La Mort aux dents - Roger Caporal - E-Book

La Mort aux dents E-Book

Roger Caporal

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Beschreibung

Stupeurs dans un cabinet dentaire.

Tout accuse Gilles Vuizelle, remarquable dentiste, comme l'assassin de Barbara, jeune comédienne en vogue. Le commissaire Juillard et le docteur Fugon, médecin-légiste, reprennent du service dans les quartiers populaires de Montmartre.

Roger Caporal remet en scène les deux personnages dont la collaboration avait contribué au succès de Meurtre au cours de danse !

EXTRAIT

Il n’y avait pas eu effraction.
– C’est un familier qui a fait le coup, Patron. Il fallait avoir la clef pour ouvrir une cette serrure !
– À moins qu’elle lui ait ouvert ?…
– En pleine nuit ? Pourquoi pas ? C’est tout de même peu plausible !
– Vous avez raison. Il est plus improbable encore qu’elle lui ait ouvert dans la soirée et qu’il soit parti dans la nuit. L’ensemble du duplex, notamment la chambre à coucher, ne livre aucune trace d’une compagnie de quelque durée. L’autopsie confirmera certainement que la mort ne remonte pas à hier au soir.
Aucun désordre dans ce chic studio, seule la présence choquante de cette femme rousse affalée et poignardée, dont la grâce protestait contre l’horreur de sa mort.
– Finalement Degert, l’hypothèse la plus vraisemblable est qu’elle connaissait l’assassin, suffisamment pour qu’elle lui ait donné ses clefs.
L’interrogatoire de la concierge n’avait pas apporté grand-chose. Barbara vivait seule, rentrait comme tous les comédiens, tard le soir, voire bien après minuit. Parfois elle ne rentrait pas ou partait pour quelques jours. Elle recevait rarement, organisait peu de cocktails ou de dîners. Cette concierge-cerbère ne gardait pas le souvenir d’un visage familier, pour lui faire évoquer une liaison ou une amitié intime.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Roger Caporal est né à Montmartre et habite Saint Germain des Près. Il devient médecin et se spécialise en endocrinologie-diabétologie, après avoir exercé pendant son service militaire dans la Légion Étrangère (2ème REI et 2ème REP). Roger Caporal s’est intéressé au théâtre et à la danse. Il est l'auteur de trois romans policiers parus aux Editions Glyphe qui mettent en scène deux personnages récurrents, le commissaire Juillard et le docteur Fugon, médecin-légiste.

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Veröffentlichungsjahr: 2016

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À Christiane

CHAPITRE I

– MAIS POURQUOI DONC L’A-T-ON ASSASSINÉE ? se répétait Arnaud Bratiliac depuis que la nouvelle l’avait rejoint en pleine brousse. Il lui avait fallu deux jours pour atteindre Bangui et il dut attendre autant pour prendre l’avion pour Paris. Cette lancinante question, la mort violente de Barbara, n’était finalement pas invraisemblable, même si rien ne venait l’expliquer.

Deux ans qu’il était séparé de Barbara. Deux ans qu’il était sans nouvelles de Barbara. Isolé dans ce village africain, le dernier avant la jungle, il avait réussi à l’oublier, submergé par l’édification d’un micro-hôpital à partir d’un simple poste infirmier. Au coucher, l’image de Barbara venait souvent le hanter, mais pendant un temps très court, car il s’écroulait, épuisé de fatigue. Il rêvait d’elle presque toutes les nuits et se réveillait souvent pleurant ou parfois pollué tel un adolescent.

C’était par la pirogue qu’il apprit le crime. Elle apportait deux fois par semaine quelques denrées, du matériel, de rares passagers et le courrier. Une lettre urgente, de sa sœur, à laquelle était jointe une coupure de journal, l’informa. « Barbara une belle actrice, révélée récemment dans La Répétition ou l’Amour Puni d’Anouilh a été poignardée à son domicile. C’est la concierge, qui faisait son ménage, qui l’a découverte ce matin… » Sa sœur ajoutait que le Commissaire chargé de l’enquête, souhaitait entendre au téléphone l’ex-mari de la victime.

Arnaud s’en était acquitté dès son arrivée à Nola, après plus d’une journée de navigation difficile sur la rivière, en crue à cause de précipitations intempestives. « Docteur, vous avez vécu trois ans avec la victime ; vraisemblablement, vous possédez sans le savoir, des indices qui peuvent nous être précieux… », avait-il perçu à travers la friture et la réception ondulatoire de la voix, car un très violent orage s’était abattu sur la ville, transformant déjà les rues en cours d’eau. « Vous m’entendez Docteur ? » Cette communication était trop mauvaise, pour répondre à ces graves questions et Arnaud, soudain vivement concerné et profondément frustré, avait crié sans réfléchir : « Je prends le prochain avion ! » En raccrochant il réalisa qu’il abandonnait des malades en mauvais état, espérant que Victor Caufère, un jeune interne, passionné par l’humanitaire, qui avait atterri là pour quelques semaines, sans trop savoir comment, y suppléerait, accompagné de Moussa, un jeune du village, débrouillard, qui lui servait d’infirmier et d’aide-opératoire.

Enfin arrivé à Bangui par le coucou de liaison, où il n’avait pas mis les pieds depuis deux ans, il ne quitta pas sa chambre d’hôtel englouti dans le souvenir de son union passée avec Barbara. À l’Hôpital Lariboisière, il l’avait lui-même opérée en urgence de l’appendicite, car elle avait réclamé un chirurgien entraîné et une intervention par cœlioscopie ou par tout moyen moderne, afin de ne pas subir la disgrâce de la moindre cicatrice. En découvrant son corps sculptural, habillé d’une peau satinée noisette, il admit qu’il ne saurait en être autrement et mit autant de soin à la débarrasser de son mal qu’à rendre son acte salvateur invisible. Il la revit lui-même quinze jours plus tard, soi-disant pour juger de son état, et la reçut en dehors de sa consultation habituelle. Elle lui fit alors présent d’un livre de photos d’art sur le Tango Argentin, dont sa sensuelle beauté troublait les pages. Il apprit qu’elle avait longtemps vécu en Argentine, bien que née en France et de parents Français ; elle abandonnait la Danse pour se destiner à l’art dramatique. Ils se revirent, ne tardèrent pas à devenir amants pour vivre une profonde passion. Elle emménagea bien vite dans son duplex à Montmartre. Un an plus tard, ils se mariaient, facilitant les rapports sociaux et apportant une affectueuse considération réciproque de la part de leurs parents et de leurs intimes. La noce eut lieu à Buenos Aires car le père de Barbara y dirigeait une entreprise française. Arnaud fut impressionné par l’affection et l’estime qu’il ressentit à son égard, elle se fortifia au cours de séjours qu’ils effectuèrent par la suite en Amérique Latine. Karine, l’unique sœur d’Arnaud, et son époux Tom Eygalière, étaient conquis par Barbara si charmante avec eux et leurs jeunes enfants. Les parents de Karine et Arnaud étant décédés, Karine avait repris la direction du laboratoire pharmaceutique familial.

Trois années de rêve ! Il accumulait de lourdes journées à Lariboisière, opérant tous les jours, communiquant aux jeunes sa passion pour la chirurgie. Bientôt, à trente quatre ans, il fut nommé praticien-hospitalier, persuadé qu’il devait cette nomination précoce à Barbara, qui avait exalté ses compétences, sa capacité créatrice et sa puissance au travail. Ils se retrouvaient en début de soirée et comme deux étudiants, fous l’un de l’autre, ils alternaient séquences amoureuses et études. Barbara, proche de la trentaine, révisait ses cours d’art dramatique, répétait ses rôles. Il lisait la presse professionnelle, écrivait des articles, corrigeait des thèses. Ils dormaient heureux dans le même souffle…

Avec Barbara, il ne détesta plus les soirées dites mondaines, qui jusque-là l’ennuyaient. Il était très fier de la vive impression que créait Barbara quand elle apparaissait, toujours élégante, distinguée et sensuelle. Les soirées habillées à l’Opéra Garnier alternaient avec les premières au théâtre. Il était délicieusement flatté d’être préféré à ces acteurs, parfois très connus, dont il surprenait les coups d’œil expressifs sur les formes vivantes, et prometteuses de son épouse Elle l’avait convaincu de danser et lui donna d’affectueux cours particuliers. Quel plaisir, véritable prémisse sexuelle, d’évoluer en la portant dans ses bras, tous deux bercés, charmés, par l’enchaînement de rumbas, de valses lentes et de tangos… ! C’est pour lui complaire qu’il ouvrit une consultation privée à l’hôpital, afin qu’elle puisse recommander à ses relations, un époux dont elle était fière.

Il ressassait ces souvenirs heureux, retrouvait des moments oubliés qu’il approfondissait comme un chercheur d’or qui vient de surprendre une pépite et creuse avec précautions. Il tentait de refouler le cauchemar qui soudain avait brutalement interrompu tant de bonheur, irrémédiablement, les condamnant à la rupture et à son départ pour l’Afrique. Il évitait aussi d’imaginer la vie de Barbara depuis qu’ils s’étaient quittés. Niant la réalité, il s’enfouissait dans cette sorte de rêve rétroactif, où une lueur d’espoir insensé de retrouver leur vie antérieure pointait, hallucinante…

CHAPITRE II

HUIT JOURS PLUS TÔT, le commissaire Juillard, accompagné de son adjoint découvrait, le cadavre de Barbara Bratiliac. Il reconnut avec surprise l’actrice !

– Degert, je l’ai vue dans La Répétition ou l’Amour Puni, à l’Atelier, il y a deux mois ! Elle était formidable !

– Quel canon, Patron ! Ça ne lui a pas porté chance ! répondit Degert, un grand costaud, aux cheveux et sourcils noirs, qui, de sa haute taille, scrutait la victime avec l’air navré d’un connaisseur en beau sexe.

Ils la considéraient, vêtue d’une simple nuisette de soie, courte et transparente, gisant étendue, pieds nus, sur le tapis, au pied de l’escalier qui descendait de la chambre à coucher de ce vaste duplex, atelier d’artiste, éclairé d’une grande baie vitrée, à l’un des points culminants de la colline montmartroise. Deux plaies claires, assez proches, sanglantes, au niveau du sein gauche, signalaient qu’elle avait été poignardée, certainement surprise par son meurtrier. L’arme du crime était introuvable.

Dans la chambre située en mezzanine, ils eurent la conviction qu’elle avait dormi seule : il y avait l’empreinte d’un seul corps, d’un seul côté du lit double, avec un seul oreiller écrasé. Dans la salle de bains attenante, un seul jeu de serviettes avait été utilisé. Des photos agrandies, où elle figurait en costume de scène ou dans de sensuelles figures de Tango Argentin, garnissaient les murs.

Vers 10 heures, la concierge, surprise de ne pas avoir à débloquer les cinq verrous de la porte blindée, découvrit avec effarement, Barbara, morte dans une mare de sang.

Le niveau supérieur du duplex était également au dernier étage de ce petit immeuble de la rue Cortot. Il était surplombé d’une terrasse privative, à laquelle on accédait par un élégant escalier en colimaçon à partir de la chambre à coucher. La vue était grandiose, tout Paris, et les toits de Montmartre dominés par la haute et volumineuse blancheur du Sacré-Cœur, voilée en contrebas par la petite grisaille de la plus vieille église de la capitale, Saint Pierre de Montmartre. Un transatlantique aux couleurs vives attendait le plein soleil qui inondait Paris tout ce mois de juillet, à côté d’une petite table de jardin, au parasol fermé piqué en son centre, où reposaient un verre et une carafe entamée, témoins muets d’une utilisation récente et du beau temps qui avait envahi la capitale. Le commissaire et son adjoint vérifièrent qu’il était impossible de pénétrer dans le duplex à partir de la terrasse, car la porte blindée en haut de l’escalier était fermée de l’intérieur et les clefs demeuraient sur la serrure. L’assassin n’avait pu pénétrer et sortir que par la porte d’entrée.

Il n’y avait pas eu effraction.

– C’est un familier qui a fait le coup, Patron. Il fallait avoir la clef pour ouvrir une cette serrure !

– À moins qu’elle lui ait ouvert ?…

– En pleine nuit ? Pourquoi pas ? C’est tout de même peu plausible !

– Vous avez raison. Il est plus improbable encore qu’elle lui ait ouvert dans la soirée et qu’il soit parti dans la nuit. L’ensemble du duplex, notamment la chambre à coucher, ne livre aucune trace d’une compagnie de quelque durée. L’autopsie confirmera certainement que la mort ne remonte pas à hier au soir.

Aucun désordre dans ce chic studio, seule la présence choquante de cette femme rousse affalée et poignardée, dont la grâce protestait contre l’horreur de sa mort.

– Finalement Degert, l’hypothèse la plus vraisemblable est qu’elle connaissait l’assassin, suffisamment pour qu’elle lui ait donné ses clefs.

L’interrogatoire de la concierge n’avait pas apporté grand-chose. Barbara vivait seule, rentrait comme tous les comédiens, tard le soir, voire bien après minuit. Parfois elle ne rentrait pas ou partait pour quelques jours Elle recevait rarement organisait peu de cocktails ou de dîners. Cette concierge-cerbère ne gardait pas le souvenir d’un visage familier, pour lui faire évoquer une liaison ou une amitié intime.

CHAPITRE III

– TOM, DÉSOLÉE ! C’est très grave !

– Je m’en doute, Karine, tu as paniqué mon assistante qui m’a délogé de ma réunion,

– Barbara est morte !

– Qu’est-ce que tu racontes ? Si jeune ! Un accident ?

– Non, elle a été assassinée !

– Pardon ! Je comprends mieux ton émotion,

– Un commissaire de police s’est pointé au labo pour me voir. Il vient de partir…

– Pourquoi donc ?

– Il enquête auprès de ceux qui ont connu Barbara en particulier l’entourage d’Arnaud son ex-époux. Il est resté une heure !

– Déjeunons ensemble. Tu me raconteras, je dois absolument retourner à ma réunion, des partenaires qui arrivent de l’étranger. Du moment que rien de fâcheux ne nous est arrivé…

– D’accord ! Je viens à la banque vers 13 heures.

– Non. Retiens une table au Fouquet’s, c’est plus simple.

Karine Eygalière ne touchait pas à son assiette, tandis que Tom, son époux, bien qu’il fût concentré, comblait un solide appétit. Ils formaient un couple chic et assorti, dans la quarantaine ; lui, cadre supérieur, grand, mince, à l’aise dans son costume bien coupé ; elle, jolie femme, aux longs cheveux blonds joints en arrière par un fin bracelet émeraude ; l’élégance sûre et discrète.

– J’ai eu le temps de jeter un coup d’œil à la Presse du matin. Le meurtre de Barbara a été découvert, il y a un peu plus de vingt quatre heures, il est mentionné dans le Figaro. Je te l’ai apporté. Tiens.

– Je l’ai lu aussi. Tom, je suis choqué et peinée alors que je ne devrais pas, je le sais bien, dit-elle, les larmes aux yeux. Je lui en ai voulu d’être la cause de la rupture brutale et inattendue de la vie d’Arnaud. Mais je l’aimais bien. Elle a toujours été sincère et chaleureuse avec nous et les enfants. Je m’aperçois, bien que je ne l’aie pas revue, qu’elle est encore présente dans mon cœur. Apprendre de façon si directe par la Police qu’elle a été tuée m’a bouleversée !

– Moi aussi, je suis attristé, mais raconte-moi cette visite du commissaire !

– Il voulait savoir si j’avais encore des relations avec Barbara, si je connaissais la raison du divorce avec mon frère. Si je me souvenais d’amis ou d’amies de Barbara ; je n’ai pu lui parler que de sa famille en Argentine.

Puis il a voulu connaître, je dirai même mieux cerner, Arnaud !

– C’est-à-dire ?

– Tout d’abord pourquoi ce départ en Afrique. Il a paru étonné que je n’en sache rien. Puis il a souhaité que je lui décrive Arnaud : son caractère, ses goûts, ses passions, son travail…

– Ca n’a pas été trop dur ?

– Parler de lui m’a soulagée. Il a donc appris qu’Arnaud est mon aîné d’un an. Qu’il n’a jamais envisagé de prendre la suite du laboratoire pharmaceutique, trop intéressé par la médecine. Que papa s’est consolé quand je lui ai promis de prendre sa suite en m’inscrivant à la Fac de pharmacie.

Je lui ai raconté combien Arnaud a brillamment réussi comme chirurgien. Qu’il aurait rapidement été nommé professeur s’il n’avait pas fui en Afrique ; que, à Paris, intéressé par le médicament, il était resté consultant au laboratoire. Que papa, puis moi-même, avions été enchantés qu’il ait créé une toute petite unité personnelle de recherche qui employait tout de même un technicien à plein-temps pour s’occuper de pas mal de rats mais aussi de chiens. Que je lui fais plaisir en lui envoyant du matériel en Afrique : médicaments, instruments de chirurgie, etc. Que parfois cela me contrarie de voir tant d’argent englouti ainsi, mais qu’Arnaud tient à ce que cela soit décompté de sa part des bénéfices du labo…

J’ai aussi insisté sur le superbe couple qu’il formait avec Barbara…

– Il va revenir ? Il est désagréable ?

– Il m’a demandé de rester à sa disposition… Mais il compte te rencontrer !

– Que veut-il savoir de plus ?

– Je ne sais pas. La même chose dite différemment ? C’est un type mince, dans les cinquante ans à peine, aux yeux gris, vêtu d’un costume gris, qui pourrait être sympathique s’il souriait un peu et montrait un peu plus de compassion. Mais il reste neutre et pose les questions très vite, sans toujours laisser le temps de s’étendre sur la réponse à la question précédente, tout en te transperçant d’un regard d’acier ! Vois-tu, il n’a fait aucun commentaire en apprenant qu’Arnaud avait eu la délicatesse de laisser son joli studio à deux pas de la Place du Tertre à Barbara ! Jolie indemnité compensatoire !

– Lui as-tu dit qu’il avait conservé uniquement son piano et qu’il t’a demandé récemment de le lui faire parvenir ?

– Bien sûr, comme jadis le Docteur Schweitzer à Lambaréné, il ne compte pas revenir avant longtemps !

– Ce meurtre est bien mystérieux ! Je ne vois pas en quoi nous pouvons être utiles !

– Dans ce milieu du spectacle ou de ceux qui en sont proches, a-t-elle eu de mauvaises fréquentations ? éveillé des jalousies ? créé des rancunes ?

Le soir même dans leur chambre, éloignée des pièces des enfants, dans leur hôtel particulier d’une petite rue de la Plaine Monceau, Tom et Karine poursuivaient leur conversation, sur cette nouvelle à laquelle ils n’arrêtaient pas de penser.

– Sitôt rentrée au labo, j’ai envoyé un message d’urgence à Arnaud, que le commissaire souhaite entendre au téléphone. Quand va-t-il en prendre connaissance au fin fond de sa brousse ?

– Moi, je l’ai vu ton commissaire ! Il ne chôme pas. Il est venu en fin d’après-midi. Il est tout à fait comme tu l’as décrit !

– Quoi de plus ?

– Presque rien. Je n’ai pu lui répéter que ce qu’il connaissait déjà par toi, et que Barbara avait un compte à la banque, comme son père en Argentine, Il a demandé aussi, notre couple. Je lui ai donc appris que nous nous sommes connus à Assas quand, après Pharmacie, tu as fait du Droit et moi une spécialité bancaire après l’Essec. Que le bonheur est toujours d’actualité avec nos deux enfants de dix et huit ans.

Mais il a voulu savoir où j’étais la nuit du crime !

– J’avais oublié ! Il m’a posé la même question !

– Chérie, s’il nous soupçonne, nous n’avons pas d’alibi ! Nous dormions ici !

– Mais nous ne faisions pas chambre à part !

– Nous pouvons être complices ou vouloir protéger son conjoint. Après tout, tu pourrais avoir vengé ton frère du mal que lui a fait cette vilaine Barbara, lui tristement échoué au fin fond de l’Afrique, elle maintenant célèbre.

– Et toi tu pourrais lui en vouloir d’avoir rompu récemment, une liaison secrète avec toi ! Elle expliquerait le départ silencieux d’Arnaud, qui avait tout compris et ne voulait pas briser sa sœur et notre famille ! Délicat comme il l’était, ça lui aurait ressemblé !

– Chérie, Arrêtons, de plaisanter. Nous croyons nous défouler mais nous risquons de nous faire du mal ! Elle en a assez fait !

– Oui, Mon Amour ! Serre-moi dans tes bras ! Je ne pourrai pas dormir cette nuit si tu ne me blottis pas contre toi…

CHAPITRE IV

LE LENDEMAIN, le commissaire Juillard, passa à l’Institut Médico-Légal où il fut reçu par le docteur Fugon. Le médecin, dont le collier de barbe était toujours finement travaillé, portait une élégante cravate qui jaillissait de sa blouse. Son regard, derrière de discrètes lunettes était doux et malicieux. Son bureau, propre, brillant de blancheur, répandait une odeur entêtante de désodorisant, dont abusait le praticien, la bombe sur sa table, prêt à s’en servir au moindre prétexte comme le passage d’un garçon de la morgue. Le commissaire n’avait jamais pu discerner quelle odeur était la plus pénible, celle particulière des salles d’autopsies ou celle du bureau du médecin-légiste ; il assimilait les deux, à celle de la mort !

– Docteur, que m’apprenez-vous sur notre belle Comtesse de La Répétition ou l’Amour Puni ?

– Monsieur le Commissaire, disséquer cette jeune, merveilleuse comédienne que j’ai applaudie il y a si peu ! J’ai beau être blindé, ça m’a remué ! Et quelle superbe créature ! Mais ce n’est pas la première fois que vous me branchez sur de remarquables beautés ! Vous les collectionnez !1 Et, excusez-moi, vous leur portez malheur !

Les deux hommes se sourirent, complices. Juillard appréciait l’humour du légiste, réaction défensive habituelle du médecin confronté à la mort, qui contrastait avec le sérieux de son travail dont le résultat venait souvent récompenser son intuition. Le médecin aimait l’humanisme presque hippocratique du commissaire qui lui permettait de démasquer des criminels inattendus et de dénouer des énigmes rebelles. Malgré leur collaboration régulière, l’idée ne leur était jamais venue de se tutoyer. Le vouvoiement conférait un charme particulier à leurs rapports cordiaux et, en outre, favorisait le respect mutuel, devant un cas difficile de leurs hypothèses respectives.

– Il est vrai qu’elle campait une extraordinaire comtesse, très désirable, véritable miroir du mari libertin cynique…

– Dès la première scène, elle piquait notre curiosité de connaître les maîtresses du Comte, car comment ne pouvait-il pas se satisfaire d’une telle femme !

– Et elle a tenu la dragée haute aux rôles masculins joués par des bêtes de théâtre !

– Sans écraser les rôles féminins qu’elle faisait rebondir !

– Hélas ! Le rideau est définitivement tombé, la réalité nous oblige à jouer maintenant notre propre rôle ! Y a-t-il autre chose qu’une femme poignardée par son assassin qui l’a surprise alors qu’elle achevait, à peine sortie du sommeil, la descente de son escalier ?