La sagesse préside - Jean-Claude Mondet - E-Book

La sagesse préside E-Book

Jean-Claude Mondet

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Beschreibung

Pour les philosophes grecs, le terme sophia, sagesse, outre son contenu philosophique, désignait un comportement conforme aux valeurs morales. Maintenant encore, il correspond à une attitude et des propos calmes, réfléchis et modérés. Comme toute quête, celle de la sagesse est un cheminement et cet ouvrage nous invite à parcourir la voie de Sagesse que constitue la Franc-Maçonnerie, en particulier au Rite Écossais Ancien et Accepté. Dans ce but, il nous propose d’effectuer, en apprenti, le tour de la loge écossaise et d’en atteindre le centre, à la découverte des symboles dont elle est parsemée. Nous découvrirons, à travers eux, que ce cheminement constitue une recherche morale et métaphysique, mais aussi un art de vivre selon les lois cosmiques, rassemblant les choses et les êtres dans l’harmonie universelle. Nous guidant à la lumière de l’Étoile Sagesse, nous travaillerons à notre propre amélioration, notre sagesse en sortira plus grande et le comportement qui en découle, à l’intérieur comme à l’extérieur, nous rendra obligatoirement plus sages par l’effet miroir des autres.

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Seitenzahl: 292

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Couverture

Fonctions et finalitésde la collection « PLANCHER »

Aujourd’hui la production de textes maçonniques (ou prétendument tels) est considérable : avec l’essor du numérique et la diffusion d’internet tous azimuts, les pensées se répandent sur la toile, sans validité ni contrôle, au grand dam des lecteurs qui sont en droit d’attendre un minimum de crédibilité à l’égard de ce qui leur est présenté.

Sources non authentifiées, copies-collés et recollés, dénis de propriété intellectuelle, détournements et plagiats font bon ménage avec le travail d’auteurs, experts et de renom.

C’est pour éviter ces écueils et pour répondre à une demande pressante d’authenticité que cette collection « Plancher » a été créée au sein de Numérilivre – Éditions des Bords de Seine. Elle vise un triple objectif :

1.Faire appel à des écrivains maçonniques réputés pour leurs connaissances et leurs compétences, leur style et leur clarté d’exposition sur toutes les questions qui intéressent les francs-maçons

2.afin d’offrir, dans leurs publications, un prolongement à la démarche qu’ils vivent en loge,

3.de manière à permettre à chacun de progresser dans la voie de perfectionnement qu’il a entreprise, quel que soit son rite, son grade (ou son degré) et son obédience.

Dans cet esprit, nous commencerons par aborder les travaux d’ouverture et de fermeture – qui intéressent l’ensemble des sœurs et des frères.

Nous avons demandé à Jean-Claude MONDET – dont la plume et l’autorité initiatique sont incontestables – d’ouvrir cette collection par le premier pilier : La sagesse règne.

Nous traiterons ensuite des autres piliers, dans la même veine mais avec d’autres talents.

Par nos ouvrages, nous aspirons à ce que cette collection devienne un outil de travail et de réflexion pour l’ensemble des initiés. Au-delà de ces études d’experts, nous souhaitons que vous prolongiez nos travaux et les enrichaissiez de vos apports, et que vous trouviez dans ces pages la source d’une élévation spirituelle – qui est spécifiquement la nôtre… mais que nous voulons partager avec vous !

Pierre PELLE LE CROISA,Directeur de la collection « Plancher »

Page de titre

J’aime ceux qui m’aiment,

Et ceux qui me cherchent me trouvent ;

Avec moi sont la richesse et la gloire,

Les biens durables et la Justice.

Pr, VIII, 17-18 (C’est la Sagesse qui parle)

AVANT PROPOS

La sagesse : quel mot magnifique, possédant depuis toujours et encore maintenant le pouvoir de faire rêver un grand nombre d’humains ! Mais, quand on veut le définir, on se heurte à la multitude des notions qu’il recouvre. C’est une connaissance, pouvant être celle du Bien et du Mal ; c’est un comportement, respectant la prudence et la modération ; c’est une décision, entraînant les meilleurs résultats ; c’est un attribut divin, pouvant recouvrir l’omniscience de Dieu ; c’est l’enseignement des religions, celui de divers courants de pensée, des Sagesses orientales, des systèmes philosophiques, c’est la sagesse populaire, parfois qualifiée de bon sens avec une nuance condescendante, c’est… Bref, c’est un mot fourre-tout et il convient de bien délimiter notre sujet.

Les philosophes grecs l’ont inventée, sous le nom de sophia, pour désigner un comportement conforme à certaines valeurs morales, telles que le discernement, la sincérité ou la justice et s’appuyant sur une connaissance et sur une conscience. Ils prenaient bien soin de faire la différence entre son aspect théorique, la sophia elle-même, et sa pratique, Aristote la considérait même comme un savoir-vivre. Dans le langage courant actuel, la sagesse serait plutôt synonyme d’une attitude et de propos calmes et modérés. De doctes traités, aussi nombreux que volumineux, ont été écrits sur le sujet et la crainte saisit celui qui veut y ajouter ne serait-ce que son grain de sel, surtout quand ses compétences philosophiques sont limitées. La seule attitude raisonnable, pour ne pas dire sage, consiste alors à adopter un point de vue résolument maçonnique et plus particulièrement, dans notre cas, celui du Rite Écossais Ancien et Accepté dans sa version pratiquée à la Grande Loge de France, héritière par filiation directe de l’esprit de ses fondateurs1. C’est déjà beaucoup car, dès son premier degré, la sagesse en constitue une notion essentielle, bien que voilée.

Le pratiquant ancien se retrouve ainsi en terrain mieux connu, avec les « Humanistes » puis les « Lumières » tentant, du XVIe au XVIIIe siècle, d’allier foi et raison dans l’amélioration de l’homme et sortant ainsi des religions pures et de leurs dogmes. Ces idées se sont perpétuées malgré les systèmes en « isme » nés au XIXe siècle, positivisme, nationalismes, communisme, libéralisme etc. dont la résurgence en début de XXIe siècle, malgré leur faillite précédente, va de pair avec la vogue des « Sagesses », orientales ou autres. Celles-ci sont considérées comme des voies conduisant l’individu à s’améliorer, au sein d’un groupe, par une connaissance et un contrôle de soi menant à un équilibre dans tous les aspects de sa vie.

Dans cet esprit, la Franc-Maçonnerie est elle-même une Sagesse, une voie originale par ses composantes initiatique, symbolique et traditionnelle, lesquelles conduisent le pratiquant à découvrir progressivement en lui la sagesse qui changera sa vie du tout au tout. Que l’on nous permette une auto citation : … tout maçon, toute maçonne pratiquant l’Art royal se rend vite compte que celui-ci ne consiste in fine qu’en la transmission d’une sagesse immémoriale, constituée par une méthode originale amenant chacun à découvrir sa vérité propre2.

Toute quête est un cheminement et nous convions lecteurs et lectrices à suivre un apprenti dans le sien à l’intérieur du temple maçonnique, la loge donc, considéré comme un voyage à l’intérieur de soi-même en s’éclairant des Lumières de la Maçonnerie. Parmi celles-ci la Sagesse, qui préside à nos travaux collectifs et individuels, qui conçoit ce que nous allons exécuter et se trouve donc être proche du Maître d’Œuvre, le Grand Architecte sous la direction duquel travaillent les Maçons écossais. Le débutant qui nous lira n’adoptera pas forcément tous nos points de vue, le plus ancien encore moins mais… de la confrontation des idées naîtra un peu de cette sagesse que nous recherchons. C’est ainsi que l’on suit les voies qui nous sont tracées et sur lesquelles, comme sur les Chemins de pèlerinage, nos prédécesseurs ont laissé des points de repère.

L’apprenti avec qui nous allons voyager en pensée, dans son périple comme dans ses réflexions et qui sera bien sûr un peu nous, vient de présenter sa planche d’augmentation de salaire et il attend le résultat de la délibération des Maîtres. Cela suppose connus un certain nombre des fondamentaux du grade et de la Maçonnerie en général, tels le symbolisme qui nous invite à nous identifier à tout ce qui nous est présenté, ou le mythe très global de la construction d’un temple dont nous sommes les ouvriers. Le modèle de celui-ci, le Temple3 du roi Salomon à Jérusalem, construit près de mille ans avant notre ère, était destiné à servir de demeure à la divinité sur terre. Il deviendra, pour les Maçons écossais et les autres, leur Temple intérieur. Il sera en même temps celui de l’humanité dans sa marche vers son accomplissement, les deux abritant ou non, selon les convictions de chacun, le Grand Architecte de l’Univers. Ses constructeurs mettent en jeu les valeurs morales qui feront d’eux des hommes véritables, se rapprochant dans leur existence de ce qu’ils sont en puissance4.

Nous emploierons parfois le mot Dieu, ou des mots dérivés, considérant que le jeune Maçon apprend très vite, par la pratique du symbolisme, à faire la différence entre le signifiant et ce que nous mettons derrière, le signifié. Dieu, ou les dieux, est un mot commode pour désigner les grandes forces à l’origine du monde et de ses lois, et dont nous ignorons la nature. Pourquoi s’en priver, sans provocation aucune ?

Enfin, surtout dans ce cadre restreint, nous ne saurions être exhaustifs dans les thèmes étudiés ni complets dans leurs interprétations, le tout étant extensible à l’infini, c’est le génie de la méthode maçonnique.

Ma Sœur, mon Frère, que ce petit guide de visite vous aide dans votre parcours, lequel est celui de la raison, car nous avons besoin de comprendre, et aussi, peut-être même surtout, celui du cœur car nous avons également, et peut-être même surtout, besoin d’aimer.

1 C’est du moins notre opinion. Nous suivrons son rituel, tout en sachant que les différentes obédiences pratiquant ce très beau rite l’ont teinté chacune de ses options générales, plus ou moins spiritualistes, plus ou moins sociétales. Nous espérons très sincèrement que chacun se retrouvera dans les pages qui vont suivre.

2 Jean-Claude Mondet, La transmission maçonnique, pourquoi, comment ? Éditions Dervy, « coll. Qui pose question », 2018.

3 Dans la suite, nous accorderons une majuscule aux mots véhiculant une notion de sacré.

4 Dans notre esprit, les « frères » dont il va être souvent question incluent les sœurs, de la même façon que, grammaticalement comme traditionnellement, l’homme « comprend » la femme. Accepter un héritage voulant que le masculin serve également de neutre n’est-il pas faire preuve d’un peu de cette sagesse que nous recherchons tous ? Le refuser manifesterait certes l’envie légitime d’un nouveau départ pour l’humanité mais reviendrait, nous semble-t-il, à renier la Tradition, attitude peu compatible avec la Franc-Maçonnerie qui s’en revendique l’héritière.

CHAPITRE ISUR LE PARVIS

Devant la porte

L’apprenti attend que la porte s’ouvre pour lui donner l’entrée de la loge, quand les Maîtres auront délibéré sur son travail d’augmentation de salaire qu’il vient de leur présenter. Il ne se fait pas réellement de souci, mais il ne sait pas combien de temps cela va durer aussi, tablier ajusté et gants prêts à être enfilés, il s’assoit et ferme les yeux, heureux de cette occasion de faire le point sur son parcours, après une première phase qu’il a appréciée. Qu’est-ce qui l’a attiré ici, qu’est-ce qui l’a poussé dans cette voie mystérieuse et d’accès compliqué, avec des entretiens l’obligeant à se poser des questions sur lui-même, l’épreuve du bandeau particulièrement éprouvante où des voix semblaient provenir d’un peu partout et qui, toutes, avec des approches différentes, portaient le même questionnement : Qui es-tu ? Qu’as-tu fait de ta vie ? Que veux-tu faire de ce qu’il t’en reste ?

Tout cela, bien que très dérangeant, l’avait passionné par la recherche intime que cela nécessitait et pas un seul instant, il n’avait songé à abandonner. Qu’est-ce qui l’avait amené là ? Il lui semblait que ses raisons avaient évolué au cours de la procédure. Elle était à l’origine d’ordre plutôt sociétal et, pour en avoir discuté avec les autres, il savait cette motivation très largement partagée. En résumé, elle consiste en la pensée que l’humanité a fait des progrès phénoménaux en matière scientifique et technique, mais que les progrès moraux n’ont pas suivi. Quant aux questions spirituelles, elles semblent avoir complètement disparu des préoccupations ! Certes, en apparence et du moins dans nos sociétés dites développées, la barbarie d’autrefois semble avoir disparu mais en réalité, elle se perpétue en maints endroits du globe, à un degré inimaginable. Même chez nous, dans un pays en principe civilisé et ayant largement participé à « l’invention » de la démocratie, de l’instruction pour tous, de la morale, des sciences, la sauvagerie subsiste à l’état latent en maints endroits, n’attendant qu’une opportunité pour se manifester. Les faits divers en font quotidiennement la démonstration, avec leur cortège de casseurs, les vengeurs autodésignés et leur loi du talion, génératrice de vengeances sans fin, avec les assassins de vieillards pour quelques billets, les détrousseurs de plus pauvres qu’eux et les violeurs partout embusqués. Sans même parler des dirigeants d’entreprises ou d’États, semblant plus préoccupés de leurs propres intérêts que de ceux de leur collectivité et qui, dans leur recherche de pouvoir ou d’enrichissement, n’hésitent pas à écraser les plus faibles.

La folie des hommes est très certainement pour beaucoup, dans la mise en route de ceux qui veulent comprendre comment l’humanité en est arrivée là, quels sont les ressorts qui la font agir et comment il serait possible de l’améliorer. Une idée apparaît immédiatement comme une évidence, celle que, quels que soient les progrès dans les connaissances scientifiques comme dans la gouvernance des États, si l’homme ne s’améliore pas lui-même, il saura toujours tirer parti à son avantage propre de la moindre faille dans celles-ci. Certes, les progrès matériels profitent à tous par un meilleur confort et un bien-être accru, mais les injustices, si détestées des humains, ne peuvent que subsister, voire augmenter car les barrières mises aux inévitables dérives sont toujours franchies par les plus malins, et/ou ceux qui ont le moins de scrupules.

L’amélioration de l’homme ?

Il est bien connu, grâce en particulier à la sagesse des nations, que toute structure humaine ne vaut que par la qualité de ceux qui la composent et il est alors aveuglant que l’amélioration de l’humanité passe par celle de chacun de ses membres. Cela n’échappe pas aux dirigeants éclairés, lesquels tentent de proposer à chacun une meilleure instruction, plus vaste et plus longue, de meilleures conditions de vie, une meilleure santé, autant de choses légitimement souhaitées par tous, mais sur quoi débouchent-elles ? Dans notre actuelle course éperdue vers on ne sait quoi, que nous est-il promis, à relativement brève échéance ? Un monde débarrassé des servitudes matérielles et dont on peut déjà se demander s’il serait accessible à tous. Le plus probable reste que de nombreux humains assureront le confort des autres, de concert avec des robots dont seuls ces autres auront la maîtrise, mais admettons que tous soient débarrassés des contraintes du travail ou de la plupart de celles-ci et n’aient qu’à couler des jours heureux dans des lieux paradisiaques, une sorte de paradis terrestre. À quoi occuperont-ils leurs loisirs permanents ? Certaines des hypothèses émises sur ce sujet donnent des frissons d’angoisse, plutôt que de plaisir. L’homme étant ce qu’il est, il va de toute façon vouloir dépasser les autres, amasser toujours plus de richesses, détenir toujours plus de pouvoir et, la planète devenant trop exiguë, les affrontements sont inévitables, avec leur cortège de souffrances pour d’innombrables individus totalement innocents.

Continuons. De nos jours, certains richissimes « visionnaires philanthropes » mettent effectivement d’énormes moyens dans ce qu’ils pensent être l’avènement de l’homme « amélioré », à grand renfort de robotique, d’électronique et d’informatique. S’il est légitime et même admirable de faire des prothèses toujours plus perfectionnées, offrant une vie bien meilleure à ceux qui souffrent de handicaps, s’il est extraordinaire d’envisager la fin de nombreuses affections, le but de certains chercheurs est de créer la vie et celui d’autres l’affranchissement de la mort. Notre corps s’use et vieillit, il a ses limites, même si celles-ci sont sans cesse repoussées, et le rêve devient alors d’implanter notre conscience, notre intelligence, nos sentiments dans un autre corps, plus facile à réparer et, sinon éternel, du moins exempt de l’obsolescence qui nous attend et dont on doit d’ailleurs se demander si elle ne serait pas programmée…

Peut-on imaginer de vivre tels que nous sommes, intellect et sentiments, conscient et inconscient réunis à la tête d’un corps artificiel d’une durée de vie de, disons quelques centaines d’années, exempt de toute maladie, aux pièces interchangeables et doté de grandes possibilités ? Qu’en ferions-nous, quelle vie serait alors la nôtre, avec quels projets, quelles ambitions ? Et toute prévision devient impossible si la partie « humaine » de cette machine mixte est dotée d’une vie créée artificiellement.

Tous ces projets, plus ou moins avancés mais au moins présents dans la pensée de ceux que l’on nommait autrefois des « savants fous », ne sont-ils pas le fait de mégalomaniaques détenteurs de gros moyens et faisant miroiter un avenir radieux et sans fin à des esprits somme toute bien faibles ? Les anciens Grecs avaient un mot pour désigner ce genre d’idées, l’hubris, la démesure, qui est une sorte de folie atteignant certains hommes quand ils défient les dieux en voulant les égaler, ou les lois de la nature en voulant s’en affranchir. À l’époque, les trois juges gardant l’entrée du monde des morts dirigeaient ceux-ci vers un lieu particulier, le Tartare, en première approximation assimilable à l’enfer chrétien.

Leurs équivalents actuels, bien réels eux, déifient la matière, dont la simple existence constitue alors la finalité et se déifient eux-mêmes, de façon plus ou moins consciente. Créer la vie est-il du domaine humain, « tuer la mort », comme l’on dit, est-il possible dans les lois de la nature ? Vivre pour vivre est-il un but pour l’homme ? La question du sens de la vie se pose avec acuité, dans ce monde qui nous est proposé.

Le vertige transhumaniste

Tout ceci conduit à des réflexions inquiétantes dont il est difficile de faire l’économie, alors que cette révolution est en marche. Le Franc-Maçon, la Franc-Maçonne se doivent d’y participer car elles concernent le devenir de l’humanité aussi bien que celui de l’individu que nous voulons construire.

Au départ, il s’agit de passer des soins classiques, de la « réparation » des corps, à l’augmentation de leurs capacités. Cela conduit à retarder le vieillissement, et donc la mort, en recourant à l’ingénierie médicale et génétique, en bref à passer des prothèses que l’on connaît à l’hybridation entre l’homme et la machine. Les partisans de ce « transhumanisme » estiment pouvoir ainsi corriger les inégalités génétiques lesquelles sont la cause « injuste » des maladies comme des différences du potentiel individuel. On passerait ainsi du hasard au choix5. Se pose alors inévitablement la question de la perfectibilité de l’homme, laquelle se trouve au cœur de la démarche maçonnique, au point d’être un critère de choix des candidats à l’Ordre : Est-il perfectible ? Les transhumanistes en effet remettent en cause non seulement le caractère inéluctable de la vieillesse et de la mort, mais cherchent en outre à développer les facultés intellectuelles et même émotionnelles.

Dans les principes, rien ne semble jusque-là rédhibitoire car ce projet ne vise, au moins dans un premier temps, qu’à retarder la mort de quelques décennies. Il est toutefois évident que le but ultime, même non avoué, deviendra, au fur et à mesure qu’elles se feront plus nombreuses, l’immortalité et, hors même toute question éthique ou religieuse, la question qui se pose est : pour faire quoi ? Quel pourrait être pour un individu quelconque l’intérêt de vivre, des siècles ou des millénaires durant, une existence oisive, car des robots feraient le travail ? Cela ne reviendrait-il pas au simple désir de perpétuer son Moi, la conscience que l’on a de sa personne et qui, en l’absence de but, n’aurait finalement aucun sens et déboucherait peut-être sur le désespoir et, pourquoi pas sur le suicide ? Ainsi serait d’ailleurs rétabli le cours naturel des choses, après des prolongations somme toute inutiles et qui ne sont pas sans rappeler l’attitude enfantine retardant le moment d’aller au lit : Encore un peu, s’il te plaît…

Qu’en est-il des qualités morales que nous nous évertuons à développer en nous ? Aucun problème pour les chercheurs, des techniques non invasives sont actuellement à l’étude pour les améliorer, mettant en jeu en particulier le magnétisme ou des courants électriques6. La « stimulation transcrânienne » du cerveau s’adresse aux courants électriques neuronaux. Elle consiste à lui appliquer un champ magnétique ou un courant électrique, dans les deux cas très faibles, grâce à des électrodes judicieusement disposées sur le crâne. Ces deux techniques, dont la première est connue depuis 1985 et la seconde depuis environ 2000, donnent lieu à de multiples travaux et sont en plein essor, ainsi que leurs dérivés. À quoi conduisent-elles ? C’est simple, à améliorer notre système sensoriel (la vue et l’ouïe sont particulièrement étudiées, mais aussi le toucher et la perception de la douleur), nos facultés intellectuelles (apprentissage, mémoire, créativité) et nos capacités physiques (endurance, agilité, puissance).

Tout cela pose déjà question, par exemple le dopage magnétique de nos champions sportifs ou notre propre dopage intellectuel pour passer un examen ou trouver du travail, et là encore, qu’en est-il des valeurs morales qui nous sont chères ? Eh bien nos chercheurs s’en occupent, gênés toutefois par la mauvaise connaissance des circuits cérébraux mis en jeu. Les recherches ont pour but, actuellement, d’augmenter nos connaissances à ce sujet mais gageons qu’elles déboucheront vite sur des thérapies et des techniques de « développement personnel. » Déjà, on a montré qu’il était possible d’augmenter le contrôle de soi, d’améliorer l’humeur (un appareil visant le bien-être est à l’étude), d’agir sur les fondements du jugement (intention, conséquences d’une action).

Une autre question qui se pose est celle de notre identité. Que restera-t-il de nous, si de microcourants suffisent à modifier notre personnalité ? Changer notre relation aux autres peut avoir de grands bénéfices thérapeutiques dans certaines pathologies, ou simplement améliorer certains comportements, comme la timidité excessive ou la peur de l’autre. Mais il est facile ensuite de déboucher sur une société aux individus à la tolérance « améliorée » et acceptant tout, ou à l’inverse n’acceptant aucune différence avec la norme reconnue et rejetant par conséquent les autres, jugés dangereux.

Il n’est pas question de refuser d’office toutes ces tentatives, au nom d’un ridicule principe de précaution, défavorable a priori à toute innovation, mais d’y réfléchir, de mettre en balance avantages et inconvénients, d’anticiper les conséquences et, en cas de risque et si les avantages escomptés sont suffisants, de mettre en place les parades appropriées. Parmi les dangers se trouvent ceux liés à la technique elle-même, ce sont paradoxalement les plus faciles à maîtriser, et il y a surtout ceux dus à l’homme, c’est là que le Maçon se sent directement concerné. Microcosme qu’il est, il sait que tout ce qu’il va découvrir en lui s’appliquera aux autres et encore plus, en confrontant ses découvertes avec celles de ses frères et sœurs, permettra de découvrir des solutions applicables dans la société.

On peut d’ores et déjà constater que le sentier de la Sagesse maçonnique écossaise, bien que fondé sur une méthode ancienne et une tradition immémoriale, loin d’être périmé, est au contraire entièrement d’actualité dans un monde en perpétuelle mutation, celle-ci s’accélérant au fur et à mesure de l’augmentation de notre savoir et de nos connaissances. La sagesse que nous espérons acquérir en le parcourant est donc capitale non seulement pour nous individuellement, son principal bénéficiaire, mais, par retombée, pour nos congénères, nos sociétés et l’ensemble de l’humanité. Les structures de réflexion éthiques des États sont indispensables, et il est tout aussi nécessaire qu’y participent des membres formés à la réflexion humaniste, morale et en outre spirituelle, dimension bien négligée actuellement.

L’Intelligence Artificielle

Ce domaine est en plein essor en certains pays et au contraire en retard dans le nôtre et pourtant, c’est bien lui qui conditionne notre avenir, de concert avec les visées transhumanistes et « d’amélioration de l’homme ». Il est fondé sur l’idée que, comme tout le reste, l’être humain ne serait constitué que d’algorithmes7 et cela concerne notre intellect et nos sentiments aussi bien que notre organisme. La vie elle-même, dont pourtant la nature nous échappe, serait alors un simple traitement de données. L’univers entier ne serait qu’un immense flux de données et tout phénomène ne serait qu’une façon particulière de traiter certaines d’entre elles. Cela va très loin, par exemple la différence entre le communisme et le capitalisme se trouvant, dans le système de traitement de données, dans le premier cas centralisé et dans le second avec un système distribué8.

Sentiments, désirs, pulsions reposeraient ainsi sur le calcul et sur des algorithmes biochimiques. Dans celui qui affronte un grand danger, la peur apparaît parce que des milliards de neurones dans son cerveau font un calcul aboutissant à une grande probabilité de mort imminente. Il est extrêmement troublant d’entrer ainsi dans nos processus biochimiques, dont nous n’avons pas conscience en raison de leur rapidité, et ce l’est encore plus si l’on admet que tout en nous est du même acabit, nos opinions politiques comme le choix de nos partenaires affectifs ou sexuels. Pour les spécialistes de l’Intelligence Artificielle, notre fameux libre arbitre ne serait qu’une illusion, on ne choisirait même pas ce que l’on pense en un instant donné ! Cependant, la liberté de penser acquise en quelques décennies sur le chemin maçonnique, essentielle à toute éventuelle sagesse, nous pousse à croire que les spécialistes de cette nouvelle science cèdent à un orgueil démesuré sur lequel nous reviendrons. Pour un Croyant par exemple, pourquoi la pensée ou la volonté divine ne nous parviendraient-elles pas par voie biochimique et algorithmique, qui ne sont in fine que des outils ?

Intelligence et conscience ne sont pas synonymes, la première consistant en la capacité à résoudre des problèmes, la seconde en la capacité à ressentir et les deux s’influencent mutuellement. Dans de nombreux métiers, la décision est prise en fonction de sentiments et l’on peut penser au Juge, qui décide en Justice et aussi en Équité, ce qui est équitable n’étant pas forcément identique à ce qui est juste au sens de respect d’une loi. L’Intelligence Artificielle ne semble heureusement pas en mesure d’acquérir une conscience, même si l’on peut lui apprendre à analyser les sentiments humains, il est donc heureusement peu probable d’aboutir à des machines qui deviendraient tueuses, quoique… Un défaut informatique est toujours possible, une faille peut apparaître au fur et à mesure de l’acquisition de données, sans même parler de virus. Et surtout, il existe déjà, au sein de certaines armées, une première génération de robots soldats sans conscience et donc capables de tout ce qu’on leur commanderait de faire. Et là encore, sans aller jusqu’au dictateur fou, dont pourtant quelques exemplaires circulent, ces robots insensibles seront obligatoirement programmés pour sauvegarder leur propre existence. S’ils se sentent menacés, à tort ou à raison, leur réaction est prévisible et leurs maîtres ne seront pas forcément en état ou en volonté de les arrêter.

Que peut faire l’individu moyen, face à ces perspectives inquiétantes ? Pas grand-chose hélas, sauf peut-être se comporter en individu sage, faisant régner la sagesse autour de lui, choisissant et promouvant des dirigeants sages, lesquels ne seront certainement pas ceux qui feront les promesses les plus belles ni les plus nombreuses. Ce seront peut-être, au contraire, ceux qui prévoiront la folie des hommes et s’en prémuniront en s’armant, à corps défendant, pour pouvoir continuer de vivre dans la paix et l’harmonie.

Les transhumanistes veulent s’affranchir du déterminisme des lois naturelles afin, disent-ils, de corriger les inégalités qu’elles engendrent. Dont acte, mais ces bienfaits ont toutes les chances d’être réservés à une petite fraction richement dotée, financièrement et intellectuellement, face à une humanité sans travail ou réduite en esclavage. Laissons le dernier mot sur ce sujet à l’astrophysicien Stephen Hawking, pour qui une Intelligence Artificielle forte serait un grand événement pour l’humanité. Mais, continuait-il, ce pourrait être le dernier.

La question du sens

Si les questions ci-dessus peuvent être celles de chaque humain qui s’interroge, face au monde de demain, celle du sens de la vie semble plutôt concerner ceux qui sont avides d’autre chose, ne concernant pas la matière dont nous sommes faits mais le pourquoi de notre existence. C’est le cas en particulier de ceux pratiquant les rites maçonniques spiritualistes, tel celui qui nous intéresse particulièrement ici, le Rite Écossais Ancien et Accepté, surtout dans sa version qui paraît la plus pure, celle de la Grande Loge de France (GLDF), et préoccuper moins les rites et obédiences dits sociétaux.

Mais tout ceci reste un peu théorique, car les rites maçonniques sont tellement bien faits qu’un athée convaincu découvrira à la Grande Loge de France la spiritualité qui lui conviendra alors qu’un croyant pourra s’épanouir dans certaines loges du Grand Orient de France (GODF). Les changements d’obédience sont d’ailleurs relativement rares, bien que non exceptionnels.

Souvent, vers le milieu de sa vie, un homme ou une femme ayant bien avancé dans la construction de sa vie matérielle, commence à s’interroger sur le sens qu’il veut lui donner et cela le conduit immanquablement à se demander si elle en avait un au départ, ou si son existence n’est que le résultat de l’application de lois physiques. Dans cette dualité de pensée, les religions donnent leur réponse, l’existence d’un Dieu créateur à la volonté duquel les hommes doivent obéir. Cela peut conduire à des réflexions d’une haute portée spirituelle et pourtant, en ce XXIe siècle, cela amène beaucoup d’insatisfactions. Peut-on imaginer une intelligence supérieure dictant aux hommes comment se comporter dans les moindres détails de leur vie, que manger et comment se vêtir, aboutissant, à l’extrême, à leur retirer toute liberté de choix ? Quel pourrait alors être le but d’une telle existence et quel serait celui du Créateur, lequel ne ferait que manipuler les pantins qu’il aurait créés, les forçant à appliquer des lois incompréhensibles pour eux et à chanter ses louanges ?

Un tel comportement est peu vraisemblable de la part d’un être supérieur, il ressemblerait plutôt à celui d’un homme ayant sombré dans l’excès et mû par son égo. Une autre hypothèse est beaucoup plus plausible, en considérant que cette volonté divine, réelle ou supposée, est transmise par des hommes, raisonnant avec leurs faibles moyens. Admettons qu’un humain ait effectivement connaissance de la volonté divine, comment pourrait-il la transmettre aux humains ? Il ne pourrait leur donner que la compréhension qu’il en a, reformulée avec ses mots qui ne correspondraient pas forcément avec la pensée d’origine, bref ce ne serait que la traduction humaine de conceptions d’un niveau supérieur. Nous ne pourrions tenter de retrouver ce message qu’en utilisant d’autres mots humains, substitués aux paroles divines !

Tout ceci est excellemment traduit dans la Bible, le Volume de la Loi Sacrée du RÉAA et des rites spiritualistes. Moïse, sur le Sinaï, rencontre Dieu mais ne peut le voir, car il lui dit : Nul ne peut me voir et vivre. Interprétation : la connaissance de Dieu, ou des forces inconnues que l’on désigne par ce nom, n’est pas à la portée des hommes. Plus tard, il reçoit les lois divines sous une forme écrite de la main de Dieu, mais, de colère, il détruit cette version originale, car le peuple adorait un veau d’or, tout comme les hommes de maintenant. L’appel de l’esprit est inaudible, face aux appétits matériels. Moïse retourne alors auprès de Dieu et celui-ci lui dit : Écris ces paroles, et il lui dicte ses lois que le prophète grave dans la pierre9. Ces nouvelles tables ne sont donc que la compréhension humaine d’un message reçu, on peut l’imaginer ainsi, d’une façon non verbale car le Dieu de Moïse ne s’adresse pas obligatoirement à lui en un langage articulé mais, plus probablement, sous forme de sentiments ou d’appels de la conscience, d’interprétation subjective.

Auparavant, Moïse avait essayé de comprendre qui était Dieu en lui demandant son nom, façon de lui dire « Qui es-tu », et Dieu répondit : « Je suis (ou serai) celui (ou qui) je suis (ou serai) », « l’Éternel10 », « Celui qui est, qui a été et qui sera », autant de façons humaines d’exprimer la réponse Eyeh achère Eyeh11, où Eyeh pourrait être le verbe « être », H’ayah au présent, temps n’existant pas en hébreu biblique !

Moïse, chargé de transmettre une parole divine déjà déformée par sa propre compréhension avait, de toute façon, la parole embarrassée et l’on pense généralement qu’il était bègue. C’est donc son frère Aaron, symboliquement autre face de lui-même, qui sera son porte-parole mais que pourra-t-il dire au peuple, sinon ce que lui-même comprendra de ce que lui dira Moïse ? Et au fil des siècles, les Grands Prêtres issus de la lignée de Aaron transmettront une Parole substituée dès l’origine et à laquelle ils apporteront leurs propres distorsions.

Moïse est l’archétype du prophète et les conclusions tirées de ses aventures peuvent être appliquées à tous ses homologues, cela devrait inciter les religions à l’humilité ! On peut postuler que le Dieu dont elles ont leur vision, dans sa Sagesse, a mis son message à la portée de ceux chargés de le recevoir et de le transmettre. Mais chacun de ceux-ci en aura malgré tout sa propre compréhension, c’est évident pour tous les messages, sacrés ou non, que chacun doit décrypter en recherchant derrière les mots la pensée qu’ils veulent faire passer, en s’éclairant de la compréhension des autres certes, mais en la prenant pour ce qu’elle est, une interprétation et non La Vérité. La réponse aux questions existentielles ne peut par conséquent être qu’individuelle.

Le ciel étoilé

Cette façon de voir est très habituelle en Franc-Maçonnerie, elle y est même généralisée par l’utilisation de symboles, images ou objets faisant naître des idées, par analogie, entre un signifiant et un signifié. Serait-elle également adaptée à la réflexion abstraite, comme celle ayant trait au sens de la vie ?

Elle semblerait s’y prêter tout particulièrement si l’on se réfère à l’exemple de la voûte étoilée, le ciel nocturne maintes fois chanté, à juste titre car comment rester insensibles devant sa beauté, comment ne pas ressentir de l’humilité devant sa grandeur, ni s’interroger sur notre place dans son immensité ? On peut postuler que c’est ce qui a inspiré nos lointains ancêtres, lesquels n’avaient que leurs sens et leur intelligence à leur disposition. Le feu leur a procuré l’opportunité de se poser des questions métaphysiques en observant le ciel étoilé grâce au confort de sa chaleur et à la peur qu’il inspire aux animaux. Aujourd’hui sa déclinaison moderne, la lumière électrique, produit plutôt l’effet inverse, voilant les étoiles par le halo lumineux omniprésent qu’elle provoque. Heureusement, pour ceux qui ont la chance d’en profiter, le plafond étoilé de la loge maçonnique ou la voûte de nos cathédrales y renvoient en pensée et font naître le même questionnement : « Quelle est ma place dans cet ensemble harmonieux ? »

La beauté de certains paysages ou édifices procure le même sentiment de paix, pourtant vite teinté d’angoisse. En effet, partout l’activité humaine laisse des traces, plaies dues à l’industrie, balafres des routes, cicatrices des friches industrielles. Combien y a-t-il de ces montagnes d’immondices dans lesquelles des enfants jouent en compagnie des rats, combien de ces poisons déversés dans les sols, de ces décharges à ciel ouvert laissées par ceux qui prétendent aimer la montagne, ou de sentiers bordés de canettes vides et d’emballages de barres énergétiques jetés par ceux qui proclament leur amour de la forêt ou de la nature ?

Tout cela n’est pas nouveau et là encore, le Volume de la Loi Sacrée précise bien les choses. Le Créateur a donné à l’homme un Paradis terrestre dont il n’a qu’à s’occuper, et il en a été chassé pour sa désobéissance aux ordres divins.

Traduisons. Notre (encore) belle planète bleue a en effet tout pour être un paradis terrestre, un jardin12 merveilleux. Pourtant, elle est dévastée du fait de l’homme, si ce n’est de sa faute. Maintenant, le Paradis terrestre de la Bible, réputé s’étendre à l’est de Jérusalem, est un désert, sous-entendu parce que l’homme ne l’a pas cultivé, dans lequel des oasis naguère réputées, comme celles d’Alep ou de Damas, sont des champs de ruine. La terre promise à Abraham est le théâtre de guerres incessantes.

De nos jours, la pollution lumineuse est telle que l’on ne voit que rarement le ciel nocturne. La plupart des citadins ne le voient même jamais ou presque et de toute façon, il n’y a plus qu’une cinquantaine d’étoiles à demeurer visibles à Paris, et encore, difficilement, alors qu’en haute montagne, il y en a près de trois mille ! On estime qu’un tiers de la population mondiale ne voit plus la voie lactée, qu’une bonne partie ne l’a jamais vue et ne la verra jamais. Ce n’est pas bien grave, dans l’esprit de nos hommes d’affaires, politiciens, hauts fonctionnaires ou scientifiques et pourtant, cela ne nous prive-t-il pas d’une source essentielle de contact avec une autre dimension de notre existence, ouvrant sur le sacré, sur les rapports entre l’homme et l’univers ? Le spectacle céleste devenu inaccessible, ne risquons-nous pas d’augmenter encore notre propension à l’égocentrisme, notre réflexion métaphysique atteindra-telle même celle de l’homme des cavernes qui, lui, la vivait pleinement et se posait des questions fondamentales qui sont aujourd’hui balayées d’un revers de main. Existe-t-il quelque chose de plus grand que moi, de plus grand que l’homme ?

Le destin de l’homme