeune fille ne le lâchait pas du regard.
Soudain, le sol recouvert de brindilles et de branches mortes se déroba sous ses pieds. Dans un craquement de bois sec, elle se reçut quatre ou cinq mètres plus bas, le pied droit coincé dans une racine. Son cri bref résonna dans le vide. Elle mit quelques minutes à réaliser la gravité de la situation. Sa cheville droite, très douloureuse, gonflait à vue d’œil. Elle avait oublié son portable et n’avait informé personne de l’endroit où elle allait. Et le château était éloigné d’au moins deux kilomètres.
Elle lança ses premiers appels au secours, dont l’écho se répercuta dans la forêt. Mais comme uniques réponses, elle reçut l’insolent tambourinage des pics contre les troncs et la ritournelle printanière des pinsons.
*
Assis sur son lit, la tablette entre les mains, Antoine pousse un « Yeeesss ! » audible dans tout le quartier : il vient d’atteindre le niveau 6 du nouveau jeu Call of Duty, auquel se sont attelés tous les passionnés de ce type de distraction. Aux dernières nouvelles, les copains de sa classe peinent à atteindre le niveau 4. Mais Antoine, c’est le meilleur ! Il faut dire que le plus clair de son temps, il le consacre à son hobby, au grand dam de ses parents, qui lui promettent régulièrement une tendinite des pouces. Quand son père lui adresse un reproche, Antoine répond, sûr de lui :
— Toi, quand tu rentres du boulot, tu t’enfermes dans ton bureau avec ta collection de timbres. Ben moi, c’est la tablette et les jeux vidéo : pas plus compliqué que ça. À chaque âge ses plaisirs !
— Possible, répond son père, piqué au vif. Mais moi, comme tu me le répètes avec arrogance, c’est APRÈS le boulot, alors que toi, c’est AU LIEU de travailler ! J’espère que tu saisis la nuance !
Ce dimanche après-midi, ce n’est pas son père qui interrompt Call of Duty. Une alerte rouge vient de se déclencher sur l’écran de son ordi. C’est un message de Cyrielle, intitulé : « URGENT – Réunion des quatre ». Ils se le sont souvent répété : quand un des quatre est en difficulté, c’est ce qu’ils appellent « la priorité prioritaire ». En d’autres termes, on lâche tout et on accourt. Et ça fait quelques années que ça dure.
Lilou, Charles, Cyrielle et lui, ce sont les doigts de la main. Quand un petit malin leur rétorque qu’une main comporte cinq doigts, ils répondent en chœur que le cinquième doigt, c’est l’amitié qui les lie. Pour être honnête, Antoine doit bien avouer que si le message vient de Cyrielle, il court encore plus vite ! Il peut difficilement cacher que, pour reprendre l’expression des adultes, « il en pince un peu pour elle ». Âgés tous deux de quatorze ans, ils sont les aînés des quatre.
En plus d’être sympa, drôle et intuitive, Cyrielle est d’une beauté à faire pâlir les mannequins les plus célèbres. Pâlir : ça ne risque pas de lui arriver, à Cyrielle. Née d’un père d’origine congolaise et d’une mère philippine, elle affiche un métissage rare : la peau mate, le visage finement sculpté, où des yeux verts en amande brillent comme deux émeraudes. Même s’ils ne se sont jamais déclaré leur flamme, il est de notoriété publique qu’Antoine et Cyrielle forment plus un couple qu’un simple binôme. Lors de l’unique visite chez son amie, installés dans un transat, ils avaient siroté un soda dans le jardin. Le père de Cyrielle avait posé une bonne main sur les épaules des jeunes gens, avant d’éclater de rire en clamant bien fort :
— Vous êtes magnifiques, tous les deux !
Mais aujourd’hui, l’heure n’est plus aux mondanités. Antoine ouvre le mail de son amie : « Help, tous les trois. Ce matin, je me suis étalée en rentrant de balade avec mes parents. Rien de cassé, sauf une chaussure (de marque !). Mais surtout, je viens de me rendre compte que j’ai perdu ma gourmette en argent. Comme mes parents refusent de sortir à nouveau, qu’apparemment ils n’en ont rien à cirer, je fais appel à vous. R-V dans une heure devant La Ferme Rose. »
Tant pis pour Call of Duty : le septième niveau, il l’attaquera ce soir. Il enfile un blouson, déverrouille son vélo et s’élance. Laissant derrière lui l’école des petits et le Mini-Market, il sort de la bourgade. Devant, une silhouette trapue pédale en chaloupant : c’est le style caractéristique de Charles, son meilleur pote. Amis « à la vie à la mort » depuis la sortie des maternelles, Antoine et Charles se sont toujours soutenus dans les difficultés. Il y a deux ans, alors que la prof de français avait réclamé le silence à trois reprises, Antoine avait laissé tomber sa règle métallique, dans un fracas qui confinait à l’insolence. La prof avait fusillé le garçon du regard :
— Vous étiez prévenus ! Antoine, tu me copieras le règlement de l’école.
— Excusez-moi, madame, était intervenu Charles. C’est moi qui l’ai fait tomber… pas exprès…
Saisie d’un doute raisonnable et soucieuse de ne pas commettre une erreur judiciaire, l’enseignante s’était contentée de pincer les lèvres en hochant la tête… À charge de revanche ! Et celle-ci s’est produite il y a quelques semaines à peine.
Monsieur Boulet, prof de math, avait observé de curieuses similitudes entre les copies des deux amis, voisins de banc. Connaissant la faiblesse chronique de Charles dans sa branche, il l’avait tout de suite soupçonné, à juste titre, de tricherie notoire et l’avait sanctionné d’un zéro pointé aggravé d’une retenue. C’est alors qu’Antoine avait levé un doigt poli et déclaré d’une voix angélique :
— Excusez-moi, monsieur. Je ne veux pas faire accuser un élève innocent à ma place. C’est moi qui ai copié sur lui. Je suis désolé…
Monsieur Boulet avait longuement scruté les yeux d’Antoine, qui commençaient à se remplir de larmes. Puis, haut et fort, il avait proclamé son verdict d’indulgence :
— Eh bien, je te félicite, Antoine. Non pas d’avoir copié sur ton voisin, bien sûr, mais pour ton honnêteté. Je ne punirai donc ni l’un ni l’autre.
— C’est ce qu’on voulait, Boulet, avait marmonné Charles.
Quand les deux garçons garent leur vélo en face de La Ferme Rose, Cyrielle et Lilou sont déjà là. Lilou, la plus jeune du groupe, va sur ses treize ans. Longs cheveux châtains, visage fin, c’est sans aucun doute la plus discrète du quatuor. Devant ses trois aînés, elle affiche toujours un sourire silencieux, comme pour leur montrer sa gratitude de l’avoir intégrée dans le groupe. Lilou est ce qu’on appelle « une suiveuse », une sorte de bon petit soldat. Elle aime tout le monde, mais ne peut cacher son admiration pour Cyrielle, qu’elle considère comme une grande sœur.
— Merci d’être venus si vite, commence Cyrielle. On va pouvoir entamer les recherches.
— C’est ici que tu t’es viandée ? demande Charles.
— À quelques mètres près, oui. Cette gourmette, j’y tiens beaucoup : c’est un cadeau de ma grand-mère. Celui ou celle qui la retrouve aura droit à deux cadeaux : d’abord – et c’est le plus important – ma reconnaissance éternelle, puis, au choix : deux barres chocolatées ou deux énormes bisous. Ça stimule, non ?
Personne n’était dupe. Plus débrouillarde que ses trois copains réunis, Cyrielle aurait pu se passer d’eux pour ses recherches. Son appel d’urgence ressemblait surtout à un prétexte pour que chacun puisse échapper, ne fût-ce que quelques heures, au carcan familial, difficilement supportable tout un dimanche.
Cyrielle reste assez vague au sujet de l’endroit où elle est tombée :
— Il y avait trois pins qui formaient un triangle. Je me suis pris le pied dans une racine. C’était ici… ou là-bas… ou un peu plus loin…
— … ou un peu à gauche, ou carrément à droite : ça aide bien, ironise Charles.
— Désolée de ne pas avoir songé à planter un drapeau. En plus, j’avais les boules : j’ai bousillé ma tunique Givenchy et une chaussure Nike.
Cyrielle continue sa progression prudente, le regard rivé au sol. Toujours silencieuse, Lilou prend soin d’écarter les branchettes de chaque petit bosquet. La minutie de son travail fait chaud au cœur chez son aînée. Contrairement à Charles, qui avance en levant les genoux, façon armée nord-coréenne, et le nez en l’air.
— Tu t’imagines que mon bracelet a sauté en l’air pour s’accrocher à un arbre ? fait Cyrielle avec humeur.
— Pourquoi pas ? Des fois qu’une pie l’aurait emmené… comme dans Tintin, répond le garçon sans conviction.
C’est à l’extrémité du râteau, à plus de vingt mètres, qu’un cri de victoire se fait entendre. La voix d’Antoine :
— Bingo ! Je n’ai pas ta gourmette, mais une de tes chaussures !
Comme personne ne lui répond, le garçon avance de quelques pas, puis une voix douce, un peu fragile, émane d’un amas de ronces et de branches mortes :
— Au secours ! Aidez-moi !
L’appel a des accents de détresse et de résignation. Antoine réalise que la voix est moins proche qu’il ne l’avait cru.
— C’est toi, Cyrielle ? Lilou ?
Le garçon avance de quelques pas, mais des entrelacs de ronces ralentissent sa progression.
— Aidez-moi ! Je vous en prie !
De toute évidence, la voix suppliante n’est pas celle de Cyrielle en train de le piéger dans une plaisanterie de mauvais goût. Il rage de ne pas avoir emporté son couteau suisse. Les épines s’agrippent à son jean comme des sangsues. À chacun de ses pas, il a l’impression de déraciner toute la forêt. Les ronces recouvrent même les bords de la crevasse d’où proviennent les appels, et c’est de toute justesse qu’il échappe à la dégringolade.
Le trou est profond d’environ quatre mètres. Au fond, dans un enchevêtrement de racines, une créature blonde aux yeux pâles le regarde. D’une beauté stupéfiante, comme dans les livres d’images que sa mère lui lisait dix ans plus tôt. Vêtue d’une robe à l’ancienne, la jeune fille trouble Antoine à cause de ses longues mèches blondes rebelles qui barrent son joli visage ovale.
— Vous… vous êtes blessée ? l’interroge-t-il.
— Oui, je crains de m’être cassé la cheville, répond la jeune fille.
Aussitôt, Antoine place ses mains en porte-voix et claironne à l’intention de ses amis :
— Hé ! Ho ! C’est par ici !
Lorsque Cyrielle et Lilou parviennent au bord de la crevasse, Antoine achève sa descente.
— Elle est tombée, elle s’est blessée, explique-t-il aux arrivantes. Elle va s’accrocher à ma ceinture. Si vous pouviez trouver un long bout de bois solide, qui peut servir de perche.
Docile et efficace, c’est Lilou qui déniche la branche.
— On peut vous tirer, mais rien qu’à nous deux, ça craint, augure Cyrielle. Je ne sais pas où est passé Charles…
— Charles ? Il vient de retrouver ta gourmette, fait l’intéressé en brandissant son trophée comme s’il venait de remporter le Mondial de foot.
— Super, Charles ! T’es le meilleur !
— Et tu me dois deux barres chocolatées !
En se relevant, la jeune fille grimace de douleur. Visiblement, elle ne pourra pas compter sur ses jambes. Alors, Antoine la hisse sur son dos, plante vaillamment la main gauche dans la paroi de la crevasse, à la recherche de racines suffisamment solides pour résister au poids de deux adolescents. Agripper la perche des deux mains précipiterait tout le monde dans le trou. Heureusement, la branche découverte par Lilou est jeune et souple. Dès que la tension se fait plus forte, sous les ordres de Cyrielle, on tire de toutes ses forces. En quelques secondes, Antoine et sa jeune rescapée émergent avec un grand soupir de soulagement.
— Merci ! Mille fois merci ! Moi, c’est Danaé.
— Bienvenue sur la surface de la Terre. Moi, c’est Charles. Et voici Cyrielle et Lilou, et ton sauveur, c’est Antoine.
— Amis depuis toujours, poursuit Cyrielle.
— … et amis pour toujours, conclut Lilou.
De la terre et quelques feuilles ont souillé Danaé de la tête aux pieds. Il y en a dans ses longs cheveux, dans presque chaque pli de sa robe bleu pastel, sur ses pieds, sous les ongles, et pourtant la grâce et la majesté qui émanent de ses traits n’échappent à personne. La jeune fille contemple ses bienfaiteurs avec un mélange d’admiration et d’envie.
— Vous en avez, de la chance, d’être amis depuis si longtemps ! Moi, au château, je ne vois quasi personne, en dehors de mes parents et des domestiques.
— Tu habites au château de Rienne ?
— Oui, et c’est là que, comme une idiote, j’ai laissé mon portable. Je n’ai donc prévenu personne et, sans vous, je serais restée des heures, peut-être plusieurs jours, au fond de mon trou !
Chevalier galant jusqu’au bout, Antoine extrait aussitôt son téléphone et le tend à la jeune châtelaine avec un sourire de grand seigneur.
— Souhaitez-vous que nous nous éloignions pendant que vous parlez à vos parents ?
— Hé ! Pourquoi tu lui dis « vous », grand crétin ?
— Charles a raison, sourit Danaé. J’ai quinze ans, je suis une jeune comme vous et je n’ai aucun secret à cacher.
À l’annexe du château, Gaston éprouve toutes les peines du monde à dissimuler sa mauvaise humeur. Depuis qu’il est au service du châtelain, on lui a toujours accordé ses dimanches pour qu’il puisse s’adonner à sa principale distraction : la pêche. Et voilà qu’à titre exceptionnel le patron lui demande de prendre le volant. Mademoiselle aurait eu un accident. Il faut donc, sans en avertir Madame pour ne pas l’effrayer, conduire Monsieur au lieu-dit La Ferme Rose. Il est temps qu’un jour, avec le concours de Roger, l’autre chauffeur, il se mette en grève, ou – mieux encore – il réussisse un coup d’éclat ! Une vague idée lui trotte en tête, et un rictus de satisfaction étire ses lèvres…
Malgré l’impatience du châtelain, Gaston réduit la vitesse de la limousine au moment d’emprunter l’étroit chemin de terre qui serpente entre les futaies. Comme, apparemment, Mademoiselle ne court plus de danger, autant ménager la carrosserie. À proximité d’un talus où ils aperçoivent la jeune fille entourée de quatre adolescents, Gaston stoppe le véhicule. Le père inquiet en jaillit comme d’un siège éjectable.
— Danaé, tu n’as rien, ma chérie ?
—
