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Une présentation des recherches scientifiques et des arguments infirmant l'origine médiévale de ce linceul mortuaire, contrairement aux conclusions des datations au carbone 14 réalisées en 1988. L'auteur plaide en faveur de son authenticité en tant que relique de Jésus et suggère des méditations à partir de ce fait.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né en 1936, l'auteur est Ingénieur de l'École Supérieure d'Électricité (ESE). Son parcours professionnel s'est essentiellement effectué dans le spatial, puis dans l'informatique d'une compagnie d'assurance.
Il a découvert la question du Linceul en 1950, avec l'ouvrage du Dr Barbet. Pendant 67 ans, il a suivi les travaux sur ce sujet, puis il a été coopté par Mgr Thomas pour faire partie du bureau de l'association "Montre Nous Ton Visage" (MNTV), en tant que secrétaire. Il effectue de nombreuses conférences en France, soit sur la Passion de Jésus-Christ, soit sur le Linceul proprement dit.
Outre cette activité, il fait partie de l'aumônerie de l'Hôpital Sainte Perrine, il est très impliqué dans la paroisse Saint-Christophe de Javel (Communion à domicile, accompagnement d'obsèques et suivi d'une EHPAD),il continue à exploiter l'enseignement du Père Th. Kowalski, aujourd'hui décédé. À ce titre, il a beaucoup participé à la rédaction du livre
Les Béatitudes, à l'École du Père Thomas Kowalski.
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Seitenzahl: 329
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Linceul de Turin
© Les Acteurs du Savoir, 2022.
Tous droits réservés.
Jean DARTIGUES
Linceul de Turin
Énigme de la science ou mystère de la foi
Préface de Mgr Thomas Évêque émérite de Corse et de Versailles
3e édition
Les Acteurs du Savoir
La page 1 de couverture correspond à la photographie 3D de la face ventrale du linceul, réalisée par Thierry CASTEX, ingénieur géophysicien, dont les travaux de recherches sont largement évoqués dans les pages ci-après.
À Marie-Françoise (†)
À mes enfants
À mes petits-enfants
REMERCIEMENTS
Ce livre n’aurait jamais existé sans l’insistance et le soutien de nombreuses personnes que je tiens à remercier profondément.
Tout d’abord, je voudrais citer tout particulièrement Jean-Hervé Lorenzi qui s’est impliqué de façon permanente, constante, et qui a porté ce travail à bout de bras, avec insistance, pendant plusieurs années. Il ne s’est jamais découragé, ne m’a jamais lâché, en procédant à des relances, avec une opiniâtre énergie peu commune. Il n’a pas ménagé son temps et se trouvait toujours disponible pour encourager et dynamiser son avancement.
Ce livre est en partie son œuvre.
Je n’oublie pas l’importance du rôle qu’a joué Bruno Anglès d’Auriac, qui a été l’initiateur de ce projet, car il en avait pressenti immédiatement l’intérêt. Lui aussi, a été un appui, en suivant régulièrement la progression du travail.
Ne négligeons pas la participation très active d’Hélène Clément qui a assuré le rôle ingrat des multiples relectures avec patience et précision et, toujours avec de bonnes idées. Son aide amicale a été irremplaçable.
Je n’omets pas non plus le travail d’Isabelle Albaret, qui a proposé de nombreuses corrections très judicieuses, ainsi que les nombreux coups de main de mon fils Vincent.
Enfin, soulignons l’intérêt qu’a porté Mgr Jean-Charles Thomas à cet ouvrage, lui qui connaît admirablement le sujet, puisqu’il a aussi publié plusieurs livres sur ce thème. Je suis très honoré qu’il ait accepté d’en écrire la si pertinente préface.
Comment ne pas remercier avec gratitude le Père André-Marie, moine bénédictin à Croixrault, qui a eu la gentillesse de créer pour moi un crucifix, tel que le montre le linceul, crucifix figurant dans les illustrations.
Enfin, je ne peux quitter cette page sans remercier chaleureusement d’abord Aldo Guerreshi puis Thierry Castex, Louis Cador et Bruno Rabourdin pour leurs illustrations si éclairantes. Celles-ci donnent une grande partie de l’intérêt à cet ouvrage tant elles participent à la compréhension du sujet.
PRéFACE
Et si…
Si le linceul conservé à Turin était celui d’un pharaon, d’un philosophe ou d’un inconnu, les scientifiques l’examineraient paisiblement : leurs conclusions seraient publiées et accueillies comme des milliers d’autres objets de science.
Si le linceul ne comportait aucune « image » d’un être humain, partie faciale et partie dorsale, les scientifiques n’auraient pas de problème pour dater le tissu. Personne ne ferait d’objection aux résultats de la datation publiés en 1988.
Si le linceul ne comportait aucune trace de sévices évoquant une flagellation sur tout le corps, le percement du côté droit de la poitrine en direction du cœur, et des traces de sang autour de la tête, les scientifiques ne se sentiraient pas questionnés par des personnes ayant la conviction de se trouver en présence d’un personnage exerçant une influence dans l’histoire depuis deux mille ans.
Et si le linceul n’évoquait d’aucune façon celui que des millions de personnes à travers le monde considèrent comme leur guide, celui qui les sauve d’une existence trop facilement banale, celui qu’ils considèrent comme un être humain si profondément relié à Dieu qu’ils osent l’appeler son Fils…
Cependant, même si le linceul n’était qu’un long tissu de lin de 4 m 415 sur 1 m 137 de large, les photographes se poseraient tout de même des questions sur sa version positive et négative (plus compréhensible), les férus de tridimensionnalité chercheraient tout de même à comprendre comment pareille caractéristique a pu être créée aux environs de 13551. Et même si des techniciens étaient capables de reproduire autant de linceuls identiques à celui de Turin, comme ils le prétendent, personne ne se poserait de questions sur son « authenticité » (Quelle authenticité ? Est-ce un faux ? Par rapport à un vrai, un « authentique » qui se trouverait à quel endroit et depuis quand ?)
Voici un bref aperçu des questions que Jean Dartigues se pose depuis des années.
Il a voulu les aborder de front, « pour clarifier les débats, en faisant le point sur les connaissances actuelles qui évoluent, et en exposant le plus objectivement possible les différentes opinions en présence… Chacun doit pouvoir élaborer une synthèse à partir des nombreux éléments dont on dispose aujourd’hui. » (Finale de son avant-propos).
Jean Dartigues nous offre 7 dossiers d’information (le chiffre biblique caractérisant la plénitude, l’œuvre complète) et un huitième document (bibliquement, l’indépassable) amorçant la méditation contemplation.
Ouvrons les SEPT dossiers
1 - Le linceul : comme tissu de lin, sa valeur (j’ai aimé le lien fait par Barbara Frale avec les vêtements du Grand Prêtre pour la fête de Yom Kippour), vue d’ensemble, pliage, la révélation qu’en fut le négatif photographique par Secondo Pia en 1898. « Ce drap a beaucoup vécu et son histoire n’est certainement pas simple ». Vers 1600, G. B della Rovere a réalisé une peinture montrant, en bas, le positionnement du linceul autour d’un corps, et, en haut, le linceul laissant apparaître l’image d’un corps tête-bêche entre facial et dorsal. Cette peinture offre à notre imagination une bonne approche du linceul.
Au passage, retenons qu’il s’agit d’un linceul et non pas d’un suaire (pièce de tissu de modestes dimensions pour s’essuyer pendant le travail. Mais l’appellation « suaire » est tellement connue qu’il est difficile de corriger le mot sans perdre de l’information courante).
2 - Le dossier sur le crucifiement romain, châtiment réservé aux esclaves, attire l’attention sur l’effroyable réalité que nous risquons de déformer à partir de la plupart des peintures que nous avons probablement vues ou gardées en mémoire. Et peut-être aussi des innombrables « crucifix » réalisés par les artistes pour les églises ou les maisons.
Jean Dartigues nous livre une documentation précise sur la façon romaine d’exécuter en série, réservée au bas de gamme de la société. Tite-Live, Cicéron, Tacite en parlent. Selon Flavius Josèphe, les Romains n’hésitèrent pas à crucifier jusqu’à cinq cents Juifs par jour pour mater leur révolte contre l’Empire romain.
L’homme du linceul de Turin a subi la crucifixion. Comme esclave ? Parce que révolté contre Rome ? Victime d’une erreur judiciaire ? Victime d’un complot ? Toutes ces questions devront recevoir une réponse.
3 - Que nous dit l’histoire de ce tissu ? Ce qui est fondé, certain et prouvé, remonte aux alentours de l’année 1355, date à laquelle apparaît le linceul, en France, dans un petit village de Champagne. Et où se trouvait-il avant 1355 ? Les documents historiques proposent un certain nombre d’hypothèses. Ils y ajoutent des problèmes d’identification du tissu. Est-ce le tissu qu’on appelait le « linge d’Édesse », qui fut reçu en grande pompe à Constantinople le 15 août 944, et commenté dans une homélie dont nous avons le texte, et évoqué par une sorte de dessin toujours visible en Espagne ?
Et auparavant ? Quels documents historiques parlent de ce tissu ? A-t-il exercé une influence sur la représentation qu’on se faisait des visages de Juifs, de Romains. Nombre de fresques ou de mosaïques soutiennent le bien-fondé de certaines hypothèses.
Et depuis 1355, comment et quand ce linceul est-il passé de Lirey à la Maison de Savoie, de Chambéry (où il échappe à la destruction dans l’incendie de la nuit du 3 au 4 décembre 1532) puis à Turin où il est conservé, invisible, dans la chapelle édifiée par l’architecte Guarino Guarini entre 1669 et 1694 ? Il a subi de nouveaux incendies : le 1er octobre 1972, puis dans la nuit du 11 au 12 avril 1997 ? Pourquoi est-il si peu « montré » (ostensions). Pourquoi la télévision en fait-elle une première ostension télévisée le 23 novembre 1973 ? Puis en 1979… Et désormais à l’occasion des « ostensions ». Comment est-il devenu la propriété du Vatican en 1983 ?
4 - Le linceul de Turin, comme pièce à conviction, demeure observable. Il parle de deux façons : d’une part, à la manière d’un document photographique (certains éléments ressemblent à un négatif photographique, d’autres non) et, d’autre part, à la manière de l’image projetée d’un corps étendu sur le dos.
Cette « image projetée » raconte les dernières heures de l’homme enveloppé dans ce linceul.
Cet adulte devait avoir entre 30 et 40 ans, mesurer environ 1 m 80. Il a subi des sévices, reçu des coups sur la tête : celle-ci a saigné au niveau du front, blessé en plusieurs endroits par des pointes d’épines posées en couronne autour de sa tête.
Cet homme a été flagellé sur tout le corps : on peut compter le nombre de coups reçus et se faire une idée précise du genre de fouet utilisé par le ou les bourreaux chargés de cette flagellation, des Romains sans hésitation possible.
Cet homme a été crucifié, poignets et pieds cloués, selon la méthode romaine. Il est mort épuisé, asphyxié, cyanosé. Il a reçu le coup de grâce, comme savaient le donner les soldats romains, avec leur lance perçant le côté droit du crucifié, traversant le poumon et atteignant le cœur. Jules César dans la guerre des Gaules, indique qu’on enseignait dans l’infanterie comment donner ce coup mortel.
Cet homme a été posé nu sur le linceul, déposé lui-même sur une dalle horizontale. La tête était légèrement relevée, reposant sur une sorte de coussin de pierre, mains croisées l’une sur l’autre, bras étendus jusqu’au bas du ventre. L’image des fessiers existe en double, le linceul ayant été replié à cet endroit.
Le linceul ne porte aucune trace de putréfaction : l’homme du linceul ne s’y est pas décomposé.
Quiconque se donne la peine de lire les quatre évangiles de la passion de Jésus de Nazareth reconnaît sans hésitation tout ce qu’on a fait subir à l’homme du linceul. Mais il garde le droit de penser qu’un certain nombre d’esclaves ont subi la même série de sévices.
Deux questions demeurent : pourquoi l’homme du linceul de Turin a-t-il été posé dans un linceul, enseveli, au lieu d’être jeté dans la fosse commune réservée aux esclaves ? Et pourquoi le tissu de Turin conserve-t-il certaines caractéristiques d’un document photographique ? Avec certains paramètres permettant à des spécialistes d’en tirer une image tridimensionnelle ?
5 - Pas étonnant que nombre de scientifiques se soient investis dans la recherche depuis la photo de Secondo Pia.
Jean Dartigues en dresse la liste chronologique : de 1898 à 1978 – de 1978 à 1981, comportant le débat entre Mac Crone et la majeure partie des scientifiques – avec leurs conclusions : « De façon incontestable, irréfutable, le linceul de Turin ne peut être, en aucun cas, le résultat d’une peinture car on n’y trouve, avec certitude, aucun de ses composés « pigments » ou « liant ». Seconde conclusion : « Il y a bien des taches de sang sur le linceul ».
6 - Le doute du carbone 14(1988).
Jean Dartigues développe longuement ce dossier, aussi difficile pour les non scientifiques que décisif selon certains spécialistes du carbone 14. Il présente l’analyse, les protocoles acceptés, la découpe de l’échantillon sur le linceul de Turin. Et les résultats officiels donnant une probabilité à 95 % de la date médiévale du tissu de Turin : entre 1260 et 1390.
Deux positions s’affrontent. Ceux pour qui le tissu de Turin perd définitivement tout intérêt, puisqu’il a été fabriqué entre 1260 et 1390. Ceux pour qui l’analyse réalisée ne peut pas être considérée comme infaillible pour un certain nombre de raisons.
Jean Dartigues se risque à formuler plusieurs hypothèses susceptibles d’expliquer un décalage entre la fabrication du tissu (seulement à partir de 1260) et l’ensemble des autres observations faites sur ce tissu donnant à penser légitimement que le tissu existait avant l’année 1260.
Lisez la documentation amassée par Jean Dartigues. Elle vous ouvre honnêtement le droit de douter de l’infaillibilité absolue et définitive de l’analyse au C14. Et donc d’attendre de nouvelles hypothèses d’interprétation des analyses, de débat sur les protocoles adoptés avant 1988, éventuellement d’espérer de nouvelles analyses, soit selon le C14, soit selon d’autres moyens de datation, actuellement en cours d’expérimentation.
En supplément sur le linceul de Turin, Jean Dartigues nous renseigne sur les recherches qui continuent,
–concernant les pollens,
–les traces laissées par des pièces de monnaie posées sur les paupières de l’homme du linceul,
–les expériences actuelles du professeur Fanti, suggérant que le tissu de Turin a dû être fabriqué dans une fourchette de 250 ans avant notre ère à 250 ans de notre ère : « Résultats encore récents (année 2013) à accueillir avec précaution, tant qu’ils ne sont pas entérinés par la communauté scientifique »,
–les fantômes d’écritures : réalité ou fantasme ? lettres grecques et latines, qui permettraient de préciser l’état civil de l’homme du linceul et la procédure de conservation/décomposition du cadavre pendant un an, jusqu’à ce qu’il n’en reste que les ossements, alors rassemblés dans un ossuaire sur lequel on écrivait le nom du défunt dont on conservait seulement les os.
J’ai personnellement apprécié ce qu’écrit Jean Dartigues sur la langue latine : « Elle était loin d’être la langue générale dans l’ensemble du bassin méditerranéen (selon Cicéron, Suétone, Pline le jeune, Quintilien). Elle était même peu parlée. La langue courante, la plus parlée, était le grec, jusque dans les couches les plus humbles de la société… En Palestine, la coexistence des trois langues (grec, araméen et latin) était parfaitement naturelle ».
Observation rapportée par l’Évangile selon Jean écrivant que Pilate avait fait poser sur la croix un « écriteau » sur lequel était écrit : « Jésus, le Nazoréen (sic) le roi des Juifs »… «Il était écrit en hébreu, en latin et en grec » (Jn 19,19-22).
7 - Et si le linceul était authentique ?
Jean Dartigues présente les arguments niant l’authenticité, et ceux qui la prouvent. Argument fondamental : le linceul était impossible à concevoir ou à imaginer au XIVe siècle, 22 détails le prouvent. Il comporte également des caractéristiques contraires à la culture de l’époque.
Conclusion : « L’image du linceul est une exception absolue, originale par rapport à tout ce qu’on faisait au Moyen Âge… La nature de l’empreinte et le processus de formation sont toujours inexpliqués, toutes sciences confondues. Le linceul demeure UNIQUE. Il ne présente pas la moindre erreur, ni au plan du dessin, ni au plan historique, ni au plan médical, ni au plan technique, ni au plan exégétique, ce qui est un tour de force ».
« La thèse d’un faussaire génial, capable de tout connaître et de tout réaliser s’élimine d’elle-même ».
Au terme de son enquête, Jean Dartigues nous propose ses convictions. Le linceul conservé à Turin est un objet authentique et non pas une contrefaçon.
N’ayant pas pu être fabriqué au XIVe siècle, il n’est pas une falsification destinée à tromper ceux qui l’observent. L’objet est sincère.
L’image et les traces de sang ne sont ni des trucages, ni des contrefaçons, ni des falsifications.
Ce tissu est une pièce unique, jamais copiée. Il est actuellement impossible d’en créer d’autres exemplaires comportant l’ensemble de ses caractéristiques.
Ce grand tissu de lin donne à lire des événements dont témoignent les quatre évangiles au sujet de la passion et de l’ensevelissement de Jésus de Nazareth (années 30 ou 33). Une telle correspondance entre des témoignages jugés dignes de foi et un tissu soumis depuis 1898 à la plupart des analyses dont disposent les scientifiques pose la question : le linceul de Turin est-il, à sa façon, un témoin parlant de Jésus de Nazareth ? De sa crucifixion et de sa mort dans les années 30 ou 33 ?
Et si le linceul conservé à Turin témoigne de ce personnage historique, que nous dit-il à son sujet ? Qu’il fut victime d’un rejet, d’un homicide, d’un meurtre, considéré bouc émissaire, jamais privé de la liberté de se livrer entre les mains de l’humanité, avec une exemplaire capacité de s’investir avec amour pour faire réfléchir et sauver ?
À la façon des quatre Témoins évangéliques, Matthieu, Marc, Luc et Jean, sommes-nous honnêtes en le considérant comme un cinquième témoignage, posant à ceux qui l’observent la question devant laquelle toute personne humaine demeure entièrement libre de formuler sa réponse personnelle : ce Jésus de Nazareth était-il seulement un « fils d’homme », ou était-il aussi, comme il l’a prétendu clairement, « Fils Unique de Dieu » ?
Le livre de Jean Dartigues se termine donc par une invitation à lire les témoignages des évangiles. Nous avons le droit de le faire, comme l’auteur qui ne s’en cache pas. Il respecte la liberté de nous en abstenir, car il sait que donner la foi à quelqu’un est et sera toujours une décision libre, un ensemble de pensées, de sagesse, de confiance et d’amour privilégiant la relation avec une personne.
Le dernier mot à la « Parole »
L’apport de Jean Dartigues est original, comparé aux nombreux livres publiés sur le linceul de Turin. À la fois bref, puisqu’il s’efforce d’aborder l’ensemble du dossier et complet, en relatant systématiquement les points de vue différents, voire opposés. Il invite le lecteur à se déterminer, au lieu de rester passif, et à choisir l’hypothèse qu’il préfère. Il ne ressemble pas à la majorité des ouvrages publiés pour exposer la conviction de l’auteur invitant son lecteur à adhérer à ses conclusions au nom de la solidité de son argumentation.
Son ouvrage ne cherche pas à faire le buzz. Au départ, il voulait seulement répondre aux sollicitations de sa famille et d’un certain nombre d’amis.
Il s’attache à offrir une large information tout en proposant des éléments de contemplation à ceux qui se sentent invités intérieurement à répondre à la question posée par Jésus de Nazareth : « Pour toi, qui suis-je ? ».
Jean Dartigues répond ainsi parfaitement aux objectifs pour lesquels nous avons fondé l’association « Montre-nous Ton Visage » en janvier 1981 : connaissance et contemplation du linceul de Turin. Il a été d’ailleurs longtemps le secrétaire de MNTV.
Il nous fait bénéficier de sa compétence et fait œuvre d’évangélisation envers ceux que le Pape François appelle « les périphéries » : nos contemporains,pour qui voir, comprendre, libérer la parole et accepter la contradiction sont devenus inséparables. J’apprécie son livre plus que tout, à la fois comme « disciple-missionnaire » et à la fois comme évêque. Je prêche la Bonne Nouvelle de Jésus, mort et ressuscité, toujours vivant. Je n’ai jamais prêché le linceul de Turin. Mais j’ai observé que les personnes de formation scientifique acceptaient volontiers de s’informer, et de débattre à son propos, sur la méthode Dartigues. Ma conviction ? On ne parviendra probablement jamais à la preuve scientifique absolue, irréfutable, que ce linceul a enveloppé Jésus ni à celle inverse. Mais il demeurera un objet passionnant pour notre raison, notre amour du savoir ; et cette question finale ouverte : et si…
Merci, cher Jean et ami, pour votre excellente contribution, adaptée à notre culture, à notre besoin de voir, compréhensible par des gens de tous les âges, pacifiante comme engagement d’un homme d’expérience, dont l’esprit demeure aussi vif que celui d’un jeune. Ouvrage à offrir à ceux qui aiment conjuguer la raison en ouvrant des horizons pour la foi chrétienne.
Noël 2017
Jean Charles THOMAS2
ancien évêque de Corse et de Versailles,
dernier fondateur vivant de MNTV
Avant-propos
Écrire à nouveau sur le linceul de Turin ne manque pas d’une certaine audace. Tant de livres, plus ou moins sérieux, l’ont déjà ausculté, soumis à une argumentation souvent partielle et partiale, que cet exercice peut paraître vain. Ce tissu reste pour le plus grand nombre un objet méconnu et, pour d’autres, un sujet de discorde, tant sa crédibilité reste suspecte.
Rappelons que le linceul est un drap sur lequel figure, de façon à peine perceptible, l’image3 tête-bêche de la face ventrale et dorsale d’un homme mort, allongé, nu, vraisemblablement crucifié. Une vue globale du linceul est l’objet de la Figure I (en hors texte)4. Ce drap porte des indices qui correspondent exactement à ce que rapportent les Évangiles pour décrire les dernières heures de la vie de Jésus. C’est dans cette image, extrêmement réaliste et précise, que réside le mystère du linceul, l’une des grandes énigmes scientifiques.
Une précision s’impose. Une certaine confusion dans les termes, il s’agit là d’un linceul, et non d’un suaire. Le linceul, en lin, sert à ensevelir les morts dans de nombreux pays, de nos jours encore. C’était le cas des Juifs, à l’époque du Christ, où le mort, nu, était couché sur ce drap assez long pour être rabattu sur tout le corps.5 Le suaire (soudarion en grec ou sudarium en latin), un linge de petite taille, était utilisé pour essuyer le visage du défunt et pour servir de mentonnière afin de maintenir sa bouche fermée. L’expression courante de « Saint Suaire » entretient une confusion qu’il vaut mieux éviter en parlant plutôt de « linceul ».
Dès sa première exposition publique au Moyen Âge, vers 1355, ce linceul a exercé une véritable fascination sur tous ceux qui l’ont contemplé. Les traces présentes sur le linge évoquent la Passion de Jésus et personne n’a jamais pu relever la moindre contradiction entre le linceul et les textes bibliques. Ce drap serait-il le linceul de Jésus-Christ ? L’image qu’il révèle serait-elle le portrait de Jésus-Christ, miraculeusement imprimé ?
Il faut bien avouer qu’à s’intéresser pour la première fois à son sujet, on ne peut que rester sceptique, sourd à cette histoire invraisemblable. La probabilité d’être en présence du linceul authentique de Jésus est si faible que, spontanément, cette thèse ne paraît guère plausible. Le pape Jean-Paul II, lui-même, en était parfaitement conscient, qui qualifiait cette opinion de « provocation à l’intelligence ». Pourtant les indices foisonnent et leur concordance fascine.
Aborder la « question » du linceul exige une certaine dose de courage et de patience, mais aussi une vraie humilité face aux arguments contradictoires. Car, en prendre connaissance par simple curiosité revient à se laisser prendre comme dans un « jeu de piste », où l’intérêt grandit à mesure que l’on avance dans une énigme quasi « policière ».
Le linceul ne demande qu’à parler, si l’on consent à s’approcher de son dossier, à le regarder sans idées préconçues. Tel qu’on le voit, ce drap reste énigmatique, mais il est bien plus éloquent qu’on ne le pense a priori. Si chacun s’accorde à reconnaître qu’il ne devrait pas exister, il n’en est pas moins là, bien présent, avec son mystère, que les scientifiques n’arrivent pas à percer depuis plus d’un siècle.
Après sa première photographie prise en 1898, quelques personnes ont admis son authenticité tandis que la majorité criait au « forfait ». Spontanément, deux camps se sont formés, celui des « pour » et celui des « contre ». Or, l’histoire du linceul nous rappelle que ces deux partis existaient déjà au début de son histoire officielle vers 1355. Depuis plus de six siècles, le linceul n’a cessé d’être un objet de polémiques et de discordes.
La controverse porte, bien entendu, sur l’authenticité de ce drap. Mais derrière ce premier motif « officiel », se profile « l’ombre » de Jésus, sa vie, sa Résurrection, son enseignement. Si cette « ombre » ne planait pas sur ce linceul, gageons que la controverse n’aurait jamais eu lieu. C’est un fait : ce « personnage » dérange, provoque l’animosité de nombreux protagonistes. Comme le disait Yves Delage6 dès 1902, « Si, au lieu du Christ, il s’était agi d’un Sargon, ou d’un Pharaon quelconque, personne n’eût trouvé rien à redire », au contraire ! Dans ce cas, les travaux de recherches auraient été suivis avec passion par tous les médias et personne ne les auraient dénigrés. Les analyses se seraient déroulées dans une atmosphère « objective » de coopération scientifique et les medias auraient présenté une attitude constructive. Mais dès que l’on touche, même de loin, au tabou de la religion en général et de Jésus-Christ en particulier, l’objectivité cesse immédiatement et les comportements deviennent irrationnels et idéologiques. Le raisonnement laïc et rationaliste écrase toute autre forme de pensée.
Les propos et les écrits des deux factions sont trop souvent véhéments, frôlant parfois le fanatisme, avec un ton et un verbe insupportables. Cette perte de tout bon sens et de toute retenue est aussi consternante que l’aveuglement et l’accumulation des préjugés qui la guident. Et pourtant, chacun est parvenu à ses conclusions dans une parfaite bonne foi !
Il est vrai que la presse écrite et télévisuelle s’empare régulièrement de ce sujet médiatique. Ce drap, inexplicable, est un mystère qui « paye ». Or, la grande majorité des Français, dont beaucoup de « chrétiens de base », ne connaissent pas le dossier et les quelques bribes d’informations recueillies ne leur donnent aucune raison « d’y croire ». Depuis le tapage médiatique en 1988, autour de la datation dite du « carbone 14 », la tendance est plutôt à se désintéresser du sujet. La science a parlé ! La datation médiévale du tissu s’est imprimée dans l’esprit du public, qui ne cherche plus à aller de l’avant, par paresse, par désintérêt ou par indifférence. En revanche, des chrétiens croyants, attirés par les traces de la Passion du Christ et les occasions qu’elles donnent de méditer, s’intéressent toujours au linceul et viennent souvent le vénérer.
Les études scientifiques, menées depuis le début du XXe siècle, ont tenté de percer le secret de ce tissu afin de découvrir le mystère de ses origines. Cette image est si mystérieuse qu’elle constitue un extraordinaire objet de recherches, tant pour les historiens que pour les scientifiques, toutes disciplines confondues. Des savants et des experts de renommée internationale se sont penchés sur ce problème. Les questions se pressent. Qu’est-ce que ce linge ? Que sait-on de son histoire ? Peut-il nous apprendre quelque chose sur la Passion de Jésus-Christ ?
Ce n’est pas l’énergie qui a manqué pour tenter d’élucider cette énigme. Aucun objet au monde n’a été autant étudié depuis un siècle, comptabilisant, toutes recherches confondues, plus de 500 000 heures de travail de chercheurs de haut niveau. Tous reconnaissent la difficulté du problème. Si celui-ci était simple, si le faux était évident, il y a longtemps que la question ne se poserait plus.
Après le coup d’arrêt infligé aux recherches pendant une dizaine d’années, suite à l’analyse de datation au C14, celles-ci ont repris, depuis que ces mêmes analyses ont montré leurs failles et leurs faiblesses. Chaque année compte son lot de nouveautés inattendues. Mais ce « savoir » qui s’accroît ne peut prétendre être une vérité ultime. La science est ainsi tenue en échec, malgré le nombre impressionnant de détails découverts sur le linceul. D’où cette formule lapidaire : « On sait tout, mais on ne sait rien ».
Dans ce contexte confus, où les propos les plus contradictoires circulent, où les spécialistes eux-mêmes ne parviennent pas à s’entendre, une opinion personnelle pertinente n’est pas évidente. L’ambition de cet ouvrage pourrait se résumer ainsi : tenter de clarifier les débats, en faisant le point sur les connaissances actuelles, qui évoluent et en exposant, le plus objectivement possible, les différentes opinions en présence. Mais aussi de dresser la liste des indices favorables à l’authenticité, faisceau qui est impressionnant. Chacun doit pouvoir élaborer une synthèse à partir des nombreux éléments dont on dispose aujourd’hui, au plus loin des préjugés, et de comprendre pourquoi le linceul continue à provoquer tant de curiosité et de controverses passionnelles. Si le linceul est authentique, ce qu’il nous montre et nous fait découvrir devrait être très proche de la réalité du vécu du Christ le Vendredi Saint.
Chapitre 1
Le linceul
De quoi s’agit-il ? C’est un tissu de forme rectangulaire, en lin.
Lors de sa restauration, en 2002 (voir détails page 153), il a été étiré pour supprimer les plis et il mesure désormais 4,415 x 1,137 m. De nombreux observateurs pensent qu’à l’origine ce drap était plus long d’une trentaine de centimètres, du côté de la face ventrale. En effet, l’extrémité des pieds n’apparaît pas sur cette face, alors qu’elle transparaît sur la face dorsale. Il est invraisemblable qu’à l’origine, les pieds aient pu dépasser du linceul, sans être recouverts.
La caractéristique la plus surprenante du linceul est sa grande légèreté due à sa grande finesse, car son épaisseur n’est que de 0,33 mm7 pour un poids total estimé à 1,1 kg et une superficie de 5 m². Cette finesse surprend tous ceux qui touchent ou analysent de près ce tissu. C’est un linge de très grande qualité, très fin et très fragile.
Le linge
Le lin, sa culture et sa transformation
Sans entrer dans trop de détails, quelques informations sur la fabrication d’un tissu de lin sont utiles pour comprendre la suite.
Après arrachage des pousses de lin, on immerge les tiges dans l’eau d’une rivière pour faciliter la séparation de l’écorce d’avec la tige. Cette opération indispensable, dite de « rouissage », conduit l’eau à déposer sur la surface des fibres des sels minéraux dissous dans l’eau, comme le calcium, le strontium et le fer, toutes choses que l’on retrouvera sur le linceul lors des recherches scientifiques.
Puis on sépare et l’on trie les fibres selon leurs tailles pour permettre la suite des travaux. Les plus grandes sont démêlées, parallélisées, peignées, prêtes à être filées. Au moyen d’un fuseau, le filage consiste à réunir les fibres entre elles, par une torsion, pour obtenir des fils résistants destinés au tissage.
Au cours de leur séchage, les fibres de lin prennent spontanément une torsion particulière, dite « en S », une forme retrouvée dans la majorité des tissus de lin. Le linceul, au contraire, présente une torsion peu commune, inverse, dite « en Z », ce qui suppose un filage inhabituel à l’aide de deux fuseaux, une technique onéreuse destinée à obtenir des tissus de qualité, plus solides, qui ne se déforment pas.
La couleur naturelle du lin brut est brun sombre. Pour rendre son aspect plus esthétique et plus soyeux, les tisserands ont toujours cherché à « éclaircir » la couleur du lin en le laissant tremper dans différentes solutions. C’est le « blanchiment ». Pour ce faire, avant le VIIe siècle, on utilisait la « sapanaria officianalis »8 ou saponaire, mélangée avec de la cendre de bois. Cette manipulation provoque, en revanche, une diminution du fil d’environ 25 %, qui devient ainsi plus fin et plus fragile. Cette fragilité conduisait à des ruptures de fil, dues à la brutalité des anciens métiers à tisser. Voilà pourquoi on blanchissait le lin après tissage, en utilisant un fil plus robuste pour cette opération. Par la suite, vers le VIIe siècle, grâce à des métiers à tisser plus élaborés, et surtout moins brutaux, le procédé s’est inversé, le blanchiment du fil précédant le tissage. Cette technique, qui donne au tissu une plus belle apparence, a mis presque deux siècles à se généraliser.
Le lin du linceul
Les opérations de rouissage ont été détectées sur le linceul par les analyses scientifiques. En effet, aux croisements des fils de chaîne et des fils de trame on remarque une tache brune qui est l’indice certain d’un blanchiment après tissage, donc antérieur au VIIe siècle. Ces observations n’ont pas valeur de preuve en faveur de l’ancienneté du linceul, mais sont à retenir. L’excellent état de conservation de ce linge surprend tous ceux qui l’ont approché.
Notons l’absence totale de fibres de laine, qui était le matériau le plus répandu aux premiers siècles, selon les historiens. Une énigme qui disparaît si l’on se réfère aux prescriptions de la loi juive, qui acceptent le mélange de certaines fibres végétales, le lin et le coton par exemple, mais interdisent formellement de les mêler avec des fibres d’origine animale comme de la laine9. Cet interdit de la Mishna explique pourquoi, en Judée, les métiers à tisser étaient différents pour traiter les matériaux issus du végétal et de l’animal.
La façon dont est tissé le linceul est aussi surprenante par sa qualité. C’est un tissage rare, réalisé en sergé de type « 3 lie 1 », le sergé étant tissé en chevrons. Le chevron, au regard des autres tissages, est remarquable par la souplesse du tissu que l’on obtient. Le métier nécessaire pour tisser en sergé était quelque peu complexe à manier, même si sa technologie était sommaire. L’image du métier de la page 33 doit être assez proche du métier utilisé.
Nous sommes loin des métiers « avec harnais » comme on le voit écrit ici ou là, alors que ces derniers datent seulement du XIVe siècle. Mais notre tissu a parfaitement pu être tissé sur un métier utilisant une technologie plus ancienne. Si des tissus complexes ont été retrouvés à Palmyre, Pompéi, Doura Europos, aucune des machines à tisser correspondantes n’a pu être découverte.
Métier à tisser antique
Dessin Isabelle Beaussant.
Étoffe du Ier siècle (Musée de Pompéi) sergé 2 lie 2
Linceul : Vue du tissage en gros plan (sergé 3 lies 1)
À l’endroit
À l’envers
Linceul : vue globale du tissage en chevrons
Le tissage du linceul est loin d’être sans défauts et ces irrégularités trahissent un travail artisanal primitif.
Un point d’histoire
Certains spécialistes des tissus anciens, tels que Gabriel Vial ou Mechtild Flury Lemberg, confirment que le linceul est un tissu rare, de grande qualité, certainement très onéreux à l’origine. S’il date du temps de Jésus, il devait être destiné à une tenue d’apparat, et non à un linceul funéraire, qui ne sert qu’une seule année, comme nous le verrons. Il est invraisemblable qu’un tel tissu ait pu servir de linceul à un condamné de droit commun.
Si Barbara Frale10 historienne au Vatican, partage ce point de vue11, elle propose néanmoins une hypothèse intéressante, plus précise et plus inattendue. Elle rapproche le linceul des tissus destinés au culte du Temple, dénommés en hébreu « sadîn shel buz »12, sadîn signifiant lin. Ceux-ci étaient une prérogative du grand prêtre, utilisés par exemple lors de rituels, comme celui accompagnant la fête de « Yom Kippour », jour le plus saint du culte hébraïque. Tissés pour le Temple, ces linges ne pouvaient se trouver dans le commerce. Seule une personne ayant accès au magasin du Temple13 et connue des préposés, était à même d’en acheter. Or, les Évangiles nous apprennent que Joseph d’Arimathie, était un homme riche et membre du Sanhédrin. Il devait certainement être autorisé à en acquérir. Les textes soulignent que Joseph d’Arimathie voulait honorer Jésus, et l’a peut-être fait en offrant ce tissu. Pour lui, Jésus était une sorte de grand prêtre. Pour Mme Frale, cette offrande était signifiante, puisque lors du Grand Pardon, le grand prêtre libérait Israël de ses péchés par le sang versé de l’animal sacrifié.
Les évangélistes ne disposaient d’aucun terme pour désigner, en grec, ce tissu. Par défaut, les synoptiques ont employé le mot « sîndon », assez proche du mot « sadîn », terme utilisé dans la Bible des Septante. Matthieu précise « en lin pur » pour souligner la pureté au sens religieux, ce qui semble conforter l’hypothèse de Mme Frale. Saint Jean l’évangéliste, quant à lui, utilise le mot « othonia », à rapprocher sans doute de l’expression « bissina othonia » désignant un tissu de grand prix, placé à l’intérieur des sanctuaires.
Résultat
Cette sorte d’usage « décalé »d’une tenue d’apparatpour ensevelir un condamné assimilable à un esclave, pourrait être un indice d’authenticité, puisque ce serait le signe de la grande déférence de Joseph d’Arimathie pour Jésus. À l’évidence, l’homme du linceul ne pouvait être un homme ordinaire. Il semble être, d’une manière ou une autre, lié au culte de Yahvé.
Les particularités du tissu sont des indices, en rien des preuves.
Les adversaires de l’authenticité soutiennent que le rouissage, le blanchiment, le filage ou le tissage peuvent dater du Moyen Âge, ce qui est évidemment possible. Pour eux, la qualité de conservation du linceul est si bonne qu’il ne peut être que récent. Si des sergés « 2 lie 2 » (voir illustration plus haut, page 33) ont été retrouvés, il est exact qu’aucun tissu de lin tissé en chevrons datant du Ier siècle n’a été retrouvé. Compte tenu des indices cités et de l’usage surprenant de ce tissu hors du commun, il est possible qu’il soit d’origine proche-orientale, tissé dans l’Antiquité. Rien ne le prouve, mais rien ne s’y oppose.
Vue d’ensemble du linceul
Aux premiers regards, que voit-on ? D’abord trois types d’informations apparaissent.
Les premières sont les traces de l’incendie de décembre 1532. Les 24 grands trous triangulaires disposés en deux lignes et sont ce qu’il y a de plus visible ! Aldo Guerreschi14 a analysé ces trous de brûlures, leurs formes, leurs décroissances, leurs origines ainsi que le pliage du drap à ce moment-là.
Ces brûlures n’ont pas été causées par des gouttes d’argent en fusion, car celles-ci auraient creusé des trous ronds, mais plutôt par la chute d’un objet métallique incandescent, positionné de façon oblique (couvercle du reliquaire ou barre métallique). La base de cet objet serait à l’origine de la partie évasée de ces triangles.
Pliage du linceul lors de l’incendie de 1532.
Dessin Isabelle Beaussant.
L’analyse de la décroissance de ces trous a permis de déterminer le pliage de l’époque : Le linceul placé horizontalement était plié de façon dissymétrique : une partie comprenait 16 épaisseurs et une autre de 32, avec un pliage permettant son insertion dans un reliquaire de 29 cm x 75 cm. Ces indications sont illustrées page 36.
Seize mois après l’incendie, les Clarisses de Chambéry ont tenté une consolidation, en masquant ces trous, par 24 pièces de tissu.
Outre les grands trous, on remarque deux lignes de brûlure noires parallèles qui courent sur les deux côtés du linge. Elles sont dus au contact avec la paroi surchauffée de la châsse, lors de l’incendie, et correspondent au pliage de l’époque.
Mais le linceul comporte également 4 séries de 4 petits trous calcinés, formant une sorte de « L ». Leur origine est inconnue, mais une interprétation pourrait être une projection accidentelle de morceaux d’encens incandescents, sur cette toile utilisée comme nappe d’autel, à une époque inconnue. Comme on le verra, il est surprenant de voir ces trous figurer sur la miniature du Codex de Pray, document antérieur à 1197. Voir Fig. VII (hors texte).
Enfin, on distingue sur le linceul, sept zones, comportant des marques en losange, correspondant à des traces d’eau. Les recherches effectuées par Aldo Guerreschi et Michele Salcito15 prouvent, qu’à ce moment-là, le linceul était plié en accordéon de 13 soufflets conduisant à 52 épaisseurs, correspondant à une dimension de 32 x 38 cm. Voir illustration page 39. Avec ce pliage, on constate que l’imprégnation de l’eau s’est faite sur un coin. Pour expliquer cette disposition, une hypothèse serait que le linceul plié était placé verticalement à ce moment-là, comme s’il était dans une jarre ou une urne, telle qu’il en existait tant dans l’antiquité. Une humidité aurait pu se condenser au fond et mouiller le linceul. Cette hypothèse est confortée par l’imprégnation de la septième zone, qui montre que le tissu, très fin et très léger, s’est affaissé comme s’il était vertical. Une expérimentation faite par Piero Vercelli avec un tissu fin placé verticalement et plié de cette façon a montré que la face extérieure s’affaissait naturellement comme celle du linceul.
Ce pliage et la position de l’imprégnation sont totalement différents de ceux de l’incendie de 1532.
Pliage du linceul correspondant aux taches d’eau
Dessin Isabelle Beaussant.
Type de jarre ayant pu être utilisée
Donc, contrairement à ce qu’indiquent de très nombreux ouvrages, ces taches d’eau ne proviennent certainement pas de l’extinction de l’incendie de 1532, mais sont incontestablement antérieures.
Pour être complet, notons que l’on retrouve des marques de plis sur de nombreuses photos, notamment celles d’Enrie. Voir page 230. Ces plis proviennent d’une époque où le linceul était roulé. Avec la restauration de 2002, le linceul a été étiré et ses plis ont disparu des dernières photographies.
Découverte d’une empreinte corporelle humaine
Entre les deux lignes de brûlures, décrites ci-dessus, on observe des traces peu marquées, d’une pâleur extrême, monochromes de couleur sépia. Ces traces esquissent la silhouette d’un homme vu de face et vu de dos, avec un aspect inhabituel. Les deux images, tête-bêche, appartiennent manifestement au même sujet. On imagine facilement que ces images représentent les faces postérieure et antérieure d’un homme totalement nu, allongé. Les deux silhouettes sont opposées par la partie supérieure du crâne et évoquent un homme, jambes serrées, mains croisées sur le pubis, dans l’attitude caractéristique d’un mort couché sur le dos.
L’image n’apparaît que là où le tissu était en regard du corps (ou de sa représentation), de la face ventrale et de la face dorsale.
C’est ce qu’ont parfaitement compris et représenté Giovanni Battista della Rovere16 (voir le détail de cette représentation page 41) et Jean-Gaspard Baudoin au XVIIe siècle17. Elle représente la manière dont le linceul a dû être placé, au moment de l’ensevelissement du corps, pour expliquer l’empreinte que nous observons sur le drap.
La providence a voulu que les trous de brûlures, positionnés près des pliures, n’aient détruit ni l’empreinte centrale et ni celle du visage. Seules les images de la face ventrale (épaules et parties hautes des bras) ont été altérées.
