Le Chemin de l'Eveil - Catherine Despeux - E-Book

Le Chemin de l'Eveil E-Book

Catherine Despeux

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Beschreibung

Le Chemin de l'Éveil illustré par le dressage du buffle dans le bouddhisme Chan, le dressage du cheval dans le taoïsme, le dressage de l'éléphant dans le bouddhisme tibétain.

Un recueil commenté de textes d'éveil spirituel issus des traditions bouddhiques et taoïstes, où la trajectoire spirituelle est représentée par les étapes de dressage du buffle, du cheval et de l'éléphant. Les textes chinois, tibétains et japonais sont accompagnés de leurs traductions en français et de leurs illustrations traditionnelles.

Découvrez les étapes de l'éveil à travers des textes chinois, tibétains et japonais accompagnés de leurs traductions françaises et de leurs illustrations traditionnelles.

EXTRAIT

Les antécédents des différentes versions du dressage du buffle ne se réduisent pas à la seule littérature bouddhique antérieure. En effet, il faut remarquer que la dynastie des Song (960-1278), époque à laquelle apparaissent les premières versions illustrées, fut fertile en dessins et représentations graphiques. C’est de cette époque que datent les premières représentations connues de la « Carte de la Luo » (Luoshu), du « Dessin du fleuve » (Hetu), du « Diagramme du Taiji » (Taijitu) et du « système des cinq positions » (wuwei). Ainsi, les illustrations du dressage du buffle s’inscrivent parmi les représentations graphiques de différents systèmes philosophiques.
S’il est difficile de préciser dans quel milieu sont apparues les représentations du Luoshu, du Hetu et du Taijitu, on sait que le système des cinq positions (wuwei) est né dans une école du bouddhisme chan, au IXe siècle, soit quelque temps avant les premières illustrations du dressage du buffle. Cela nous a incités à examiner de plus près les points communs entre ces deux systèmes de représentations.
Le « système des cinq positions » prit naissance avec Dongshan Liangjie et fut développé par son disciple Caoshan Benji, ces deux maîtres chan étant les fondateurs d’une des cinq écoles principales du bouddhisme chan : la secte Cao Dong. Il eut pour titres : « système des cinq positions du droit et de l’oblique » (pianzheng wuwei) ou « système des cinq positions du prince et du ministre » (junchen wuwei). Les cinq positions sont :
1. Droit dans l’oblique (absolu dans les phénomènes). Le prince voit le ministre.
2. Oblique dans le droit (phénomènes dans l’absolu). Le ministre se tourne vers le prince.
3. Le droit en tant que tel. Le prince seul.
4. L’oblique seul. Le ministre seul.
5. Indifférenciation des deux, prince et ministre en union.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Catherine Despeux, sinologue bien connue et auteur de nombreux ouvrages portant notamment sur le taoïsme, est professeur émérite à l’Inalco et administratrice de l’Institut d’études bouddhiques.

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Seitenzahl: 104

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Couverture

4e de couverture

Quelques ouvrages du même auteur

QUELQUES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Les Entretiens de Mazu, maître Chan du VIIIe siècle,traduction d’un classique du bouddhismechan,Paris, Les Deux Océans, 2000 (1reéd. 1980).

Taiji quan, art martial, technique de longue vie,Paris, Guy Trédaniel, 1990 (1reéd. 1981).

Bouddhisme et lettrés dans la Chine médiévale(éd.), Paris, Peeters, 2002.Sūtra de l’Éveil parfait et Traité de la naissance de la foi dans le Grand Véhicule,traduction de deuxsūtrades dynasties Sui et Tang rédigés directement en chinois, Paris, Fayard, 2005.

Lao-tseu. Le guide de l’insondable,Paris, Entrelacs, 2010.

Le Qigong de Zhou Lüjing – la moelle du Phénix Rouge (Chiffeng Sui) XVIe siècle,Paris, Guy Trédaniel, 2011.

Pratiques des femmes taoïstes. Méditation et alchimie intérieure,Paris, les Deux Océans, 2013.

La Passe sans porte, traduction et présentation d’un recueil de 48koan des maîtres du bouddhismechancompilé par le moinechinois Wumen Huikai, Paris, seuil, 2014.

La première édition de cet ouvrage a été publiée en 1981

Titre

Copyright

Composition : Jean-Marc Eldin et Carole Fisbach.

Mise en pages : Jean-Marc Eldin d’après Richard Wong.

En couverture : « Buffle meuglant près d’un étang bordé de saules » (柳塘呼犊图).

Peinture anonyme pour éventail (24,9 × 26,6 cm). Collection du Musée national du Palais à Taipei (Taiwan).

©L’Asiathèque,

11, rue Boussingault, 75013 Paris, et Catherine Despeux, 2015, 1re éd. 1981.

[email protected]–www.asiatheque.com

ISBN : 978-2-36057-123-9 Avec le soutien du

INTRODUCTION

Selon le bouddhisme chan, la nature de bouddha est donnée à tous, chacun étant un éveillé qui s’ignore. Aussi ne peut-il être question d’« obtenir l’Éveil », état dans lequel disparaissent la distinction sujet-objet et les notions de perte et d’obtention. Pourtant l’homme ordinaire doit le « réaliser » et, pour ce faire, parcourir un chemin au bout duquel il redécouvre cet inconcevable et inexprimable état d’Éveil.

Si certains textes bouddhiques emploient le raisonnement et la logique, d’autres ont plutôt recours à des métaphores. Ils ne cherchent pas à expliquer, mais à permettre d’appréhender les points essentiels de la doctrine et à susciter directement l’expérience d’Éveil. Les métaphores les plus courantes sont celles du rêve, du reflet de la lune dans l’eau, de la bulle d’air, etc. Plus que tous les autres, les textes du chan révèlent ce souci d’éviter les discours doctrinaux et d’employer de préférence des images, des moyens quasi pédagogiques d’enseignement.

C’est à partir du VIIe siècle que s’est développée dans le chan la métaphore du dressage du buffle comme illustration du chemin vers l’Éveil. Puis un peu plus tard, probablement aux alentours du Xe-XIe siècle, sont apparus des poèmes et des illustrations développant en plusieurs étapes le dressage du buffle. L’apparition de telles illustrations n’est pas un fait isolé. D’une part, elle participe d’un mouvement général sous la dynastie des Song de représentations graphiques de systèmes philosophiques, ou pure ment artistiques. D’autre part, elle correspond à l’apparition et à l’expansion en Chine de la xylographie comme moyen de diffusion à grande échelle d’écrits profanes et bouddhiques accompagnés le plus souvent de figures ou de représentations.

Malgré la proscription de 845 contre le bouddhisme en Chine, le chan non seulement a continué à être florissant, mais il s’est développé et divisé par la suite en cinq écoles principales, celles de Cao Dong, Linji, Fayan, Yunmen, Gui Yang. C’est principale ment dans deux de ces écoles, les écoles Cao Dong et Linji que se sont développées les versions illustrées du dressage du buffle.

LE DRESSAGE DU BUFFLE DANS LE BOUDDHISME CHAN

Une version de ce dressage en dix étapes a été portée à la connaissance des lecteurs français dès 1930, avec la traduction par Paul Petit des poèmes de Kuoan, présentée dans la revue Commerce (dont Paul Valéry était l’un des directeurs). En Chine et au Japon, les versions en dix étapes furent les plus répandues. Cependant, on trouve dans plusieurs ouvrages du bouddhisme chan des versions en quatre, cinq, six, huit et douze tableaux.

Il faut noter dès l’abord que la description des étapes de la Voie intérieure dans le dressage du buffle est loin d’être aussi précise et rigoureuse que dans les textes bouddhiques qui décrivent par exemple les dix terres que doit parcourir le bodhisattva, le « candidat à l’Éveil », chaque terre étant affectée de caractéristiques précises et qui ne varient guère d’un texte à l’autre. C’est ici davantage l’inspiration poétique de l’auteur qui paraît avoir dicté le nombre des étapes menant à l’Éveil, encore que le choix du chiffre dix ait pu être influencé par l’existence des dix terres. Mais plus que d’étapes, il s’agit de descriptions d’états.

On peut distinguer deux tendances principales dans les différentes versions du dressage du buffle : celles qui mettent l’accent sur la progression des étapes et semblent une description du travail mental effectué au cours de la méditation assise ou lors des activités quotidiennes, et celles qui se concentrent sur l’expérience de l’état d’Éveil et mettent en relief son caractère subit. Nous retrouvons ici la distinction dans le bouddhisme chan entre deux courants : le courant gradualiste et le courant subitiste illustrés par les deux stances célèbres de shenxiu et Huineng :

Shenxiu :

Le corps est l’arbre de l’Éveil

L’esprit est comme un miroir clair.

Appliquez-vous sans cesse à l’essuyer

Afin qu’il soit sans poussière.

Huineng :

L’Éveil ne comporte point d’arbre

Ni le miroir clair de cadre.

La nature de bouddha est éternellement pure

Où y aurait-il de la poussière ?

Ainsi la version en dix étapes de Puming marque une purification progressive de l’esprit, puisque le buffle blanchit au cours des étapes, alors que dans la version en dix étapes de Kuoan, le buffle est blanc dès le début, car il s’agit de retrouver un buffle qui n’a jamais été égaré.

Que signifie le buffle ? Il représente notre nature propre, la nature d’Éveil, la nature de bouddha, l’Ainsité. L’homme symbolise l’individu, l’être humain ; le bouvier, la partie de l’individu qui se tourne vers la nature profonde ; la corde et le fouet sont les moyens habiles, les différentes méthodes de travail mental qui guident vers l’Éveil. L’idée de dressage implique celle d’un long travail constant, quotidien, effectué avec une grande patience et une vigilance sans relâche. Cette idée de dressage ou domptage n’est pas nouvelle, on trouve dans nombre de textes bouddhiques l’expression « esprit à dompter » (diao fu xin).

Certaines versions mettent l’accent sur la notion bouddhique de retournement, d’inversion, car c’est une inversion de notre esprit qui engendre les illusions et le monde extérieur tel qu’on le vit d’ordinaire.

Les maîtres chan n’ont pas été les seuls à recourir à la métaphore du dressage d’un animal sauvage. Il faut noter en Chine l’existence d’une version taoïste du dressage du cheval due à un certain Gao Daokuan. Ce dernier appartenait à l’école quanzhen qui s’est développée à partir des Song et fut fortement influencée par le bouddhisme chan, à tel point que certains textes de cette école, s’ils ne contenaient deux ou trois termes taoïstes, sembleraient du chan pur. L’auteur de cette version du cheval a connu les étapes du dressage du buffle, dont sa version est probablement dérivée.

Enfin l’on retrouve au Tibet une version du dressage de l’éléphant dont les illustrations les plus anciennes qui nous soient parvenues datent du XVIIe siècle. Les données actuelles ne nous permettent pas de dire si le thème et les illustrations du dressage de l’éléphant précèdent ceux du dressage du buffle ou inversement, ni quelles furent leurs influences réciproques. Notons que cette version illustre une philosophie autre : celle des neuf étapes du śamatha du bouddhisme vijñānavāda.

I LE DRESSAGE DU BUFFLE EN DIX ÉTAPES

VERSION DE PUMING

Pas encore dressé

L’animal rue, les cornes haut dressées,

Et galope, toujours plus loin, le long des torrents.

Un noir nuage obstrue l’entrée du val,

Que d’herbes tendres écrase-t-il à chacun de ses pas1 !

未 牧 第 一

猙 獰 毛 角 恣 咆 哮

犇 走 溪 山 路 轉 遙

一 片 黑 雲 橫 谷 口

誰 知 步 步 犯 佳 苗

Le début du dressage

Je possède une corde tressée passée dans ses naseaux,

Et le fouette sévèrement à chaque tentative de fuite.

Il a toujours été d’une nature vile et rétive,

Et le bouvier doit encore de toute sa force le tirer.

初 調 第 二

我 有 芒 繩 騫 鼻 穿

一 迴 奔 競 痛 如 鞭

從 來 劣 性 難 調 制

猶 得 山 童 盡 力 牽

Le dressage

Peu à peu dressé et soumis, il cesse de gambader.

À travers rivières et nuées, pas à pas il suit le bouvier,

Qui tient d’une main ferme la corde, sans jamais la relâcher,

Et veille tout le jour, oubliant sa fatigue.

受 制 第 三

漸 調 漸 伏 息 奔 馳

渡 水 穿 雲 步 步 隨

手 把 芒 繩 無 少 緩

牧 童 終 日 自 忘 疲

L’animal tourne la tête

Après un long travail assidu, il tourne la tête.

Son esprit fou s’assagit progressivement.

Mais le bouvier, toujours défiant,

L’attache encore avec la corde.

迴 首 第 四

日 久 功 深 始 轉 頭

顧 狂 心 力 漸 調 柔

山 童 未 肯 全 相 許

猶 把 芒 繩 且 繫 留

L’animal est dressé

Près de l’ancien torrent, à l’ombre du saule vert,

L’animal lâché se promène à son gré.

Au crépuscule, à travers les prés odorants et les nuées bleutées,

Le bouvier s’en revient, sans avoir à tirer l’animal.

訓 伏 第 五

綠 楊 陰 下 古 溪 邊

放 去 收 來 得 自 然

日 暮 碧 雲 芳 草 地

牧 童 歸 去 不 須 牽

Sans obstacle

Libre et apaisé, le buffle repose sur le champ humide de rosée.

Nul besoin désormais du fouet ni d’aucune sorte de contrainte.

Le bouvier est assis sous le pin verdoyant,

Jouant une mélodie paisible, expression de sa joie.

無 礙 第 六

露 地 安 眠 意 自 如

不 勞 鞭 策 永 無 拘

山 童 穩 坐 青 松 下

一 曲 昇 平 樂 有 餘

Suivre le naturel

Le soleil couchant illumine le saule et l’eau frémissante au printemps,

Dans la brume légère, la prairie verdoyante embaume.

S’il a faim, il mange, s’il a soif, il boit, ainsi passe le temps.

Sur un rocher, le bouvier dort d’un sommeil profond.

任 運 第 七

柳 岸 春 波 夕 照 中

淡 烟 芳 草 綠 茸 茸

飢 餐 渴 飲 隨 時 過

石 上 山 童 睡 正 濃

Oubli réciproque

Immaculé, le buffle demeure au sein d’une blanche nuée,

Homme et buffle sont dans l’état de « Sans-Conscience2 »

La lune déchire les nuages blancs et projette son reflet d’albâtre.

D’ouest en est défilent la lune radieuse et les nuages blancs.

相 忘 第 八

白 牛 常 在 白 雲 中

人 自 無 心 牛 亦 同

月 透 白 雲 雲 影 白

白 雲 明 月 任 西 東

Illumination solitaire

Le buffle a disparu, le bouvier est serein,

Tel un nuage solitaire entre les vertes falaises.

Sous le clair de lune il bat des mains et chante à haute voix,

Mais sur le chemin du retour se trouve encore une passe difficile.

獨 照 第 九

牛 兒 無 處 牧 童 閒

一 片 孤 雲 碧 嶂 間

拍 手 高 歌 明 月 下

歸 來 猶 有 一 重 關

Disparition des deux

Homme et buffle ont disparu, sans laisser de trace.

Le clair de lune embrasse tous les phénomènes dans la Vacuité.

Quel est le sens ultime de cela ?

Dans la prairie parfumée, les fleurs sauvages prospèrent spontanément.

雙 泯 第 十

人 牛 不 見 杳 無 縱

明 月 光 含 萬 象 空

若 問 其 中 端 的 意

野 花 芳 草 自 叢 叢

II LES DIX IMAGES DU BUFFLE

VERSION DE KUOAN

Le buffle n’a jamais été égaré. Pourquoi le rechercher ?

Ayant tourné le dos à l’Éveil, celui-ci devient diffus, et dans ce monde de poussière12