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Louise, sur le point de fêter ses dix ans, se considère suffisamment grande pour être libre d’organiser ses mercredis comme elle l’entend. Avec ses copines et non pas chez Maddy, son adorable grand-mère. Mais l’arrivée de Tom, voisin de sa mamie, chamboule son rêve. D’autant plus qu’elle constate l’existence d’un curieux poil qui pendouille sur le menton de Maddy. Serait-ce un poil de sorcière ? Et ce cahier des Secrets, où va-t-il la mener ? Les mercredis de Louise deviennent extraordinaires.
Dès 9 ans
À PROPOS DE L'AUTEURE
MIDO vit en Bretagne où elle réalise l’un de ses rêves : écrire et illustrer pour les enfants. L’enseignante qu’elle était, s’adresse aux rêveurs et aux petits aventuriers. Ses récits apportent une réflexion sur le mieux vivre ensemble et la vie de tous les jours tout en laissant une place importante à l’imaginaire et la poésie.
À PROPOS DE L'ILLUSTRATRICE
C.KIKO, anciennement Kiko, dessine depuis toujours et se passionne très tôt pour l’illustration. Diplômée d’un BTS de graphisme et communication, elle travaille en tant que maquettiste dans l’édition presse, scolaire et parascolaire. Elle réalise des bandes dessinées et des illustrations pour les mairies et associations, librairies des tropiques à Paris 14e. Elle réalise avec MIDO son premier roman graphique "Petit-Mô et l'effroyable Manfou", puis "Poil de sorcière", et se prépare à d‘autres projets.
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Seitenzahl: 134
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Mido
Poil de sorcière
Livre Jeunesse
ISBN : 979-10-388-0451-7
Collection Saute-mouton
ISSN : 2610-4024
Dépôt légal : octobre 2022
©Couverture C.Kiko pour Ex Æquo
© Illustrations C.Kiko
© 2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières Les Bains
www.editions-exaequo.com
Première partie
Chapitre 1
— T’es encore là, toi ! marmonne Louise avec son air de « petite maman qui gronde ».
Sur le lit, doudou-Potame tout vieux se prélasse. Dire qu’il a été une jolie peluche rose ! Maintenant, il ressemble à un bout de chiffon aux coloris indéfinissables. Louise s’en moque bien et pour rien au monde elle ne voyagerait sans lui !
Ça y est, elle vient de lui trouver une place :
— Voilà, p’tit doudou, tu vas être tout déformé… C’est comme ça, le mardi soir, tous les deux, on est raplapla ! ajoute-t-elle en fermant sa valise des mercredis chez Maddy.
Louise a sa tête des mauvais jours, le regard sombre et les lèvres pincées.
Elle soupire en entendant sa mère l’appeler :
— Louise, je t’attends ! … Dépêche-toi ! Ta grand-mère n’aime pas qu’on soit en retard !
La fillette lève les yeux au ciel… Pourquoi courir après le temps ? Louise aimerait tant l’arrêter, le suspendre ou l’étirer au maximum quand ça lui chante. Si le temps était élastique, ce serait le vrai bonheur. D’un claquement de doigts, elle sauterait le contrôle d’Histoire, elle ferait durer le cours de sport ou encore la récréation avec les copines. Ce sont toujours les moments les plus merveilleux qui filent comme le vent. Louise pense aux choses qui ne devraient durer qu’un quart de seconde. Elle sourit en imaginant celles qui mériteraient de s’éterniser : le bain, le chocolat qui fond dans la bouche ou encore le sourire de son amoureux secret quand elle le croise dans la cour de l’école.
Elle attrape sa valise et marmonne :
— Un jour, je ferai ce que je veux !
Depuis l’âge de trois ans, Louise passe ses mercredis chez sa grand-mère. Elle a toujours été ravie d’y aller… Mais depuis son entrée en CM2, elle se considère suffisamment grande (ou plutôt raisonnable… parce qu’en réalité Louise est loin d’être aussi grande que sa copine Léa…) pour passer une journée sans personne sur le dos. Une journée où elle serait libre comme l’air !
— Louiiiiise ! Ne m’oblige pas à monter ! appelle sa mère, sur un ton qui cette fois résonne comme une sentence.
La petite fille se résout à sortir de sa chambre, avec l’énergie d’une limace. Elle cogne bruyamment sa valise contre chaque marche de l’escalier :
— Oui, oui ! Maman… je suis prêêête !
Sa voix traîne comme ses pieds sur le carrelage de la cuisine.
Elle lance en bougonnant :
— Mes copines se gardent toutes seules ! Elles n’ont pas besoin d’aller chez leur mamie !
Sa mère pose sur elle un regard rempli de lassitude et lui répond :
— Tu as de la chance ma puce, d’avoir Maddy. Et à neuf ans, on est trop petite pour se garder soi-même comme tu dis !
— Mais je vais avoir dix ans dans deux semaines ! Je ne suis plus un bébé ! Et…
— On en reparlera si tu veux, ma chérie… depuis quelque temps, c’est le même refrain : tu rechignes à aller chez Maddy, mais finalement vous vous entendez bien toutes les deux, non ?
Louise attrape trois grains de raisin dans la corbeille de fruits. Elle rassure sa mère :
— Oui, oui… Elle est marrante… mais j’aimerais voir mes copines le mercredi ! Ou aller chez elles ? Je dois toujours obéir, c’est nul ! Les autres…
— Les autres ne sont pas ma petite fille chérie… Et je crois que ta grand-mère t’a réservé une surprise !
Une surprise ? Louise écarquille ses grands yeux couleur noisette et reste muette. Elle se méfie des surprises de Maddy.
Mais peut-être que…
❀
Il y a quinze jours…
Maddy a promis à Arthur (le petit-fils du voisin) de l’emmener faire un tour sur le grand manège nouvellement installé. Elle a évidemment programmé cette sortie avec Louise. Celle-ci s’en est tout de suite offusquée :
— Mais Maddy ! Je suis trop grande pour aller sur un manège !
— Taratata, ma chérie… il n’y a pas d’âge pour s’amuser… et Arthur serait tellement déçu de ne pas y aller !
La honte de sa vie ! Elle se revoit encore juchée sur un cheval de bois tout peinturluré, coincée entre un tigre du Bengale et l’âne de Shrek. Sa grand-mère agitait la main à chaque tour, n’attendant qu’une chose en retour : que Louise lui réponde avec la même excitation, le même bonheur. Arthur, du haut de ses quatre ans, fanfaronnait sur un éléphant d’Asie… Mais elle, elle n’avait qu’une envie : inventer la formule magique qui la propulserait illico dans un autre endroit ! Mais c’est bien connu, pas de sortilège dans la vraie vie… juste l’obligation de laisser courir les aiguilles du temps. Elle a donc lâché deux ou trois sourires niais et retenu des soupirs de fin du monde.
Et pourtant, grâce à Maddy, une rencontre inattendue est venue chambouler Louise ce jour-là. Elle a fait la connaissance du grand-frère d’Arthur. Lui, il s’appelle Tom. Il est venu frapper chez Maddy alors qu’elle goûtait dans la cuisine.
Dès le coup de sonnette, Louise a bondi de sa chaise pour aller ouvrir la porte. Elle s’est retrouvée nez à nez avec Tom :
— Salut, tu t’appelles Louise, c’est ça ? Je viens chercher Arthur ! C’était bien, le manège ?
—…
Louise n’a rien répondu… hypnotisée par le garçon « trop mignon » qui se tenait devant elle. Mais aussi très ennuyée d’apprendre qu’il était au courant de ce tour sur les chevaux de bois. Tom la prenait-il pour un bébé ? Pensait-il vraiment qu’elle avait pu s’amuser ? Un silence s’est donc installé entre eux. Heureusement, Maddy est vite arrivée avec Arthur. Celui-ci s’est littéralement jeté dans les bras de son grand-frère. Tom et la vieille dame ont échangé quelques mots, pendant que Louise s’éclipsait dans la cuisine pour rejoindre sa tartine de confiture… Avec le sentiment d’avoir été aussi transparente que l’eau qui coule… aussi nunuche qu’une mouche qui tombe dans un verre de lait. Une seule solution s’est imposée : plonger sa cuillère dans le pot de confiture. Car chacun connaît le pouvoir extraordinaire de la marmelade, elle est comme un pansement pour les petits cœurs tourneboulés.
Le mercredi suivant…
Louise a passé une journée tout ordinaire chez Maddy… c’est-à-dire une journée à cent à l’heure. Toutes les activités se sont enchaînées sans que Louise trouve le temps de s’ennuyer. Sans qu’elle éprouve le besoin d’allumer la télé. Quelle télé d’ailleurs ? Puisque Maddy l’a remisée dans le grenier parmi les objets débiles et inutiles !Jeux de dominos, peintures, promenades dans le petit bois, consolidation de l’hôtel à insectes, préparation d’un gâteau aux poires et enfin, confection d’un vase en argile, ont ponctué l’emploi du temps de Louise. La fillette a endossé les statuts de cuisinière, de randonneuse, de bricoleuse-rafistoleuse, d’inventeuse, de modeleuse et de peinturlureuse… bref, ce fut un mercredi, il faut bien l’avouer, génial.
En réalité, elle ne s’ennuie pas chez sa grand-mère… mais elle ne peut s’empêcher de penser à ses copines qui, elles, organisent à leur façon leur mercredi. Elle voudrait juste que sa maman lui laisse le choix d’aller ou non chez Maddy… Parce qu’à presque dix ans, on peut tout de même décider de sa vie, non ?
Il y a eu ce moment aussi qui lui revient à l’esprit ce soir : cela s’était passé pendant l’après-midi, mercredi dernier.
En lissant son vase de ses doigts enduits de barbotine (pâte d’argile délayée avec de l’eau), Louise a levé la tête pour demander à sa grand-mère :
— Le grand frère d’Arthur, Tom… il a quel âge, Maddy ?
— Ton âge, ma chérie ! Tu voudrais qu’il vienne jouer avec toi un jour ?
Louise a haussé les épaules puis a répondu :
— On ferait quoi ?
Et la discussion s’est arrêtée là, car une épaisse odeur de brûlé a envahi d’un coup l’atelier de Maddy. Il a fallu agir avec efficacité : le gâteau aux poires subissait une étonnante transformation chimique dans le four. Par la suite, Louise a oublié Tom et rangé dans les méandres de son esprit la proposition de sa grand-mère.
❀
Alors ce soir, la fillette s’interroge : et si la surprise de Maddy avait un rapport avec Tom ?
Elle se glisse à l’arrière de la voiture et attache sa ceinture. Sa mère règle le poste-radio sur une chaîne d’informations. Louise bougonne :
— Oh non !... Pas les infos, Mam ! Parce que là tu comprends, je suis au bout de ma vie ! En plus, je me demande bien ce que Maddy a prévu comme surprise ! Elle ne t’a rien dit ?
Sa mère jette un œil dans le rétroviseur et sourit en apercevant l’horrible grimace. Louise est son énergie, son petit clown, sa bulle de vie :
— Tu seras bien sage, ma puce ! Et ne fatigue pas trop ta grand-mère !
— T’inquiète, Mam… Je suis toujours très sage. C’est Maddy qui fait des bêtises, pas moi ! Je me demande d’ailleurs si tu ne me mets pas chez elle pour que je la surveille !
— Tu exagères, Louise !… Ta grand-mère a parfois des idées farfelues… moi, je trouve que vous vous ressemblez finalement !
Louise ne dit rien. L’idée que sa grand-mère a peut-être besoin d’elle vient de lui traverser l’esprit. Elle ferait quoi, Maddy, si elle arrêtait d’aller passer ses mercredis avec elle ?
Chapitre 2
Au numéro 13 de la rue « Écoute s’il pleut ! » se dresse une petite maison aux volets rouges. Il est dix-huit heures sonnantes. Maddy guette, derrière le rideau de la fenêtre du salon, l’arrivée de ses fille et petite-fille. Ce soir, comme tous les mardis soir, elle s’est pomponnée pour accueillir ses « chéries d’amour ». Elle se dit que bientôt, elle n’aura plus la visite de Louise… Tout simplement parce que viendra le temps de l’adolescence… ce temps où les petits-enfants se détachent peu à peu des grands-parents, ce temps où Louise rechignera à lui rendre visite. Et elle sent bien que sa petite Louise est en train de grandir.
Un, deux, trois coups de sonnette… c’est le signal !
Maddy sautille comme une puce dans le couloir et ouvre en grand la porte d’entrée. Elle gesticule, pareille à une marionnette, et s’écrie :
— Oui !!!! Entrez vite, mes chéries, je vous attendais !
Une chose est certaine : avec le cri qu’elle vient de pousser, tout le quartier est ameuté… d’ailleurs Louise entend un chien aboyer dans un jardin plus loin tandis qu’une lumière s’allume sur le perron voisin.
Les bisous claquent, les sourires se dessinent. Des éclats de bonheur envahissent l’entrée. Toutes les trois sont heureuses de se retrouver.
Aussitôt, Louise monte quatre à quatre l’escalier jusqu’à sa chambre. Elle jette la valise sur son lit, lance un coup d’œil satisfait à la fenêtre. Maddy a enfin changé les rideaux ! Elle revient sur ses pas pour passer la tête par la porte. Sa voix remplie de malice arrive jusqu’en bas :
— À demain, Maman ! Travaille bien et sois sage !
Mère et fille s’envoient des bisous qui s’envolent à travers les airs.
Grand-mère et mère échangent encore quelques mots puis s’embrassent :
— Sois prudente sur la route ! lui murmure Maddy.
— Et toi, ne laisse pas Louise te mener par le bout du nez ! S’il y a quoi que ce soit, tu n’hésites pas à m’appeler au bureau ! À demain, ma petite maman !
La porte se referme… une étincelle de joie brille dans les yeux de Maddy. Elle se glisse dans l’escalier telle une petite souris pressée :
— Louise !!! Je peux entrer ma chérie ?
— Bien sûr !
La grand-mère s’assoit à côté de la fillette qui tapote doudou-Potame pour lui redonner un semblant de forme.
— On mange quoi, ce soir ? interroge Louise.
— On va préparer ensemble la meilleure pizza du monde et j’ai prévu une crème caramel en dessert.
— Hum !!!! Pour la pizza, tu as des champignons… et du chorizo ?
— Tout comme tu aimes !
— T’es la plus gentille des mamies… Y a un truc que je voudrais te demander Maddy.
— Je t’écoute, mon chaton, répond la grand-mère.
— Si je ne venais plus te voir le mercredi, tu ferais quoi ?
Un léger silence s’installe entre elles deux.
Maddy ne dit rien. Elle inspecte ses mains tachetées de points marron. Puis dans un sursaut, elle se penche vers Louise et frappe dans ses mains :
— J’irais t’embêter chez toi, pardi ! Je m’inviterais au dernier moment dans tes réunions-copines ! Je viendrais te surprendre avec ton amoureux… Je deviendrais une super espionne ! Je me cacherais sous ton lit pour écouter tes conversations !
— Arrête Maddy ! … Et de toute façon, je ne ferai jamais de bisous baveux à mon amoureux ! Merci !
La grand-mère éclate de rire. Puis Louise continue toujours sérieusement :
— Tu ne t’ennuierais pas, hein, Mamie ? Parce qu’en vrai, bientôt je saurai me garder toute seule !
— Tu sais, je devine que parfois tu as moins envie de venir… parce que tu grandis, tout simplement. Ne te tracasse pas pour moi !
Maddy lui adresse un clin d’œil :
— Tu viens m’aider à préparer la pizza ?
Louise n’a même pas le temps de réagir, sa grand-mère disparaît à la vitesse du vent. Assise sur le lit, elle prend conscience que doudou-Potame est toujours dans ses mains. Hop, elle le lance : atterrissage réussi sur l’immense oreiller qui sent bon la lavande.
Dans la cuisine à présent, Louise est très concentrée. Elle découpe en fines lamelles les champignons.
— Alors Maddy, c’est quoi ta surprise ? lance-t-elle sans lever les yeux de sa tâche.
— Eh bien ce soir, nous avons un invité !
— Ah bon ? s’étonne Louise qui s’immobilise bouche grande ouverte, tel un poisson sur l’étal du marché.
— Oui, le petit voisin !
— Oh non, tu n’as pas invité Arthur quand même !
La grand-mère secoue vivement la tête de gauche à droite, un peu à la manière d’une poule qui aurait déniché un ver de terre. Des mèches de cheveux blond cendré balayent ses joues. Son petit chignon ne tient jamais très longtemps et ressemble véritablement à un palmier quand arrive la fin de journée. Elle s’approche de sa petite-fille pour lui glisser à l’oreille :
— Non, mon chaton… tu vas faire la connaissance de Tom !
La fillette s’immobilise et avale sa salive. Elle se tourne vers sa grand-mère pour s’écrier :
— Mais pourquoi Maddy ? Qu’est-ce qu’on va faire ? Je ne le connais même pas !
— Eh bien justement, c’est l’occasion rêvée de faire sa connaissance ! Lui aussi adore les pizzas avec champignons et chorizo !
— Mais pourquoi tu l’as invité ?
— Ma petite fille, je viens de répondre à ta question !… Allez, ne fais pas cette tête-là ! Je rends service à José, mon voisin… Il accueille ses petits-fils depuis quelque temps chez lui le mercredi.
Louise écarquille les yeux… Elle n’est donc pas la seule à devoir passer ses mercredis chez Papy ou Mamie ?
La fillette laisse échapper un long soupir. De quoi va-t-elle parler avec ce garçon qu’elle n’a aperçu qu’une seule fois ? Différentes émotions l’assaillent : joie, déception, excitation, appréhension… Les sentiments se bousculent et se succèdent.
Maddy la sort de sa rêverie :
— Il nous reste juste une petite demi-heure avant l’arrivée de Tom. On se dépêche maintenant mon chaton ! Tu verras, tout va bien se passer.
Voilà le chorizo découpé, Louise en glisse une rondelle dans sa bouche :
— Hum, il est trop bon, Maddy ! … Mais j’y pense, Tom n’a peut-être pas envie de passer la soirée ici ?
La grand-mère hausse les épaules en souriant.
