Le génie du catholicisme - Christian Galtier - E-Book

Le génie du catholicisme E-Book

Christian Galtier

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Beschreibung

A l'instant où est rédigé ce livre, on est en 2016. De tous temps et encore de nos jours en différents lieux, les hommes utilisent divers calendriers. Et pourtant, tout autour du monde, dans le Global Village, la date la plus communément connue et utilisée est celle de 2016, l'anniversaire de la naissance de Jésus, un prédicateur né dans un village misérable du Proche Orient. Comment ceci est-il possible? Comment la petite secte des premiers temps est-elle devenue une Eglise, dont l'idéologie fut conquérante et dominante? C'est ce à quoi nous allons tenter de répondre.

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Seitenzahl: 660

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Illustration de couverture: Reitlag

A mes petits-enfants

A mon homonyme en écriture et homologue en religiologie

AVERTISSEMENT

S’agissant d’un ouvrage destiné aux petits enfants, nous avons souhaité l’agrémenter de quelques illustrations que nous avons demandées à notre collègue Reitlag.

Elles sont faites en noir et blanc.

Ainsi, si les petits enfants ont peu de goût pour la lecture, ils pourront toujours colorier les images.

Table

Tome 1

1. Avant le catholicisme

2. Les origines

3. Les débuts du catholicisme (1)

4. Les débuts du catholicisme (2)

5. L'affinement de la doctrine

6. La prise du pouvoir

7. La sainteté

8. L'exercice du pouvoir

9. Les tempêtes de 5e et 6e siècles

10. Une nouvelle concurrence: l'islam

11. La première réaction catholique

12. Le Grand Schisme d'orient

13. Les croisades orientales

14. Les croisades occidentales

15. L'Inquisition

16. L'Eglise à l'aube du 16e siècle

Tome 2

17. 1492, l'année charnière

18. Le partage des Amériques

19. Le catholicisme et la traite négrière

20. La fracture réformiste

21. Les "guerres de religion"

22. Le combat contre l'islam ottoman

23. L'évangélisation par les missions étrangères

24. L'ère des Lumières

25. Le catholicisme et l'art

26. L'Église et la colonisation

27. Catholicisme et christianismes

28. La construction des dogmes

29. Les dérives évangélistes

30. Les christianismes et l'argent

31. La trahison de la Fille ainée de l'Eglise

32. Vatican II

La mainmise du post-catholicisme sur le

33. monde

34. Les grandes religions matérialistes

35. De l'absolutisme au nihilisme

36. Les valeurs post-catholiques

37. L'occidentalisme mondialisé

38. Ite missa est!

39. L'éternel retour,,,

Tome 1 : des origines à la Renaissance

Préambule

A l’instant où est rédigé ce texte, on est en 2016…

… de tous temps et encore de nos jours en différents lieux de la planète, les hommes utilisent des calendriers divers et variés. Et pourtant, tout autour du monde, dans le Global Village, la date le plus communément reconnue est celle de 2016… c’est-à-dire celle marquant le 2016e anniversaire de la naissance officielle de Jésus (1), un prédicateur né dans un village misérable du Proche Orient.

Comment la petite secte originelle, fondée sur la prédication de celui qui n’était alors que l’un des multiples prophètes qui fleurissaient en ces lieux, a-t-elle pu prospérer, se transformer en Eglise, diffuser une idéologie qui devint de plus en plus conquérante et dominante, et en arriver à ce que la date présumée de la naissance de son fondateur devienne le point de départ d’une nouvelle ère?

« Le génie du catholicisme », avons-nous choisi d’intituler ce petit livre d’initiation.

Le catholicisme serait-il mû par un génie propre? La question ne se pose pas, parce que la réponse est évidente, ne fût-ce qu’au regard de ce qui est dit ci-dessus. Comment sinon une petite secte orientale aurait-elle pu ainsi imprégner le monde entier de son idéologie?

De nos jours, quatre continents voient leur civilisation marquée par le catholicisme et ses avatars ultérieurs que sont l’orthodoxie, les protestantismes, les évangélismes et l’islam. C’est un peu moins vrai pour l’Asie dans ses parties de la péninsule indienne et de l’Extrême Orient. Mais même là, les élites gouvernant ces pays ont adopté de nos jours des codes et des valeurs venant de l’Occident, et qui sont marqués par le catholicisme.

Si la question de l’existence de ce génie ne se pose pas, celle de la manière dont il s’est exercé se pose.

Il y a là deux natures de réponses.

La première est celle de ceux qui professent que si le catholicisme (sous ses différentes variantes) s’est imposé, c’est que c’était dans sa nature même, puisque le Très-Haut a voulu qu’il en fût ainsi. Nous sommes là dans le domaine de la pétition de principe et du syllogisme circulaire. Est verus quod verus est! C’est vrai, parce que c’est vrai. La réponse est dans la question. Nous avons la solution. Il n’y a alors rien à ajouter.

La seconde nature de réponse, plus matérialiste, est d’ordre sociopolitique et socioéconomique. Et elle ressortit à l’Histoire. C’est celle que nous nous proposons d’explorer. Notons que cette approche ne remet pas en cause, pour ceux qui seraient croyants, l’existence de ce Très-Haut ni de son projet. On dira alors simplement que, comme il a lancé les principes qui amènent la nature à se développer, il aura mis en place les lois (politiques, ethnologiques, sociologiques) qui régissent la nature humaine ; et que ces lois se seront donné libre cours au travers de l’Histoire pour atteindre le résultat voulu par la divinité.

Pourquoi avons-nous adopté le vocable de catholicisme et non celui, plus large, de christianisme?

Il est vrai que le christianisme, sous ses différentes formes, a aujourd’hui une zone d’expansion plus large que le catholicisme romain stricto sensu. Mais ce christianisme pluriel existerait-il aujourd’hui s’il n’avait été « porté sur les fonds baptismaux » - si l’on peut dire! - par les fondateurs de la papauté et de la catholicité, saint Pierre et saint Paul? On peut en douter. Et nous verrons pourquoi. Et n’oublions pas que catholique vient de catholicos (καθολικός) qui signifie universel. Et que notre sujet est l’imprégnation universelle de notre monde moderne par le catholicisme. Il nous est donc apparu convenable de retenir ce mot.

*

Le sujet du génie du catholicisme mériterait de bien plus larges développements que ceux que l’on trouvera ici. De nombreux et volumineux ouvrages pourraient être écrits - et ont déjà été écrits - sur chacun des chapitres de ce volume. Chaque question abordée a été traitée savamment et en détail par d’éminents historiens. Mais, comme ce livre est destiné à l’édification des jeunes enfants, nous avons choisi une approche synthétique et parfois même, hélas, un peu simplificatrice. On nous le pardonnera peut-être : notre projet était de faire tenir vingt siècles en moins de cinq-cents pages!

Les faits historiques évoqués ici sont largement reconnus comme incontestables ou, à tout le moins, incontestés.

Les faits religieux sont, pour leur part, largement notoires ; c’est-à-dire présentés comme réels par la tradition. La documentation citée à cet égard est le plus souvent d’origine catholique.

*

Il est difficile, voire impossible, d’avoir une vision parfaitement neutre de faits anciens. On doit toutefois chercher à approcher cette neutralité.

Il est toujours périlleux de porter une appréciation morale sur des actes de périodes anciennes : on risque sans cesse l’anachronisme. En effet, s’il n’y a pas nécessairement d’universalisme dans l’espace, il n’y en a sûrement pas dans le temps. Les valeurs que nous respectons sont celles que notre civilisation a construites, telles qu’elles sont aujourd’hui, hic et nunc.

Il est toutefois deux natures de regards critiques que l’on peut porter sur le passé sans faire montre d’anachronisme, pour autant que l’on considère que l’histoire suit un cours.

La première porte sur les régressions. Par exemple, l’esclavage était une pratique largement répandue à travers le monde - et dans les colonies françaises en particulier - jusqu’à son abolition par la Convention le 4 février 1794 à l’initiative - entre autres - de Danton et de l’abbé Grégoire. Mais l’esclavage peut être considéré comme un crime d’état lorsque, dix ans plus tard, il est restauré par Bonaparte (2). Juger d’une attitude historiquement régressive n’est pas faire preuve d’anachronisme.

La seconde porte sur ce qui relève ou pas du contexte. Par exemple, la brutalité des Romains de l’antiquité doit s’analyser dans le contexte général de l’époque, à l’intérieur duquel les Romains se sont inscrits ; et qu’ils ont même contribué à faire évoluer positivement. Ils étaient plutôt moins brutaux que leurs voisins. En revanche, l’Inquisition ne s’inscrit dans aucun contexte général, ni dans aucune tradition historique. Elle est le produit de L’Eglise. Elle a un caractère sui generis. Et si elle s’inscrit dans un contexte particulier, c’est celui que l’Eglise a elle-même bâti, celui de la maîtrise des idées et des pensées. Le contexte ne peut donc être ici appelé comme témoin de moralité : nemo auditur propriam turpitudinem allegans… on ne peut se prévaloir de ses propres fautes (3).

C’est la règle que nous avons cherché à adopter.

(1) Même si cette date est de nos jours plutôt fixée à - 4 ou - 5 avant notre ère.

(2) L’esclavage fut restauré par Bonaparte le 20 mai 1802 en grande partie sous la pression de Joséphine de Beauharnais, la future impératrice, qui appartenait à une famille de planteurs de canne à sucre, grands propriétaires d’esclaves dans les iles caraïbes.

(3) Ayant entendu dire que les jeunes enfants sont de nos jours très rarement latinistes, nous prenons la liberté de traduire cette célèbre maxime.

Introït

« …Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui la joue gauche. »

Matthieu : 5.38

« Quantum nobis notrisque ea de Christo fabula profuerit, satis est omnibus seculis notum »,

« On sait combien cette fable du Christ nous a été profitable au cours des siècles! »

Léon X.

Pape 1513-1521

Quinze siècles se sont déroulés entre l’énonciation des deux aphorismes ci-dessus ; entre la doctrine prononcée par la parole divine de Jésus et l’usage qui en a été cyniquement reconnu par un pape dévoyé du 16e siècle.

C’est cette période que nous allons parcourir au cours de ce premier tome.

Mais, de même que tout arbre tient sa vigueur de celle de ses racines, toute construction humaine (fût-elle d’inspiration divine) tient les siennes de ses fondations. Nous allons donc commencer ce récit un peu avant la naissance du catholicisme.

1
AVANT LE CATHOLICISME

Les catholiques - les chrétiens de façon plus générale -, les juifs qui les ont précédés et les musulmans qui leur ont succédé, savent que Dieu est unique dans la tradition abrahamique.

Nous savons, grâce à la science, que l’univers a 14 milliards d’années et que cet univers comporte, selon l’estimation généralement admise, environ 10^23 (10 puissance 23) astres célestes : soit, à quelque chose près, cent mille milliards de milliards d’étoiles et de planètes. Nous savons que sur notre planète, la terre, il existe environ 8 millions d’espèces animales.

Et nous savons enfin, grâce au catholicisme, qu’après quatorze milliards d’années, Dieu à choisi parmi cent mille milliards de milliards d’objets célestes l’un d’entre eux, la terre. Qu’Il y a choisi parmi huit millions d’espèces, l’une d’entre elles : la nôtre. Et qu’en l’an zéro - anno domini - Il a soudain décidé d’expliquer à une tribu de gardiens de chèvres levantins à l’intention de qui Il avait créé tout cela : à l’intention de l’Homme. Mais Il n’a pas expliqué pourquoi Il avait tant attendu pour le dire… ce qui cause, sans nul doute, préjudice aux quelque cinquante milliards d’êtres humains ayant vécu avant cette date et n’ayant donc pas pu bénéficier de cette information. Il faut bien qu’il demeure des mystères.

Le catholicisme n’a pas encore donné de réponse à ce mystère, mais son génie consiste à avoir su faire admettre, au cours de près de deux millénaires, que tout ceci est aussi naturel qu’évident, et ne saurait supporter la contestation.

Le catholicisme qui découle, ainsi que nous le verrons, pour une large part du judaïsme est en désaccord avec son prédécesseur sur la date de l’ultime révélation du Très-Haut. Pour le catholicisme, elle s’est produite il y a un peu moins de 2.000 ans quand Jésus commença sa prédication (4).

Pour les prédécesseurs juifs, la révélation date de 1272 ans plus tôt, quand Moïse rencontra le Très-Haut sur le mont Sinaï ; et la Création date de 3760 ans avant notre ère.

Pour les successeurs musulmans, la révélation date de 590 ans plus tard (5) quand le Seigneur confia sa parole, révisée et mise à jour, à Mahomet.

Créationnisme et Evolution

La doctrine classique des trois religions abrahamiques est que le monde fut créé ex nihilo à la date indiquée par la Bible, soit il y a 5776 ans.

Les scientifiques considèrent que la formation du monde est sensiblement plus ancienne et parfaitement progressive, selon la théorie de l’Evolution.

Dans un but de conciliation et de syncrétisme, certains religieux professent de nos jours que Dieu a bien créé le monde il y a 5776 ans, mais qu’il l’a créé tel qu’il aurait été s’il avait découlé de plusieurs milliards d’années d’évolution! Ah, les merveilles de la casuistique!

Nous nous garderons bien de prendre position en ce débat.

Ainsi donc, pour les juifs nous sommes en 5776 et pour les musulmans en 1438. Selon le calendrier traditionnel chinois, nous sommes en 4714 et selon le calendrier hindou en 5118… etc…

Quelle importance? Eh bien, elle est grande. A l’exception de certains calendriers traditionnels ou de livres religieux on ne trouve guère aujourd’hui trace de ces dates à travers le monde. Partout, ainsi que nous le disions plus haut, nous sommes - à la date de la parution de ce livre - en 2017. Le calendrier catholique a triomphé.

Quand on maîtrise le calendrier, on domine le temps. Et quand on domine le temps, on mène le monde. Voici déjà un effet du génie du catholicisme.

*

Les prédécesseurs

Avant le catholicisme, il y avait beaucoup de religions. On en estime le nombre à plusieurs milliers. Nous n’allons bien sûr pas toutes les passer en revue.

Puisqu’il s’agit ici d’un ouvrage de popularisation (6) à destination des petits enfants, nous ne nous perdrons pas dans tout un fatras de détails - passionnants au demeurant - mais nous viserons à la simplicité.

Puisque le monde moderne - le « Global Village » - est dominé par la culture occidentale, nous allons nous attacher principalement à la situation dans le monde gréco-latin qui en est à l’origine ; et qui est celui au sein duquel naquit et s’épanouit le catholicisme.

Pour les Gréco-latins, le monde était séparé en deux parties : les Gréco-latins et les Barbares. Les Barbares avaient généralement une religion et les Gréco-latins n’en avaient pas. Pourtant, diton communément, ils avaient beaucoup de dieux, qu’ils célébraient et vénéraient. Eh bien, avoir beaucoup de dieux, c’est n’en avoir point puisque le concept de « Dieu », tel que nous le connaissons aujourd’hui, implique l’unicité et l’absolu quand la pluralité implique le relatif.

Les Grecs, qui étaient fort imaginatifs, avaient bâti une mythologie qui leur tenait lieu de religion (7). Les dieux y avaient leur chronologie et leur hiérarchie. La société qu’ils formaient était à l’image de celle des hommes. La mythologie gréco-latine était anthropomorphique. Les hommes avaient construit les dieux à leur image. Le catholicisme, mouvement révolutionnaire ainsi que nous le verrons, dira à l’inverse que Dieu a créé l’Homme à Son image.

Comme tout humain normalement constitué, le Grec avait buté sur la question ontologique suivante : « Qu’y avait-il avant qu’il n’y eût quelque chose? » Il avait répondu qu’il y avait ce qui est immuable : la terre et le ciel, qu’il avait nommés Gaia et Ouranos. Habilement, les Grecs avaient fait de la terre (Gaia) une entité femelle et du ciel (Ouranos) une entité mâle. Ainsi, les deux s’étaient naturellement accouplés et avaient pu engendrer. Ils avaient engendré les dieux primordiaux, les Titans ; et le principal d’entre eux : Kronos, le temps.

Ce fut la base de la société des dieux et des demi-dieux qui vivaient sur l’Olympe.

Et puis, il advint que l’un de ces dieux, Prométhée, s’ennuya un jour. Alors, pour se divertir, il créa l’Homme (8).

On voit clairement ce qui distingue fondamentalement la mythologie gréco-latine du catholicisme.

Là, dans la mythologie gréco-latine, la création de l’Homme ne fut qu’une création parmi les autres, un caprice des dieux, pourrait-on dire.

Ici, dans le catholicisme, ce fut la cause première de toute Création ; même si elle n’arriva que quatre milliards et demi d’années après son environnement terrestre (9)! C’est là le premier exemple de ces causes finales définies par Aristote et si chères par la suite aux théologiens. La téléologie est l’un des éléments clés de la théologie ; et du génie du catholicisme.

Le passage de l’esprit occidental du relativisme mythologique à l’absolutisme catholique fut une véritable révolution idéologique.

Idéologie et religion

On dit généralement qu’une idéologie est un ensemble d'idées, de pensées philosophiques, sociales, politiques, morales, religieuses, propre à un groupe ou à une époque. C'est un système d'idées, d'opinions et de croyances qui forme une doctrine pouvant influencer les comportements individuels et induire la formation de comportements collectifs.

En comparaison, le concept de religion sera généralement plus étroit et plus spécifique. Il s’appliquera à une idéologie professant des dogmes d’ordre métaphysique et transcendant ; et impliquant des rituels, des règles éthiques ou pratiques, et des symboles. La religion a aussi comme particularité qu’elle se présente généralement comme « vraie » et exclusive de toute autre religion ou idéologie.

Une religion est une forme particulière d’idéologie.

La mythologie gréco-latine était davantage une idéologie symbolique qu’une religion. Elle ne prétendait pas à la véracité et n’était exclusive d’aucune autre croyance.

Ce fut aussi une révolution sociopolitique. Ceci mérite donc que nous nous attardions un moment sur la situation antérieure à cette révolution et que nous étudiions l’esprit antique.

Les Grecs étaient à la fois poètes et pragmatiques. Ils étaient poètes dans leur manière de conter la Création, et pragmatiques dans leur manière de décrire les dieux. Ceux-ci présentaient tous les vices et toutes les vertus que l’on peut rencontrer sur terre : ils étaient parfaitement anthropomorphiques.

Les Grecs, dans leurs poèmes religieux, aimaient à faire intervenir les dieux dans la vie des hommes. Tel évènement a priori peu explicable (un cataclysme, une défaite militaire…) trouvait ainsi son explication.

Les rois et les prêtres demandaient au peuple d’honorer les divinités au travers de cultes. Le peuple se livrait volontiers à ces rituels. Le peuple aimait bien ses dieux : ils lui ressemblaient!

Les romains poussèrent le polythéisme jusqu’à faire accéder leurs empereurs à la divinité! Bien sûr, nul Romain sérieux n’a jamais pensé que l’empereur avait ainsi acquis un statut « extraterrestre » ; qu’il fût devenu d’une même nature que les dieux que nous connaissons aujourd’hui : Dieu, Allah ou Jahvé. On voit là toute la différence entre le polythéisme mythologique et l’absolutisme monothéiste. Il ne s’agissait dans cette opération de divinisation impériale que d’inciter à plus de respect envers le maître de l’empire.

Mais, si les hommes honoraient les dieux, ceux-ci n’obligeaient pas les créatures terrestres à respecter un absolu. C’eût été absurde, puisque la société de l’Olympe était aussi dissolue, imparfaite et relativiste que la société humaine! Les hommes étaient donc libres de fixer leurs lois, en fonction de leur volonté. Et le plus souvent en fonction du rapport de leurs forces…

Et les hommes ne demandaient pas aux dieux ce qu’ils devaient penser : chacun était maître dans son domaine. Les hommes, pour leur part, s’occupaient avant tout de vivre, en attendant la mort.

Toutefois, à l’occasion, les dieux de la mythologie se souciaient de l’Homme. Et surtout Prométhée. C’est normal, c’est lui qui avait créé l’humanité ; et l’on s’intéresse toujours à ce que l’on a engendré.

Un beau jour, soucieux de voir ses créatures transies de froid et condamnées à ne consommer que de la viande crue, Prométhée leur apporta et leur donna le feu.

Il en fut bien puni. A la suite d’une trouble et obscure affaire de boîte offerte à sa belle-sœur Pandore, et qui servit de prétexte, Zeus - le roi des dieux - le condamna à un cruel et éternel supplice. Il fut enchaîné sur le mont Caucase où un aigle lui dévora indéfiniment le foie.

On peut tirer comme conclusion de ceci qu’il ne fait pas bon, pour un dieu, de vouloir le bien des hommes. Le catholicisme sut se souvenir de l’anecdote : mont Caucase et mont Golgotha!… mais, n’anticipons pas.

La divinité gréco-latine était duale. Certains dieux représentaient la beauté, d’autres la laideur. Certains la joie, d’autres la peine. Certains la vie, d’autres la mort. Certains la rigueur, d’autres la débauche. On peut placer à titre d’exemples de cette vision dualiste de la divinité, entre bien d’autres, Apollon et Athéna d’un côté ; Priape et Dionysos de l’autre. Le pauvre humain avait le choix. Or, le choix est la première étape de la liberté. La liberté, la première étape du relativisme. Et le relativisme, la première étape du désordre. Le génie du catholicisme fut de se souvenir de ceci pour adopter une attitude contraire : il inventa l’absolu.

Les Gréco-latins avaient un dieu du vin : Dionysos (Bacchus chez les Romains). C’était le dieu de la fête et de la joie ; de la vie. Dans le catholicisme, le vin se transforma en sang : le sang du Christ, pour célébrer sa mort…

Les Gréco-latins avaient une déesse de l’amour et de la galanterie : Aphrodite (Vénus en latin).

Aphrodite eut une vie dissolue et joyeuse : elle épousa Anchise puis Héphaïstos, qu’elle trompa allègrement et bien vite avec Hermès, Arès, peut-être Dionysos et, on peut le penser, bien d’autres encore.

Cette déesse était célébrée en de grandes bacchanales. Son culte était celui des plaisirs charnels. Le catholicisme, au travers de Marie, remit les choses à l’endroit et célébra la virginité et la chasteté!

Aphrodite avait ses pendants masculins, Cupidon et Priape…

En ces temps où régnait la spécialisation, à chaque dieu était dévolu un métier. Celui de Cupidon était de susciter l’amour et la passion en touchant d’une flèche un cœur abandonné. Celui de Priape de célébrer la sexualité triomphante et débridée.

Rejetant en enfer ces dieux inconvenants, le catholicisme honora plus que quiconque Jésus qui ne déclara qu’un amour universel (le contraire de la prédilection amoureuse) et ne montra jamais aucun signe de sexualité.

Dans le monde gréco-latin, le catholicisme fut donc une religion « révolutionnaire », au sens propre du mot.

Chez les Gréco-latins l’amour et la sexualité étaient alors dissociés, disions-nous. Les Grecs disposaient de trois mots pour dénommer l’amour : eros pour l’amour sexuée ; philia pour l’amour asexué et agapê pour un sentiment qui se rapproche plus ou moins de ce que nous appelons la charité ou la fraternité. Toutefois amour et sexualité pouvaient à l’occasion être réunis.

Tenez, petits enfants, nous allons vous conter à titre d’illustration une bien belle histoire.

Philémon et Baucis

Un beau jour, le plus grand des dieux, Zeus, fit incognito un voyage en Phrygie avec Hermès, son collègue en charge du commerce.

Ils s’arrêtaient çà et là, chaque fois tentant d’être accueillis, nourris, logés chez l’habitant. Après nombre d’échecs ils arrivent enfin auprès d’une masure. « Entrez, mes chers amis, dit un vieil homme. Vous semblez fatigués, ne restez pas dehors. Venez vous reposer, mon nom est Philémon et ma femme Baucis entretient la maison. Venez, la table est mise et s’il est peu de choses, nous les partagerons et boirons, Messeigneurs, le vin de l’amitié. » Le lendemain matin, Jupiter décida de se faire connaître : « Vous nous avez tous deux reçus avec chaleur, nous prenant pour des vagabonds. Mais nous sommes des dieux et, mon collègue et moi, pour vous remercier, voulons faire votre bonheur. Faites un vœu : sur l’heure il sera exaucé. » - « Notre vœu est de n’être jamais séparés ».

Jupiter aussitôt usa de ses pouvoirs, inonda la région car tous ses habitants inhospitaliers méritaient d’être noyés. Mais la pauvre maison de monsieur Philémon et de madame Baucis fut alors transformée en temple d’Adonis. Le temple eut pour gardien les bons et vieux amants, ainsi récompensés d’être aussi accueillants.

Quand quelques temps plus tard il leur fallut mourir, grâce aux dieux ils n’eurent pas à se désunir. Ils purent conserver de leur amour la chaîne et furent transformés - pour toujours refleurir - Baucis en un tilleul, Philémon en un chêne.

Cette histoire, telle qu’elle nous est contée par Ovide (10), montre que quand les dieux descendaient sur terre, c’était pour apporter le bonheur, et non la peur. Peut-on gouverner les hommes en leur apportant le bonheur? A priori, on pourrait le penser. Mais l’Histoire montre que la peur est beaucoup plus efficace. Certains peuples barbares (11) levantins avaient déjà découvert et exercé ce principe.

Nous venons de voir que les Grecs avaient créé, à côté des dieux vertueux, des dieux spécialisés dans différentes natures de « vices » : le plaisir, la jouissance, la lubricité. Cette dualité est une marque de relativisme. Or, le relativisme est bien naturellement l’ennemi mortel des religions fondées sur l’absolutisme : celles qu’affectionnaient les « Barbares » venant du Levant.

Les Romains, quant à eux, poussèrent le relativisme jusqu’à bâtir le Panthéon (πᾶν θεόις : « tous les dieux »), un temple qui réunissait tous les dieux connus et inconnus. Ce temple était ainsi voué au pire des péchés (du point de vue de certaines sectes barbares) : la tolérance. Tolerantia malus maximus est! murmuraient certains Levantins qui s’étaient glissés dans les murailles de Rome et affectaient de parler latin.

Sans anticiper sur notre sujet, disons seulement ici en forme d’incise ce qu’est devenu le Panthéon - ce temple destiné à tous les dieux - quand le catholicisme triompha à Rome. Le pape Boniface IV (550-615) en chassa « les faux dieux », le transforma en église, la consacra à la Sainte Vierge et aux martyrs… la Vierge triomphait d’Aphrodite : quel symbole! Plus tard, Urbain VIII (1548 - 1664), lorsqu’il fit parachever le baldaquin de Saint Pierre de Rome, fit retirer de cet ouvrage d’origine païenne les bronzes qui en couvraient le fronton pour les récupérer. Ainsi, il faisait subir, en toute charité chrétienne, une ultime avanie à cet édifice par essence polythéiste. « Quod non fecerunt barbari, fecit Barberini (12)» disait, en jouant sur les mots, une épigramme de l’époque. Il faut dire qu’Urbain VIII s’appelait Maffeo Barberini…

A titre d’anecdote, on pourrait ajouter qu’au Parthénon d’Athènes, il est un graffiti faisant trait à l’enlèvement des marbres du fronton par l’Ecossais Lord Elgin, pour les transférer à Londres en 1813. Ce graffiti dit, en paraphrase de ce qui précède : «Quod non fecerunt Gothi, hoc fecerunt Scoti ». Ce Lord Elgin, comme tout Ecossais qui se respecte, était un bon catholique. Il fut donc tout pardonné par les autorités politiques et religieuses de l’époque.

On pourrait multiplier les exemples quant aux aspects de la mythologie gréco-romaine, polythéiste et tolérante.

En l’étudiant, on voit que le catholicisme - né au sein de l’empire romain - prit systématiquement le contrepied de la mythologie dominante : un seul dieu au lieu d’une multitude, la célébration de l’abstinence au lieu de celle des passions, l’absolutisme moral au lieu du relativisme, la peur au lieu de la sérénité, la promesse d’un bonheur céleste au lieu d’un essai de bonheur terrestre.

La philosophie grecque avait porté trois principes à son pinacle.

L’adiaphoria (ἀδίαφορία) qui indiquait une indifférenciation morale, et le refus de l’absolu.

L’aphasia (ἀφἀσία) ou époché (ἐποχή) qui signifiait la suspension de jugement, le scepticisme.

L’ataraxia (ἀταραξία) qui définissait la tranquillité de l’âme face au destin.

La philosophie grecque (la métaphysique) offrait ainsi scepticisme, tolérance et sérénité. Le catholicisme offrit à ses fidèles la parfaite antithèse de cette tradition : l’absolutisme monothéiste, l’intolérance morale et l’angoisse devant la mort.

Le catholicisme s’inscrivit ainsi parfaitement en faux, au plan idéologique, contre la culture antérieure.

C’est normal : quand on veut supplanter une idéologie, il convient de s’en différencier autant que faire se peut.

C’est donc ce que fit le catholicisme, et ce fut là que résida son génie… Pourquoi? Comment? C’est ce que nous allons tenter de découvrir.

(4) Aux environs de l’an 30 de notre ère.

(5) La prédication de Mahomet date de 620 après J-C.

(6) Dans la ligne des Anglo-saxons, nous préférerons le mot de popularisation (popularization) à celui de vulgarisation. Le premier vient de populus (le peuple) alors que le second découle de vulgus (la foule). On retrouve la nuance en français entre « populaire » et « vulgaire ».

(7) Les Latins appelaient cette mythologie religio, mais ce mot n’avait pas l’acception métaphysique qui est la sienne aujourd’hui. .

(8) Nous utiliserons désormais le mot Homme dans son sens générique découlant de homo et non dans son sens spécifique de mâle (vir).

(9) On estime généralement l’âge de l’univers à environ 14 milliards d’années, celui de la terre à 4,5 milliards et celui de l’homo sapiens à 200.000 ans.

(10) Ovide - Les Métamorphoses.

(11) Pour les Gréco-latins, les « Barbares » étaient simplement les peuples qui ne parlaient ni le grec ni le latin.

(12) « Ce que ne firent pas les Barbares, Barberini le fit »

LES ORIGINES
2
LES ORIGINES

Le monde gréco-latin n’était pas un monde de douceur.

Les ennemis vaincus étaient massacrés ou mis en esclavage.

Les esclaves révoltés étaient crucifiés le long des routes ; en manière d’exemple.

Les spectacles du cirque étaient parfois cruels.

Mais tout ceci était dans l’ordre des pratiques du temps : à Rome, Sparte ou Athènes comme en Gaule ou en Germanie, ou même dans les tribus du Levant. Et ce que l’on considère de nos jours comme la cruauté des Gréco-latins s’exerçait néanmoins dans un cadre légal ; ce qui était rarement le cas dans les tribus barbares où régnaient le plus souvent l’arbitraire et la tyrannie.

Ce qu’il convient d’observer est que si les Gréco-latins tuaient leurs ennemis politiques ou géopolitiques, ils le faisaient par intérêt politique et non par idéologie. On ne tuait pas un homme pour ses pensées, et on ne l’obligeait pas à amender ses pensées.

Si un homme ou un groupe entrait à Rome avec un nouveau dieu, on l’invitait à lui trouver une place au Panthéon ; sans exclusive. C’était la coutume.

Or un problème se posa un jour : un nouveau dieu exigeait l’exclusivité!…

*

Ce nouveau dieu venait d’Orient.

Les religions orientales.

Puisque le catholicisme est né dans la région que l’on appelle le Proche-Orient (13), nous allons nous intéresser un bref instant aux religions qui fleurissaient en ce lieu.

En Orient, ne dominaient ni le relativisme ni la liberté de pensée, comme il en était à Rome.

absolutisme, relativisme, scepticisme, nihilisme

Ces mots sont souvent utilisés à tort et à travers. Et vous le savez, petits enfants, mal nommer les choses revient à contribuer à la confusion des esprits.

Rappelons les définitions les plus courantes.

L’absolutisme se dit d’un pouvoir qui s’exerce sans limite. Ce pouvoir justifie fréquemment ce caractère par le fait qu’il s’appuie sur une volonté divine, par nature absolue.

Le relativisme se rapporte à une idéologie qui considère qu’il n’y a pas d’absolu (de certitude) dans la connaissance morale, donc dans celle du bien et du mal.

Le scepticisme est une forme du relativisme qui consiste à refuser de s’engager. Le relativisme (scepticisme) s’oppose naturellement à l’absolutisme (l’absolu) et a donc toujours été combattu comme tel par l’Eglise, pour qui il est le mal… absolu!

Le nihilisme consiste en la négation de toute valeur philosophique, politique ou sociale.

Depuis un certain temps déjà émergeaient des religions qui tendaient à l’unicité divine et à l’absolu : les religions pharaoniques en Egypte ; les cultes de Mithra puis de Mazda - entre autres - en Perse ; enfin, le culte juif qui fut directement à l’origine des trois religions établies qui réunissent aujourd’hui près de quatre milliards de (plus ou moins) croyants.

Un évènement s’était produit en Egypte en 1350 avant notre ère : le pharaon Aménophis IV prit alors le nom d’Akhenaton et instaura - temporairement - le culte du dieu unique, sans doute pour la première fois dans l’histoire de l’humanité ; du moins à ce que l’on en sait.

L’objet de ce culte était le soleil (Aton).

Deux égyptologues israéliens réputés, Messod et Roger Sabbah, prétendent qu’Abraham serait Akhenaton en personne et que Moïse serait le général égyptien Mose qui deviendra Ramsès 1er! (14). Les auteurs en déduisent aussi que les juifs n’ont jamais été esclaves en Egypte : autant dire qu’ils sont assez contestés dans leur pays, et ce d’autant plus que la religion juive se présente comme l’inventeur du monothéisme. Cette dernière affirmation est d’ailleurs discutable puisqu’il existe des raisons de penser que le judaïsme des origines était plus une « monolâtrie » qu’un monothéisme, comme l’a expliqué pertinemment Jean Soler (15) en se fondant sur le fait que la Bible parle de Yahvé, dieu qui défend son peuple et non pas Dieu créateur de toute l’humanité. Yahvé serait donc un dieu spécifique et ethnique et non pas le dieu universel.

En Perse, le culte de Mithra, dieu de la lumière, était rendu depuis plus d’un millénaire. Mithra était un dieu majeur mais pas un dieu unique. Certains faits relatifs à Mithra pourraient néanmoins, à première vue, paraître troublants. Mithra est né un 25 décembre. Sa mère, Anahita, était vierge. Il était le Sauveur. Il monta aux cieux en 208 avant JC. On dit même qu’il aurait été célébré, à sa naissance, par des bergers et que des seigneurs vinrent lui apporter des présents (16).

On dispute de savoir qui de Mithra ou de Mazda (dieu de la sagesse) fut le premier dans l’ordre chronologique. Tout ceci remonte à deux millénaires avant notre ère… Le prophète Zarathoustra mit bon ordre à ce débat et plaça Mazda en position de dieu unique (17). Mithra accompagna alors son successeur avec le titre de « Bonne pensée » ou « Saine pensée » (18). Ce qui ressemble un peu au « Saint-Esprit », estiment certains esprits curieux ... Doit-on voir en tout ceci la duplicité des faux dieux qui étaient capables de faire de l’imitation par anticipation… Certains catholiques le pensent. La proposition inverse - imitation par le catholicisme - pourrait être gênante.

Quoiqu’il en soit, il est clair que le catholicisme était en une certaine manière annoncé par ces religions égyptiennes, persanes ou juives.

Le judaïsme

Il est communément convenu que le catholicisme (ou christianisme) découle plus particulièrement du judaïsme. Il est de fait que Jésus était juif.

Le catholicisme se réfère donc de tout temps à la Bible, livre juif fondateur qui ne fut que complété par « le Nouveau Testament » (les Evangiles, les Actes des Apôtres, les épitres de Paul et l’Apocalypse). La Bible est, pour le catholicisme, la porte d’entrée vers la Vérité. Il est donc justifié que l’on s’y attarde un moment.

Si vous avez l’âme trop sensible, petits enfants, sautez allègrement ce chapitre. Certains textes en sont un peu rudes.

La Bible.

La Bible nous apporte au milieu de l’horreur de tout ce paganisme, dit-on communément, un souffle nouveau bien réconfortant. Il vaut mieux cependant, pour cela, choisir ses chapitres.

La Bible porte sur bien des sujets (dans ses éditions modernes, et en tout petits caractères, elle occupe plus de deux mille pages!…). Nous nous attacherons à certains thèmes qui sont souvent un peu perdus au milieu de ces 2.000 pages ; et qui méritent néanmoins d’être mis au grand jour.

Les enfants sont traités dans la Bible de façon souvent modérément délicate. Prenons quelques exemples célèbres.

Notre ancêtre à tous, le fondateur de nos religions, le grand Abraham (Akhenaton?...) avait décidé un jour d’assassiner son fils Isaac (Gen. 22, 1-19). Il faut dire que Dieu en personne le lui avait demandé et que, quand cette demande vient de Dieu, on ne doit plus nommer cela un assassinat mais un holocauste ; nul doute que pour ce bon Isaac, ça eût tout changé… était-ce bien, d’ailleurs, un holocauste? Ce mot vient du Grec ολόκαυστον qui signifie « brûler en entier ». A priori, Abraham avait en projet d’égorger son fils, pas de le faire rôtir ; mais le mot est passé dans le langage courant, alors acceptons-le.

Quoiqu’il en soit, et ainsi que nul ne l’ignore, Dieu changea subitement d’avis et c’est un malheureux mouton qui passait par là qui en subit les conséquences. Cette affaire est retracée en détail dans la Genèse. Elle est considérée, dans les trois principales religions, comme un fait fondateur.

Cette histoire d’Abraham et d’Isaac est donc célébrée avec recueillement, et selon certaines variantes, chez les juifs, les chrétiens et les musulmans (19)… pas chez les moutons.

Une autre histoire assez piquante est celle du roi Salomon, fils de David. Un beau jour, pour une affaire un peu obscure de contestation de maternité, le bon roi, qui était peut-être un peu las de rendre la justice, décida de couper l’enfant en deux (Rois 3, 16-28). Là encore, l’affaire n’alla pas à son terme, par le fait que l’une des deux mères putatives fit preuve d’humanité et renonça à l’enfant. Certains disent que les femmes manquent de caractère!

Et puis il arriva à Dieu d’être vraiment fâché contre les ennemis de son peuple. C’est ainsi que, quand les malheureux juifs étaient asservis en Egypte, Il décida de tuer tous les premiers nés du pays dans le but de contraindre le Pharaon.

Les enfants, pensons-nous dans notre modèle mental moderne, sont pourtant innocents par nature… oui, mais ceux-là ne l’étaient pas par destination : ils étaient appelés, eussent-ils vécu, à devenir de méchants Egyptiens, persécuteurs de Juifs.

Puis Dieu se dit que la mort de leurs enfants n’impressionnerait pas assez les mécréants. Alors Il frappa au patrimoine. Il décida donc de faire mourir également tous les premiers nés du bétail des Egyptiens (Exode. 11, 4-6).

Tout ça, tel que ça nous est conté en détail dans la Bible, c’étaient de bons holocaustes demandés par Dieu ou souhaités par de saints rois. Mais quand on lance de telles idées, d’autres les reprennent. C’est ainsi qu’à la naissance de Jésus, le roi juif Hérode fit tuer tous les enfants de moins de deux ans (Matt.2, 16-17).

Les Juifs de l’antiquité traitaient également les membres de leur fratrie de façon originale.

On sait que Joseph fut vendu par ses frères, qui étaient comme lui fils de Jacob (Gen. 37) ; qu’Amnon, fils de David, viola sa sœur (Sam.13, 1-34) ; et bien sûr que Caïn tua Abel (Gen. 4,1-15)… Et il ne faut pas oublier ce bon Moïse! Un jour, il est convoqué par Dieu pour une affaire de tables de la loi au sommet du mont Sinaï. Le débat dure un peu et, quand le prophète redescend, son frère, qui était un peu artiste et orfèvre, avait confectionné pour passer le temps un veau d’or. Moïse, qui n’aimait sans doute ni l’or ni le veau - ni surtout l’idolâtrie pécuniaire que ce veau représentait - décida de tuer son frère… puis, il se ravisa et - il faut bien passer sa colère! - tua à la place trois mille de ses compagnons (Exode : 32, 21-35). Il était redescendu du Sinaï avec une loi d’amour ; et quand on aime on ne compte pas!...

Les relations entre les parents et les enfants présentaient aussi parfois des manières qui, si elles prospéraient de nos jours, feraient les choux gras de la presse à scandale et des journaux télévisés.

Loth, un saint homme, avait dû fuir Sodome dans des conditions hasardeuses et, au cours de sa fuite, sa femme avait été transformée en statue de sel. C’est assez original, bien sûr, mais également bien peu à même de favoriser la reproduction. Il y a fort à parier, en effet, que tout accouplement avec une statue de sel serait voué à la stérilité! Les filles de Loth cherchent alors un moyen de perpétuer la famille : elles enivrent leur père et le violent durant son sommeil (Genèse : 19, 31-38). Il semblerait que ça ait été efficace puisque l’aînée engendra Moab.

En dehors des relations familiales, les juifs de la Bible avaient parfois des coutumes un peu rudes. Le bon roi David en porte témoignage. David partageait avec le roi Saül un goût immodéré pour les collections et, quand il ne pouvait le satisfaire auprès de chez lui, il allait l’assouvir auprès de ses ennemis. C’est ainsi qu’un jour, il ramena au roi deux cents prépuces de Philistins (Sam. :18, 25-27). Collectionner les prépuces est effectivement original mais… des goûts et des couleurs…de gustibus et coloribus, non disputandum est!...

Les juifs savaient aussi faire preuve d’une certaine vigueur à l’égard de leurs ennemis.

Prenons le livre d’Esther. Esther était une jeune orpheline juive, vierge et belle. Or, il se trouve que le roi Assuérus, fâché avec la reine, décida de changer de femme et envoya ses messagers à travers le royaume pour lui trouver des jeunes filles belles et vierges. On lui amène Esther. Il est séduit. Il l’épouse. Mais pendant ce temps-là, le vilain Hamâm - une sorte de Premier ministre - avait décidé de faire un génocide des juifs. Esther l’apprend, se rend immédiatement auprès du roi et le supplie d’intervenir. Le roi, qui ne peut rien lui refuser, lui accorde tout ce qu’elle demande ; et Esther décide de faire massacrer les massacreurs! « Ils se débarrassèrent de leurs ennemis en égorgeant soixante-quinze mille de leurs adversaires » (Est. : 9, 16). Soixante-quinze mille! On ne faisait pas le détail, à l’époque!

Jean Racine a tiré de l’affaire une pièce magnifique dont on se contentera de rappeler deux répliques :

ASSUERUS

Quel jour mêlé d’horreur vient effrayer mon âme?

Tout mon sang de colère et de honte s’enflamme…

TOUT LE CHOEUR

Que son nom soit béni, que son nom soit chanté,

Que l’on célèbre ses ouvrages,

Au delà des temps et des âges,

Au-delà de l’éternité.

… Et pourtant, Racine n’était pas juif mais catholique…

La Bible nous dit aussi avec quelle délicatesse les rois juifs traitaient les femmes. Samson avait fait un pari stupide avec trente compagnons et, s’il le perdait, il devait leur fournir trente tuniques. Il perdit son pari, semble-t-il par la faute de sa femme qui avait dévoilé le secret. Samson, qui n’aimait pas perdre, en fut fort marri ; il dit à ses compagnons avec une délicatesse et une élégance que l’on appréciera à leurs justes valeurs :

« Si vous n’aviez pas labouré avec ma génisse, vous n’auriez pas trouvé mon énigme! » (Juges 14, 18)

Comment Samson a-t-il pu honorer son pari et s’acquitter de son gage? Eh bien, c’est tout simple ; il fit appel à l’inspiration divine et, nous dit la Bible (Juges 14, 19-20) : « … Alors l’esprit de Yahvé fondit sur lui. Il descendit à Ashquelôn, y tua trente hommes, prit leurs dépouilles et remit leurs vêtements à ceux qui avaient révélé l’énigme ». Et sa femme? Il la « donna à celui qui lui avait servi de garçon d’honneur. »

En ces temps anciens, les mœurs étaient parfois rudes ; surtout pour les femmes.

Encore un exemple : « Dina, la fille de Léa et Jacob, sortit pour voir les filles du pays. Sichem la vit et, l’ayant enlevée, il coucha avec elle et lui fit violence (Genèse. 34) ». Après un tel viol, que se passe-t-il? Eh bien, le père de Sichem va voir Jacob, reconnaît que l’évènement est fâcheux et propose à son interlocuteur de donner sa fille en mariage à Sichem. Il faut croire qu’en la violant, ce dernier y avait pris goût! Sichem dit alors : « Imposez-moi une grosse somme comme prix… mais donnez-moi la jeune fille comme femme » (Genèse 34-12). Acheter une femme après l’avoir violée apportait sans doute la preuve de l’esprit chevaleresque de l’époque. Et puis, la jeune fille n’étant, par définition, plus vierge, coûtait sûrement moins cher. Jacob vit l’intérêt d’un tel marché. Mais il avait des principes : il exigea qu’auparavant Sichem fût circoncis (Genèse 34-17).

La Bible nous dit aussi combien les juifs défendaient l’honneur de leurs femmes, souvent post mortem! Un Lévite qui voyageait avec sa femme fut attaqué dans la ville de Gibéa, ville des Benjaminites. Il fut hébergé par un brave homme mais des vauriens réclamèrent à celui-ci la femme du Lévite pour en abuser. L’hôte fit ce que la décence et les lois de l’hospitalité imposent en telles circonstances, il offrit en échange sa fille aux vauriens : « Ne soyez pas criminels!... voici ma fille qui est vierge. Je vous la livrerai. Abusez d’elle et faites ce que bon vous semble… » (Juges : 9.22). C’était sûrement un marché honnête, selon les coutumes du temps, mais les vauriens ne s’en satisfirent point. Le lévite mit en œuvre alors une stratégie de survie : « L’homme prit sa concubine et la leur amena dehors. » La femme du Lévite fut violée et en mourut. Le Lévite fut épargné, ce qui n’est que justice compte tenu de son statut.

Le lévite fit alors deux choses qui peuvent sembler surprenantes à nos esprits modernes. D’abord, il découpa sa femme en morceaux (Juges 19, 26-29). Ce devait être une coutume locale. Puis, il retourna en son pays pour demander vengeance. La vengeance fut effectivement assez radicale puisque, au cours de plusieurs combats il y eut d’abord 22.000 victimes ; puis, 18.000, le lendemain ; puis 25.000, deux jours après. Mais les Benjaminites survivants s’enfuirent! Qu’à cela ne tienne, on les poursuivit et 18.000 fuyards sont massacrés à leur tour. 600 étaient partis dans le désert : on les rattrapa et on les tua. Ceci nous est conté (et compté!) par le détail dans le Livre des Juges (chapitre 20, 14-48). Au total, la vengeance a entraîné très exactement la mort de 83.600 ennemis. Vraiment, tout ceci est admirable!... surtout la précision de la comptabilité.

Mais ce n’est pas tout. Après ce magnifique hommage funèbre rendu à l’épouse violée (et accessoirement découpée en morceaux), les Israélites firent preuve de beaucoup de compassion pour les pauvres Benjaminites qui n’avaient plus de femmes (le massacre avait sans doute été un peu sélectif…). Ils se rendirent alors à Yabesh de Galaad, un endroit dont on ignore tout de l’emplacement, mais qui était sûrement très bien. Il était très bien parce qu’il y avait là 400 jeunes filles vierges ; catégorie qui, même à l’époque, n’était déjà pas si nombreuse! Ils les regroupèrent à Silo et les livrèrent aux Benjaminites qui, en reconnaissance, leur déclarèrent la paix (Juges 21, 8-25). Les petits cadeaux entretiennent l’amitié.

Si la femme est si bien considérée dans la Bible, c’est que Dieu lui-même montre l’exemple. Ainsi, quand il est fâché contre son peuple, il utilise de délicates métaphores qu’il emprunte à la gent féminine. S’en prend-il à Jérusalem : « Tu as multiplié tes prostitutions. Tu t’es prostituée chez les Egyptiens, ces voisins au corps puissant… (Ezéchiel 20, 25-26.) Il ajoute : « …elle se prostituait en se souvenant … de ses débauchés dont la vigueur est comme celle des ânes! » (Ezech. 23, 20).

Il est bien d’autres endroits où la Bible fait montre de la délicatesse de Yahvé dans la façon dont il tourne ses métaphores au sujet d’Israël et de Jérusalem : « … chamelle excitée… ânesse en rut dans l’ardeur de son désir… » (Jer. 2, 23-24) Yahvé n’était pas exclusif et, pour ses catachrèses, faisait donc aussi bien appel à la femelle de l’âne ou du chameau qu’à celle de l’homme!

De toute façon, les femmes étaient en tout état de cause considérées comme des personnes de prix : « Si un homme viole une vierge… il versera une somme équivalente au prix fixé pour les vierges » (Exode. 22, 15).

Quand on parle du judaïsme comme origine de la religion catholique, on ne doit pas oublier les questions portant sur la sexualité. La religion catholique qui a toujours, comme nous allons le voir tout au cours de notre étude, été très sensible à ces questions tient sans doute cette inclination de son origine juive et biblique.

Reportons-nous au livre du Lévitique : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination (Lev.18, 22). » Et la punition, au cas où l’on pratiquerait cette abomination? La mort (Lev. 20, 13). Voilà qui est dit! Sur ce point, l’Eglise a longtemps confirmé cette même doctrine ; même si, il faut bien le concéder, au sein du clergé ceci n’a pas toujours été respecté. Mais il y déjà si peu de prêtres qu’il ne faudrait pas que l’on tuât en plus les prêtres sodomites!

Et la sexualité avec les animaux, la zoophilie? C’est bien d’aimer les animaux, mais pas trop quand même : « Tu ne donneras ta couche à aucune bête (Lev. 18, 23) ». Et si, d’aventure on succombe? « L’homme qui couche avec une bête doit mourir … (Lev. 18, 15) ». Admettons, mais ce qui est plus surprenant, c’est qu’il est ajouté « … et vous tuerez la bête. »

A propos des animaux, il faut bien dire que la religion juive, ancêtre de la catholique, n’était pas toujours tendre avec eux. S’ils succombaient aux élans amoureux des hommes (et des femmes aussi, d’ailleurs), ils étaient donc tués. Mais s’ils résistaient, ils pouvaient l’être également.

Un beau jour, Ezéchias, qui était roi de Juda, décide d’un holocauste pour purifier le temple. On convoque alors les animaux. Ils viennent en masse : soixante-dix bœufs, cent béliers, deux cents agneaux. Ils furent tous tués (2e Livre Chroniques : 29, 32).

Dans ce que les catholiques appellent l’Ancien Testament - et les juifs la Thora - Dieu s’occupait souvent des questions politiques. Il existait en terre d’Israël deux villes connues pour leurs mauvaises mœurs, Sodome et Gomorrhe. Un soir, deux anges se présentèrent en ville et entrèrent dans la maison de Loth. Les hommes de Sodome (et sans doute aussi de Gomorrhe), émoustillés par la vue des ces nouveaux venus - dont ils ignoraient qu’ils fussent des anges - vinrent demander à Loth de les leur livrer, pour qu’ils puissent procéder sur eux aux pratiques infâmes dont ils avaient coutume.

Loth, qui avait de l’honneur et le sens de l’hospitalité, refusa. Comme il avait aussi le sens pratique et une connaissance approfondie des coutumes locales, il leur proposa en échange et pour avoir la paix ses deux filles encore vierges : « faites-leur ce qui vous semble bon », ajouta-t-il, de peur de n’avoir pas été bien compris. Bien sûr, les hommes refusèrent les filles dont ils ne savaient que faire : quand on a de telles mœurs, on s’y tient! Bref, à ce moment, les anges invitèrent Loth à quitter ce lieu de perdition avant que Dieu ne le détruisît totalement. Au bout du compte, « Dieu détruisit les villes de la Plaine (Genèse : 19, 1-29). »

*

Pourquoi avoir fait ce survol de la Thora (ou Ancien Testament), fondement du catholicisme? Pourquoi avoir procédé à cette accumulation de citations?

Pour deux raisons.

La première est que ce livre - Le Livre - constitue le soubassement sur lequel a été élevée l’Eglise ; et qu’il est toujours vénéré par les catholiques. Il convenait donc qu’on l’abordât. On peut seulement espérer que le Dieu des catholiques est différent du Yahvé de la Bible, dont le goût pour les massacres fait un peu tache de nos jours.

La seconde raison est que ce survol montre que cette Bible dénote néanmoins un certain archaïsme. On comprend donc que ce n’était pas sur la base de ce seul texte que l’on pouvait convertir le monde. Pour cela, il fallait changer radicalement de paradigme.

A l’aphorisme dominant de l’époque « œil pour œil, dent pour dent. » (Exode. 21, 22), il fallait en substituer un nouveau qui fût plus attractif - quand bien même il fut bien rarement mis en application par la suite! - : « Si on te frappe sur la joue droite, tends aussi la joue gauche » (Matthieu : 5.39).

On croit parfois, bien hâtivement, que c’est en faisant montre de violence que l’on peut le mieux s’emparer du pouvoir. C’est faux. La preuve : ce n’est pas le judaïsme qui a conquis le monde mais le catholicisme!

La « joue gauche » l’a emporté sur « l’œil pour œil ». Nous allons voir comment.

(13 ) Proche-Orient est une expression européocentriste puisque cet orient est proche par rapport à l’Europe. Comme il est plus éloigné de l’Amérique, les Etasuniens ont pris coutume de l’appeler Middle-East ; devenu Moyen-Orient en français.

(14) Messod et Roger Sabbah. Les secrets de l’exode. Lgf. 2003

(15) Jean Soler. L’invention du monothéisme. De Fallois. 2002. Paris.

(16) Perfettaletizia. “The myth of Mithra” & “Was Mithra born of a virgin mother” : D.M. Murdock

(17) Certaines traditions disent aussi que c’est Mazda qui engendra Mithra! L’affaire est obscure et nous n’approfondirons pas plus avant.

(18) Jean Haudry : Les Indo-Européens. PUF, 1981.

(19) Aid-el-Kebir chez les musulmans, Roch Achana chez les juifs et le Vendredi Saint chez les chrétiens, ou le sacrifice de Jésus est substitué à celui d’Isaac… et du mouton..

3
LES DEBUTS DU CATHOLICISME

La parole divine : les Evangiles

Jésus

Jésus, l’inspirateur du catholicisme, naquit le 25 décembre de l’an 1, Anno Domini. C’est du moins ce que l’on dit le plus généralement.

Le début de l’année ayant été reporté ultérieurement au 1er janvier, on peut considérer que Jésus est né en réalité 6 jours avant la fin de l’Anno Domini, « son » année. Cette année serait, selon les conventions, l’année 3.260 du calendrier juif et l’année - 622 du calendrier musulman. Mais comme l’année précise de sa naissance est aussi inconnue que la date calendaire, nous ne nous arrêterons pas à ce détail.

Cette année de naissance est en effet éminemment incertaine. Seuls saint Luc et saint Matthieu donnent des repères historiques quant à l’année, et ceux-ci feraient plutôt naître Jésus entre l’an - 3 et l’an - 7 de notre ère. Cette théorie est affirmée par certains qui se fondent sur le fait que Jésus serait alors mort à trente-sept ans et non trente-trois ; et que trente-sept ans correspondaient à l’âge de l’acmé - c’est-à-dire l’âge idéal - chez les Grecs. Or la Palestine, contrôlée alors par l’empire romain était imprégnée de culture gréco-latine.

Quoiqu’il en soit, la date du 25 décembre n’a été fixée qu’en 354 par le pape Libère, qui voulait ainsi concurrencer le culte de Mithra, le Sol Invictus. Ce culte donnait lieu à une grande fête le 25 décembre qui était alors le solstice d’hiver selon la date du calendrier julien en vigueur à l’époque. Eh oui, petits enfants, on a dû attendre trois siècles et demi pour fêter Noël!

Nous admettrons volontiers que tout ceci a bien peu d’importance et que ça en aurait encore moins si, comme certains l’avancent, Jésus n’avait pas existé ; ou s’il était un être paradigmatique (20) regroupant plusieurs prophètes de l’époque dont il aurait été représentatif. Ces personnes se fondent pour affirmer ceci sur le fait que très peu d’auteurs non chrétiens (ou non juifs) aient évoqué son existence, et qu’ils ne l’aient fait alors qu’en quelques lignes, voire en quelques mots : Pline le Jeune, Tacite et Suétone ; et ce bien tardivement (environ 70 ans après la date présumée de la mort de Jésus) (21).

Quant aux auteurs « chrétiens », les évangélistes et les apôtres, la véracité historique de leurs écrits ou prédications laisse à désirer. Et Flavius Josèphe, un juif romain qui écrivit beaucoup sur la vie de Jésus (Testimonium Flavianum) ne commença à le faire qu’en l’an 94 ; et sur la base de la tradition orale. Il n’existait pas de journaux ni de reportages, à l’époque. Et engager un récit soixante ans après les faits, c’est accepter une certaine incertitude.

Si nous connaissons mieux les paroles de Jésus que les détails de sa vie, c’est qu’il y a à la fois pléthore et insuffisance de sources. Pléthore, par ce que l’on cite plus de vingt-cinq « évangiles » (22), parmi lesquels quatre ont été retenus comme « canoniques » ; évangiles qui, tout canoniques qu’ils sont, présentent une relation souvent assez différente des faits. Insuffisance, car ces textes, écrits près de soixante ans après la mort présumée de Jésus, sont incertains et imprécis.

Quoiqu’il en soit, que Jésus ait vraiment existé ou pas n’a pas (sauf pour ses fidèles, bien sûr!) historiquement beaucoup d’importance. Tant de livres ont été écrits à son sujet, tant de personnes ont consacré leur vie à le célébrer, tant de faits historiques ont été réalisés en son nom qu’il est devenu une « donnée historiographique » indiscutable, un « phénomène » - sinon un fait - historique. Quand bien même - ce qu’à Dieu ne plaise! - on arriverait un jour à démontrer son éventuelle non-existence terrestre (23), ceci ne changerait rien à l’effet qu’il aura eu sur ces deux derniers millénaires. Quand bien même Jésus n’aurait pas réellement existé qu’il n’en serait pas moins le produit réel des effets de son existence virtuelle. On pourrait dire, pour faire savant, que Jésus est peut-être un être « performatif », dont l’existence découle de la seule énonciation.

C’est sur les paroles de Jésus, telles qu’elles sont relatées par les Evangiles, que le catholicisme s’est fondé, au-delà de ses racines juives et bibliques.

C’est donc sur les paroles de Jésus, second étage - après la Bible - de la doctrine catholique, que nous allons concentrer notre attention. Nous y trouverons certaines des bases sur lesquels se forma la doctrine qui, de triomphes en triomphes, prospéra jusqu’à nos jours.

*

L’héritage de Jésus

La parole de Jésus nous est transmise par les évangiles (εὐαγγέλιον ; bonne nouvelle). Il en existe donc plus d’une vingtaine, tous écrits longtemps après la mort de Jésus par des personnes dont on n’a aucune certitude qu’elles l’aient directement connu ; et dont tout laisse à penser le contraire. De plus, parmi cette grosse vingtaine d’évangiles, il est clair - au vu d’analyses philologiques - que beaucoup furent recopiés les uns sur les autres.

Parmi tous ces évangiles, l’Eglise en retint donc trois qui se ressemblaient beaucoup et qu’elle nomma « synoptiques » (Marc, Luc et Matthieu) ; et quatre (les mêmes plus celui de Jean) qu’elle déclara « canoniques » : c’est-à-dire entrant dans l’ensemble des lois obligatoires formant le corpus dogmatique. Les autres furent rejetés et nommés « apocryphes » (du grec apokruphos : secret, caché).

Par cette seule sélection, l’Eglise s’immisçait déjà dans la confection de la doctrine et prenait parti dans l’interprétation de la Parole. Le christianisme (simple référence à Jésus-Christ) devenait déjà catholicisme (corpus dogmatique élaboré).

Nous intéressant à la construction (l’Eglise) qui démontre le génie du catholicisme, il est naturel que nous commencions notre étude par les fondations.

Ces fondations sont constituées de la parole de Jésus, le Christ (du grec χριστός / christós : oint, messie) ; c’est-à-dire, pour les croyants, d’une parole divine. Arrêtons-nous donc un moment sur les évangiles.

Dans le cadre de notre approche du catholicisme, ce qui est intéressant dans l’étude des évangiles est de voir l’écart entre ce que ces livres sacrés rapportent de la parole de Jésus et ce que l’Eglise en a fait par la suite. En un mot : l’Eglise catholique, au cours de son histoire, fut-elle fidèle aux évangiles? C’est à chacun d’entre vous, chers petits enfants, qu’il appartiendra, à l’issue de la lecture de ce livre, d’en juger.

Les évangiles

Parmi les multiples paroles que Jésus nous laissa au travers de ces quatre évangiles canoniques, nous sommes obligés de n’en sélectionner qu’un petit nombre. Nous le ferons en les classant et les regroupant par thèmes : les démons, les femmes, les animaux etc…