La rosée - Jules Jamin - E-Book

La rosée E-Book

Jules Jamin

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Beschreibung

Il n’est point de fonction naturelle, si petite qu’elle paraisse, qui n’ait son rôle dans le grand mécanisme. Quel est donc le rôle de la rosée ?
Ce livre traite du phénomène de la rosée pour en étudier les causes, l'histoire et le rôle sur la nature. 
« C’est par la rosée que la terre se défend contre les envahissements du froid ; c’est par ce phénomène bienfaisant que les plantes se sauvent de la gelée en reprenant à l’air la vapeur qu’elles y avaient mise en réserve et la chaleur qui s’y était cachée ; puis, quand le soleil reparaîtra au matin suivant, son premier effet, j’allais dire son premier soin, sera de ramener la rosée à l’état gazeux, de refaire la provision de chaleur qui s’est dissipée, afin que la nuit suivante elle puisse recommencer ses bons offices ; tout semble obéir aux lois mystérieuses d’une harmonie préméditée. »… 

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Seitenzahl: 53

Veröffentlichungsjahr: 2024

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La rosée : son histoire et son rôle.

La rosée : son histoire et son rôle.

La rosée

Lorsque, par une matinée ensoleillée, on va faire un tour dans la forêt, ou dans les champs, on voit sur l’herbe mille diamants, des brillants aux reflets multicolores, jaunes, rouges, bleus ; quand on les regarde de près, on s’aperçoit que ce sont des gouttelettes de rosée qui glissent sur chaque brin d’herbe, et brillent au soleil.

La feuille de cette herbe est velue, à l’intérieur, comme du velours, et les gouttelettes glissent sur cette feuille sans la mouiller.

Et quand on cueille imprudemment ces feuilles pleines de rosée, la gouttelette roule si rapidement qu’on ne la voit pas disparaître.

Il m’est arrivé d’enlever cette coupe naturelle et de la porter doucement à mes lèvres, et de boire cette rosée, et je lui trouvais un goût supérieur à la plus délicieuse boisson.

(Léon Tolstoï)

Un des membres les plus savants de l’ancienne Académie des sciences, Dufay, à qui l’on doit d’importantes recherches sur l’électricité, disait de la rosée qu’il n’est rien de plus commun, de plus fréquent, de plus connu, et que rien n’est moins clair, moins compris, moins expliqué. Ce n’était pas la modestie qui lui inspirait cet aveu, c’était plutôt la conviction qu’il avait d’avoir découvert tout le mystère. Il n’en était rien, car Dufay se borna à soutenir que la rosée qu’on croyait venir du ciel, ce qui est faux, monte au contraire de la terre, ce qui n’est pas plus vrai. Au XVIIIe siècle, tous les physiciens étaient divisés sur cette question de l’origine de la rosée, qui pour eux résumait tout ; ils n’en sortaient point et faisaient à l’envie des expériences qui paraissaient donner également raison aux deux explications.

Le bon Muschenbrœck, une des lumières de l’époque, entreprit d’accorder toutes les opinions en distinguant trois espèces de rosée, la première qui tombe du ciel, la seconde qui émane de la terre et la troisième qui est suée par les végétaux : « La rosée des plantes est proprement comme leur sueur et par conséquent comme une humeur qui leur appartient et qui sort de leurs vaisseaux excrétoires. De là vient que les gouttes de cette rosée diffèrent entre elles en grandeur et en quantité et occupent différentes places suivant la structure, le diamètre, la quantité et la situation de ces vaisseaux excréteurs. » Malgré ces concessions, la discussion continua ; elle aurait pu se prolonger longtemps parce que les savants d’alors ignoraient les principes de physique d’où la solution devait découler. Ils soupçonnaient à peine l’existence des vapeurs, ils ne connaissaient ni les conditions de l’échange calorifique entre les corps chauds, ni le rayonnement nocturne de la terre, ni la nature de la chaleur, ni rien de la chimie, et ce n’est point sans tristesse que nous voyons ces graves savants, qui se piquaient de philosophie, écrire sérieusement « que la rosée est quelquefois nuisible aux animaux et aux plantes, suivant qu’elle est composée de parties rondes ou tranchantes et aiguës, de parties douces ou âpres, salines ou acides, spiritueuses ou oléagineuses, corrosives ou terrestres. C’est pour cela que les médecins attribuent à la rosée diverses maladies comme des fièvres chaudes, le flux de sang, etc. On a même observé que ceux qui se promènent souvent sous les arbres où il y a beaucoup de rosée devenaient galeux. » (Muschenbrœck, Essais de physique, p. 740.)

Je n’ai point cité ce passage pour le plaisir irrévérencieux de jeter du ridicule sur nos vieux maîtres, mais pour montrer que depuis Aristote ils n’avaient rien appris et n’ont rien à nous apprendre, que nous pouvons sans dommage fermer leurs vieux livres et commencer l’histoire de la rosée au moment où elle s’est dégagée des fables ridicules, pour devenir scientifique et expérimentale.

Il faut distinguer la rosée de la pluie aussi bien que des brouillards, et la définir en disant qu’elle est l’apparition spontanée d’une moiteur sur des corps exposés en plein air, quand il ne tombe point de pluie ni d’humidité visible.

(H. Taine, Le Positivisme anglais).

I.

Charles Le Roi, médecin et professeur au Ludovicée de Montpellier, fut membre de l’Académie des sciences et de la Société royale de Londres. Il écrivit de nombreux ouvrages de médecine aujourd’hui tout à fait oubliés, et, entre temps, il trouva le loisir de faire des observations de météorologie, science facile qui n’exigeait aucune connaissance mathématique et qui offrait aux esprits curieux un aliment dont ils se contentaient faute de mieux. Il eut le bonheur d’y faire une découverte capitale, que rien avant lui n’avait fait pressentir et que tout a confirmée depuis. Il faut croire que, venue un peu trop tôt, elle n’a pas été bien comprise des contemporains, car ils en ont très peu parlé, et qu’elle a été très vite et presque entièrement oubliée, car d’autres savants l’ont retrouvée, l’ont publiée comme étant nouvelle et en ont recueilli les fruits sans parler de Le Roi. Je ne ferai que lui rendre une justice tardive en rétablissant son nom au premier rang parmi ceux des savants à qui nous devons l’explication de la rosée. Il suffira pour cela de résumer comme je vais le faire le mémoire qu’il publia en 1751 dans les recueils de l’Académie des sciences.

Quand on expose à l’air une couche d’eau dans un vase, elle disparaît bientôt. C’est un phénomène simple qui nous est aujourd’hui parfaitement connu. Nous savons que l’eau se change en une vapeur qui est un gaz véritable, aussi transparente que l’air, se mêlant à lui sans qu’on la voie. Mais au XVIIè siècle cette théorie était inconnue ; on se contentait de dire que l’eau est bue ou pompée par l’air, et que, devenue invisible, elle demeure ensuite soutenue dans l’atmosphère.