1,99 €
"Dans un gouffre obscur et sans fin, dans le silence, cinq chiens avancent prudemment, suivant une petite boule de poils clairs..." Muria la souris guide Rudi, Bugin et leurs trois amis au travers du Grand Gouggre jusqu'au Monde obscur,, la cité souterraine où vivent selon elle, les hostiles "Monstres". Assurant la cohésion du groupe, elle emmène la "bogue" et les quatre chiens dans une expédition angoissante et semée de dangers, où chacun d'eux sera amené à faire connaissance avec ses propres limites... Mais à supposer que l'expédition atteigne son objectif, les six amis parviendront-ils à accomplir la mission qu'ils se sont donné, à savoir libérer les prisonniers, la famille de Muria?
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Seitenzahl: 91
Veröffentlichungsjahr: 2018
A mes parents et à Juliette
A mes amilitants et à tous ceux qui se dévouent pour la cause des animaux.
Le mystère du message des fêtes de fin d'année est enfin résolu : l'auteur en est Muria, la souris, débarquée fraîchement d'un monde souterrain dangereux et inconnu, et cherchant désespérement à se faire entendre du peuple chien.
Avec trois de leurs camarades de classe, Orgus, Brony et Ilara, nos héros Rudi et Bugin se résolvent courageusement à venir en aide à la petite souris. Les frères et sœurs de Muria sont enfermés quelque part dans le Monde Obscur, rendus malades et soumis à des expériences par des créatures que Muria appelle «les Monstres». Les cinq chiens forment une expédition, et, profitant de l'inadvertance de leurs parents, pénètrent dans les égouts de la ville à la suite de Muria pour se rendre sur les lieux du drame. Après avoir parcouru le réseau des égouts pendant toute une journée en s'efforçant de n'être pas repérés, les voici arrivés à la dernière limite entre leur propre monde et le domaine des Monstres : le Grand Gouggre...
Dans un gouffre obscur et sans fin, dans le silence, cinq chiens avancent prudemment, suivant une petite boule de poils clairs.
Orgus et Brony les téméraires, Ilara la courageuse, Bugin, avec ses kilos en trop et son air timide, et enfin moi Rudi, même si je n'aime pas trop ce prénom, avec mes longs poils qui me cachent la vision...
Moi et mes amis nous sommes lancés dans la plus étrange expédition de ma vie.
Une histoire à vous faire froid dans le dos.
Pour lui venir en aide.
Muria, la souris, notre minuscule guide, qui trottine devant nous veut sauver ses frères et sœurs, prisonniers d'une bande de créatures qu'elle appelle les «Monstres». Elle est venue du monde souterrain, désespérée, demandant de l'aide.
Nous avons été les seuls à accepter, bien que nous ne soyons que de jeunes enfants-chiens. Maintenant, en dépit de notre angoisse, il faut assumer...
Nous avançons tous en silence, concentrés sur les marches de pierre, à quelques centimètres devant nous, qu’éclairent nos lampes.
L’air est frais, lourd, immobile. Nos semelles résonnent sur la pierre quand nous nous laissons tomber d’une marche plus haute que les autres et l’écho se répercute tout au long des parois invisibles. En un sens, c’est rassurant : cela signifie que le côté opposé de ce gouffre ‒le Grand Gouggre, comme dit Muria‒ existe bien réellement.
Bientôt, le petit promontoire où nous nous sommes reposés pendant quelques minutes disparaît de notre vue et l’obscurité se fait plus pénétrante. Chacun d'entre nous ne voit autre chose que ses pieds, le sol à un mètre devant lui, le dos de celui qui le précède et tout ce que sa lampe-torche veut bien éclairer. Involontairement, je regarde parfois vers le Grand Gouggre, imaginant ce que serait une chute dans ces ténèbres, combien de temps cela durerait, est ce que j'aurais le temps de penser, de hurler, de pleurer. En frissonnant, je me serre alors du côté opposé du chemin, près de la paroi de pierre froide.
Petit à petit, comme les minutes passent, comme l’effort mobilise toute mon énergie, je cesse de penser et me concentre sur le chemin, suivant les pas d’Orgus qui me précède. Personne ne parle, mais j'entends Bugin pouffer de fatigue derrière moi.
«Attention à vous le chemin se rétrécit, ici, dit tout à coup Muria.
Nous nous arrêtons.
– Oh, là là, dit Orgus en levant sa main qui tient sa lampe-torche.
Derrière lui, je ne peux pas voir. Je m’avance et glisse un œil à sa droite.
J'inspire une brusque bouffée d’air.
Une trentaine de centimètres en dessous de la marche sur laquelle nous nous tenons, le chemin se rétrécit jusqu’à devenir tout juste suffisamment large pour que deux souris comme Muria puissent y marcher de front. Il semble qu’une partie de la roche se soit effondrée sur plus de deux mètres de large. A côté, c’est le précipice.
– Si on glisse, on est fichu, dis-je à Orgus.
– Il ne faut pas passer sur ce petit bout de chemin, c’est trop dangereux !
Il reste silencieux un moment, éclairant devant lui à l’aide de sa lampe-torche. Deux mètres plus loin, l’étroit rebord commence à s’élargir et le chemin, petit à petit, redevient praticable.
– Bien, dit Orgus, le souffle court. Bon. Je pense que… il faut sauter.
– Tu es fou ? je demande.
– C’est très long, comme saut ? demande Bugin, dans mon dos, d’un ton inquiet.
Muria, qui a déjà traversé en empruntant le rebord et se trouve de l’autre côté, ne semble pas non plus très enthousiaste.
– Fais attention, ici, dans l’obscurité, on a du mal à évaluer les distances ! Tu ferais mieux de passer par le rebord, ce n’est pas très difficile, il suffit de te plaquer contre la par…
Mais Orgus s’est déjà délesté de son sac.
– Reculez, je vais prendre mon élan.
Impressionné, je fais un pas en arrière un peu brusque, mon sac à dos heurte le ventre dodu de Bugin qui pousse un petit cri.
– Reculez…reculez !
Notre petite troupe s’ébranle maladroitement, Bugin recule à son tour et manque faire trébucher Brony, derrière elle; celui-ci dit : «Attention» à Ilara qui fait un petit saut en arrière et se perche sur la marche précédente. Quand l’espace est dégagé, Orgus recule de trois pas, prend son élan et court jusqu’au rebord effondré. Nous retenons tous notre souffle. La silhouette d’Orgus décolle, échappant aux lueurs des lampes torches, pendant une fraction de seconde le temps semble suspendu, en même temps qu’Orgus dans l’obscurité, puis on entend un «Han» en même temps qu’un choc sourd.
Nous nous précipitons au bord du trou. Orgus a la moitié du corps allongé sur le bord opposé, ses jambes pendent dans le vide.
– Ca va ? crie-je.
– Ou… oui, répond Orgus d’une voix étouffée. Oh, nom d’un lôme !
Il gigote, se contorsionne et parvient à ramener ses jambes sur la terre ferme.
– Ouf !
Il se relève péniblement et dépoussière sa veste.
– Ca va ? redemande Muria.
– Ouais, dit Orgus en grinçant des dents, plié en deux. A part que je me suis fait un mal de tigre… Je déconseille à tous ceux qui sont mauvais en saut de choisir cette méthode ! ajoute-t-il à notre intention en élevant la voix.
Nous nous consultons brièvement du regard. Puis, comme je sais être très mauvais en saut en longueur, je m’avance vers le rebord mince que Muria a emprunté.
– Ce ne doit pas être si difficile que ça. Il faut juste être prudent. Je vais passer le premier, d’accord ?
– Et si ça s’effondre ? demande Ilara d’un ton inquiet.
– Ca m’a l’air solide, dis-je plus pour me rassurer que pour répondre à la question d’Ilara.
A mon tour, je me débarrasse de mon sac. Puis je me colle face à la paroi et avance un pied vers le rebord. J'appuie de tout mon poids sur la pointe de ma chaussure pour vérifier que le sol ne va pas s’effondrer.
– Ca m’a l’air solide, répété-je.
J' hésite deux bonnes minutes avant de trouver la bonne manière d’avancer. Le rebord est si étroit qu’il faut presque se mettre sur la pointe des pieds, ce qui vous met dans une situation de déséquilibre, et la muraille n’offre pas de bonne prise. Je n’ai jamais eu aussi chaud de ma vie. Lentement, je m’avance sur la corniche, centimètre par centimètre, je «rampe» en direction de Muria et d’Orgus. Bientôt le rebord s’élargit et je peux m’écarter de la paroi, puis enfin marcher normalement.
– Ouf, plus jamais ça ! je m'exclame spontanément en arrivant enfin auprès de Muria et d’Orgus.
– Il faudra certainement repasser par là au retour, objecte Muria.
Mais j'entends un long gémissement, derrière moi : Bugin tremble de peur à l’idée d’affronter le danger à son tour.
Je vois bien que c’est encore pire pour elle : Difficile de faire tenir son corps tout rond sur l’étroite corniche, contre le mur ; d’autre part, elle n'est pas plus douée que moi en saut et ne peut imiter Orgus sans risquer de se rompre le cou.
– Il aurait fallu amener des cordes ou quelque chose comme ça, je soupire.
Bugin danse d’un pied sur l’autre, très angoissée, ou très énervée. Elle essaie de s’aplatir contre la paroi, comme moi, et d’avancer comme j'ai fait, mais je crie : «Non!»
Bugin me lance un regard de reproche qui apparaît rarement sur son visage.
– Très bien, dit-elle. Je… je crois que je vais rester ici et vous attendre. Vous n’avez qu’à y aller, vous… êtes plus forts que moi, je vous retarde…
Muria secoue vigoureusement la tête.
– On reste ensemble, dit-elle. Cet endroit n’est pas très sûr pour quelqu’un qui s’arrête et reste tout seul. Je ne voudrais pas que tu te fasses attaquer par un Errehégou ou une Mortorée !
– Je peux remonter là-haut alors, dit Bugin. Je n’ai qu’à revenir dans la cave, la police finira par me retrouver et je les persuaderai d'aller vous aid...
– C’est trop tard, il fallait prendre la décision avant, Bugin ! dit Brony d’un ton très énervé, qui voit plutôt l'attitude de Bugin comme un désistement. Quand Muria te le disait !
Bugin se tourne vers lui, furieuse.
– Ne me parle pas comme ça !
– Je te parle comme je veux, grogne Brony.
– Stop… stop ! hurle Muria.
La situation est en train de dégénérer.
– Il est inutile de se disputer, ça ne nous fera pas avancer, les raisonne-t-elle. Bugin, la cave n’est plus tout à fait sûre depuis que nous avons déplacé les pierres pour ménager un passage. Un Errehégou pourrait passer par le trou et te surprendre. Non, non, il faut trouver un moyen de te faire passer…
Muria se pince l’arête du nez, les yeux fermés, puis regarde autour d’elle, à la recherche d’une idée. Nous faisons silence.
– Il faudrait arriver à fabriquer un pont, je suggère, bien que je ne voie vraiment pas comment.
– Avec quoi ? demande Orgus.
– Sais pas…
Bugin se tait, l’air renfrogné.
– Il faudrait trouver un arbre, ou au moins une grande planche de bois, dit Ilara d’une voix timide.
– Tu connais des arbres qui poussent dans l’obscurité, toi?
– Et en bas ? Est-ce qu’il pourrait y avoir des trucs pour construire… un pont? demande Bugin à Muria.
– Eh bien, dit celle-ci en fouillant dans sa mémoire, la dernière fois que je suis passée par le fond du Grand Gouggre il y avait beaucoup de ferraille. Ca s’appelle le «Cafarnohm». Peut-être qu’en fouillant là-dedans on pourrait trouver quelque chose… bien sûr, s’ils n’ont pas tout enlevé depuis…
– Ils…, je murmure. Les Monstres… ils se rendent souvent, en bas ?
– De temps en temps, répond Muria. On les entend arriver, ils font un bruit terrible.
– Et on en a encore pour longtemps avant d’atteindre le fond du Grand Gouggre ?
– Non, ce n’est plus très loin, répond Muria.
– Dans ce cas, nous n’avons qu’à y aller, Orgus et moi, dis-je d’un ton décidé, en désignant successivement du doigt moi-même et Orgus. On va essayer de trouver quelque chose pour faire passer Bugin. Et vous, vous n’aurez qu’à nous attendre ici, d’accord ? On va essayer de se dépêcher…
– C’est très courageux de votre part, les amis, dit Muria, et je crois qu’en fin de compte, c’est la seule solution… mais il faut que je vous accompagne. Il faut que quelqu’un surveille l’arrivée des Monstres…
Elle soupire, angoissée à l’idée de laisser les trois autres tout seuls. Elle s’avance jusqu’au rebord.
