La place de l'homme dans l'univers - Alfred Russel Wallace - E-Book
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Alfred Russel Wallace

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Beschreibung

Dans "La place de l'homme dans l'univers", Alfred Russel Wallace explore les interactions complexes entre l'humanité et l'univers tout en s'inscrivant dans le courant de la pensée scientifique du XIXe siècle. Wallace, co-auteur de la théorie de l'évolution par la sélection naturelle, propose une approche holistique de la place de l'Homme dans le monde naturel, tout en adoptant un style clair et engagé. Ce livre se distingue par sa capacité à combiner science, philosophie et spiritualité, posant des questions fondamentales sur la conscience humaine et son rôle dans le cosmos, au milieu d'un contexte scientifique en pleine effervescence marqué par des avancées en biologie et géologie. Alfred Russel Wallace, naturaliste et explorateur, a vécu une vie riche d'expériences qui a façonné sa pensée. Sa passion pour la nature, renforcée par ses voyages dans des régions exotiques, lui a permis d'observer directement les phénomènes évolutifs. Wallace a également été influencé par des débats contemporains sur la science et la religion, cherchant à réconcilier les découvertes scientifiques avec une vision plus large de l'existence humaine, une recherche qui se manifeste clairement dans cet ouvrage. Je recommande vivement "La place de l'homme dans l'univers" à tous ceux qui cherchent à approfondir leur compréhension des enjeux philosophiques et scientifiques de l'époque de la découverte. Ce livre stimule la réflexion personnelle sur notre rôle en tant qu'êtres conscients dans un univers en constante évolution, tout en offrant un aperçu précieux sur les débats qui façonnent notre compréhension moderne de l'humanité. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Biographie de l'auteur met en lumière les étapes marquantes de sa vie, éclairant les réflexions personnelles derrière le texte. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Alfred Russel Wallace

La place de l'homme dans l'univers

Édition enrichie. L'unité et la pluralité des mondes
Introduction, études et commentaires par Romane Couture
Édité et publié par Good Press, 2022
EAN 4064066336462

Table des matières

Introduction
Synopsis
Contexte historique
Biographie de l’auteur
La place de l'homme dans l'univers
Analyse
Réflexion
Citations mémorables
Notes

Introduction

Table des matières

Entre l’ivresse de l’infini et la discipline des preuves, un esprit scrute la place de l’humanité. La place de l’homme dans l’univers interroge sans relâche l’équilibre entre ce que le ciel suggère et ce que la science autorise. Alfred Russel Wallace, observateur des mondes vivants et du ciel, propose une enquête où les chiffres, les observations et la logique servent de garde-fous aux rêveries cosmiques. L’ouvrage s’ouvre ainsi sur une tension féconde: l’attrait de la pluralité des mondes face à l’exigence d’une argumentation fondée. De cette tension naît une réflexion captivante, lucidement ancrée dans les connaissances de son temps.

Publié en 1903, ce livre émane d’un naturaliste britannique dont la renommée est solidement établie. Co-découvreur de la sélection naturelle, Wallace met son sens de la méthode au service d’une question cosmologique: que permettent réellement d’inférer les sciences sur notre place dans l’ensemble des astres connus? La période de composition coïncide avec un tournant de l’astronomie, où la spectroscopie, la photographie et les premiers catalogues modernes d’étoiles renouvellent les perspectives. Sans dévoiler ses conclusions, on peut dire que l’auteur explore les contraintes physiques et biologiques qui encadrent la vie et réfléchit à leurs implications pour l’humanité.

Le statut de classique tient d’abord à la façon dont l’ouvrage incarne l’idéal d’une prose scientifique claire, argumentative et accessible. Wallace ne se contente pas d’énoncer des résultats; il montre comment on les obtient, comment ils s’articulent, et jusqu’où ils portent. Il entrelace astronomies naissante et biologie terrestre, pour bâtir une image cohérente du cosmos tel qu’on pouvait le comprendre au début du XXe siècle. Cette exigence de méthode, alliée à une écriture didactique, en fait un repère durable: un modèle de raisonnement qui évite à la fois la crédulité et le scepticisme hâtif, et invite le lecteur à suivre pas à pas.

Le contexte intellectuel rend la démarche particulièrement parlante. Vers 1900, la curiosité du grand public pour les autres mondes grandit, nourrie par de nouvelles observations et des controverses célèbres, notamment autour de Mars. Les journaux s’emparent des débats, les observatoires multiplient les mesures, et l’idée d’une pluralité de mondes habités anime l’imaginaire. Wallace intervient précisément là: il rassemble des données astronomiques sur les étoiles, les planètes et leurs environnements, puis les confronte à ce que l’on sait de la vie sur Terre. L’enjeu est d’éclairer la question sans extrapoler au-delà des faits établis.

La force littéraire du livre réside dans une orchestration patiente des disciplines. Wallace relie les ordres de grandeur cosmiques aux fragilités biologiques, les équilibres thermiques aux conditions écologiques, la chronologie cosmique aux durées nécessaires à l’évolution. Il montre comment chaque domaine impose ses contraintes et comment leur combinaison restreint le champ des possibles. Cette architecture confère au texte une progression persuasive qui explique son aura classique: il ne convainc pas par éclat, mais par accumulation d’arguments, et par la probité d’une pensée qui expose ses fondements, ses marges d’incertitude et ses limites.

Au-delà de sa méthode, l’ouvrage porte des thèmes durables. Il invite à penser la mesure du possible à l’ombre de l’immense, à ne pas confondre immensité et abondance, et à distinguer plausibilité et preuve. Il défend une forme d’humilité épistémique: les conclusions doivent suivre les observations, non l’inverse. Il met aussi en scène une philosophie des seuils, où de petites différences matérielles peuvent avoir de grandes conséquences pour l’apparition et la pérennité de la vie. Ces thèmes, récurrents en sciences, nourrissent une méditation sur la fragile insertion de l’humain dans l’économie du cosmos.

L’influence de l’ouvrage s’apprécie par sa place dans l’histoire intellectuelle de la pluralité des mondes. En articulant données astronomiques et exigences de la biologie, Wallace fournit un cadre de discussion qui sera longtemps mobilisé quand il s’agira d’évaluer la possibilité de vies ailleurs. Le livre occupe ainsi un rôle charnière dans la tradition des essais cosmologiques fondés sur les résultats de la recherche plutôt que sur l’intuition. Il a contribué à installer un standard argumentatif pour la littérature scientifique et la vulgarisation, où l’on exige des hypothèses qu’elles se plient aux contraintes mesurables.

Un autre trait qui explique sa durée tient à sa capacité à historiciser la curiosité humaine. Wallace inscrit les questions contemporaines de son époque dans une longue suite d’interrogations sur l’habitable et l’inhabitable. En rappelant d’où viennent nos idées, comment elles se sont transformées au contact de nouvelles preuves, il montre que la science avance par rectifications prudentes. Ce récit des limites et des corrections successives aide le lecteur à situer ses propres attentes: ce n’est pas la fantaisie qui manque, c’est la patience nécessaire pour reconnaître ce que les instruments et les calculs permettent d’établir.

Le prestige de Wallace dans les sciences de la vie confère au livre une tonalité singulière. Son expérience d’observateur de la diversité terrestre l’amène à considérer la vie comme un phénomène aux dépendances multiples, sensibles aux moindres paramètres environnementaux. Cette sensibilité croise ici la cosmologie naissante: la taille des orbites, la composition des atmosphères, l’énergie reçue, les temps géologiques. L’auteur met ainsi en présence deux échelles — l’organique et le cosmique — et s’emploie à les faire dialoguer. Cette rencontre explique la portée du livre, qui parle autant aux naturalistes qu’aux astronomes.

Sur le plan du contenu, l’ouvrage parcourt des terrains concrets: distances et classes stellaires, conditions de surface, bilans thermiques, stabilité des systèmes planétaires, durée des phases propices à la vie. Wallace évalue comment ces paramètres conditionnent la possibilité, la persistance et l’évolution d’organismes complexes. Il examine la Terre comme cas d’étude, non pour la sacraliser, mais pour interroger ce qui rend une planète hospitalière. Cette démarche comparative structure la lecture et circonscrit le champ d’affirmations légitimes, en laissant de côté ce que l’on ne peut encore ni mesurer ni inférer solidement.

Relu aujourd’hui, le livre acquiert une résonance neuve. Depuis les années 1990, des milliers d’exoplanètes ont été mises au jour, et les sciences planétaires affinent l’inventaire des conditions d’habitabilité. Cette abondance de données ne contredit pas la leçon méthodologique de Wallace; elle la renforce. Face à la diversité observée, l’exigence d’arguments soigneusement étayés demeure essentielle. Les avancées instrumentales élargissent la question, mais n’abolissent ni les seuils physiques, ni l’incertitude. En ce sens, l’ouvrage se lit comme un rappel salutaire: la bonne question n’est pas seulement où chercher, mais comment interpréter ce que l’on trouve.

La pertinence contemporaine de La place de l’homme dans l’univers tient enfin à son humanisme exigeant. En invitant à mesurer nos espoirs au mètre de la preuve, il n’éteint pas l’émerveillement; il lui donne un cadre. C’est cette alliance de sobriété et d’ampleur qui en fait un classique: un livre qui éclaire le débat sans le clore, qui situe l’humanité sans la diminuer, et dont l’attrait durable vient de sa probité intellectuelle. À l’heure où les cartes du ciel se densifient, il demeure un guide sûr pour penser avec précision au bord du vertige.

Synopsis

Table des matières

Publié en 1903, La place de l’homme dans l’univers d’Alfred Russel Wallace examine, à partir des connaissances astronomiques et géologiques de son époque, la question de la pluralité des mondes habités. Biologiste de premier plan, l’auteur transpose son exigence empirique à l’échelle cosmique et cherche à déterminer si l’existence de la vie, et plus encore d’une intelligence comparable à la nôtre, est probable ailleurs. L’ouvrage annonce une démarche interdisciplinaire : rassembler observations stellaires, données planétaires, considérations thermiques et contraintes biologiques, puis les soumettre à une analyse méthodique. Wallace vise moins à spéculer qu’à évaluer rigoureusement la portée des faits accessibles.

L’auteur commence par dresser un tableau des dimensions cosmiques connues : immensité des distances stellaires, diversité spectrale des étoiles, présence de nébuleuses et structure de la Voie lactée. Il souligne la fréquence des étoiles doubles et multiples, point crucial pour la stabilité d’éventuels systèmes planétaires. Les techniques alors disponibles, de la spectroscopie à la photométrie, fournissent un cadre quantitatif, mais limité, pour estimer températures, compositions et luminosités. Wallace insiste sur ces limites pour prévenir les inférences hâtives. Cette mise au point prépare son examen des conditions nécessaires à la formation de planètes et à la persistance, sur très longues durées, d’environnements compatibles avec la vie.

S’appuyant sur les hypothèses de formation planétaire en vigueur, Wallace discute les exigences dynamiques d’un système stable : orbites quasi circulaires, périodes régulières, résonances évitées, et influence modérée des marées stellaires ou planétaires. Il considère l’impact des masses relatives, de la distribution des planètes et de l’irradiation reçue, qui détermine les régimes thermiques. Les systèmes binaires posent, selon lui, des défis particuliers à l’établissement d’orbites propices. Cette analyse l’amène à traiter la probabilité de configurations offrant non seulement des planètes, mais des planètes durables, dotées d’atmosphères retenues par la gravité et de cycles énergétiques susceptibles d’alimenter des processus biologiques prolongés.

Wallace applique ensuite ce filtre aux corps du Système solaire. Il passe en revue Mercure, Vénus, la Lune et Mars à l’aune de leurs masses, rotations, pressions atmosphériques présumées et bilans thermiques. Il souligne l’absence d’air et d’eau libres sur la Lune, les conditions extrêmes de Mercure, et l’opacité nuageuse de Vénus qui empêche toute conclusion hâtive. Concernant Mars, il examine les observations populaires de son temps, dont l’interprétation de tracés linéaires, en les confrontant aux estimations de températures et d’aridité. Sans trancher de manière catégorique, il met en garde contre l’assimilation d’indices ambigus à des preuves de vie organisée.

Les planètes géantes et leurs satellites sont envisagés sous l’angle des contraintes physiques élémentaires. Wallace rappelle leur faible densité, leur enveloppe gazeuse massive et l’éloignement solaire, facteurs peu compatibles avec des surfaces solides stables ou des températures clémentes. Il considère néanmoins les satellites comme des cas particuliers, soumis à des marées intenses, à des éclairements faibles et à des cycles thermiques rigoureux. L’ensemble des données disponibles invite à une prudence accrue : si certains objets présentent des curiosités dynamiques, rien n’autorise, dans l’état des connaissances, à leur attribuer des environnements comparables à ceux qui ont permis la biosphère terrestre.

Au cœur de son argumentaire, Wallace détaille la conjonction de paramètres terrestres favorables : masse suffisante pour retenir une atmosphère, distance au Soleil produisant un intervalle thermique étroit, excentricité orbitale modérée, inclinaison assurant des saisons régulées, et abondance d’eau mobilisée par un cycle actif. Il insiste sur l’articulation entre reliefs, océans, circulation atmosphérique et échanges chimiques, qui soutient la productivité biologique sur des échelles de temps géologiques. La Terre apparaît ainsi comme un système finement équilibré, où la stabilité à long terme n’exclut pas des variations lentes, mais où les dérives extrêmes semblent évitées sur les durées nécessaires à l’évolution.

Fort de cette base physique, l’auteur introduit les exigences biologiques et chronologiques. L’essor de la vie complexe suppose des millions d’années de stabilité relative, des sols fertiles, une chimie de surface active et des marges climatiques modérées. Wallace mobilise l’histoire naturelle pour montrer que la diversification des formes et le développement des capacités cognitives dépendent de chaînes de contingences et de régulations environnementales. La question devient alors probabiliste : combien d’astres, parmi l’immensité stellaire, réunissent simultanément ces conditions et les maintiennent assez longtemps pour voir émerger une intelligence technique? L’ouvrage avance des critères, plutôt que des affirmations définitives.

Wallace se confronte aux défenseurs de la pluralité des mondes, passés et contemporains, qui extrapolent de l’immensité du cosmos à l’abondance d’êtres pensants. Il réévalue leurs arguments en soulignant la fragilité des analogies et la portée limitée des observations. Les interprétations optimistes de certaines structures planétaires, notamment martiennes, sont discutées au regard des incertitudes instrumentales et des bilans énergétiques. L’auteur plaide pour un calcul plus serré des probabilités, où chaque exigence supplémentaire réduit la fréquence attendue des mondes véritablement habitables, et invite à distinguer possibilité abstraite et plausibilité fondée sur données.

L’ouvrage se clôt sur une perspective qui dépasse le débat immédiat. En reliant astronomie, géologie et biologie, Wallace propose une méthode pour aborder la question de la vie ailleurs sans extrapolation gratuite. Quelles que soient les préférences philosophiques du lecteur, l’apport durable du livre tient à cette discipline argumentative : partir des contraintes, quantifier les marges et reconnaître l’ampleur des inconnues. Cette approche a nourri les discussions ultérieures sur l’habitabilité et la rareté potentielle d’environnements complexes. Elle inscrit la place de l’humanité non dans une certitude, mais dans une évaluation raisonnée des possibles que la science peut effectivement étayer.

Contexte historique

Table des matières

La place de l’homme dans l’univers paraît au début du XXe siècle, dans la transition de l’ère victorienne à l’époque édouardienne. Le Royaume‑Uni, avec ses sociétés savantes (Royal Society, Royal Astronomical Society) et ses grandes revues, structure le débat scientifique. Les observatoires, britanniques et internationaux, multiplient mesures et images du ciel. L’enseignement supérieur en plein essor, les bibliothèques publiques et la presse de vulgarisation assurent une large circulation des idées. Dans ce cadre institutionnel, l’astronomie, la géologie et la biologie évolutive fournissent à Alfred Russel Wallace les ressources intellectuelles pour proposer un examen systématique de la question de la pluralité des mondes habités.

Wallace est déjà célèbre pour avoir, en 1858, co‑énoncé avec Charles Darwin la théorie de la sélection naturelle, après ses expéditions en Amazonie et dans l’archipel malais (années 1840‑1860). Naturaliste de terrain et essayiste prolifique, il publie ensuite sur l’évolution, la biogéographie et des questions sociales. À la fin du XIXe siècle, sa réputation scientifique lui confère autorité pour intervenir au‑delà de la biologie. Man’s Place in the Universe (1903) prolonge cette trajectoire: mobiliser des résultats de plusieurs sciences pour éclairer une question cosmologique, en visant un lectorat cultivé et non seulement des spécialistes.

Le livre s’inscrit dans une longue dispute sur la « pluralité des mondes ». Depuis Fontenelle (fin XVIIe siècle), l’idée d’innombrables mondes habités séduit philosophes et astronomes. Au milieu du XIXe siècle, William Whewell défend l’unicité de la vie terrestre, contre David Brewster, partisan d’une abondance de mondes habités. Plus tard, les « canaux » martiens popularisent un pluralisme audacieux. Wallace réactive, avec des données nouvelles, la ligne prudente de Whewell: il soutient que des conditions physiques et historiques très spécifiques rendent la Terre exceptionnelle, et interroge l’enthousiasme pour un univers peuplé à profusion.

Les progrès instrumentaux changent la donne. La spectroscopie, à partir des années 1860, révèle la composition des étoiles et des atmosphères; la photographie astronomique, à la fin du XIXe siècle, perfectionne cartes et mesures; les grands télescopes des observatoires comme Lick (années 1880) et Yerkes (fin des années 1890) affinent les estimations d’albedo, de diamètre et de rotation planétaires. Wallace s’appuie sur ce socle empirique naissant, encore lacunaire, pour évaluer l’habitabilité des corps du système solaire et pour extrapoler, prudemment, aux systèmes stellaires, sans disposer de détection d’exoplanètes.

L’état des connaissances planétaires vers 1900 est contrasté. Les pôles martiens montrent des calottes variables; Vénus demeure voilée; Mercure et la Lune paraissent hostiles par leurs extrêmes thermiques et l’absence d’air; les géantes gazeuses semblent très différentes de la Terre. Les « canaux » de Mars, issus d’observations visuelles à la limite de la résolution, divisent les astronomes. Wallace examine densité, gravité, pression supposée, température et disponibilité de l’eau pour juger la viabilité de la vie complexe, et conclut que peu de mondes remplissent des critères suffisamment stricts pour abriter des organismes comparables aux nôtres.

La question des âges et des sources d’énergie est alors brûlante. La théorie de la contraction gravitationnelle (Kelvin, Helmholtz) limite l’âge solaire à des dizaines de millions d’années, en tension avec la durée exigée par l’évolution et la géologie. La découverte de la radioactivité (fin des années 1890) bouleverse ce cadre, sans encore fournir une réponse définitive à l’énergie stellaire. Wallace intègre ces incertitudes: si la stabilité à très long terme est rare, la fenêtre temporelle permettant l’émergence d’êtres intelligents devient étroite, ce qui soutient sa thèse d’une rareté de mondes effectivement habitables.

La géologie victorieuse de Lyell avait installé la notion de « temps profond », et la glaciation quaternaire (reconnue à partir des années 1830‑1860) avait montré la variabilité du climat terrestre. Des idées astronomiques sur les causes des glaciations circulent déjà (Croll dans les années 1860), bien avant les raffinements ultérieurs. Wallace mobilise ces trames: stabilité orbitale, tectonique, cycle de l’eau, atténuation des extrêmes climatiques forment un faisceau de conditions finement ajustées. La Terre apparaît comme un système complexe où de modestes écarts physiques compromettent l’habitabilité prolongée nécessaire à l’émergence d’une civilisation.

Sur le plan biologique, la réception du darwinisme a remodelé l’idée de l’humain. Wallace accepte la sélection naturelle mais se démarque de Darwin pour certains traits de l’esprit humain, qu’il juge difficilement réductibles aux seules pressions adaptatives. Dans ses écrits des années 1870‑1890, il soutient une forme d’exception humaine. Le livre de 1903 transpose cette réserve au plan cosmique: si l’intelligence humaine est issue d’une histoire terrestre extraordinairement contingente, alors l’univers peut être immense sans pour autant foisonner d’êtres comparables à nous.

Les controverses religieuses et métaphysiques du XIXe siècle constituent l’arrière‑plan. Le « naturalisme » militant de certains savants britanniques coexiste avec une puissante culture spiritualiste, surtout à partir des années 1860. Wallace, sympathisant déclaré du spiritualisme, participe publiquement à ces débats. La création, en 1882, de la Society for Psychical Research témoigne de l’effort d’examen rationalisé de phénomènes contestés. Sans faire du livre un traité métaphysique, son argumentaire sur l’exception humaine et la rareté des mondes habitables résonne avec un climat intellectuel où la finalité et la signification cosmique restaient des questions vives.

L’imaginaire martien domine la culture populaire entre 1877 et les premières années du XXe siècle. Les « canali » décrits par Schiaparelli sont traduits en « canals » et interprétés par certains comme ouvrages d’ingénierie; Percival Lowell, aux États‑Unis, les promeut avec vigueur dès les années 1890. Wallace, attentif aux contraintes physiques (pression atmosphérique, température, eau disponible), met en doute l’habitabilité de Mars dans son ouvrage, et reviendra plus frontalement sur le sujet dans Is Mars Habitable? (1907). Son scepticisme s’inscrit contre un courant médiatique prompt à extrapoler des traces visuelles ambigües en civilisation extraterrestre.

La diffusion de la science au tournant du siècle passe par conférences publiques, clubs de lecture, revues comme Nature et des mensuels généralistes. Wallace maîtrise ce registre de vulgarisation érudite: il assemble données, calcule des ordres de grandeur et explique clairement les limites de l’inférence scientifique. La place de l’homme dans l’univers adopte cette posture: rendre intelligible un grand problème en combinant précision technique et prudence argumentative, et en rappelant, lorsqu’il le faut, que l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence, mais que l’absence de conditions nécessaires compte contre des hypothèses lentes à se vérifier.

Le contexte social et politique éclaire aussi le ton de Wallace. Réformateur engagé, il conteste, sur d’autres sujets, des autorités établies; il défend par exemple des positions radicales sur la propriété foncière et critique la vaccination obligatoire à la fin du XIXe siècle. Ces prises de position, quelles que soient leurs évaluations ultérieures, signalent un tempérament prompt à réexaminer les orthodoxies. Sa critique du pluralisme cosmique triomphant s’inscrit ainsi dans une attitude plus générale: interroger les idées séduisantes lorsqu’elles excèdent ce que permettent observations et raisonnements prudents.

Sur le plan méthodologique, Wallace s’inspire de la biogéographie et de l’écologie naissantes: définir des « conditions nécessaires » et mesurer la tolérance des organismes. Transposées à l’astronomie, ces notions deviennent gravité suffisante pour retenir l’atmosphère, présence d’eau liquide, températures modérées, cycles planétaires régulateurs, stabilité orbitale et géologique sur des millions d’années. Il insiste sur l’interdépendance de ces facteurs: la satisfaction isolée d’un critère ne garantit pas l’habitabilité. Cette approche, bien que fondée sur des données alors incomplètes, confère au livre une rigueur comparative rare dans la littérature populaire.

La physique de l’atmosphère connaît alors des avancées. L’effet de serre, déjà discuté au XIXe siècle et précisé dans les années 1890 par Svante Arrhenius, fournit un cadre pour estimer des équilibres thermiques planétaires. Wallace exploite ces idées pour contester des descriptions trop optimistes d’environnements extraterrestres. De même, la connaissance naissante des spectres planétaires permet d’inférer, avec prudence, la présence ou l’absence de gaz clés. En articulant ces éléments, le livre montre comment l’astronomie physique récente déplace une spéculation littéraire vers une évaluation contrainte par la thermodynamique et la chimie.

La réception de l’ouvrage reflète un paysage intellectuel partagé. Des astronomes et journalistes saluent l’effort d’assainir des excès spéculatifs; d’autres reprochent à Wallace un biais anthropocentrique et une tendance à faire de l’exception humaine un principe cosmologique. Ces échanges se déroulent dans les comptes rendus savants et la presse grand public, où l’enthousiasme pour Mars et les « mondes nombreux » demeure vif. Le débat n’est pas tranché, mais le livre impose une ligne argumentative: tant que manquent des confirmations observationnelles, la multiplication des civilisations doit rester une hypothèse parcimonieuse.

La dynamique transatlantique est essentielle. Les observatoires américains, notamment celui fondé par Lowell en Arizona (années 1890), et les institutions européennes entretiennent une circulation intense de résultats, d’images et de polémiques. Wallace, auteur britannique s’adressant à un public international, résume et discute des mesures publiées des deux côtés de l’Atlantique. Cette mondialisation savante par télégraphe, revues et traductions accélère la confrontation d’idées divergentes, qu’il s’agisse des canaux martiens, de la structure des nébuleuses ou de la probabilité d’orbites stables propices à la vie.

Quelques années après la parution, l’astronomie planétaire affine ses jugements. En 1909, des observations de haute qualité par Eugène Antoniadi réduisent fortement la crédibilité des « canaux » linéaires martiens, au profit d’explications optiques et psychologiques. Plus largement, la physique stellaire progresse au début du XXe siècle, et l’explication de l’énergie solaire n’aboutira qu’ultérieurement. À long terme, la détection d’exoplanètes, bien plus tard au XXe siècle, renouvellera le débat. Rétrospectivement, la prudence de Wallace sur les extrapolations rapides depuis des indices ambigus apparaît comme une contribution méthodologique durable, sinon définitive sur le fond scientifique de son temps.•Note: remove bullet? Oops no bullet allowed. Let's adjust. Wait ensure no bullet. We must avoid bullet points or headings. We inserted a special dot. Remove it. We'll rewrite paragraph 16 without bullet midline. Let's correct: We'll keep fluid sentences without bullet point.*

Biographie de l’auteur

Table des matières

Alfred Russel Wallace (1823–1913) fut un naturaliste, explorateur et théoricien de l’évolution de l’époque victorienne, reconnu comme codécouvreur de la sélection naturelle aux côtés de Charles Darwin. Observateur de terrain infatigable, il parcourut l’Amazonie puis l’archipel malais, où ses collectes et analyses jalonnent la naissance de la biogéographie moderne. Son nom reste attaché à la « ligne de Wallace », frontière faunistique séparant les influences asiatiques et australasiennes. Écrivain scientifique prolifique, il sut relier exploration, théorie et synthèse, et demeura une figure publique engagée dans les débats intellectuels de son siècle. Son œuvre continue de structurer l’étude de la distribution des espèces et de l’évolution.

Né au pays de Galles et formé principalement par l’autodidaxie, Wallace exerça jeune des métiers techniques comme l’arpentage, qui nourrirent son goût pour l’observation de la nature. Il s’initia aux sciences naturelles en lisant les synthèses et controverses de son temps, notamment Vestiges of the Natural History of Creation de Robert Chambers et des ouvrages de géologie qui popularisaient les idées de transformation et de changement à long terme. Sa correspondance avec Henry Walter Bates l’encouragea à tenter l’aventure de la collecte scientifique outre-mer. Ensemble, ils préparèrent un voyage d’exploration destiné à documenter la diversité des espèces des tropiques américains.

Wallace et Bates embarquèrent pour l’Amazonie en 1848. Pendant plusieurs années, Wallace explora notamment le Rio Negro, récoltant des milliers de spécimens et notant des variations géographiques qui alimentaient sa réflexion sur l’origine des espèces. Sur le retour vers la Grande-Bretagne, un incendie à bord détruisit la majeure partie de ses collections et de ses notes, événement qui le marqua durablement. De retour, il publia A Narrative of Travels on the Amazon and Rio Negro (1853), récit scientifique et logistique de l’expédition, où transparaissent déjà son intérêt pour la distribution des organismes et les liens entre barrières géographiques et diversité.

Désireux de reprendre le terrain, Wallace partit en 1854 pour l’archipel malais, où il demeura près d’une décennie à voyager entre Bornéo, les Moluques, Célèbes et la Nouvelle Guinée. Il y collecta et classa des séries considérables d’oiseaux, d’insectes et de mammifères, affinant l’idée que la sélection naturelle pouvait expliquer l’adaptation et la divergence. En 1858, lors d’un séjour aux Moluques, il rédigea un essai exposant ce mécanisme et l’adressa à Charles Darwin. Les communications de Wallace et de Darwin furent présentées conjointement à la Linnean Society de Londres la même année, établissant la priorité partagée de la théorie.

De retour, Wallace produisit une série d’ouvrages majeurs. The Malay Archipelago (1869) combina récit d’exploration et réflexion naturaliste. The Geographical Distribution of Animals (1876) et Island Life (1880) posèrent les bases de la biogéographie moderne, en articulant histoire géologique, isolement et répartition des faunes; on y trouve la fameuse ligne de Wallace, frontière biogéographique durablement discutée. Sur l’évolution, ses Contributions to the Theory of Natural Selection (1870) puis Darwinism (1889) consolidèrent sa vision, en soulignant aussi le rôle du mimétisme et des colorations d’avertissement. Il défendit également l’idée que la sélection pouvait renforcer l’isolement reproductif entre populations.

Wallace participa activement aux débats scientifiques et sociaux de son époque. À propos de l’humain, il soutint que certaines facultés supérieures semblaient dépasser ce que la sélection naturelle expliquait directement, position discutée dans ses essais rassemblés en 1870. Il adhéra par ailleurs au spiritualisme, ce qui l’exposa à des controverses avec des savants matérialistes tout en revendiquant une méthode critique vis-à-vis des fraudes. Dans le domaine public, il plaida pour des réformes foncières et économiques; son ouvrage Land Nationalisation (1882) fit date dans ces discussions. Malgré des désaccords, ses échanges avec confrères restèrent ancrés dans un dialogue argumenté.

Dans ses dernières décennies, Wallace poursuivit une intense activité de synthèse et de vulgarisation. The Wonderful Century (1898) proposa une lecture critique des progrès et des impasses du XIXe siècle, tandis que son autobiographie My Life (1905) revint sur ses voyages et ses idées. Il publia encore des essais sur la biogéographie, l’évolution et des questions de société jusqu’aux années 1910. Wallace mourut en 1913 en Angleterre. Son héritage est multiple: codécouvreur de la sélection naturelle, bâtisseur de la biogéographie et observateur d’une rare acuité, il demeure une référence pour l’écologie insulaire, l’histoire des sciences et l’étude des distributions.

La place de l'homme dans l'univers

Table des Matières Principale
INTRODUCTION
PRÉFACE
LA PLACE DE L’HOMME DANS L’UNIVERS
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
MESURE DU MOUVEMENT SUIVANT LA LIGNE DE VISION
ETOILES INVISIBLES ET MOUVEMENTS IMPERCEPTIBLES
LES NÉBULEUSES
ASTRONOMIE PHOTOGRAPHIQUE
CHAPITRE IV
LA VOIE LACTÉE
DESCRIPTION DE LA VOIE LACTÉE
LES ETOILES DANS LEURS RELATIONS AVEC LA VOIE LACTÉE
GROUPES D’ETOILES OU NÉBULEUSES EN RAPPORT AVEC LA VOIE LACTÉE
CHAPITRE V
MESURE DES DISTANCES STELLAIRES
LE MOUVEMENT DU SOLEIL A TRAVERS L’ESPACE
QUELQUES RÉSULTATS NUMÉRIQUES DES MESURES SUS-INDIQUÉES
DIMENSION PROBABLE DES ETOILES
CHAPITRE VI
L’UNITÉ DE L’UNIVERS STELLAIRE
L’EVOLUTION DE L’UNIVERS STELLAIRE
LE SOLEIL EST UNE ETOILE-TYPE
LES ALENTOURS DU SOLEIL
HYPOTHÈSES SUR LES NÉBULEUSES ET LES MÉTÉORES
NATURE MÉTÉORIQUE DES NÉBULEUSES
LE D r I. ROBERTS ET LES NÉBULEUSES EN SPIRALE
UNE HYPOTHÈSE RELATIVE A LA FORMATION DES NÉBULEUSES EN SPIRALE
L’EVOLUTION DES ETOILES DOUBLES
AMAS D’ETOILES ET ETOILES VARIABLES
L’EVOLUTION DES ETOILES
CHAPITRE VII
LES ETOILES SONT-ELLES INFINIES EN NOMBRE?
PREUVES TÉLESCOPIQUES DES LIMITES DU SYSTÈME STELLAIRE
LA LOI DE DÉCROISSEMENT DU NOMBRE DES ETOILES
LA QUOTITÉ DE LUMIÈRE INDIQUANT LE NOMBRE DES ETOILES FAIBLES
CHAPITRE VIII
LA VOIE LACTÉE EST UN GRAND CERCLE
LA FORME DE LA VOIE LACTÉE ET NOTRE POSITION DANS SON PLAN
L’AMAS D’ETOILES DU SYSTÈME SOLAIRE
LE MOUVEMENT DU SOLEIL A TRAVERS L’ESPACE
CHAPITRE IX
L’UNIFORMITÉ DE LA MATIÈRE
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
FAIBLE VARIATION DE TEMPÉRATURE REQUISE POUR LA CROISSANCE ET LE DÉVELOPPEMENT
NÉCESSITÉ DE LA LUMIÈRE SOLAIRE
L’EAU, ESSENTIELLE A LA VIE ORGANIQUE
L’ATMOSPHÈRE DOIT ÊTRE DE DENSITÉ SUFFISANTE, ET ÊTRE COMPOSÉE DE GAZ APPROPRIÉS
LES GAZ DE L’ATMOSPHÈRE
VAPEUR D’EAU DANS L’ATMOSPHÈRE
ALTERNANCE DU JOUR ET DE LA NUIT
CHAPITRE XII
LA POSITION OBLIQUE DE L’ECLIPTIQUE
PERSISTANCE DES CLIMATS TEMPÉRÉS DURANT LES TEMPS GÉOLOGIQUES
L’EAU, SON TOTAL ET SA DISTRIBUTION SUR LA TERRE
COMMENT FURENT PRODUITES LES PROFONDEURS DE L’OCÉAN
L’EAU, RÉGULATEUR DE LA TEMPÉRATURE
CHAPITRE XIII
LES NUAGES, LEUR IMPORTANCE ET LEUR CAUSE
LES NUAGES ET LA PLUIE DÉPENDENT DE LA POUSSIÈRE ATMOSPHÉRIQUE
ELECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE
CHAPITRE XIV
LA MASSE D’UNE PLANÈTE ET SON ATMOSPHÈRE
LES AUTRES PLANÈTES SONT-ELLES HABITABLES?
UNE TEMPÉRATURE VARIANT ENTRE DES LIMITES ÉTROITES ET DÉFINIES
L’ARGUMENT TIRÉ DES CONDITIONS EXTRÊMES DE LA TERRE
LES GRANDES PLANÈTES SONT TOUTES INHABITABLES
DERNIER ARGUMENT EN FAVEUR DE L’HABITABILITÉ DES PLANÈTES
LIMITE DE LA CHALEUR SOLAIRE
CHAPITRE XV
SYSTÈMES STELLAIRES DOUBLES ET MULTIPLES
TOUTES LES ETOILES NOUS SONT-ELLES UTILES?
CHAPITRE XVI
APPORT DE CHALEUR UNIFORME DU A LA POSITION CENTRALE
RÉCAPITULATION DES ARGUMENTS
CONCLUSIONS

INTRODUCTION

Table des matières

Cette introduction n’est pas écrite pour rendre raison du plan de l’ouvrage, car le lecteur n’a qu’à parcourir la table des matières pour en être informé aussi clairement qu’il peut le désirer.

Pour démontrer la grande, la haute portée philosophique de cet ouvrage, j’ai cru utile de mettre en corrélation la théorie wallacienne du but humain de l’univers avec le principe de la création continue; celle-ci se présentant actuellement comme une nécessité absolue pour l’explication mécanique de l’univers, doit être admise comme vérité fondamentale servant de point de départ à toute explication scientifique, philosophique ou religieuse de la nature.

L’on sait que Alfred Russel Wallace a découvert en même temps que Charles Darwin la théorie de l’origine des espèces. Né à Usk, dans le Monmouthshire; en 1822, il voyageait en naturaliste depuis quelques années, lorsque, en.1858, se. trouvant aux îles Moluques (Océanie[3]), il tomba malade; pendant la convalescence de cette maladie, en lisant l’ouvrage de Malthus[2], se présenta nettement devant son esprit la théorie de l’évolution des espèces. Il écrivit un Mémoire qu’il envoya à Darwin. Celui-ci, étant occupé, depuis vingt ans, à documenter une théorie basée sur les mêmes principes, se décida, enfin, à en rédiger un résumé. Les deux mémoires furent présentés ensemble à la Linnean Society[1], de Londres. Wallace, reconnaissant loyalement la priorité de Darwin, lui en laissa tout l’honneur, content de voir peu à peu, après une lutte acharnée et opiniâtre, triompher la théorie qui était aussi la sienne. Mais à cette lutte, il avait participé par des travaux qui avaient paru dans les journaux périodiques et qui avaient été communiqués aux sociétés scientifiques. Ces travaux, recueillis par l’auteur, parurent en 1870 dans le volume. la Sélection naturelle, dont la traduction française, faite par le savant génevois Lucien de Candolle, fut publiée deux ans après, en 1872.

Dans la préface de la première édition du volume qu’on vient de citer, Wallace disait: — «J’ose espérer que le présent ouvrage prouvera que j’ai compris dès l’origine la valeur et la portée de la loi que j’avais découverte, et que j’ai pu, depuis, l’appliquer avec fruit à quelques recherches originales. Mais ici s’arrêtent mes droits. J’ai ressenti toute ma vie, et je ressens encore avec la plus vive satisfaction, de ce que M. Darwin a été à l’œuvre longtemps avant moi, et de ce que la tâche difficile d’écrire l’Origine des Espèces, ne m’a pas été laissée. J’ai depuis longtemps fait l’épreuve de mes forces, et je sais qu’elles n’y auraient pas suffi.» — Mais il ajoutait: «Un autre motif m’a engagé à ne pas retarder cette publication: il est quelques points importants sur lesquels mes opinions diffèrent de celles de M. Darwin».

Dans une exposition systématique du darwinisme, que Wallace publia en 1889 , il considère dans l’évolution générale du Cosmos, trois marches absolument distinctes, l’état inorganique, l’état organisé avec l’apparition de la sensibilité, et enfin celui de l’apparition du mental humain, et il trouve là l’indication claire de l’existence d’un univers invisible spirituel auquel le monde de la matière est complètement subordonné, et il déclare que les manifestations de la vie dépendent de différents degrés d’influx spirituel. Il ajoute ensuite cette affirmation qui est, selon moi, le principe fondamental de la théorie wallacienne ou du wallacisme, que: Pour nous, le but ultime, la seule raison d’être du monde, est le développement de l’esprit humain associé au corps, c’est ce que j’ai appelé le but humain de l’univers. Wallace est convaincu que l’homme est un fait unique dans l’univers, et il voit en cela une Intelligence suprême coordinatrice de l’ensemble des phénomènes de l’univers, tous dirigés vers ce but unique, la manifestation de l’homme sur la terre.

Déjà, dans sa conclusion de l’ouvrage précédent, traduit par L. de Candolle, en 1872, Wallace avait écrit: — «Ces considérations sont en général tenues pour dépasser de beaucoup les limites de la science; mais elles me paraissent être des déductions plus légitimes des faits scientifiques, que celles qui réduisent l’univers entiers à la matière; bien plus à la matière entendue et définie de façon à être philosophiquement inconcevable. C’est certainement un grand progrès que de se débarrasser de l’opinion qui admet l’existence de trois choses distinctes: d’une part la matière, objet réel existant par lui-même, et qui doit être éternelle, puisqu’on la suppose indestructible et incréée; d’autre part la force, ou les forces de la nature, données ou ajoutées à la matière, ou bien constituant ses propriétés nécessaires: enfin l’intelligence, qui serait, ou bien un produit de la matière et des forces qu’on lui suppose inhérentes, ou bien distincte, quoique coexistant avec elle. Il est bien préférable de substituer à cette théorie compliquée, qui entraîne des dilemmes et des contradictions sans fin, l’opinion bien plus simple et plus conséquente, que la matière n’est pas une entité distincte de la force, et que la force est un produit de l’esprit.

«La philosophie a depuis longtemps démontré notre incapacité de prouver l’existence de la matière, dans l’acception ordinaire de ce terme, tandis qu’elle reconnaît comme prouvée pour chacun sa propre existence consciente. La science a maintenant atteint le même résultat, et cet accord entre ces deux branches des connaissances humaines doit nous donner quelque confiance dans leur enseignement. La manière de voir à laquelle nous sommes arrivés me paraît plus grande, plus sublime et plus simple que toute autre. Elle nous fait voir dans l’univers un univers d’intelligence et de volonté. Grâce à elle, nous pouvons désormais concevoir l’intelligence comme indépendante de ce que nous appelions autrefois la matière, et nous entrevoyons comme possibles une infinité de formes de l’être, unies à des manifestations infiniment variées de la force, tout à fait distinctes de ce que nous appelons matière, et cependant tout aussi réelles.

«La grande loi de continuité que nous voyons dominer dans tout l’univers, nous amène à conclure à des gradations infinies de l’être, et à concevoir tout l’espace comme rempli par l’intelligence et la volonté. D’après cela, il n’est pas difficile d’admettre que dans un but aussi noble que le développement progressif d’intelligences de plus en plus élevées, cette force de volonté primordiale et générale, qui a suffi pour la production des animaux intérieurs, ait été guidée dans de nouvelles voies, convergeant vers des points définis. S’il en est ainsi, ce qui me parait très probable, je ne puis admettre que cela n’infirme en aucun degré la vérité générale de la grande découverte de M. Darwin. Cela implique simplement que les lois du développement organique ont été appliquées à un but spécial, de même que l’homme les fait servir à ses besoins spéciaux. En montrant que l’homme n’est pas redevable de tout son développement physique et mental à la sélection naturelle, je ne crois pas réfuter cette dernière théorie; ce fait est aussi bien compatible avec elle que l’existence du chien barbet ou du pigeon grosse-gorge, dont le développement non plus ne peut pas être attribué à sa seule action.

«Telles sont les objections que je volais opposer à l’opinion qui rapporte la supériorité physique et mentale de l’homme à la cause qui paraît avoir suffi pour la production des animaux. On essayera sans doute de les contester ou de les réfuter; j’ose penser cependant qu’elles résisteront à ces attaques, et qu’elles ne peuvent être vaincues que par la découverte de nouveaux faits ou de nouvelles lois, entièrement différentes de tout ce que nous connaissons aujourd’hui. »

Ces conclusions ont été publiées en 1870; Wallace les a donc «écrites il y a une quarantaine d’années. Pourtant les faits nouveaux que l’on a découverts et les nouvelles lois que l’on en a tire leur sont favorables sans aucune exception. C’est pourquoi j’ai voulu les reporter ici, car elles mettent bien en évidence la base fondamentale de la théorie wallacienne sur laquelle est bâti l’édifice complété par l’ouvrage actuel.

Cette théorie mérite un examen critique sérieux, car, avec quelques restrictions et quelques larges interprétations, le wallacisme pourrait acquérir en philosophie scientifique une place analogue à celle qu’occupe le darwinisme en science expérimentale.

Combien de théories ne semblent-elles pas contradictoires dans la philosophie et dans les sciences! Depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, les hommes d’élite, les chercheurs infatigables de la vérité surent rarement se mettre d’accord, soit sur la manière d’envisager les choses, soit sur la direction qu’il faut donner aux recherches théoriques et aux discussions des principes, soit enfin sur le choix des définitions! Pourquoi arrivent-ils si rarement à s’entendre? La raison en est, que chacun donne une importance par trop exclusive à ses vues personnelles, ayant établi son propre système, chacun donne ostensiblement la moindre valeur possible aux problèmes déjà étudiés et résolus par d’autres, ne les traite qu’incidemment et réserve modestement la place meilleure pour ses propres recherches, en exagère l’importance des résultats et emploie tout son talent pour les mettre en évidence. Ainsi, chaque théorie est élaborée, étudiée, élargie, perfectionnée, généralisée, par son auteur, il est rare qu’un autre s’en occupe, s’il y en a un. il ne travaille pas pour la compléter et la défendre, mais pour en montrer les défauts et la démolir. Ce manque de collaboration dans le travail théorique est la cause principale de son énorme infériorité par rapport aux résultats merveilleux et à la marche si rapidement progressive des travaux pratiques.

Même les savants qui passent en revue, pour en faire l’historique, les principales théories, les choisissent de manière qu’elles puissent se détruire mutuellement. Ils semblent heureux de pouvoir amener la conclusion, qu’il n’y a de vrai que le doute et le fait brutal. Si cette conclusion n’était pas trop artificiellement obtenue, ce ne serait pas très encourageant! L’élimination des erreurs est nécessaire, mais n’est pas suffisante; il faut compléter ce travail par une recherche désintéressée et consciencieuse des vérités qui se trouvent dans les oeuvres des autres, il faut collaborer pour les mettre en évidence, s’entr’aider pour les divulguer et les soutenir. C’est en suivant cette méthode que j’ai écrit cette introduction, aussi je ne touche pas aux points que je juge faibles de la théorie wallacienne, mais j’appuie, par contre, avec toutes mes forces ceux qui donnent, selon moi, une grande valeur à cette théorie que je considère perfectible, apte à devenir générale et fondamentale pour toute vraie science, pour toute vraie philosophie et pour toute vraie religion.

La nécessité toujours plus manifeste d’une telle théorie n’a pas besoin d’être démontrée, il suffit de faire la remarque du grand nombre d’articles, de revues scientifiques, de conférences et de toutes sortes de publications qui traitent ce sujet. Ce sont des savants, des géologues, des zoologues, des médecins, des chimistes, des mathématiciens et surtout des physiciens, ce sont des philosophes, des psychologues, des sociologues, des économistes, des littérateurs, des romanciers, voire même des poètes.

La grande envergure de la théorie wallacienne se manifeste immédiatement. En effet, dès que l’on pense à la place de l’homme dans l’univers, l’on se demande qu’est-ce que l’univers par rapport à l’homme dans la création, c’est-à-dire par rapport à une œuvre qui a certainement un but. Est-ce l’univers qui sert à l’homme ou vice versa? Nous n’en savons rien, mais ce qui est certain, c’est que l’homme seul a conscience de l’univers, et qu’en outre, l’univers, tel qu’il est connu par l’homme, n’existe que dans l’homme, tandis que l’univers réel n’est qu’une complication inconnue de mécanismes, tous absolument imperceptibles et inconnaissables directement, toujours et partout, pour les sens de l’homme.

L’univers est créé exclusivement pour l’homme[1q]. Pourquoi? Parce que, comme on vient de le dire, uniquement l’homme, d’entre tous les êtres, peut en prendre possession consciemment, lui seul en connaît l’existence, sait de l’univers, de sa nature, observe, étudie et découvre les lois des phénomènes qui sont ses propres sensations.

L’intelligence, que la liaison divine accorde aux hommes qui doivent guider les autres, pénètre le champ ultrasensible et se guidant par des hypothèses que son intuition géniale sait imaginer, parvient à établir, à mesurer, à dessiner les trajectoires des mouvements moléculaires et atomiques, avec la même précision à laquelle elle est parvenue en établissant les trajectoires des planètes de notre système solaire. De cette façon, avançant toujours dans sa marche victorieuse, elle pose et trouve la solution des difficiles problèmes qui fournissent des notions toujours plus profondes de la connaissance de tout ce qui existe.

C’est ainsi que l’ancien concept de l’interprétation biblique d’une création qui eut lieu à une certaine époque, localisée dans le temps et dans l’espace, concept qui. domine, sans y être mentionné, tout cet ouvrage de Wallace et qui lui a fait pousser trop loin certaines inductions scientifiques, va être remplacé par celui d’une création continue. Etant données les conséquences d’une importance capitale qui découlent de ce nouveau concept et placent sous un point de vue nouveau la théorie wallacienne, il sera discuté dans cette introduction, avec profit pour les lecteurs du volume.

La loi physique fondamentale, qui doit remplacer celle d’inertie et qui conduit à la nécessité d’une création continue du mouvement et de l’énergie, est celle-ci: «Tout déplacement dans l’espace est dû à une poussée continue, car il cesse avec elle». Cela étant, les mouvements ultimes dans le vide absolu sont impossibles, ne pouvant pas se produire d’eux-mêmes, ni être produits. Comme l’on considère ici les mouvements ultimes des particules intégrantes de tout ce qui existe physiquement, nul mouvement autre existe pour produire la poussée nécessaire, il faut donc une cause surnaturelle qui crée incessamment ces mouvements avec l’énergie qu’ils possèdent, car dès qu’ils cessent d’être créés, ils cessent d’être, ne pouvant se déplacer eux-mêmes sans créer continuellement leur propre énergie. Ce qui est inadmissible. Seulement, une volonté peut être créatrice, celle de Dieu. Cette nécessité mécanique de l’action continue incessante d’un fiat créateur, constitue une démonstration scientifique de l’existence de Dieu. L’affirmation de l’existence de Dieu n’est donc plus une simple croyance mystique, elle est une certitude scientifique, aucune science ne pouvant refuser de l’admettre comme vérité fondamentale, comme le principe immuable que l’on doit adopter et sur lequel doivent nécessairement s’appuyer par leur base toutes nos connaissances.

Cette création continue des mouvements ultimes des unités élémentaires matérielles, fournit au mécanisme universel ce dont il manquait, et tout en plaçant l’existence de la nature à l’arbitre de Dieu, ne le fait pas intervenir directement dans chaque phénomène, l’énergie cinétique créée étant une entité à soi, ce sont des innombrables entités qui se succèdent instantanément et réalisent ainsi le mouvement, et dans leur ensemble l’activité universelle. Dieu est donc en dehors et au-dessus des choses, car il n’est pas possible de confondre ici le Créateur avec la chose créée. Tandis qu’en s’arrêtant, comme l’ont fait plusieurs philosophes, à la volition divine, sans tenir compte de son activité créatrice incessante, on tombait dans l’idée panthéiste du Dieu se confondant avec la nature, ou dans le matérialisme qui divinise l’inconscient.

D’autre part, les spiritualistes et les spiritualistes religieux, trouvent dans le nouveau concept de la création continue la réponse-à plusieurs questions qui semblaient n’en admettre aucune. Celle, par exemple, du libre arbitre de l’homme, qui n’entrave plus en rien la liberté de Dieu, et la raison qui en dérive de la nécessité du bien et du mal. L’on a là, en effet, une explication qui admet l’action incessante de Dieu dans la nature, sans qu’il en fasse partie; du moment qu’elle n’est qu’une chose dont il crée à chaque instant le moteur qui la fait exister. La continuité de l’action divine n’est donc pas une liaison, car il ne peut pas y en avoir entre le Créateur et la chose créée, comme il y en a entre le producteur et la chose produite, qui a nécessairement en elle une partie de ce qui appartient au producteur.

Il y a donc une infinité d’univers qui se remplacent ou se superposent à chaque instant incessamment, chacun d’eux étant l’instant d’une création par un Créateur éternellement créant. Le concept transcendant d’une telle puissance semble bien répondre complètement au sentiment intime qu’éprouve l’homme de l’existence, non pas abstraite mais réelle, d’un Dieu personnel, sentiment qui ne peut nullement être expliqué comme un. simple effet d’atavisme, car cette explication ne donne aucune raison de son origine.

Dans le texte que j’ai reporté plus haut du précédent ouvrage de Wallace, traduit par Lucien de Candolle, j’ai souligné ces quelques phrases: «que la matière n’est pas une entité distincte de la force et que la force est un produit de l’esprit». «Produit », dit Wallace, mais il faut entendre créé, car l’esprit ne peut produire le matériel qu’en le créant. «La manière de voir à laquelle nous sommes arrivés me paraît plus grande, plus sublime, et plus simple que toute autre. Elle nous fait voir dans l’univers un univers d’intelligence et de volonté.» Et plus loin: «La grande loi de continuité que nous voyons dominer dans tout l’univers, nous amène à conclure à des gradations infinies de l’être et à concevoir tout l’espace comme rempli par l’intelligence et la volonté ». Volonté qu’il appelle: «force de volonté primordiale et générale». L’on voit que si Wallace ne parle pas de création continue, c’est bien à celle-ci que sa théorie générale nous amène directement. Voici, en effet, un autre fragment du même ouvrage, qui confirme cette conclusion: «Quelque délicate que soit la construction d’une machine, quelque ingénieuses que soient les détentes qui servent à mettre en mouvement un poids ou un ressort avec le minimum d’effort, un certain degré de force extérieure sera toujours nécessaire. De même, dans la machine animale, si minimes que soient les changements qui doivent s’opérer dans les cellules et les fibres du cerveau, pour faire agir, par l’intermédiaire des courants nerveux, les forces tenues en réserve dans certains muscles, ici encore un certain degré de force est nécessaire. Si l’on dit que ces changements sont automatiques et provoqués par des causes extérieures, alors on annule une portion essentielle de notre sens intime, savoir, une certaine liberté dans la volonté, et l’on ne saurait concevoir comment, dans de tels organismes purement automatiques, il aurait pu naître un sens intime ou une apparence quelconque de volonté. S’il en était ainsi, ce qui semble être notre volonté serait une illusion, et l’opinion de M. Huxley, que «notre volition compte pour quelque chose parmi les conditions qui déterminent le cours des événements», serait erronée, car notre volition ne serait plus alors dans la chaîne des phénomènes qu’un anneau ni plus ni moins important que tout autre.

Ainsi, nous trouvons dans notre propre volonté, bien qu’en quantité minime, l’origine d’une force, tandis que nous ne constatons nulle autre part aucune cause élémentaire de force: il n’est donc pas absurde de conclure que toute force existante se ramène peut-être à la force de la volonté, et que, par conséquent, l’univers entier ne dépend pas seulement de la volonté d’intelligences supérieures, ou d’une Intelligence suprême, mais qu’il est cette volonté même .» C’est-à-dire qu’il est, par cette volonté, qu’il est une volition divine réalisée, donc une création. Car la volonté est la puissance par laquelle on veut, et l’univers ne peut pas être la puissance par laquelle Dieu veut, mais la chose voulue par Dieu.

En science comme en philosophie, il faut être précis dans le langage, il faut énoncer exactement l’idée de façon que l’on ne puisse se tromper dans l’interprétation. Leibniz l’avait bien reconnu, lorsqu’il écrivait à Malebranche: «Si on donnait des définitions, les disputes cesseraient bientôt».

Voici comment Ad. Franck, dans son dictionnaire philosophique, définit la création: «On appelle ainsi l’acte par lequel la puissance infinie, sans le secours d’aucune matière préexistante, a produit le monde et tous les êtres qu’il renferme. La création une fois admise, il est impossible que la définition que nous en donnons ne le soit pas, car elle exclut précisément toutes les hypothèses contraires à la création; elle suppose que Dieu est non pas la substance inerte et indéterminée, mais la cause de l’univers, une cause essentiellement libre et intelligente; que l’univers, d’un autre côté, n’est ni une partie de Dieu, ni l’ensemble de ses attributs et de ses modes, mais qu’il est son œuvre dans la plus complète acception du mot; qu’il est tout entier, sans le concours d’aucun autre principe, l’effet de sa volonté et de son intelligence suprême. C’est à ce litre que l’univers est souvent appelé du même nom que l’acte même dont il est pour nous la représentation visible». Et à propos de la création continue, Ad. Franck écrivait: «L’acte créateur, indépendant de toutes les conditions de l’espace et du temps, qui n’existent que par lui, doit être conçu comme éternel, ou il n’est rien. Ce résultat n’alarmera aucune conscience, quand on saura qu’il a pour lui l’autorité de saint Clément d’Alexandrie, de saint Augustin, de Leibniz. Enfin, il est exprimé de la manière la plus précise et la plus claire, dans ces lignes de Fénelon (Traité de l’existence de Dieu, IIe partie, ch. V, art. 4): «Il est (on parle «de Dieu), il est éternellement créant tout ce qui doit être créé «et exister successivement...»