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En s’incarnant, ce livre collectif réalisé après la canonisation de Charles de Foucauld tend à montrer à travers 30 témoignages ce que peut être nos vies chrétiennes à l’imitation de la vie de Jésus durant les 30 années qu’il a passé dans la plus grande discrétion à Nazareth et combien notre vie quotidienne avec ses beautés et ses grandeurs, mais aussi avec ses misères et ses difficultés, dans nos relations avec les autres et avec Dieu peut devenir comme un lieu de révélation et de divinisation dans l'Amour. En s’incarnant en Jésus fils de la Vierge Marie, le Verbe divin nous appelle à devenir par Lui, l’image du Père.
Oui il y a dans cette vie de Jésus à Nazareth qui est comme un lieu de révélation, une réelle spiritualité, tel un ‘’feu de braises’’, comme vient de le dire notre pape François, et qu'il est nécessaire à la suite de saint Charles de Foucauld d'approfondir à nouveau et d’expliciter par ceux qui en vivent , pour eux et pour les autres.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jacques Keryell membre de la Fraternité séculière Charles de Foucauld, diplômé du Centre International d'Études Philosophiques et Théologiques des dominicains de Toulouse (6 ans), complète sa formation par deux ans d'islamologie avec Louis Gardet et Louis Massignon à qui il a consacré huit ouvrages, a suivi des études d’arabe au Liban, au CREA des Pères Jésuites à Bickfaya.
Spécialiste de la céramique arabo-persane, membre de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts d'Angers, il a séjourné vingt ans au Maghreb et au Machreq. Il a été l’ami du Père René Voillaume, de Jacques Maritain, de Boutros Boutros Ghali, du cardinal Georges Cottier...
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Seitenzahl: 254
Veröffentlichungsjahr: 2023
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La spiritualité de Nazareth
Vivre aujourd’hui dans l’esprit de saint Charles de Foucauld
© Saint-Léger éditions, 2023.
Tous droits réservés.
Ouvrage collectif sous la direction de Jacques Keryell
La spiritualité de Nazareth
Vivre aujourd’hui dans l’esprit de saint Charles de Foucauld
Préface
Chères amies, chers amis,
Il en est de nos vies comme des étoiles. Ce n’est pas parce qu’elles ont disparu qu’elles ne continuent pas de briller dans le ciel et d’éclairer notre terre. Il en est ainsi de la vie de Charles de Foucauld, l’homme des Béatitudes. Sa canonisation (15 mai 2022) a révélé à beaucoup de nos contemporains comment sa vie continuait d’éclairer de nombreux chercheurs de Dieu dans notre monde.
Un grand merci à Jacques Keryell pour avoir rassemblé les témoignages des personnes qui ont été éclairées par la vie de Frère Charles. Comme tous les grands témoins de Jésus de Nazareth, Charles de Foucauld a fait de l’extraordinaire avec l’ordinaire de notre quotidien. Sans cesse, il a voulu imiter Jésus de Nazareth.
Dans l’Évangile de Luc, la Bonne Nouvelle commence dans l’humble maison de Marie à Nazareth. Elle a ouvert sa porte à l’envoyé de Dieu. C’est de maison en maison que la Bonne Nouvelle va se répandre. Chez Saint Luc elle se termine dans la maison des disciples d’Emmaüs. Luc continue dans les Actes des Apôtres avec la maison du Cénacle où va descendre l’Esprit Saint à la Pentecôte et où se trouve Marie. Les Actes des apôtres se terminent à Rome dans la maison que loue Saint Paul. Ce qui est surprenant c’est que tout a commencé à Nazareth en tant que lieu mais que Nazareth se vit partout. C’est donc un esprit beaucoup plus qu’un lieu et le symbole en est la maison ou la maisonnée. La Bonne Nouvelle est partie de ce lieu anonyme qu’est Nazareth, lieu dont on ne parle jamais dans l’Ancien Testament, pour arriver dans la capitale de l’Empire Romain. Les plus belles figures de l’humanité sont sorties de Nazareth : il s’agit bien sûr de Jésus et de Marie et de Joseph. Nazareth c’est donc le lieu où un homme ou une femme grandissent en humanité et en sainteté. La maison devient aussi le symbole du rassemblement des chrétiens dès les premières communautés d’où l’on parle d’Église domestique (domus en latin). C’est là où Dieu est enfanté et c’est la vocation de tout chrétien d’enfanter Dieu sur notre terre. Dieu ensuite naîtra où Il le voudra. Jésus va naître à Bethléem. Le landau que Marie avait préparé à Nazareth ne servira guère car nous n’avons pas prise sur la naissance de Dieu, que ce soit au niveau du cadran de nos montres ou dans les lieux prévus à cet effet.
Dieu est le Tout Autre et il choisit toujours les personnes et les lieux les plus discrets pour naître dans notre monde. C’est le message que Charles de Foucauld voudrait nous laisser pour notre temps. Regardez comme ce grain de blé jeté en terre désertique un jour de décembre 1916 a fécondé notre terre. Les témoignages que vous allez lire en sont l’illustration. Alors avec Jésus nous pouvons rendre grâce au Père en disant : « Père je te bénis d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout petits » (Luc 10,21).
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Jean Claude Boulanger (F. sacerdotale)
Évêque émérite de Bayeux-Lisieux
Prologue
Mon seul but en publiant ces témoignages des membres de la famille spirituelle de saint Charles de Foucauld, est de montrer aujourd'hui que cette spiritualité de Nazareth est toujours vivante et bien diversifiée. Je remercie toutes celles et ceux qui ont accepté d'y participer pour nous faire revivre les exigences de cette spiritualité dans des contextes combien nouveaux et si différents de celui dans lequel cette spiritualité est née à Nazareth il y a 2 000 ans. C'est pourquoi j'ai tenu à préciser très brièvement les bases de cette spiritualité, et le contexte de cette vie de Jésus à Nazareth, à partir d'un ouvrage intitulé « La Palestine au temps de Jésus-Christ », de Edmond Stapfer1, livre qui se fonde sur celui de Flavius Josèphe et du Talmud.
Puissent les nouvelles générations prendre conscience de la richesse de cette spiritualité et de vivre à leur tour ce que le Christ Jésus, le Verbe incarné en Marie, nous a laissé par son témoignage de vie à Nazareth, durant ses 30 années de travail, de relations, de vie familiale, sociale et religieuse et de prière.
J. K.
Message du pape François à la famille spirituelle Charles de Foucauld
Chers frères et sœurs
Soyez les bienvenus ! Je suis heureux de vous rencontrer et de partager avec vous la joie de la canonisation du frère Charles. En lui, nous pouvons voir un prophète de notre temps qui a su mettre en lumière l'aspect essentiel et universel de la foi.
L'essentiel, en condensant le fait de croire en deux mots simples, dans lesquels il y a tout : « Jesus – Caritas » ; et surtout en revenant à l'esprit des origines, à l'espritde Nazareth. Je vous souhaite à vous aussi, comme le frère Charles, de continuer à imaginer Jésus qui marche au milieu des gens, qui accomplit avec patience un travail difficile, qui vit dans le quotidien d'une famille et d'une ville. Comme le Seigneur est content de voir qu'on l'imite dans la voie de la petitesse, de l'humilité, du partage avec les pauvres ! Charles de Foucauld, dans le silence de la vie érémitique, dans l'adoration et le service des frères, a écrit que nous, « nous sommes portés à mettre au premier rang les œuvres dont les effets sont visibles et tangibles ; Dieu donne le premier rang à l'amour et ensuite au sacrifice inspiré par l'amour, et à l'obéissance dérivant de l'amour » (lettre à Marie de Bondy, 20 mai 1915). En tant qu’Église, nous avons besoin de revenir à l'essentiel, de ne pas nous perdre parmi tant de choses secondaires, au risque de perdre de vue la pureté simple de l'Évangile.
Et puis l'universalité. Le nouveau Saint a vécu son identité chrétienne comme frère de tous, à commencer par les plus petits. Il n'avait pas pour objectif de convertir les autres, mais de vivre l'amour gratuit de Dieu, en réalisant « l'apostolat de la bonté ». Il écrivait ainsi : « je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs et idolâtres à me regarder comme leur frère, le frère universel ! » (Lettre à Marie de Bondy, 7 janvier 1902). Et pour ce faire, il ouvrit les portes de sa maison, afin qu'elle soit « un port » pour tous, « le toit du bon Pasteur ».
Je vous remercie parce que vous continuez ce témoignage qui fait tant de bien, en particulier en un temps où l'on risque de s'enfermer dans les particularismes, d'accroître les distances et de perdre de vue son frère. Nous le voyons malheureusement dans les nouvelles de chaque jour.
Frère Charles, dans les travaux et dans la pauvreté du désert, racontait : « mon âme est toujours dans la joie » (lettre à l'abbé Velin, 1er février 1898). Chères sœurs et chers frères que la Vierge vous donne de conserver et de nourrir la même joie, parce que la joie est le témoignage le plus limpide que nous puissions donner à Jésus, en tout lieu et en tout temps.
De plus je voudrais remercier Saint Charles de Foucauld parce que sa spiritualité m'a fait beaucoup de bien quand j'ai étudié la théologie, un temps de maturation mais aussi de crises. Elle m'est parvenue à travers le père Paoli2 et à travers les livres du père René Voillaume, que je lisais sans cesse. Il m'a beaucoup aidé à vaincre les crises et à trouver un chemin de vie chrétienne plus simple, moins pélagienne, plus proche du Seigneur. Je remercie le Saint et je témoigne de cela, car il m'a fait beaucoup de bien.
Bonne mission. Je vous bénis et vous demande, s'il vous plaît, de continuer à prier pour moi.
Merci
La Spiritualité de Nazareth
Nous venons de célébrer la canonisation du bienheureux Charles de Foucauld à Rome le 15 mai 2022, cérémonie présidée par le pape François. Ceci me donne l'occasion de revenir sur la spiritualité de Nazareth qui a tellement marqué Charles de Foucauld et ses disciples depuis bientôt un siècle. Cette famille spirituelle saint Charles de Foucauld compte vingt groupes comprenant plus de treize mille membres à travers le monde. Je pense tout particulièrement aux Instituts séculiers et aux Fraternités séculières, à toutes celles et ceux qui, laïcs, mariés ou pas, prêtres, religieux et évêques, sont engagés dans le monde et dans l’Eglise. Il est bien triste de voir que les vocations se font rares, à commencer chez les Petits Frères de Jésus qui ont été à l'origine, avec le père Voillaume, de cette spiritualité après la Sodalité. Il me semble donc important, pour toutes et tous, d'approfondir à nouveau cette spiritualité de Nazareth, le monde a tellement changé. Ce livre se veut avant tout un recueil de témoignages de celles et de ceux qui vivent aujourd’hui cette spiritualité.
N'est-il pas étonnant que le Verbe divin, Jésus fils de la Vierge Marie, se soit incarné dans une famille tout ordinaire, dans un village inconnu, et que Jésus vécut la majorité de sa vie comme tout un chacun, ouvrier charpentier comme son père adoptif. Dieu n'a-t-il pas voulu nous montrer par là que Jésus avait aussi beaucoup de choses à nous dire par sa vie au quotidien, avant qu'Il ne parte sur les routes pour se révéler comme Fils du Père, pour appeler tous les hommes à la sainteté en les faisant enfants de Dieu, participants de sa vie divine dans l'Amour ? N'y avait-il pas déjà dans les trente années qu'il a vécues, enfant, adolescent et adulte, une révélation de ce que devrait être la vie ordinaire de tout un chacun, en nous mettant en communion avec Lui, en nous identifiant au Christ par l’Esprit Saint ? Le silence de Nazareth manifeste le réalisme de l’Incarnation où Dieu en Jésus assume toutes les dimensions de notre humanité dans sa routine et sa banalité. De plus, ce silence de la vie cachée manifeste encore que tout ce qui fait notre vie peut être un lieu de rencontre avec Dieu.
Quel est donc le cadre de cette spiritualité ?
Oui il y a dans cette vie de Jésus à Nazareth qui est comme un lieu de révélation, une réelle spiritualité, tel un “feu de braises”, comme vient de le dire notre pape François, et qu'il est nécessaire à la suite de saint Charles de Foucauld d'approfondir à nouveau et d’expliciter par ceux qui en vivent, pour eux et pour les autres.
S'il est important de relire les Écrits spirituels de Charles de Foucauld, ainsi qu’Au cœur des masses, les Lettres aux Fraternités et tout ce qui a été écrit sur cette spiritualité : la Parole, la relation, la Fraternité, l’abandon, la pauvreté, le culte eucharistique et j’en passe, il me semble important aujourd'hui, à chacune et à chacun, d'essayer de repenser pour lui-même et dans sa vie, quelles sont les exigences de cette spiritualité. Oui ces trente années de silence de Jésus à Nazareth ont beaucoup à nous dire.
Que signifiait pour le frère Charles vivre dans l'esprit de Jésus de Nazareth ? C’était méditer la Parole de Dieu, la mettre en pratique et vivre de l’Eucharistie au milieu des plus pauvres. L'Eucharistie pour lui c'était d'abord le sacrement de cette présence de Jésus, présence infiniment réelle, vivante, agissante, mais présence cachée, silencieuse, discrète, gratuite, dans une communion totale avec ce qui fait notre condition humaine. C'est « l’Emmanuel, Dieu avec nous » tous les jours, jusqu'à la fin du monde.
Sa passion pour Dieu, Père, Fils et Esprit, Trinité des Personnes, l’a amené à considérer toute personne humaine comme un frère et une sœur en Jésus. La Trinité pour nous chrétiens est le modèle de toute relation humaine appelée à se libérer de tout désir de convoitise ou de possession de l'autre. Dieu n'est qu'Amour. Cette force d'Amour qui existe entre le Père et le Fils, qui est cette personne, l’Esprit Saint, amena Charles de Foucauld à être frère universel dans l’unicité de son union en Christ. Cela consistait pour lui à vivre en solidarité avec les pauvres, se mettant à la dernière place, en parfaite communion et en sincère amitié avec tous ses frères humains, pour les comprendre, les aimer et apprendre aussi à en recevoir, comme cela fut le cas, quand mourant à Tamanrasset, les femmes touareg lui sauvèrent la vie en lui apportant du lait de leurs chèvres.
Enfin, saint Charles de Foucauld avait compris que pour concilier une vie quotidienne et la prière, il devait développer en lui cette spiritualité très ancrée dans le réel, comme Jésus à Nazareth. « Jésus n’est pas venu abolir, mais accomplir. Il n’est pas venu condamner le temps ordinaire, mais le sauver de la morosité. » (Marguerite Lena)
« L'apostolat de la présence » consistait pour le frère Charles à crier l'Évangile par toute sa vie. Mais pour cela, il devait aussi respecter le silence intérieur et se mettre à l'écoute de ce que Dieu attendait de lui dans un parfait abandon, une totale déprise de lui-même. La sainte famille n’est-elle pas une école du silence ?
Les bases de toute spiritualité : la Parole, l’Eucharistie et la Fraternité
Comment vivre aujourd’hui de cette spiritualité dans un monde si diversifié, si déshumanisé ? La base de toute vie chrétienne, le roc sur lequel elle est construite, n'est autre que l'Amour du Christ, l’Amour de Dieu, l’amour de nos frères en humanité. Il est important et même essentiel de laisser s’accomplir en nous le travail de l'amour que le Christ a mis dans nos cœurs au moment de notre baptême, pour Lui et pour tous les Hommes. C'est seulement dans le quotidien ordinaire, à condition que la Parole de Dieu, l'Eucharistie et la Fraternité soient au centre de nos vies, que pourront se réaliser la croissance et la maturation de chacun d'entre nous, devant Dieu et devant les Hommes.
Il faut que l'œuvre de nos vies, soit la sienne. Notre vocation chrétienne est divine par son origine, par son but et par ses moyens de rayonnement. Le cœur de Jésus est un mystère insondable. Il était Lui, Verbe incarné, le réceptacle de l'Amour créateur et rédempteur, fin suprême de toute créature. Son cœur était de notre race, mais combien plus sensible que le plus pur d'entre nous. Où donc Jésus mettait-il son cœur ? Dans sa prière à son Père bien sûr, mais encore dans sa communion aux joies et aux peines de sa famille, de ses amis, de ses voisins, dans son travail et ses loisirs, enfin dans tout ce qui a fait sa vie de chaque jour. Efforçons-nous, nous aussi, d'y mettre tout notre cœur. Cherchant le pur Amour, nous serons avec Lui et par Lui sauveurs d'une multitude.
Il est indispensable de préciser ici une chose capitale, je veux parler du sacerdoce royal qui est le propre de tous les baptisés. Le sacerdoce royal du peuple de Dieu est indiscutablement basé sur des textes scripturaires, notamment les suivants :
- « Et vous-mêmes comme des pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’une maison spirituelle, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ (1 Pierre 2.5).- « Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelé des ténèbres à son admirable lumière, vous qui, autrefois, n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obtenait pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde » (1 Pierre 2, 9-10). - « Tu as fait d’eux pour notre Dieu une royauté de prêtres régnant sur la terre » (Ap 5.10).
Ainsi fut affirmé dès le début du christianisme que le Peuplede Dieu, devenu Église du Christ, son corps mystique, participe désormais à Son Sacerdoce Unique. La célébration eucharistique requiert donc une « participation active, pleine et consciente » dont la réalité profonde est avant tout d’ordre spirituel. C’est ce que rappellera Jean-Paul II dans son encyclique, Ecclesia de Eucharistia : « En donnant son sacrifice à l'Église, le Christ a voulu également faire sien le sacrifice spirituel de l'Église, appelée à s'offrir aussi elle-même, en même temps que le sacrifice du Christ. » Tel est l’enseignement du Concile Vatican II concernant tous les fidèles : « Participants au Sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine, et s'offrent eux-mêmes avec elle ».
C'est aussi ce que dit le prêtre durant la prière eucharistique numéro quatre : « Accorde à tous ceux qui vont partager ce pain et boire à cette coupe d'être rassemblés par l'Esprit Saint en un seul corps pour qu'ils deviennent eux-mêmes dans le Christ, une vivante offrande à la louange de ta gloire ».
Mais il ne faut pas s’arrêter là. Pour un chrétien qui a participé à l'Eucharistie et qui s'est offert lui-même en union au sacrifice du Christ, il y a une autre offrande qui est celle de sa vie au quotidien. Comme le dit saint Paul, il faut : « que vous mangiez ou que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1Cor, 10:31), là où le chrétien fait de sa vie quotidienne une offrande à son Père céleste. Croître en humanité et en capacité d’amour de Dieu et de notre prochain, tel est le sens de notre vie ici-bas. .
Mais il y a plus encore. L'Eucharistie célébrée nous jette dans la vie pour que, revêtus de ce sacerdoce, nous soyons eucharistie pour nos frères et nos sœurs et comme le disait Jacques Maritain au père Voillaume : « soyez utilement dévorables ».
Écoutons saint Irénée « Lorsque le Verbe de Dieu se fit homme, se rendant semblable à l'homme, Il rendit l'homme semblable à Lui, pour que, par la ressemblance avec le Fils, l'homme devienne précieux aux yeux du Père. Dans les temps antérieurs, en effet, on disait bien que l'homme avait été fait à l'image de Dieu, mais cela n'apparaissait pas, car le Verbe était encore invisible, Lui à l'image de qui l'homme avait été fait : c'est d'ailleurs pour ce motif que la ressemblance s'était facilement perdue. Mais, lorsque le Verbe de Dieu se fit chair (Gn 1,26), Il confirma l'une et l'autre : Il fit apparaître l'image dans toute sa vérité, en devenant lui-même cela même qu'était son image, et Il rétablit la ressemblance de façon stable, en rendant l'homme pleinement semblable au Père invisible par le moyen du Verbe dorénavant visible » (Adversus haereses, V, 16, 2).
Ainsi, ce n'est pas l'homme qui a offert au Christ un corps pour s'incarner, tellement il leur était semblable, mais l'homme a été créé à l'image du Christ, corps et âme. Le Christ est l'image visible de Dieu invisible. « Qui me voit, voit le Père ». L'homme est appelé à devenir semblable au Christ. Ainsi l'homme, dans la vision biblique créé à l'image de Dieu, est placé dans un devenir, dans une dynamique de croissance pour atteindre à une pleine maturité celle de la ressemblance. La ressemblance avec Dieu donne à l'homme une orientation, une perspective de croissance qui suppose une coopération, un accord des deux libertés : divine et humaine. Conçu par Dieu à son image, il nous revient d’œuvrer pour parvenir à la ressemblance du Christ, notre frère, de façon unique et personnelle, La sanctification de l'homme, sa divinisation est donc le fruit de la coopération de la liberté de l'homme et de la grâce divine, ce pourquoi Le Verbe de Dieu s’est incarné.
Ce dont nous avons besoin, c’est de l’aide de l’Esprit Saint, afin de vivre comme de vrais fils et de vraies filles de Dieu, comme un autre Christ, comme ses propres enfants ! Et cette Toute-puissance Divine est en nous ! Elle est là ! Nous devons la laisser agir librement, à nous de Lui demander : « Il faut qu’Il croisse et que je diminue » (Jn 3, 30). L’exercice de la Pauvreté et de l’Humilité, celles des Béatitudes évangéliques, est ici indispensable.
Dans son encyclique « Fratelli Tutti » le pape François concluait : « Je voudrais terminer en rappelant une autre personne à la foi profonde qui, grâce à son expérience intense de Dieu, a fait un cheminement de transformation jusqu’à se sentir le frère de tous les hommes et femmes. Il s’agit du bienheureux Charles de Foucauld.
Il a orienté le désir du don total de sa personne à Dieu vers l’identification avec les derniers, les abandonnés, au fond du désert africain. Il exprimait dans ce contexte son aspiration de sentir tout être humain comme un frère ou une sœur, et il demandait à un ami : « Priez Dieu pour que je sois vraiment le frère de toutes les âmes […] ». Il voulait en définitive être « le frère universel ». Mais c’est seulement en s’identifiant avec les derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous. Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. Amen ! ».
Enfin, l‘action rédemptrice du Christ ne s’est pas déroulée qu’au calvaire, elle a commencé à Nazareth. À nous encore de nous y associer. Ainsi sera vécu cet amour rédempteur dans la vie de famille et sociale, le travail, la prière et tout ce qui fait notre vie au quotidien.
Qu'a été Jésus enfant, adolescent, adulte, ouvrier charpentier dans ce petit village qu'était Nazareth ? Les Évangiles ne nous en disent rien. On sait simplement que lorsqu'il commença à prêcher, à parler de Lui, Fils du Père, à faire des miracles, les siens se sont posé des questions et ses compatriotes ne l'ont pas cru, tellement il leur était semblable. « N'es-tu pas le fils de Joseph le charpentier, de Marie, tes frères et sœurs ne sont-ils pas là auprès de nous ? » Ils ont même voulu le jeter du haut de la falaise. Si donc Jésus a passé trente années de sa vie, incognito, comme tout un chacun, c'est qu'Il avait quelque chose à nous faire comprendre de ce que doit être la vie d'un chrétien dans sa vie quotidienne. Si Dieu est Amour dans le Christ, notre vie ne pourra se construire que par et sur cet Amour.
Nazareth : un lieu de vie
J’ai voulu tout d'abord faire une courte présentation du milieu où Jésus demeura durant les trente années de sa vie en famille, pour faire ressentir dans quel contexte II vécut cette spiritualité. Aujourd’hui, le milieu de vie de chacune et chacun d’entre nous sera bien sûr différent, mais inspiré par la même spiritualité. Il est venu nous révéler le sens même de sa présence au monde. Il est venu en quelque sorte diviniser nos vies. Nazareth signifie pour nous que c'est l'amour qui unifie et qui ressource. L'amour seul est capable de transfigurer nos quotidiens.
Nazareth est un village situé en Galilée. Qui étaient ces juifs galiléens dont Jésus faisait partie ? Le prophète Isaïe lui-même avait parlé de « Galiléedes gentils ». Nous ne savons pratiquement rien de ces Galiléens vivant à l'écart de Jérusalem, dans un territoire qui avait connu beaucoup d'invasions. « La Galilée des Nations » (Is 8,23) est ainsi nommée à cause des transbordements de populations que connut cette région (2 R 15,29). Cette expression fut reprise par les auteurs du livre des Macchabées (1 M 5,15) pour désigner la région « des étrangers » en opposition à la Judée. Les Judéens méprisaient les Galiléens et leur reprochaient d'avoir une pratique religieuse impure, un langage grossier et d'avoir pour origine des Gentils mélangés à des descendants des Dix Tribus qui n'étaient pas partis en captivité. Pourtant les Galiléens étaient bien restés fidèles à Yahvé, le Dieu d'Israël, en conservant les grandes traditions de l'Exode, de l'Alliance, la Loi de Moïse et ils célébraient le shabbat. Cependant, ils n'avaient pas de centre de culte comme le temple à Jérusalem. Les habitants de Galilée, contemporains de Jésus, étaient bien des juifs, pratiquant les mêmes prières et les mêmes rites de purification que les habitants de Judée. La Galilée, tout en étant reliée à la Judée, apparaît à l’époque comme une région parfaitement définie, avec une population différente, qui avait gardé une personnalité propre. Les Galiléens n'avaient jamais connu une influence religieuse aussi forte que celle qui avait marqué les habitants de Jérusalem et de la Judée.
Lorsque Jésus se rendait à Jérusalem en pèlerinage avec ses parents et sa famille, ils franchissaient en quelque sorte une barrière, car ils venaient des marges géographiques de Galilée. Nombre de juifs galiléens avaient cependant des parents et des contacts en Judée. La Vierge Marie est allée à Aïn Karem en Judée, visiter et aider sa cousine Élisabeth, Joseph son époux est allé à Bethléem pour s’y faire recenser avec Marie. Les Galiléens parlaient l’araméen. L'araméen est une langue sémitique proche parente de l'hébreu et du phénicien. C'était la langue maternelle de Jésus. Plus tard, c'est la langue avec laquelle il délivrera son message, car la population juive, aussi bien en Galilée qu’en Judée, parlait l'araméen dans la vie courante. Leur accent trahira l'origine galiléenne de Pierre et de Jacques, de Jean et de Jésus. L’hébreu était conservé en tant que langue sacrée au temple, dans la lecture de la Bible et dans certaines prières.
Voici ce que disait le pape Paul VI lors de sa visite à Nazareth le 5 janvier 1964 :
« Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus : l’école de l’Évangile. Ici on apprend à regarder, à écouter, à méditer et à pénétrer la signification, si profonde et si mystérieuse de cette très simple, très humble et très belle manifestation du Fils de Dieu. Peut-être apprend-on même insensiblement à imiter. Ici on apprend la méthode qui nous permettra de comprendre qui est le Christ. Ici on découvre le besoin d’observer le cadre de son séjour parmi nous : les lieux, les temps, les coutumes, le langage, les pratiques religieuses, tout ce dont s’est servi Jésus pour se révéler au monde »… « Ici tout parle, tout a un sens. Tout revêt une double signification : une signification extérieure d’abord, celle que les sens et les facultés de perception immédiate peuvent tirer de la scène évangélique, celle des gens qui regardent l’extérieur, qui se contentent d’étudier et de critiquer le vêtement philologique et historique des livres saints, ce que le langage biblique appelle « la lettre »… « Nous ne partirons pas cependant sans avoir recueilli à la hâte, et comme à la dérobée, quelques brèves leçons de Nazareth. … Une leçon de silence… une leçon de vie familiale… Une leçon de travail »
Nazareth que le pape Paul VI a donc appelé « l’école de l’Évangile » ne comptait que de 200 à 400 habitants.C’était un petit village situé dans la zone montagneuse de basse Galilée. Les maisons étaient disséminées sur les versants les plus ensoleillés sur lesquels on cultivait la vigne. Les oliviers et les figuiers poussaient dans les parties rocheuses. Dans les champs accrochés au flanc de la colline on cultivait du blé et de l’orge. Par contre, les parties ombragées de la vallée et les terres alluvionnaires permettaient la culture des légumes : lentilles, haricots, fèves et autres, là où jaillissait une source abondante, et où Marie et toutes les femmes allaient peut-être chercher leur eau.
Les maisons d'ordinaire ne comportaient qu'une seule pièce où vivaient et dormaient tous les membres de la famille. Dans cette seule pièce tout y était réuni : la cuisine, les tapis sur lesquels on s'étendait pour dormir, ou le lit : simple couchette, des nattes et des coussins sur lesquels on s'asseyait à la mode orientale, quelques vases d'argile, une mikvaot, jarre pour les ablutions et un coffre. Outre ces objets, chaque maison avait une lampe à huile pour éclairer, un boisseau, des outres pour le vin. Le boisseau était un objet essentiel dans la demeure des villageois. Placé à terre et retourné, il remplaçait la table absente. En fait, le boisseau était un récipient de mesure pour les grains et la farine. On lit chez saint. Mathieu : (V. 15). « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sûr le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison », Chaque maison donnait sur une cour intérieure partagée par trois ou quatre familles. C'est là que se déroulait l'essentiel de la vie domestique. C’était le lieu privilégié des petits enfants, là où Jésus venait jouer avec ses amis, riant mais aussi pleurant comme tous les autres. Les adultes s’y retrouvaient le soir pour y veiller ensemble. .
La cour abritait des biens communs, le petit moulin dans lequel les femmes venaient moudre le grain et le four où elles cuisaient le pain. On y rangeait aussi les outils.
Si nous n'avons pas beaucoup de détails concernant la naissance d'un enfant en milieu juif à cette époque, nous savons que cette naissance était toujours considérée comme un événement heureux. Cependant, on se réjouissait moins de la naissance d'une fille que de celle d'un garçon. Tout cela parce que l'éducation d'une fille demandait beaucoup de soins et au moment du mariage il fallait lui donner la dot. Les mamans allaitaient leurs enfants et le Talmud leur imposait cette charge comme un devoir. On ne sevrait les enfants qu'à deux ou trois ans et à cette occasion, on faisait un festin. Les garçons étaient circoncis huit jours après leur naissance. Celui qui circoncisait l'enfant prononçait les paroles suivantes : « Béni soit le Seigneur notre Dieu qui nous a sanctifiés de ses préceptes et nous a donné la circoncision ». Le père de l'enfant continuait en disant : « Béni soit-il, Lui qui nous a sanctifiés de ses préceptes et nous a donnés d'introduire notre enfant dans l'alliance d'Abraham notre père ». Ce jour-là, on donnait à l’enfant son nom. Rappelons-nous comment cela s’est passé pour Jean Baptiste. La cérémonie terminée, on se réunissait pour un repas en famille.
Pour les mamans, après l’accouchement, le temps dit de l'impureté des sept jours étant passé, la mère restait encore chez elle 33 jours pour un garçon et 70 pour une fille. C'est alors qu'elle pouvait se rendre au temple pour faire l'offrande d'un agneau en sacrifice si elle était riche. Si elle était pauvre, la loi l'autorisait à n'offrir que deux pigeons ou une paire de tourterelles. C’est ce que fit la Vierge Marie. Seul l’Évangile de Luc parle de cette Présentation de Jésus au temple.
En ce qui concerne Jésus, nous savons par l'Évangile qu’il n'en fut pas exactement comme cela. En effet, Jésus est né à l’écart, loin de toute famille, dans une grotte où se trouvaient des animaux et fut déposé dans une mangeoire. C'est là, encore, selon les Évangiles, que les bergers vinrent le visiter. La sainte famille est-elle restée huit jours dans la grotte avant de se rendre à Jérusalem pour la circoncision de Jésus et ensuite, beaucoup plus encore, pour la Présentation au temple ? Où les mages sont-ils venus l'adorer ? Ce que nous savons c'est qu'après tout cela, « l’ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte, et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse. Car Hérode va chercher l’enfant pour le faire mourir. Joseph se leva, prit de nuit l’enfant et sa mère et se retira en Égypte ». Seul l’Évangile de Mathieu parle de cette fuite en Égypte ! (Mt 2 ; 13,14)
