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Dans les pages qui suivent, Nathaniel Hawthorne, l'une des plus grandes figures de la littérature américaine, nous offre une version remarquable de l'un des contes les plus connus de la mythologie grecque : la terrifiante et édifiante légende du Minotaure, cette créature moitié homme moitié taureau dont les repas sont composés de victimes humaines.
Illustrée par Virginia F. Sterrett, cette oeuvre est destinée aux plus jeunes, mais ravira le plus grand nombre par son style et par la symbolique puissante de son histoire.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
Le Minotaure
En entendant les sifflements
Pour terminer mon histoire
Dans l’antique cité de Trézène, située au pied d’une haute montagne, vivait autrefois avec sa mère un petit garçon qui avait nom Thésée. Le roi Pitthée, son grand-père, régnait sur cette contrée et passait pour un prince accompli ; aussi, le jeune Thésée, doué par la nature de brillantes qualités, élevé à la cour et sous les yeux de son aïeul, ne pouvait manquer de profiter des sages instructions du monarque. Sa mère s’appelait Éthra. Quant à son père, l’enfant ne l’avait jamais vu ; mais il se souvenait que, dès son âge le plus tendre, Éthra allait souvent dans un bois où se trouvait Un rocher profondément enfoncé dans la terre et recouvert de mousse. Là, elle le faisait asseoir à côté d’elle, et lui parlait de son père. Elle lui disait qu’il se nommait Égée, que c’était un grand roi, qu’il régnait sur l’Attique et résidait à Athènes, fameuse entre toutes les cités du monde. L’enfant n’avait pas de plus vif plaisir que d’entendre ces récits, et demandait souvent à sa mère pourquoi l’illustre auteur de ses jours ne venait pas habiter avec eux à Trézène.
« Hélas ! mon cher fils, répondait Éthra en soupirant, le premier devoir d’un souverain est de veiller sur son peuple. Ses sujets lui tiennent lieu d’enfants, et il peut rarement consacrer quelques instants à sa famille, comme le font des parents ordinaires. Votre père ne quittera jamais son royaume pour venir voir son fils bien-aimé.
—Alors, chère mère, pourquoi n’irais-je pas moi-même visiter cette fameuse cité d’Athènes, et rappeler au roi Égée que je suis son fils ?
— Cela pourra se faire plus tard. Un peu de patience, et nous verrons. Vous n’êtes ni assez grand ni assez fort pour exécuter un tel projet.
— Et dans combien de temps serai-je assez fort ? demandait le jeune prince avec insistance.
— Vous n’êtes encore qu’un tout petit enfant, répliquait sa mère. Voyez si vous pouvez soulever le roc sur lequel vous êtes assis ? »
Plein de confiance dans ses propres forces, l’enfant se cramponna aussitôt aux aspérités de la pierre, tira, poussa, se raidit ; il était hors d’haleine : mais le rocher demeura complètement immobile, comme s’il eût été attaché au sol par de puissantes racines. Il n’y avait pas lieu, du reste, de s’en étonner, car il aurait fallu, pour ébranler une telle masse, les efforts musculaires de l’homme le plus robuste.
Témoin de tant d’ardeur, d’ambition et de faiblesse, Éthra ne put s’empêcher de sourire tristement ; puis son cœur s’émut à la pensée que c’était le début significatif et prématuré de son fils dans la carrière des aventures.
« Vous le voyez bien, Thésée, il faut que vous acquériez encore beaucoup plus de force avant de tenter le voyage d’Athènes, et d’aller dire au roi Égée qui vous êtes. Mais, je vous le promets, aussitôt que vous pourrez soulever ce rocher et me montrer ce qui est caché dessous, je vous permettrai de partir. »
À dater de ce moment, Thésée ne cessa de demander à sa mère si le temps était bientôt venu de se rendre à Athènes. Celle-ci se contentait de lui indiquer ce qu’il avait à accomplir auparavant, et ajoutait que, pendant des années encore, il ne serait pas en état d’entreprendre ce voyage. Malgré cette réponse si absolue, le tendre enfant aux joues roses et rebondies, aux cheveux bouclés, renouvelait fréquemment ses essais. Il fallait le voir tordre ses jolis bras potelés contre une masse tellement pesante, qu’un géant n’eût pas eu trop de ses deux larges mains pour entreprendre ce travail. Cependant le rocher paraissait de plus en plus solidement enfoncé dans la terre. La mousse qui en couvrait la surface, devenant chaque jour plus épaisse, avait fini par former comme un charmant tapis vert, dont le tissu était percé çà et là de quelques pointes de granit. Au-dessus s’entrelaçaient les branches des arbres, qui laissaient tomber leurs feuilles roussies, au retour de chaque automne ; à la base, croissaient des fougères et des plantes sauvages et grimpantes, dont quelques-unes envahissaient ses flancs. Selon toute apparence, il était étreint et fixé dans le sol avec une solidité inébranlable.
Malgré les difficultés d’une pareille œuvre, Thésée, devenu un vigoureux jeune garçon, se flattait d’arriver bientôt à l’époque heureuse où il pourrait triompher de la résistance du rocher.
« Mère, s’écria-t-il un jour après avoir fait une nouvelle épreuve de ses forces, je crois qu’il a remué. Certainement, la terre est un peu craquée autour.
— Non, non ! enfant ! s’empressa de répondre sa mère ; ce n’est pas possible, vous n’en êtes pas encore capable ! »
Thésée ne se rendait pas à ces dénégations, et lui montrait un endroit où il s’imaginait que le mouvement de la pierre avait déraciné la tige d’une fleur. Éthra se prenait à soupirer et devenait toute mélancolique : car, elle ne se le dissimulait plus, son fils avait cessé d’être un enfant ; bientôt elle allait le voir s’éloigner et s’exposer aux périls du monde.
Une année s’était à peine écoulée depuis ces premières et tristes réflexions. La mère et l’enfant se retrouvaient assis sur la pierre couverte de mousse. Éthra lui redit l’histoire de son père, tant de fois déjà racontée ; elle lui répétait avec quel bonheur Égée l’accueillerait dans son palais, comme il se ferait gloire de le présenter à ses courtisans et à son peuple, et de le proclamer, en leur présence, l’héritier de son empire. À ces mots, le plus vif enthousiasme éclata dans les regards de Thésée, qui put à peine demeurer en place, tant sa joie était grande.
« Ma chère mère, s’écria-t-il, je ne me suis jamais senti si fort ! Je ne suis plus un enfant ! Je suis un homme ! Le temps est venu de faire un suprême effort pour soulever la pierre.
— Mon cher Thésée ! attends ; non, pas encore !
— Mère, il le faut ; oui, je vous le dis, le moment est arrivé ! »
Thésée se prépara à renouveler ses tentatives. Tout ce qu’il avait de courage dans le cœur fut résolument mis à l’œuvre. Il étreignit, de ses bras nerveux, la roche inerte. On eût dit un athlète attaquant un colosse vivant. Dans cette lutte désespérée, il était décidé à vaincre ou à périr, en laissant le rocher comme monument éternel de sa valeur et de sa mort ! Éthra, debout, immobile, contemplait cette lutte acharnée ; elle sentait son cœur maternel tour à tour s’enfler d’orgueil et se remplir d’effroi et d’alarmes. Le rocher s’était ébranlé ! Un dernier effort le soulève, le déracine en arrachant les fleurs et les plantes qui y sont attachées, enfin le retourne et le renverse sur son flanc.
Thésée avait triomphé !
Tout en reprenant haleine, il jette un regard de satisfaction sur sa mère : le visage d’Éthra laissait briller un sourire à travers ses larmes.
« Oui, mon enfant, dit-elle, c’en est fait, le temps est arrivé ; tu ne dois plus rester à mon côté ! Vois ce que le roi Égée, ton noble père, a déposé sous cette pierre, quand il la souleva de ses bras puissants et la fixa à la place d’où tu viens de la retirer. »
Thésée s’aperçut alors que le rocher avait été posé sur une autre pierre plate, au milieu de laquelle une cavité avait été pratiquée. Le tout ressemblait par conséquent à un coffre massif, dont l’énorme rocher était le couvercle. Au fond de la cavité se trouvaient un glaive à poignée d’or et une paire de sandales.
« C’était le glaive de ton père, dit Éthra, et voilà ses sandales ! Quand il devint roi d’Athènes, il m’ordonna de te traiter comme un enfant, jusqu’à l’époque où, en soulevant cette roche, tu te montrerais devenu homme. Ta tâche est accomplie. Tu n’as plus qu’à prendre ces sandales, pour suivre les traces glorieuses de ton père, et à ceindre ce glaive. Tu peux maintenant combattre les géants et les dragons, comme fit le roi Égée dans sa jeunesse.
— Je partirai pour Athènes, aujourd’hui même ! » s’écria Thésée.