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La vie chrétienne se caractérise par un désir profond et actif de se conformer à Jésus, d’être « configuré » à lui (sequela ou imitatio Christi, disait-on : suite ou imitation).
L’une de ses principales injonctions, récurrente dans les Évangiles, était l’appel à la prière, et les Apôtres ont compris qu’ils n’imiteraient bien leur Maître qu’en priant comme lui. Aussi lui demandèrent-ils de leur « apprendre à prier ». Jésus a accédé à leur demande et leur a légué ce qui devait devenir la prière chrétienne par excellence : le Notre Père, dont il y a tout lieu de penser qu’il fut sa prière à lui avant d’être celle de ses disciples, et que c’est cela même qui en fait l’une des formes majeures de l’imitatio Christi.
Le livre cherche à s’approprier l’Oraison dominicale en en « ruminant » les versets, à partir des paroles transmises par les évangélistes, et en résonance avec les Écritures juives dont Jésus était nourri, afin de les laisser infuser dans la vie quotidienne.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Michel Nodé-Langlois, né à Marseille, marié, cinq enfants, ancien élève de l’École Normale Supérieure (rue d’Ulm), agrégé de philosophie, élève de Michel Gourinat et Claude Tresmontant, professeur honoraire de philosophie en Première supérieure (khâgne classique) au lycée Pierre-de-Fermat, et à l’Institut Catholique de Toulouse. Dernières publications :
Personne, qui es-tu ? (PUIPC, 2014) ;
Questions de philosophie (DDB, 2014) ;
Je crois en un seul Dieu (Téqui, 2018) ;
Y a-t-il une antinomie de la raison pure ? (Téqui, 2021).
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Seitenzahl: 90
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Michel Nodé-Langlois
La prièredu Seigneur
Libre méditation du Notre Père
Du même auteur
Le Vocabulaire de saint Thomas d’Aquin, Ellipses, 1999, réédition 2009, 135 p.
La leçon de philosophie IV, Ellipses, 2000, Collection « Capes/agrégation/philosophie », 253 p.
Petite introduction à la question de l’être. L’invention aristotélicienne de la métaphysique, Téqui, 2008, 135 p.
Au service de la Sagesse, Tempora, 2009, 432 p.
Faire naître : de la conception à la naissance, l’art au service de la nature ?, André-Robert Chancholle et Michel Nodé-Langlois dir., Artège, 2009, 377 p.
Disputes philosophiques, Artège, 2011, 777 p.
Chemin de foi, Artège, 2013, 35 p.
Personne, qui es-tu ?, Presses universitaires de l’IPC, avril 2014, 122 p.
La Création, dir. Actes du colloque 2012 de la Société Internationale de Philosophie Réaliste, Atelier Patmos/Presses de l’IPC, 2014, 165 p.
Questions de philosophie, DDB/Artège, octobre 2014, 923 p.
Thomas d’Aquin - Penser le politique, textes traduits, présentés et annotés par MNL, Dalloz, décembre 2015, 608 p.
Le Bien commun, dir. Actes du colloque 2014 de la SIPR, Atelier Patmos/Presses de l’IPC, décembre 2015, 126 p.
Philosophe au seuil d’une conversion : Bergson, dir. Cahier SIPR n° 3, Atelier Patmos/Presses de l’IPC, novembre 2016, 109 p.
Je crois en un seul Dieu. Méditations sur le Credo, Téqui, 2018, 112 p.
Thomas d’Aquin, Commentaires politiques, textes traduits, présentés et annotés par MNL, Artège-Lethielleux, 2018, 805 p.
Y a-t-il une antinomie de la raison pure ? Kant : autopsie d’un suicide philosophique, Téqui, 2021, 230 p.
Le Discours sur l’inégalité de Jean-Jacques Rousseau, Entremises, 2021, 245 p.
Commentaire de la Critique de la faculté de juger d’Emmanuel Kant, Entremises, 2021, 260 p.
Site internet :
http://michelnodelanglois.e-monsite.com
Préface
Des commentaires du Pater, il y en a d’innombrables. Ceux des Pères d’abord1, ensuite ceux des docteurs, dont celui de saint Thomas d’Aquin. Le commentaire du Docteur angélique a d’ailleurs fait l’objet d’une première traduction en 1967 ; le Père Jean-Pierre Torrell en proposera une nouvelle dans le courant de 2023, avec des annotations2. Le cardinal Charles Journet nous avait donné jadis un beau commentaire sous le titre Notre Père qui est aux cieux. Et surtout, le Catéchisme de l’Église catholique en 1992, puis dans son ultime édition corrigée, en 1997, a fait date3. Et je ne cite ici que les plus remarquables, les plus notables.
Le commentaire que nous propose Michel Nodé-Langlois ne pâlit pas de la comparaison, le lecteur s’en apercevra. Très sûr, il nous offre un commentaire doctrinal et spirituel, qui ne fait nullement double emploi avec ceux que nous avons cités. Notre auteur ne se contente pas de rapporter des choses connues, dites et redites. Outre qu’il a son style et sa manière, le contenu, sans surcharge, fournit au lecteur, et à celui qui prie la Prière du Seigneur, de quoi méditer.
Car il s’agit d’une méditation plus que d’un commentaire, on dira une méditation contemplative, librement ordonnée, qui n’a pas de caractère systématique, mais qui suit l’ordre des demandes en s’attachant à souligner certains éléments, obligeant doucement le lecteur à demeurer dans l’esprit de la prière. Il n’invite pas à multiplier des cogitations ou des réflexions, mais plutôt à se laisser saisir par chaque formule et parfois chaque mot, l’intelligence enlaçant par le cœur, c’est-à-dire par l’amour, ce qui est dit de la part de Dieu dans la bouche du Fils apprenant à ses disciples à prier.
La méditation est un exercice qui plonge le lecteur dans le silence que cette prière suscite. Ce silence contemplatif de la prière vocale est comme une disposition d’accueil qui fait le fond de l’âme. La prière de demande, qui est la forme la plus élémentaire de l’âme religieuse, se déploie par des paroles qui l’investissent et la placent dans des sentiments qui se transforment au fur et à mesure que les demandes s’égrènent, et s’achèvent dans une pure contemplation silencieuse et admirative. Pas d’extase certes, mais un pur regard intérieur d’adhésion, simple et ferme.
Voilà à quoi nous conduit ici la libre méditation de Michel Nodé-Langlois. On verra que la doctrine et la prière vont ensemble, que le silence, l’intelligence et l’amour s’appellent, et forment en nous ce qu’on appelle d’un beau nom ancien, mais galvaudé : la dévotion, la devotio, mieux encore, la ferveur de dévotion, la fervor devotionis.
Quand la prière du Pater s’élève, elle conduit au chant. La musique et le chant manifestent la ferveur qui saisit celui qui prie la Prière du Seigneur.
fr. Philippe-Marie Margelidon, o.p.
Directeur de la Revue thomiste
1Lire le Notre Père avec les Pères, sous la dir. de D. Vigne, Paris, Parole et Silence, 2009.
2 À paraître sous le titre L’interprète du désir, Paris, Cerf, 2023.
3CEC, n° 2759-2685.
Texte
Πάτερ ἡμῶν
ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς,
ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου,
ἐλθάτω ἡ βασιλεία σου,
γενηθήτω τὸ θέλημά σου,
ὡς ἐν οὐρανῷ
καὶ ἐπὶ γῆς.
τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον
δὸς ἡμῖν σήμερον.
καὶ ἄφες ἡμῖν
τὰ ὀφειλήματα ἡμῶν,
ὡς καὶ ἡμεῖς ἀφήκαμεν
τοῖς ὀφειλέταις ἡμῶν.
καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς
εἰς πειρασμόν,
ἀλλὰ ῥῦσαι ἡμᾶς
ἀπὸ τοῦ πονηροῦ.
(Pater hèmôn ho én toïs ouranoïs, agiasthètô to onoma sou, elthatô hè basiléïa sou, génèthètô to thélèma sou, hôs én ouranôi kaï épi gês ; ton arton ton épiousion dos hèmin sèméron ; kaï aphés hèmin ta opheïlèmata hèmôn, hôs kaï hèmeïs aphèkamén toïs opheïlétaïs hèmôn ; kaï mè eïsénénkès hèmas eïs peïrasmon, alla rhûsaï hèmas apo toû ponèroû)
(Mt 6, 9-13)
Notre Père
qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite,
comme au Ciel,
aussi sur terre !
Notre pain de toujours,
donne-le-nous aujourd’hui ;
et remets-nous
nos dettes,
comme nous aussi remettons
à nos débiteurs ;
et ne nous laisse pas
mettre à l’épreuve,
mais délivre-nous
du Malin !
Hébreu (translittéré)
Avinou shebashamayim
yitkadesh shimkha,tavo malkhoutekha,
yease retsonkhakebashamayim ken ba’aretz.Et lekhem khoukenou
ten lanou hayom,ouslakh lanou al khataeinou,kefi shesolkhim gam anakhnoulakhot’im lanou.Weal tevienou liydei nissaïonki im khaltzenou min hara.
Latin
Pater noster qui es in caelis,
sanctificetur nomen tuum,
adveniat regnum tuum,
fiat voluntas tua
sicut in caelo et in terra.
Panem nostrum quotidianum
da nobis hodie ;
et dimitte nobis debita nostra,
sicut et nos dimittimus
debitoribus nostris ;
et ne nos inducas in tentationem,
sed libera nos a malo.
Araméen (translittéré)
Awoun douèshméïa,Nèth (q)radash(e) shmarhTété merkouzarh Névé sévianarheikén en douèshméya abb’haraHaoul’ann
lar’man-sourane èn’yomanaOuérsh’ourl’ann houbènn ou arbarènneikén ann-ap nann shouaria faïawénnOulla tal’ann in tçionaella-pass’ ann èn bicha.
Français (missel 2020)
Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel !
Donne-nous aujourd’hui
notre pain de ce jour ;
pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés ;
et ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre-nous du mal !
Allemand
Vater unser im Himmel,
geheiligt werde dein Name ;
dein Reich komme ;
dein Wille geschehe,
wie im Himmel so auf Erden.
Unser tägliches Brot
gib uns heute.
Und vergib uns unsere Schuld,
wie auch wir vergeben unsern Schuldigern ;
und führe uns nicht in Versuchung,
sondern erlöse uns von dem Bösen
Anglais
Our Father, who art in heaven,
Hallowed be thy name.
Thy Kingdom come.
Thy will be done
on earth as it is in heaven.
Give us this day
our daily bread.
And forgive us our trespasses,
as we forgive those
who trespass against us.
And lead us not into temptation,
But deliver us from evil.
Italien
Padre nostro, che sei nei cieli,sia santificato il tuo nome,venga il tuo regno,sia fatta la tua volontà,come in cielo così in terra.
Dacci oggi
il nostro pane quotidiano,e rimetti a noi i nostri debiticome noi li rimettiamo ai nostri debitori,e non ci indurre in tentazione,ma liberaci dal male.
Portugais
Pai Nosso, que estais nos céus,Santificado seja o Vosso nome.Venha a nós o Vosso reino.Seja feita a Vossa vontade,assim na terra como no céu.O pão nosso de cada dia
nos dai hoje.Perdoai-nos as nossas ofensasAssim como nós perdoamos
a quem nos tem ofendido.Não nos deixeis cair em tentação,Mas livrai-nos do mal
« Seigneur, apprends-nous à prier4 ! »
C’est la première prière chrétienne, tout comme le premier commandement de la Torah était : « Écoute5 ! »
Les disciples de Jésus se sont dit que, pour bien prier, il leur fallait avant tout l’écouter. L’écouter prier. Tout chrétien est invité depuis à supplier le Christ de prier en lui, afin que leur prière s’adresse vraiment au Père, dans l’Esprit – l’Esprit qui fait appeler Dieu « Abba (papa ?…)6 ».
Désigner le Notre Père comme l’« oraison dominicale », c’est-à-dire : la prière du Seigneur, peut paraître lourd de sens. Cela revient littéralement à dire, ou du moins à suggérer, que cette prière qu’il léguait à ses disciples, Jésus devait pouvoir la dire lui-même. Chacun d’eux n’était-il pas invité à la faire sienne parce que c’était sa prière à lui, Jésus, avant de devenir la leur ? En disant le Notre Père, on prie comme Jésus, et peut-être est-ce la principale manière d’être configuré à lui, donc d’entrer avec lui, et grâce à lui, dans la vie intime de Dieu, celle des relations trinitaires qu’il révèle.
Ne priait-il pas de cette manière quand il se retirait « à l’écart sur la montagne, pour échapper aux foules7 », quelquefois « la nuit entière8 » ? À ses disciples il recommande : « Lorsque tu pries, va dans ta chambre et, porte fermée, prie ton père en secret ; ton père qui te voit dans le secret te paiera de retour9. »
Ne peut-on voir là une clé de lecture pour cette prière qui, de l’aveu de tous les spirituels chrétiens, à fois condense et surpasse toute prière que rend possible la foi au Christ ? Jésus demanderait à ses disciples de prier ainsi parce que lui prie ainsi, et cela « afin que [leur] joie soit complète10 »…
4 Lc 11, 1.
5 Dt 5, 1.
6 Rm 8, 15.
7 Mt 14, 23.
8 Lc 6, 12.
9 Mt 6, 6.
10 Jn 15, 11.
Notre Père…
C’est un Juif qui prie. La première prière chrétienne, la prière primordiale des chrétiens est une prière juive. Il est remarquable que, pour répondre à la demande de ses disciples, Jésus ne fasse pour ainsi dire que reprendre des invocations qui se trouvent toutes dans la tradition liturgique immémoriale du peuple d’Israël.
Dans le Kaddisch
