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Les études sur l’inconscient sont fort anciennes. Ce sont des études de métaphysique sur la possibilité d’une intelligence différente de l’intelligence humaine, indépendante de la conscience et de ses conditions telles que nous les constatons en nous-mêmes. Les recherches sur le subconscient sont, au contraire, beaucoup plus récentes: ce sont des études cliniques et psychologiques qui ont pris naissance à propos des difficultés que soulevait l’interprétation de certains troubles mentaux tout particuliers...
Les troubles de la notion de la personnalité se rencontrent très fréquemment dans les études de psychiatrie. On ne constate pas seulement des troubles dans la conception que les malades se font de leur propre personne, quand ils prétendent, par exemple, être un roi ou un animal; on rencontre aussi des altérations curieuses dans la conscience que les sujets ont de leurs propres phénomènes psychologiques, dans l’assimilation, l’incorporation de tel ou tel phénomène au sentiment qu’ils ont de leur propre personne. Il est incontestable, en effet, qu’il se fait en nous un certain classement des phénomènes psychologiques: les uns sont rattachés au groupe des phénomènes du monde extérieur, les autres sont groupés autour de l’idée de notre personne…
À PROPOS DES AUTEURS
Pierre Janet - Pierre Marie Félix Janet (né le 30 mai 1859 à Paris et mort le 27 février 1947 dans la même ville, 7e arrondissement2) est d'abord un philosophe puis un psychologue et enfin un médecin français.
C'est une figure majeure de la psychologie française de la fin du XIXe siècle, et de la première moitié du siècle suivant. Il crée le terme de subconscient. Son modèle de l'inconscient attribue un rôle déterminant au traumatisme psychique dans l'amnésie et la dissociation des souvenirs. Il connaît dans les années 2000 un succès important chez les spécialistes américains du stress post-traumatique.
Alfred Fouillée, né le 18 octobre 1838 à La Pouëze (Maine-et-Loire) et mort le 16 juillet 19121 à Lyon, est un philosophe français.
Il est l'auteur d'un adage de droit civil : « "Qui dit contractuel, dit juste" » et est à l'origine de la notion métaphysique d'« idée-force ».
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Seitenzahl: 91
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Le subconscient
Le subconscient
La conscience et ses transformations
Pierre Janet
Alfred Fouillée
Humanités et Sciences
Les études sur l’inconscient sont fort anciennes: ce sont des études de métaphysique sur la possibilité d’une intelligence différente de l’intelligence humaine, indépendante de la conscience et de ses conditions telles que nous les constatons en nous-mêmes. Les recherches sur le subconscient sont, au contraire, beaucoup plus récentes: ce sont des études cliniques et psychologiques qui ont pris naissance à propos des difficultés que soulevait l’interprétation de certains troubles mentaux tout particuliers. Le mot «subconscient», si l’on s’en tient à la signification que je lui donnais quand j’en ai proposé l’usage, se borne à résumer les caractères singuliers que présentent à l’observateur certains troubles de la personnalité au cours d’une névrose particulière, de l’hystérie. Il me semble utile de rappeler cette signification primitive pour éviter de s’engager dans des recherches stériles qui se sont greffées sur ces premières études et pour comprendre les véritables problèmes que l’on peut examiner fructueusement à propos du subconscient.
I.
Les troubles de la notion de la personnalité se rencontrent très fréquemment dans les études de psychiatrie. On ne constate pas seulement des troubles dans la conception que les malades se font de leur propre personne, quand ils prétendent, par exemple, être un roi ou un animal; on rencontre aussi des altérations curieuses dans la conscience que les sujets ont de leurs propres phénomènes psychologiques, dans l’assimilation, l’incorporation de tel ou tel phénomène au sentiment qu’ils ont de leur propre personne. Il est incontestable, en effet, qu’il se fait en nous un certain classement des phénomènes psychologiques: les uns sont rattachés au groupe des phénomènes du monde extérieur, les autres sont groupés autour de l’idée de notre personne. Cette idée, juste ou non, qui est probablement en grande partie un produit de notre éducation sociale, devient un centre autour duquel nous rangeons certains faits, tandis que d’autres sont mis en dehors de nous.
Sans discuter la valeur et la nature de cette répartition, telle qu’elle est faite chez l’homme à peu près normal, je constate simplement que certains malades rattachent mal à leur personnalité certains phénomènes que les autres hommes n’hésitent pas à considérer comme tout à fait personnels. Dans le délire de la fièvre typhoïde, une de mes malades me disait: «Songez donc à mon pauvre mari, qui a si mal à la tête: regardez mes enfants, qui souffrent tant au ventre: on leur ouvre le ventre». Elle rattachait à d’autres personnes des sensations de souffrance que d’ordinaire nous n’hésitons pas à rattacher à nous-mêmes. On rencontre bien plus souvent encore une illusion un peu différente chez ces malades très nombreux que j’ai décrits sous le nom de psychasténiques. Beaucoup d’entre eux répètent sans cesse: «Ce n’est pas moi qui agis, ce n’est pas moi qui ai fait cela, ce sont mes mains qui l’ont fait toutes seules…, ce n’est pas moi qui mange, ce n’est pas moi qui parle…, ce n’est pas moi qui sens, ce n’est pas moi qui souffre, ce n’est pas moi qui entends…, etc.». Il est facile de constater que chez ces malades les mouvements sont en réalité corrects, que les diverses sensations, même les sensations kinesthésiques et même les sensations viscérales sont parfaitement conservées. Mais le sujet déclare cependant ne pas les rattacher à sa personnalité; dans la mesure où il le peut, il se comporte comme s’il ne les avait pas à la disposition de sa personne. Un malade de ce genre décrit récemment par M. Séglas déclarait n’avoir aucune mémoire, et autant que possible, se conduisait comme s’il avait perdu tous les souvenirs, quoiqu’il fût facile de prouver qu’il n’avait en réalité rien oublié. Le trouble apparent de la mémoire, comme précédemment le trouble apparent des sensations et des mouvements, n’est ici qu’un trouble dans le développement de l’idée et du sentiment de la personnalité.
Un des derniers cas que j’ai eu l’occasion d’observer est, sur ce point, tout à fait démonstratif. Il s’agit d’un jeune homme de 18 ans que j’ai pu présenter à la Société de psychologie de Paris dans l’une de ses dernières séances. Dans un petit papier qu’il apporte avec lui, Dr… nous expose comment il a toujours été disposé, depuis l’âge de sept ans, à de singuliers troubles de l’esprit. Il raconte qu’à cet âge il avait déjà des anxiétés, des terreurs, à la pensée du ver solitaire, du cancer, de l’appendicite, qu’il éprouvait de grandes émotions à propos des problèmes philosophiques, de l’infini, du néant, de la mort, de l’âme, de la pensée, de la folie, etc… Mais c’est à partir de l’âge de onze ans que les troubles se sont précisés.
Il prétend qu’à cet âge il s’est aperçu que les objets du monde extérieur se transformaient graduellement. Ils devenaient singuliers, drôles, étranges, en tous cas différents de ce qu’ils étaient autrefois. Au début, les objets anciennement connus restaient à peu près les mêmes, seuls les objets nouveaux présentaient ce caractère d’étrangeté: «J’ai souvent insisté sur cette difficulté plus grande de la perception des objets nouveaux. Peu à peu le trouble s’est étendu à tous les objets sans distinction; le malade a beaucoup de peine à nous faire comprendre ce qu’il appelle l’étrangeté des objets. «Si nous voyons un cyclope devant nous, dit-il, nous sommes, surpris de lui voir un seul œil au milieu du front, parce que ce n’est pas l’habitude de voir les hommes ainsi faits. Eh bien, tous les objets étaient pour moi comme des cyclopes: ils n’étaient pas de la même façon que les objets habituels… c’est bien cela, j’avais perdu l’habitude, le sentiment que les objets étaient habituels…». D’ordinaire, ce sentiment d’étrangeté se complique d’autres sentiments d’irréalité et de rêve. Le malade ne semble pas avoir été jusque là, parce que assez rapidement, dans ces dernières années, le sentiment pathologique s’est transformé et que les préoccupations du malade se sont portées sur un autre point.
Les objets sont devenus un peu moins bizarres, ou du moins Dr… s’en préoccupe moins; mais c’est lui-même qui est devenu étrange et irréel. Il sent qu’il a perdu toute volonté, toute activité, et il va nous raconter tout cela d’une manière amusante. «Depuis longtemps, je ne veux plus rien: si il s’agissait de moi, je ne ferais absolument rien du tout, je ne parlerais même pas. Je ne me remue pas, je ne fais aucun mouvement. Cependant, me direz-vous, vous marchez, puisque vous êtes venu ici ce soir, vous parlez. Cela est vrai, mais je n’y comprends rien. Ce n’est pas moi qui agis, je me vois agir, je m’apparais à moi-même; je m’entends parler, c’est un autre qui parle, une machine qui parle à ma place. Je suis un pantin, un canard de Vaucanson, je suis surpris moi-même de la précision de l’automate». Il soutient aussi qu’il n’a plus aucune sensibilité, qu’il ne s’émeut absolument de rien. Et cependant il souffre si on le pince, et vous pouvez constater avec moi que toutes ses sensibilités sans exception sont conservées d’une manière parfaite. Cependant il s’entête. «C’est la sensibilité morale qui est perdue, ce n’est pas moi qui sens. Je ne m’intéresse pas à ce que je semble sentir; c’est un autre que moi qui sent mécaniquement». Il résume la situation par un ensemble d’idées qui deviennent chez lui singulièrement obsédantes. «Au fond, je ne suis plus vivant, je suis un mort qui erre sur la terre, un mort qui remue… c’est bizarre, je le sais bien et je n’y comprends rien moi-même… Je suis comme un mort, ou, si vous voulez, je ressemble à un mort, je suis un mort vivant… Je ne suis ni plus, ni moins qu’une bête anéantie à petit feu…». Nous pouvons interroger le malade pour lui faire varier indéfiniment ses métaphores sans qu’il puisse parvenir à nous expliquer bien de quoi il s’agit. Il y a évidemment dans ses expressions une part d’idées obsédantes et de théories qu’il a faites sur lui-même, mais il y a une grande part de sentiments profonds très singuliers que nous retrouvons chez beaucoup de malades. Des cas de ce genre ont été autrefois étudiés par Krishaber, en 1873, sous le nom de névropathie cérébro-cardiaque. Une belle observation tout à fait identique à celle-ci a été publiée par Ball en 1882. Comme chez Dr…, les troubles avaient commencé par le sentiment d’étrangeté et d’irréalité du monde et avaient amené quelques années après le sentiment de la disparition du moi. J’ai réuni moi-même, dans divers ouvrages, une collection de cas semblables. Il était intéressant d’y ajouter celui-ci.
Le langage de ces malades psychasténiques semble bizarre et même contradictoire; c’est que, chez eux, le trouble de la personnalité n’est point total. Il se manifeste nettement dans certaines opérations que l’on pourrait appeler supérieures, dans le jugement de reconnaissance par lequel l’attention rattache le nouveau contenu mental à l’ancien, dans le langage avec réflexion, dans l’action volontaire. Mais les opérations élémentaires de la personnalité semblent être conservées: la conscience, cet acte par lequel une multiplicité et une diversité d’états est rattachée à une unité, semble subsister. Le sujet déclare sans doute que ce n’est pas lui qui se souvient de cet acte, que ce n’est pas lui qui voit cet arbre, mais il s’en souvient tout de même, mais il continue à le voir. Du moins il est manifeste pour nous que cet individu continue à voir l’arbre, puisqu’il nous décrit les changements qui se passent en lui et qu’il nous dit: «l’arbre est vert, ses feuilles remuent, mais ce n’est pas moi qui le vois». Le trouble de la perception personnelle ne semble pas être profond.
Ce caractère incomplet du trouble de la personnalité se retrouve dans tous les accidents de ces malades psychasténiques. Ils ont des obsessions, mais ils ne délirent pas complètement et reconnaissent toujours l’absurdité de ces idées obsédantes; ils ont des impulsions, mais ne les exécutent pas; ils ont des phobies des actes, mais jamais de véritables impuissances ou de véritables paralysies; ils ont des doutes interminables, mais non de véritables amnésies. C’est un trait de leur caractère de n’aller au bout d’aucun symptôme et ce caractère incomplet du trouble de leur personnalité rentre dans une loi générale.
II
