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Dans un monde où la curiosité est un très vilain défaut, Harrison ne pourra compter que sur son robot pour élucider les mystères qui l’entourent.
Harrison est un jeune terrien. Il pose beaucoup de questions, auxquelles son robot et ami, Schram, refuse de répondre. Il aime rêver, sentir le parfum des roses, et aimerait pouvoir écouter de la musique. Mais tout cela est interdit sur Terre. Dans un monde où la curiosité est un très vilain défaut, Harrison ne pourra compter que sur son robot pour élucider les mystères qui l’entourent.
Plongez le premier tome d'une saga de science-fiction jeunesse, et découvrez une planète Terre bien étrange, où règnent mystères, robots et interdictions.
EXTRAIT
Schram avait compris qu’il ne se débarrasserait pas aussi facilement des questions de l’enfant.
« Heu… quelqu’un qui n’est pas branché… qui est débranché, quoi ! Heu… qui fait des choses différentes des autres.
— Il y en a beaucoup ? »
Schram s’était tortillé, très gêné : « Les Déconnectés sont en voie de disparition. Heu… Robert, je crois, est le seul qui reste.
— Et les autres ? Que sont-ils devenus ? »
Schram avait roulé des yeux, terrorisé : « Heu… Heu… Heu… »
Harrison n’avait pas insisté : il ne supportait pas de voir son robot effrayé.
« Je trouverai la réponse moi-même », avait-il pensé, déconcerté par sa réaction.
Devant la porte d’entrée, une allée bien lisse traversait un gazon vert parfaitement entretenu.
« Bonjour, Harrison ! »
La petite tondeuse ovale, étincelante sous le soleil, fit un tour sur elle-même, envoya en l’air un jet d’herbe fraîchement coupée.
« Bonjour, Rose, répondit Harrison, admiratif. Tu travailles vraiment bien : la pelouse est magnifique ! »
Le métal de Rose se mit à rougeoyer légèrement : il n’y avait que Harrison pour parler aussi gentiment !
« Tout le monde considère qu’il est normal que je travaille comme ça, puisque je suis programmée pour travailler comme ça, pensa la tondeuse, mais quand même, un petit compliment, cela réchauffe mon moteur de platine
À PROPOS DE L'AUTEUR
Lassée de lire le futur de ses amies dans sa boule de cristal,
Sabine du Faÿ, qui a hérité de son arrière-grand-mère le don de voyance, décide un jour de prédire quelque chose de plus ambitieux. Un soir de pluie, elle interroge sa boule de cristal sur l’avenir de la Terre. Ce qu’elle découvre est si terrible qu’elle décide d’en faire le récit, au risque de bouleverser ses lecteurs…
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Seitenzahl: 199
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Sabine du Faÿ
Après avoir travaillé dans une entreprise de distribution de livres anglo-américains, puis dans un musée, Sabine du Faÿ est aujourd’hui fonctionnaire au Ministère de l’Intérieur. Mais ça, c’est pendant le jour ! La nuit, elle écrit des histoires et des contes.
DU MEME AUTEUR
Le Rêve de Rahim, thierry Magnier
Maman, le temps s’est arrêté !, Lito
Le Petit Bossu, Le Sorbier
Illustration de couverture : Sylvie Moreau
Tous droits de reproduction, de traduction
et d’adaptation réservés pour tous pays.
© 2010 Éditions du Jasmin
www.editions-du-jasmin.com
ISBN : 978-2-352845-32-4
Avec le soutien du
À Jean, mon mari, sans qui rien ne serait possible.
À ceux qui m’ont soutenue dans cette belle aventure : Kathryn
Pierre, Camilla Russo-Kohi, Lucia Prigione, Antoine et Marie
Néaumet, Laurence Roulet et son site Cadoterra, Claudine
Guérin, Katrin Hodapp, Marion Millet, Susanna Lea, Pierre
Courbin, Giuseppe Giannini, Vittorio Rusinà, Saäd Bouri,
Vous avez tout à fait le droit de pousser cette exclamation.
À ceux qui détestent les introductions, je conseille d’aller directement au chapitre un. C’est dommage, ils manqueront des informations intéressantes. Tant pis pour eux.
Quant aux enfants très sérieux, ils liront mon introduction au moins trois fois.
Enthousiaste, et pleine d’espérance, j’ai plongé le nez, un soir d’hiver grincheux, dans ma boule de cristal. Aussitôt j’ai relevé la tête. J’ai retiré mes lunettes, les ai soigneusement essuyées. Munie de verres impeccables, j’ai replongé le nez dans ma boule. Et j’ai relevé la tête. J’ai pris un chiffon, ai lustré avec amour le cristal. Débarrassé du plus petit grain de poussière, il se mit à briller de mille feux. Prudemment, je baissai la tête, et écarquillai les yeux. Ça n’était pas possible ! Sûr que je voyais de travers ce que je voyais.
Hélas ! il me fallait regarder les choses en face. Je cherchais à fuir la réalité – la réalité que j’avais vue dans cette petite boule que je regrettais amèrement d’avoir reçue en héritage. Si j’avais eu à la place un fridge ou une machine à washer, les choses auraient été tellement plus simples ! Je n’aurais jamais rien su, et je n’aurais pas écrit ce livre sous le prétexte stupide de vous informer.
Durant plusieurs nuits, je n’ai pas dormi. Je suis devenue insomniaque. Et irritable. J’ai l’estomac noué, et mon cerveau est hanté par ce que j’ai VU.
Je vous assure que je n’ai eu ni la force ni la cruauté de faire lire mon livre à mes deux enfants, Paul et Virginie, âgés respectivement de onze et douze ans. Je n’ai pas eu le cœur de leur assombrir l’existence avec mes visions. Je leur ai fait croire que j’avais écrit un livre sur la relation parents-enfants chez les libellules.
Et par une nuit sans lune, alors qu’ils dormaient profondément, je suis allée, sur la pointe des pieds, porter mon livre chez mon éditeur. Qui a courageusement décidé de le publier. Mais de ne pas le faire lire à ses enfants.
Harrison poussa le portillon en mauvais état. La peinture blanche s’écaillait en de nombreux endroits, laissant apparaître le bois abîmé par l’alternance des pluies, du gel et du soleil. Il faisait très chaud. Pas le moindre souffle d’air.
Il hésita, jeta un coup d’œil alentour. Le chemin de terre légèrement en hauteur, sur lequel il se trouvait, longeait un champ de blé qui s’étendait à perte de vue. Au milieu de cet océan d’or, un bouquet de chênes apportait un soupçon de vert. Il leva la tête. Devant lui s’élevait un vieux mur aux pierres disjointes, dans lequel s’encastrait la petite porte.
Il la poussa davantage. Une allée de graviers envahie par les mauvaises herbes conduisait jusqu’au perron d’une maison à deux étages, surmontée d’un toit d’ardoises patiné par l’âge et les intempéries.
De part et d’autre de l’allée, de grands arbres, envahis par le lierre, attendaient patiemment d’être délivrés de ce parasite qui les étouffait. Des ronces enchevêtrées grimpaient à l’assaut du mur qui clôturait la propriété. Le terrain, lui, avait été conquis depuis longtemps par d’immenses orties en costume sombre.
Harrison s’avança. Un froufroutement dans les herbes… Il sursauta et se figea. Un lapin de garenne passa devant lui à toute allure, disparut dans un fourré. Il tendit l’oreille, à l’affût du moindre bruit. Un bourdonnement léger… Il tourna la tête vers la droite, scruta les lieux, finit par apercevoir à plusieurs mètres un flot d’abeilles entrant et sortant d’un arbre étêté, défiguré par la foudre. Rassuré, il se remit en marche. La petite allée gravillonnée débouchait sur ce qui avait dû être, il y a bien longtemps, un gazon anglais. Fleurs sauvages et graminées s’étaient rendues maîtresses de cette surface laissée à l’abandon.
Harrison traversa ce champ d’herbes folles qui lui arrivaient à la taille. Une sauterelle atterrit sur son bras, sauta, s’enfonça dans la mer de verdure.
Il arriva enfin sur le chemin pavé qui longeait la façade de la maison. Certains pavés étaient brisés, et il devait faire attention de ne pas buter contre les morceaux éparpillés ici et là. Levant les yeux, il découvrit que les volets étaient délabrés, et les vitres des fenêtres ternies par la poussière. Une odeur de buis flottait dans l’air. En quelques enjambées il se retrouva en haut du perron, devant la porte d’entrée. Celle-ci était entrouverte, il n’eut qu’à la pousser.
Dans l’entrée, peu de meubles : un portemanteau vide, un guéridon enveloppé dans une gigantesque toile d’araignée, et une horloge à balancier silencieuse. Depuis quand était-elle arrêtée ?
Il faisait agréablement frais dans cette vieille maison aux murs épais. Devant lui s’élançait un majestueux escalier en bois, doté d’une rampe en fer forgé.
Il posa le pied sur la première marche, hésita. Le silence était total. Cette volée de marches, où menait-elle ?
Lentement il monta l’escalier, s’arrêtant plusieurs fois pour écouter.
Boum, boum…
Ce n’était que son cœur qui battait.
Parvenu sans encombre sur le palier du premier étage, il choisit de ne pas s’engager dans le couloir sombre sur lequel donnaient plusieurs portes closes, et entreprit l’ascension de l’escalier conduisant au deuxième étage. Au cours de sa montée, il passa devant une fenêtre haute qui laissait pénétrer, entre les traces de saleté, la lumière crue du soleil, soulignant avec perfidie l’état poussiéreux des marches.
Arrivé sur le palier, il marqua une halte. Face à lui, une porte entrouverte laissait deviner un fauteuil tapissé et le bout d’un lit recouvert d’une soierie bleue, qui avait dû être belle.
Il bloqua soudain sa respiration. Un bruit de pas au-dessus de sa tête… Puis le silence à nouveau. Il attendit, le corps tendu. Mais il n’entendit plus rien. Cela n’avait pas de sens, il n’y avait à l’évidence personne dans cette maison abandonnée. Un rat peut-être…
Surmontant son appréhension, Harrison décida d’emprunter l’escalier étroit, en colimaçon, qui menait au grenier. Arrivé en haut, il se retrouva le nez contre une porte en bois, toute simple, et fit jouer la poignée. La porte était fermée. Déçu, il s’apprêtait à faire demi-tour, quand il vit une petite clef accrochée à un clou fiché dans le mur. Il s’en saisit, la mit dans la serrure. Il eut de grandes difficultés à ouvrir la porte : la clef et la serrure étaient complètement rouillées.
Il retint son souffle avant de pénétrer dans le grenier. Çà et là, des rais de lumière se frayaient un chemin au travers des interstices du toit. La fraîcheur de la maison n’était plus qu’un souvenir : l’atmosphère ici était étouffante.
Il ne voyait pas le moindre rat. Seulement, tout au fond, une malle, et des tas de journaux rongés par les souris. Il s’enhardit, marcha avec précaution sur le plancher qui craquait légèrement, s’accroupit devant le coffre de voyage. Que contenait-il ? Des fourrures mangées par les mites ? Un éventail en ivoire de Chine ? Des masques en souvenir d’un voyage à Venise ? Ou encore une boîte de gros cigares cubains ?
Il souleva doucement le couvercle : la malle était vide ! Il se pencha, passa la main à l’intérieur. Ses doigts rencontrèrent un papier plaqué contre une des parois. Il l’attrapa : c’était une photo, une vieille photo, recouverte d’une mince pellicule de poussière.
Il l’approcha de ses lèvres, souffla légèrement. Un petit nuage gris s’éleva de la surface brillante, découvrant un personnage. Harrison frissonna d’horreur : il s’agissait d’un homme – mais cela ressemblait-il encore à un homme ? – recroquevillé dans un fauteuil, la main difforme posée sur une canne. Son visage émacié était couvert de rides profondes. Des cheveux blancs un peu longs, un cou décharné au milieu d’un col de chemise trop grand… Et ses yeux… ses YEUX… De saisissement, Harrison poussa un cri. Et soudain, dans son dos, il entendit de nouveau les pas…
Effrayé, il laissa tomber la photo, se retourna brusquement, aperçut dans un coin, protégé par la pénombre, un grand hibou qui l’observait de ses yeux ronds. Harrison poussa un second cri…
« Harrison, réveillez-vous. RÉVEILLEZ-VOUS ! »
L’enfant sursauta, ouvrit les yeux. Durant quelques secondes, il se demanda où il était. Il était trempé de sueur. L’image du grand hibou flottait dans son cerveau enfiévré. Une veilleuse, diffusant une lumière bleutée, était placée juste au-dessus de sa tête. Il se redressa. En face : un écran allumé, encastré dans le mur. C’était donc ça : il lui semblait bien avoir entendu La Voix dans son sommeil.
« Harrison, vous avez crié. Un stupide cauchemar ! Prenez cette pilule, et rendormez-vous. »
Un bras télescopique, placé à droite de l’écran, se déplia, avança jusque sous le menton du garçon, présenta sur la paume de sa main articulée une petite boule rose.
« Vous pouvez l’avaler sans eau. Elle se dissoudra immédiatement au contact de votre salive.
— Heu… Je pourrais peut-être me rendormir sans…
— Ne discutez pas, Harrison. Prenez cette pilule. Demain, vous avez une journée chargée : vous aurez besoin de toute votre énergie. Vous n’avez pas une seconde de sommeil à perdre. »
À regret, il attrapa la boule rose, la jeta dans sa bouche. Aussitôt une torpeur terrible emprisonna son cerveau. Il n’eut que le temps de s’allonger, et sombra dans un profond sommeil.
Les narines de Harrison frémirent. Des vapeurs fortement poivrées emplissaient ses cavités nasales, envahissaient sa cervelle. Il ouvrit les yeux, éternua plusieurs fois. Alors, les émanations se retirèrent, aspirées par une bouche d’aération, placée au-dessus de sa tête. Ses neurones à présent étaient galvanisés. L’odeur avait activé le mode « éveil ». Harrison savait qu’il avait droit encore à deux minutes, avant de devoir se lever. Il se sentait frais et dispos, et prit plaisir à laisser errer son esprit. Il lui semblait qu’il s’était passé quelque chose cette nuit, mais il n’arrivait pas à se souvenir quoi. Il avait beau faire un effort : aucune image, aucun fait ne remontait à la surface de sa mémoire.
« Bonjour, Harrison. J’espère que vous avez bien dormi ! »
Il souleva la tête, fixa l’écran : un visage de jeune femme, parfaitement dessiné, encadré par des cheveux blonds mi-longs, plutôt raides, des yeux en amande… Harrison soupira intérieurement : ce visage l’ennuyait profondément, mais c’est lui-même qui l’avait choisi pour habiller La Voix. Il aurait pu prendre une brune aux cheveux courts, ou encore un garçon aux cheveux noirs, mais quelle importance, puisque La Voix était la voix de l’Ordinateur Central, doté d’un Super Programme, Grand Organisateur de son existence. Le prénom de cette blonde : Dora. Femme virtuelle, prénom virtuel… Harrison aurait préféré un écran vide, mais ça n’était pas prévu.
« Merci, Dora, j’ai parfaitement dormi. »
Il hésita :
« J’ai l’impression qu’il s’est passé quelque chose, cette nuit…
— Vous avez été agité. La température sur votre aire de repos était mal réglée. J’y veillerai à l’avenir. Vous passerez voir le docteur Ziegler à quatorze heures. Voici le programme de votre journée. »
Un ronronnement d’imprimante… Il attrapa la feuille que la machine, placée sur un plateau à la tête du lit, venait de cracher. Et le visage de Dora s’effaça pour laisser la place à un écran noir.
Il fit une grimace car la liste était longue : une fois encore il n’aurait aucun moment de répit pour laisser vagabonder son esprit, comme il aimait le faire secrètement.
Il crut entendre un léger bourdonnement… Il examina la pièce sans fenêtre qui baignait dans une lumière tamisée. À part l’écran qui lui faisait face, les murs étaient vides. Le seul mobilier était son lit, en forme de coquille.
L’écran s’anima : le visage de Dora apparut. Ce visage éternel sans la moindre ride d’expression.
« Nous avons détecté une mouche sur votre aire de repos, Harrison. Attention, nous intervenons ! »
Un tuyau souple, à gauche de l’écran, sortit du mur, se déploya, et, dans un mouvement brusque, vint frapper le mur opposé, juste au-dessus de la tête de l’enfant. On entendit vaguement le bruit d’une aspiration, suivie d’un « slurp » discret, puis, silencieusement, le tuyau reprit sa place dans le mur.
« Affaire terminée », dit La Voix, mécaniquement.
Et l’écran s’éteignit.
Harrison fit basculer son lit-coquille, se retrouvant ainsi à la verticale, quitta son nid douillet, chaussa ses pantoufles-sur-coussins-d’air qui lui permettaient de se déplacer légèrement au-dessus du sol, et se rendit sur l’aire de séjour. C’était une pièce circulaire dotée de grandes baies vitrées qui se teintaient en fonction de la luminosité extérieure. Trois fauteuils-épouseurs-de-formes, une table-rouleau qu’on roulait ou déroulait selon les besoins, et un matérialisateur. Le matérialisateur était l’appareil indispensable qu’on trouvait dans tous les appartements. Grâce à lui, plus de placard ! Une machine à laver ? ! Il suffisait de le programmer pour obtenir ce qu’on voulait. Vaisselle, vêtements, ameublement… Ce qui ne servait plus était jeté par une trappe dans un conduit relié à un complexe de recyclage.
Et puis, il y avait l’inévitable fureteur-aspireur : petite boule volante dotée d’une bouche aspirante, qui passait et repassait lentement, à l’affût du moindre grain de poussière.
« Bonjour, monsieur Harrison. »
Au milieu de la pièce trônait un robot d’environ un mètre quarante, immobile, les bras collés contre le corps. Au garde-à-vous.
« Par tout le Cosmos ! pensa Harrison, comme s’il le voyait pour la première fois, il a l’air si rigide… Des machines comme ça, on n’en fait plus depuis longtemps. »
« Vous avez l’air préoccupé, continua le robot. En quoi puis-je vous être utile ? »
Le garçon se mordit les lèvres. Un peu honteux. Il oubliait de saluer celui qui le servait si fidèlement. Harrison avait tout juste onze ans. Depuis le jour de sa naissance, Schram n’avait cessé de veiller sur lui.
« Excuse-moi, Schram, j’ai la tête dans les étoiles ce matin. Tout va bien ! »
Le robot parut soulagé.
« Je vous prépare un cocktail de vitamines, et fais couler votre bain. »
Harrison le regarda se diriger vers la cuisine. L’automate était vraiment un modèle d’une époque lointaine : une tête de forme rectangulaire, un tronc parallélépipédique ; ce qui faisait office de jambes se réduisait à une demi-sphère à laquelle étaient fixées deux roues tout-terrains, fort peu élégantes, et pas pratiques du tout. Quant à ses bras articulés, ils n’étaient pas du dernier cri, mais étaient opérationnels.
« Une antiquité ! se dit Harrison. Voilà pourquoi mes copains se moquent de moi, eux qui ont tous le robot dernière génération. »
Son robot à lui, c’est vrai, était plutôt mastoc, pataud, disgracieux, quand on le comparait aux autres robots, humanoïdes, filiformes, munis de deux jambes hautement performantes. Ces machines pouvaient grimper à une corde lisse, faire le grand écart, courir très vite, sauter par-dessus des obstacles.
Pourtant, Harrison était conscient qu’il était injuste, en pensant de cette manière : Schram n’était pas le top… mais il avait un charme indéfinissable, une gentillesse discrète, qui faisait que l’enfant l’aimait, tout simplement.
Et puis, il y avait cette coquetterie désuète… Ainsi, le robot portait négligemment nouée autour du cou une cravate. Aujourd’hui, elle était jaune canari. Hier, il s’en était matérialisé une bleue rayée.
Plusieurs fois, le père de Harrison avait tenté de lui faire enlever cette chose ridicule, vestige d’un passé lointain. En vain. Schram avait toujours porté une cravate : ce n’est pas maintenant qu’il allait renoncer à cette vieille habitude.
Et si le père de Harrison insistait, le robot, avec un calme imperturbable, répondait avec douceur :
« Pardonnez, monsieur, mon impertinence… Je vous rappelle que j’ai vécu avant vous, et que je vivrai sans doute après vous. Ne perdons pas un temps précieux à nous quereller au sujet de cette fantaisie de rien du tout, qui entoure mon cou. »
Et la discussion s’arrêtait là.
Harrison posa ses yeux sur un parapluie rangé dans un coin, et ne put réprimer un léger sourire. Schram craignait plus que tout les pluies d’étoiles filantes. Aussi avait-il conçu, pour se protéger, un parapluie cosmique en argent.
« Écoute, Schram ! avait protesté un jour l’enfant, ces débris qui viennent de l’espace se désagrègent quand ils entrent dans notre atmosphère. Tu n’as vraiment pas besoin de t’en protéger ! »
Le robot avait alors soulevé sa cravate, découvrant un petit trou au milieu de la poitrine.
« Ils ne se désagrègent pas tous ! avait-il rétorqué. En voici la preuve. Je tiens trop à ma tôle, monsieur Harrison. »
Puis, il avait fait une grimace, et d’un air entendu :
« Oui, le ciel n’est pas sûr… »
Chi… chii… Harrison entendait le robot rouler sur le linoléum de la cuisine.
« Schram ! Depuis combien de temps es-tu au service de ma famille ? »
L’automate apparut dans l’embrasure de la porte.
« Oh ! depuis fort longtemps, monsieur Harrison. J’ai servi votre père. J’ai servi votre grand-père, votre arrière-grand-père, votre arrière-arrière-grand-père, et si ma mémoire est bonne, votre arrière-arrière-arrière-grand-père. Oui… j’ai toujours travaillé dans votre famille – la famille Fox », dit-il avec fierté.
Harrison trouvait cela impressionnant : Schram avait réussi à traverser toutes ces années. Bien sûr, il avait subi à plusieurs reprises quelques rafistolages : une puce à bout de souffle à changer, un circuit à rétablir, des points de soudure… Mais dans l’ensemble, il se portait comme un charme.
« C’est quoi le secret de ta forme ? »
Schram fit entendre un petit rire de coquette : « Je bouge énormément. J’empêche ainsi mes articulations de rouiller. »
Il ajouta, un brin de nostalgie dans le regard : « Dans le passé, j’ai vécu à la campagne, monsieur Harrison. Il est possible que cela ait contribué à me donner une santé de fer. »
Pour Harrison, le mot « campagne » ne signifiait pas grand-chose.
« Schram, ça ressemblait à quoi la campagne ? »
Le robot retomba sur terre, et parut subitement gêné : « Tout ça, c’est du passé, monsieur Harrison. Il n’est pas bon de remuer les vieilles choses. Concentrez-vous sur le présent, et sur votre avenir. »
L’enfant voulut discuter, mais Schram, soudainement sérieux comme un pape, passa devant lui, les yeux fixes, et disparut dans la salle de bains. Harrison entendit l’eau couler, comprit que le robot n’en dirait pas davantage. Schram était comme ça : gentil, mais tête de mule.
Harrison, suivi de Schram, s’engouffra dans l’ascenseur, son écran-baladeur dans un sac en bandoulière. Chaque appartement avait son propre ascenseur, qui le desservait directement.
« Rez-de-chaussée ! » dit-il à voix haute.
À toute allure l’ascenseur descendit les quatre étages. L’immeuble n’en comptait pas davantage.
L’immeuble, comme tous les autres immeubles, ressemblait à un champignon. En hauteur : une sorte de chapeau sur quatre étages, comprenant huit appartements (deux par niveau), reposant sur un pied haut de plusieurs mètres, épais et escamotable. En cas d’ouragans, de tempêtes de sable, de grêlons gros comme des œufs de pigeon, le pied rentrait sous terre, déclenchant une ouverture béante, dans laquelle disparaissait la structure habitable. Les éléments pouvaient alors se déchaîner : aucune habitation n’était endommagée.
Aujourd’hui, Harrison n’avait pas eu le cœur de faire un effort particulier d’habillement : au matérialisateur, il avait demandé une combinaison thermorégulatrice bleue toute simple. Sans la moindre fantaisie. Et des bottes en cuir de la même couleur. En fait, la visite chez le docteur Ziegler le tracassait : c’était hors des visites mensuelles obligatoires. Qu’est-ce que Dora craignait ? Il se sentait bien. Parfaitement bien.
« Salut, mon garçon ! »
C’était Robert Wood, le gardien de l’immeuble, un homme grand, athlétique. Des cheveux noirs comme du jais soigneusement peignés, une peau lisse… Il se tenait droit comme un I. Sa particularité : éclater de rire facilement.
« Quel âge peut-il avoir ? » se demanda Harrison en lui faisant un signe amical.
Difficile à dire.
Robert occupait un des appartements. Mais il passait le plus clair de son temps dans une petite remise en bois, qu’il avait construite lui-même dans un coin du carré de verdure réservé à l’immeuble. Devant chaque immeuble, il y avait une pelouse régulièrement tondue et une haie synthétique taillée en parallélépipède rectangle.
Les habitants de l’immeuble avaient toléré la construction de ce local, imaginant avec un sourire narquois que la structure, non bâtie selon les normes en vigueur et qui ne pouvait s’enfoncer sous terre, s’écroulerait à la première, sinon à la deuxième tempête. Or, à la grande surprise de tous, la remise avait tenu bon.
À droite de la porte courait un rosier grimpant que le gardien taillait toujours avec beaucoup de soin. Ce rosier donnait des roses thé qui sentaient merveilleusement bon.
Les fleurs étaient tolérées. Seulement tolérées. Harrison y jeta un coup d’œil.
« Les fleurs ne nourrissent personne, marmonna-t-il en se rappelant une phrase de son père. Qui a des fleurs d’ailleurs ? Et pourtant, c’est si joli… »
Il aimait beaucoup Robert. Et son rire de cristal. Celui-ci avait parfois une surprise pour lui. Des choses pas ordinaires. Totalement inconnues.
« Je ne veux pas que tu acceptes quoi que ce soit de Robert Wood, avait pourtant ordonné son père, sèchement.
— Pourquoi ? avait-il osé demander. Tout le monde connaît Robert !
— Tu obéis, c’est tout. »
Les cadeaux du gardien étaient donc devenus des secrets. Et Schram faisait semblant de ne rien remarquer, quand Robert glissait rapidement dans la main de l’enfant un petit paquet.
Harrison avait fini par comprendre que le gardien était ce qu’on appelait un Déconnecté.
Il avait questionné son fidèle robot : « C’est quoi un Déconnecté ? »
Schram avait alors poussé un profond soupir : « Monsieur Harrison, vous posez trop de questions… C’est dangereux… Pourquoi ne faites-vous pas tout simplement comme vos camarades qui dorment, mangent, étudient, mangent, dorment… et mangent encore sans poser de question ? »
Et soudain, plein d’admiration et de tendresse : « On dirait presque des petits robots : il ne leur manque plus que la carcasse métallique ! »
Mais Harrison était entêté : « C’est quoi un Déconnecté ? »
Schram avait compris qu’il ne se débarrasserait pas aussi facilement des questions de l’enfant.
« Heu… quelqu’un qui n’est pas branché… qui est débranché, quoi ! Heu… qui fait des choses différentes des autres.
— Il y en a beaucoup ? »
Schram s’était tortillé, très gêné : « Les Déconnectés sont en voie de disparition. Heu… Robert, je crois, est le seul qui reste.
— Et les autres ? Que sont-ils devenus ? »
Schram avait roulé des yeux, terrorisé : « Heu… Heu… Heu… »
Harrison n’avait pas insisté : il ne supportait pas de voir son robot effrayé.
« Je trouverai la réponse moi-même », avait-il pensé, déconcerté par sa réaction.
Devant la porte d’entrée, une allée bien lisse traversait un gazon vert parfaitement entretenu.
« Bonjour, Harrison ! »
La petite tondeuse ovale, étincelante sous le soleil, fit un tour sur elle-même, envoya en l’air un jet d’herbe fraîchement coupée.
« Bonjour, Rose, répondit Harrison, admiratif. Tu travailles vraiment bien : la pelouse est magnifique ! »
