La porte des temps imaginaires - Mido - E-Book

La porte des temps imaginaires E-Book

Mido

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Beschreibung

C’est mercredi et Lilou accompagne sa grand-mère au Parc. Mais cet après-midi-là, sa vie va doucement glisser dans une étrange quête, lorsque par mégarde une jeune tourterelle heurte un lampadaire et se blesse. Avec Max, elle décide de rendre visite à l’oiseleur. Et c’est en poussant une vieille porte que tout bascule : qui est Anyupa ? Max et Lilou sauront- ils déjouer les projets du serpent Arc-en-ciel ?
Un roman qui plongera le lecteur dans le Temps du rêve et celui de la création du monde.

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Seitenzahl: 105

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Mido

La porte des temps imaginaires

Roman Jeunesse

ISBN : 978-2-37873-946-1

Collection Saute-mouton

ISSN : 2610-4024

Dépôt légal : mai 2020

©Couverture Mido pour Ex Æquo

© Illustrations Mido

© 2019 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

1ère Partie

Chapitre 1

Aujourd’hui, c’est le jour de Mamou, ma grand-mère. Elle vit seule dans son vieil appartement avec son gros chat roux. C’est juste à trois rues de là où j’habite. Quand j’étais petite, elle me gardait les jours où je n’avais pas école. Maintenant je suis suffisamment grande pour me passer d’une nounou, et pourtant, je continue de lui rendre visite chaque mercredi. J’aime bien être avec elle parce qu’on discute de plein de trucs : sa vie à l’époque où elle était petite, les nouvelles technologies qu’elle trouve compliquées (et pas si utiles que ça… là c’est quand elle est de mauvaise foi), les filles qui se maquillent dès qu’elles mettent le pied au collège, les garçons que je commence à regarder différemment et les livres aussi que nous lisons chacune de notre côté. Parfois on s’invente une autre vie, un monde différent qui serait plus juste et plus beau. Parce que c’est vrai qu’aujourd’hui, il n’est pas tip-top notre monde. Il y a tant de violence, de famine et de pauvreté. Elle sera comment ma planète quand je serai plus grande ? Y aura-t-il toujours des saisons, des ours blancs et des orangs-outans ? Ma grand-mère me rassure et me dit qu’on trouvera une solution. L’homme n’est pas sot au point de tout détruire !

Mamou m’écoute avec une telle bienveillance que je me sens libre de lui confier le moindre secret. Avec mes parents, c’est un peu différent : ils ne prennent pas le temps de me comprendre parce qu’ils courent à longueur de journée. Et le soir, quand enfin ils se posent, ils ont l’air si épuisés que j’évite de les embêter avec mes réflexions sur l’avenir de la Terre. Quelquefois, je voudrais m’arrêter de grandir pour ne pas devenir comme eux : des robots de la vie. Métro, boulot, dodo ! Mais attention, hein, je les adore quand même !

À côté de chez Mamou, il y a un grand jardin public que nous appelons Le Parc. C’est un lieu tranquille et verdoyant, un îlot de douceur dans la ville. Des aires de jeux y sont aménagées. Ma grand-mère y retrouve souvent sa copine Caro… Sur un banc, le même depuis dix ans. Elles papotent et échangent rires et sourires en parlant des derniers potins du quartier, de vraies pipelettes ! Je me demande comment elles font pour avoir autant de choses à se raconter alors qu’elles ont déjà passé une heure au téléphone la veille au soir. J’aime bien les écouter. Finalement, le temps n’a d’emprise que sur leurs corps ; à l’intérieur d’elles-mêmes, se cachent encore les petites filles qu’elles étaient.

Des copains, j’en ai moi aussi, que je retrouve au Parc.

Mon préféré, c’est Max : on discute beaucoup ensemble. Nous partageons nos rêves et notre goût pour les histoires extraordinaires : celles qui laissent une place aux vérités cachées de notre monde. Max est le petit-fils de Caro, c’est pour cela qu’on se connaît depuis qu’on est tout petits. Il a onze ans, comme moi. Mais il n’est pas tout le temps là car il fait du judo. Et parfois, au lieu de me rejoindre après son cours, il reste devant la télé avec sa console de jeux ou il lit. Il oublie que je l’attends, ou s’il le sait, il s’en fiche.

— Ne t’éloigne pas trop, Lilou !

— T’inquiète, Mamou, je vais juste nourrir les tourterelles ! Tu as pris les petites graines ?

Nous venons juste de pousser la grande grille qui ferme le Parc et déjà ma grand-mère agite la main vers son amie Caro qu’elle vient d’apercevoir. Elle me tend le sac de nourriture pour oiseaux et accélère le pas. Apparemment, Max est resté chez lui. Je suis déçue.

Je pars m’installer à l’écart de l’agitation des structures de jeux. J’aime bien le coin des tourterelles. J’y retrouve mon banc près du grand tilleul. Ce n’est pas le mien évidemment, mais s’il est occupé, ça m’énerve. C’est celui que je préfère, celui que je me suis choisi.

Devant moi s’étire une grande étendue d’herbe rase sur laquelle on a juste envie de courir… ou de poser ses yeux sans rien dire. Évidemment, une pancarte nous indique qu’il faut rester sur les allées. Je trouve ça nul de ne pas pouvoir marcher sur les pelouses. Finalement, il n’y a jamais d’endroits où on est complètement libre de faire ce qu’on veut. Et surtout, la nature semble toujours emprisonnée quelque part, toujours façonnée pour servir l’homme. Je dis toujours à Mamou que si j’étais une fleur, je ne voudrais pas être une rose que l’on taille ou coupe, mais juste un petit coquelicot, perdu dans une prairie. Et personne ne viendrait me cueillir, juste le souffle du vent, à la fin de ma vie… pour m’emmener dans un ailleurs encore plus beau.

Près du massif de rhododendrons, une « boîte à livres » est installée depuis peu de temps, trois ou quatre mois peut-être. C’est une ancienne cabine téléphonique réaménagée. On peut y déposer les romans qu’on a aimés. C’est super, c’est comme un besoin de partager ses rêves avec un inconnu. Elle est fermée par une porte vitrée. J’y suis déjà entrée : il n’y a pas beaucoup de livres pour les enfants de mon âge… seulement des vieux albums dont la couverture a jauni avec le temps. Peut-être que de nouveaux y ont été déposés ? C’est décidé, je vais y glisser un œil !

La porte s’ouvre difficilement dans un bruit grinçant ; impression de pénétrer dans un monde parallèle : celui des histoires endormies. Il suffit de feuilleter quelques pages et d’un coup, elles nous embarquent dans un autre univers. Je repère tout de suite un petit album, un peu à l’écart des autres. Il n’y était pas la dernière fois que je suis entrée. La couverture représente un oiseau trapu, au bec solide. Je lis son titre : Kookaburra, l’oiseau d’Australie, Légende Aborigène. Les premiers mots m’intriguent : Au Temps des rêves, bien avant que les hommes n’apparaissent, la Terre était plate…

Envie de connaître la suite, je l’emprunterai tout à l’heure car les oiseaux m’ont repérée et s’impatientent déjà. Peut-être que Mamou l’a déjà lu ? Elle connaît tant de livres !

Dès les premières graines lancées, les tourterelles virevoltent et s’agglutinent à mes pieds. Elles se chamaillent, se disputent, puis reviennent à l’assaut. Soudain, l’une d’elles, un peu plus petite que les autres, sans doute parce qu’elle est encore toute jeune, se cogne malencontreusement contre un lampadaire. Elle chute, assommée à quelques mètres de moi. Je reste un moment interdite puis je décide de la rejoindre, confuse à l’idée d’être responsable de cet accident. L’oiseau git sur le dos, petit corps fragile de couleur gris-sable. Son regard affolé semble m’interroger : tu ne vas pas me laisser là, hein ? Alors, délicatement, je le saisis pour l’installer dans le creux de mes mains. Je caresse son ventre douillet de mon pouce tandis que sa poitrine se soulève d’une manière saccadée, au rythme de son cœur. Le mien lui répond à l’unisson, soulagé à l’idée qu’il ne va peut-être pas mourir. Je garde ma tourterelle longtemps ainsi tout contre moi. Enfin, elle ouvre son bec noir et commence à s’agiter. Rassurée, je l’installe au bord de l’allée pour lui rendre sa liberté. Mais je réalise très vite qu’elle est incapable de reprendre son envol. Encore toute étourdie, elle s’éloigne doucement sur les gravillons essayant en vain d’ouvrir ses ailes. En réalité, je suis assez pessimiste sur sa faculté à pouvoir décoller du sol. Je ne sais plus que faire.

J’aperçois Mamou assise sur le banc avec Caro et un peu plus loin, les petits qui ne cessent de courir autour du toboggan.

Soudain, une voix derrière moi me fait sursauter :

— Salut, Lilou ! … Toujours avec tes tourterelles ?

C’est Max ! Il m’a fait peur, mais je suis bien contente de le voir !

— Salut ! T’es venu finalement ?

— Bien oui, j’ai pensé que tu serais là…

Max m’adresse un grand sourire qui lui fend le visage jusqu’aux oreilles. Il a une manière de croquer la vie comme si elle était un petit pain au chocolat, avec envie, sans se faire de nœuds au cerveau. C’est pour ça que je l’aime bien. Moi, je suis toujours à me poser une tonne de questions. Avec lui, tout devient plus léger. Et ça me fait drôlement plaisir qu’il ait eu envie de me voir parce que je crois que je suis un peu amoureuse de lui. Mamou, elle, elle en est sûre !

Tout de suite je lui parle de l’incident.

— Regarde la tourterelle là-bas ! Elle est blessée. Peut-être qu’elle s’est cassée l’aile en se cognant… C’est de ma faute, je l’ai affolée avec mes graines de tournesol. Je ne peux pas la laisser comme ça.

— Il faut l’emmener chez toi et la soigner ! Ou plutôt, non… on va l’apporter chez l’oiseleur !

— Han ! Il me fait trop peur ! … Tu crois qu’il saura s’en occuper ?

— Il nous donnera des conseils.

— On y va tout de suite ?

— Bien sûr !

— Bouge pas, je vais la chercher !

Je ne sais pas si c’est une bonne idée d’aller voir le vieil homme aux oiseaux. Il me terrorise depuis toute petite… à cause de sa façon de s’habiller ou de sa drôle de jambe. En réalité, des rumeurs circulent à son sujet. Certains disent qu’il a été blessé par un requin, d’autres qu’il a eu un accident d’hélicoptère. Personne n’en sait rien en fait. Mais tous disent que c’est un vieil ours mal léché. J’aperçois parfois sa silhouette au Parc, elle glisse furtive et bancale sur une allée pour se perdre derrière un arbre. À chaque fois, je retiens ma respiration. Un jour, Julie m’a dit : « C’est le fou ! ». Il est toujours tout seul. On a peur de quoi en réalité ? De son vieux manteau rapiécé et de sa boiterie ? C’est vrai que dans notre monde, on a tendance à se méfier de la différence et à juger l’autre selon son apparence… On en parle souvent avec Mamou. Max a sans doute raison, un vieil homme solitaire qui passe son temps à aimer les oiseaux ne peut pas être méchant.

La tourterelle s’est éloignée et se cache à présent sous les rhododendrons. Je m’en approche et fébrilement j’essaie de la saisir. Elle se débat tout d’abord, apeurée, puis se sentant impuissante, elle s’immobilise. Hop, la voici prise au piège de mes mains. Son petit squelette me semble aussi fragile qu’un éclat de verre que l’on pourrait briser d’une seule pression de doigt. Je la glisse délicatement sous mon blouson où elle semble retrouver une certaine quiétude.

Avant de rejoindre mon camarade, je passe de nouveau près de la cabane à livres. Soudain, un grand cri rauque me fait tressaillir d’effroi. Perché sur l’étagère la plus haute, un oiseau de la taille d’un corbeau me fixe de ses yeux perçants. On dirait celui de la couverture du livre feuilleté tout à l’heure. Mais ce piaf-là, il est bien vivant. Qu’est-il venu faire ici ? Je pousse la porte et sans entrer, je cogne à la vitre de ma main libre, en espérant qu’il profite de l’ouverture pour se sauver. Il ne bouge pas. Ses yeux tout ronds et marron ne cessent d’épier chacun de mes gestes. Je recule d’un pas, mal à l’aise, en laissant la cabane entrouverte. Son cri me fait tressaillir de nouveau. Puis, tout va très vite. Je sens près de mon visage le frôlement de son aile. Je lève la main pour me protéger quand un pincement me fait grimacer. L’oiseau vient de me blesser : deux gouttes de sang perlent à la base de mon pouce. Bouleversée, je cherche le volatile du regard : il est là, de nouveau perché sur son étagère. Ses yeux exorbités ne me quittent pas, et à voir la taille et la puissance de son bec, je me dis qu’il aurait pu me faire bien plus mal. Est-ce un avertissement ? Contre quoi, dans ce cas ?

Je sens que tout s’embrouille dans ma tête, un peu l’impression de traverser une nappe de brouillard au petit matin. Sans doute le contrecoup de l’attaque. Mes yeux papillonnent et les arbres autour de moi ont l’air de danser. Me soutenant à la paroi vitrée de la cabine, je repère mon camarade et l’appelle :

— Max !

Mais ma voix si faible se perd dans le souffle du vent. Ma petite protégée s’agite sous mon blouson, sans doute effrayée par mon propre cri ou peut-être est-ce la présence de l’oiseau ?