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La certitude d'être aimé, l'exigence d'une réponse par l'oubli généreux de soi-même donnent une étonnante fraîcheur au message de Paray-le-Monial. Les révélations de Jésus à Sainte Marguerite-Marie sont une invitation à faire l'expérience de l'amour de Dieu dans l'intimité de la prière, à se laisser aimer par Dieu et à accueillir son pardon. Dans ce monde où tant d'êtres humains sont exclus et vivent dans le douloureux sentiment de n'être aimés de personne, l'expérience de l'amour unique et miséricordieux du coeur de Jésus n'a jamais été aussi nécessaire. Le message de Paray-le-Monial est aussi une plainte. Jésus aime les hommes, et son amour n'est pas accueilli. Quoi de plus douloureux que d'aimer et d'être rejeté ! Cette plainte appelle une réponse. Sainte Marguerite-Marie dira qu'il nous faut répondre en rendant amour pour amour.
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Seitenzahl: 188
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Benoit GUÉDAS
Le réveil de la miséricorde
L’appel du Sacré-Cœur de Jésus à Paray-le-Monial
Conception couverture : Christophe Roger
Photo couverture : © D. R.
Composition : Soft Office (38)
© Éditions de l’Emmanuel, 2015
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-522-9
Dépôt légal : 4e trimestre 2015
Écrire un livre intitulé Le réveil de la miséricorde est une initiative heureuse. Elle trouve toute sa pertinence et son actualité à la lumière du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde que le Pape François propose à toute l’Église et à l’humanité. « Il y a des moments, écrit-il, où nous sommes appelés de façon encore plus pressante à fixer notre regard sur la miséricorde afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père1. »
La miséricorde, c’est le cœur de Dieu qui se penche sur la misère, la souffrance, le péché de l’homme. C’est Dieu qui part à la recherche de l’homme qui s’est séparé de lui, qui s’est perdu, comme le bon berger de la parabole qui laisse les quatre-vingt-dix-neuf brebis de son troupeau pour aller chercher celle qui est perdue. Il part à sa recherche pour la consoler, la guérir, lui accorder son pardon. C’est l’amour de Dieu qui va jusqu’à prendre sur lui ce qui dans l’homme le détruit, pour lui manifester un amour encore plus grand, un amour qui va jusqu’à l’extrême.
« Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour lui témoigner son amour », dit Jésus à sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial.
Tourner notre regard vers la miséricorde, c’est prendre de manière plus profonde la mesure de ce qui se passe dans le mystère pascal. Jésus prend sur lui la détresse de l’humanité. Il prend sur lui tout ce qui nous sépare de Dieu. Il rejoint toutes les solitudes, les situations d’angoisse, toutes les trahisons, celles dont nous avons souffert, celles dont nous avons parfois fait souffrir les autres. Il rejoint toutes les victimes injustement violentées, mais aussi tous les bourreaux. Il rejoint tous ceux qui ont le sentiment d’être rejeté de Dieu, toutes les souffrances physiques et morales. Il entre dans la mort et il tue la mort.
Dans la Passion de Jésus, la souffrance humaine, la détresse humaine atteint son sommet et en même temps, l’amour de Dieu atteint son point extrême. La souffrance est liée à l’amour qui crée le bien à partir du mal.
L’amour miséricordieux traverse la détresse humaine, le mal qui est dans le monde pour manifester un amour plus grand par la force du pardon. Jésus est la miséricorde du Père.
Cette Année de la miséricorde revêt une signification importante. Elle se situe dans la suite de l’intuition fondamentale de saint Jean-Paul II. Voici ce que le Pape François en dit :
« Nous vivons dans un temps de la miséricorde, cela j’en suis sûr. Depuis au moins trente ans jusqu’à aujourd’hui dans toute l’Église, c’est le temps de la miséricorde. Cela a été une intuition de saint Jean-Paul II, il a eu le “flair” de sentir que nous sommes dans le temps de la miséricorde. Pensons à la béatification et la canonisation de sœur Faustine Kowalska. Ensuite, il a introduit la fête de la divine miséricorde. Il a avancé peu à peu et il a continué d’avancer dans de sens… En regardant l’avenir, il disait : “Que nous apporteront les années qui s’ouvrent devant nous ? Quel sera l’avenir de l’homme sur la terre ? Nous ne pouvons pas le savoir. Il est toutefois certain qu’à côté de nouveaux progrès ne manquent pas malheureusement les expériences douloureuses. Mais la lumière de la miséricorde divine illuminera le chemin des hommes du troisième millénaire.” C’est clair, cela était explicite en 2000, mais c’est quelque chose qui mûrissait depuis longtemps dans son cœur2. »
En méditant sur la miséricorde divine à partir des révélations de Jésus à sainte Faustine, Jean-Paul II comprend que la miséricorde est précisément la limite que Dieu impose au mal. La faiblesse apparente de Dieu face au déchaînement du mal est toujours la puissance du bien. Cela est vrai pour notre siècle qui commence, déjà traversé par la violence aveugle, l’indifférence généralisée et la destruction de la personne humaine.
C’est dans cette perspective que je vous invite à lire le livre du Père Benoît Guédas. Il nous montre la relation et la cohérence profondes entre l’expérience de sainte Marguerite-Marie et de sainte Faustine. Il nous aide ainsi à accueillir l’amour miséricordieux et à y répondre. Il s’agit de nous mettre à l’école du cœur doux et humble du Christ. « Car c’est auprès du cœur du Christ que le cœur de l’homme apprend à connaître le sens véritable et unique de sa vie et de son destin. C’est auprès du cœur du Christ que le cœur de l’homme reçoit la capacité d’aimer », affirmait saint Jean-Paul II3. « Il s’agit de se transformer tout entier en Ta miséricorde et être un vivant reflet de Toi, Ô Seigneur », dit sainte Faustine.
Les révélations de Jésus à Sainte Marguerite-Marie sont une invitation à faire l’expérience de l’amour de Dieu dans l’intimité de la prière, à se laisser aimer par Dieu et à accueillir son pardon. Dans ce monde où tant d’êtres humains sont exclus et vivent dans le douloureux sentiment de n’être aimés de personne, l’expérience de l’amour unique et miséricordieux du cœur de Jésus n’a jamais été aussi nécessaire. Le message de Paray-le-Monial est aussi une plainte. Jésus se plaint de l’ingratitude et de l’indifférence. Il aime les hommes, et son amour n’est pas accueilli. Quoi de plus douloureux que d’aimer et d’être rejeté ! Cette plainte appelle une réponse. Sainte Marguerite-Marie dira qu’il nous faut répondre en rendant amour pour amour. C’est l’expérience de l’exigence et de la radicalité de l’appel de Dieu.
La certitude d’être aimé, l’exigence d’une réponse par l’oubli généreux de soi-même donnent une étonnante fraîcheur au message de Paray-le-Monial.
Lorsque nous accueillons l’amour passionné du cœur du Christ, lorsque nous nous livrons à la miséricorde divine, nous entrons dans la confiance. Le fruit, c’est la confiance. « Depuis que j’ai compris l’amour du cœur de Jésus, je n’ai plus peur », dit sainte Thérèse de Lisieux. Le fondateur des Spiritains, le Père Libermann, disait que le manque de confiance est ce qui paralyse le plus les croyants et les empêche d’avancer. Souvent, les chrétiens se reprochent leur manque de générosité et de charité, mais en réalité ils manquent surtout de confiance, car ils s’appuient beaucoup sur eux et peu sur Dieu. « Sacré-Cœur de Jésus, j’ai confiance en vous », disent les pèlerins de Paray-le-Monial. « Jésus, j’ai confiance en toi », répond sainte Faustine à la révélation de la miséricorde divine.
Nous sommes aussi invités à faire de nos communautés, de nos paroisses, de nos mouvements, de nos familles « des îles de miséricorde au milieu d’une mer d’indifférence », selon l’expression du Pape François4.
Enfin, je souhaite que cette lecture suscite ou renouvelle en vous le désir d’être des missionnaires du cœur du Christ, ou, si vous préférez, des missionnaires de la miséricorde, en tout cas qu’Il transforme votre cœur en un cœur semblable au sien, un cœur doux et humble, un cœur brûlant de charité.
Mgr Yves Le Saux
Évêque du Mans
1. PAPE FRANÇOIS, Misericordiae vultus, n. 3.
2. PAPE FRANÇOIS, Discours aux prêtres, 6 mars 2014.
3. JEAN PAUL II, Lettre à Monseigneur Séguy, évêque d’Autun, 1990.
4. PAPE FRANÇOIS, Message de Carême 2015.
Au père Édouard Glotin s. j.,
disciple missionnaire du cœur de Jésus,
et à Sylvie Joly.
CŒUR SACRÉ DE JÉSUS,
Votre indigne serviteur Vous offre ces lignes tirées de Vos Saints Livres.
À ceux qui les liront, daignez Vous montrer le MODÈLE UNIQUE, « en qui Seul est le salut ».
Qu’ils Vous « suivent » dans la foi et l’amour,
Vous imitant comme la Vierge Marie, les Disciples et les Saintes Femmes !
Que ce ne soient plus eux qui vivent, mais Vous qui viviez en eux !
COR IESU SACRATISSIMUM, adveniat Regnum Tuum !
Bienheureux Charles de Foucauld
1673. Jésus se révèle à une religieuse de la Visitation, Marguerite-Marie Alacoque, dans un petit village de Bourgogne, Paray-le-Monial. Alors qu’elle se trouve devant le Saint-Sacrement, il lui découvre « les merveilles de son amour qu’il lui a toujours tenues cachées jusqu’alors ».
Paray-le-Monial s’est déployé autour d’un premier monastère, au 10ème siècle. Au 11ème siècle, les moines de Cluny en font un prieuré, halte sur la route qui mène au grand monastère de Cluny.
La basilique a donc été depuis cette époque le centre de gravité de la ville, et elle semble l’être aujourd’hui encore, tant la beauté de son architecture attire les foules. Comme l’abbatiale Sainte-Foy à Conques ou la cathédrale Notre-Dame à Paris, la basilique de Paray-le-Monial nous rappelle la présence d’un Autre plus grand que l’homme vers qui celui-ci tourne son cœur. Tout nous élève vers Lui.
Mais comme Jean-Baptiste s’efface devant le Christ, la basilique s’est inclinée devant la petite chapelle de la Visitation. Les apparitions de Jésus à une religieuse de ce monastère Sainte-Marie ont donné à la ville un nouveau centre. Non pas un centre géographique, ni même touristique, mais un centre spirituel qui peut être considéré comme le foyer spatio-temporel du culte du cœur de Jésus et de l’ère de la miséricorde.
Nombreux sont les sanctuaires qui marquent les lieux où la Vierge est apparue. Parmi eux, la France semble privilégiée : Lourdes, Notre-Dame de la Salette, Pontmain, la Rue du Bac à Paris, l’Île-Bouchard… Les lieux d’apparition du Christ, eux, sont peu nombreux. Il y a eu, bien sûr, de nombreuses apparitions privées de Jésus depuis deux mille ans, mais si nous nous concentrons sur les lieux où le Christ a adressé une demande à l’Église universelle, nous n’en comptons que deux dans le monde entier : Paray-le-Monial et Cracovie.
À Paray-le-Monial, au 17ème siècle, dans un contexte marqué par l’« affaire des poisons » et les premières profanations de l’eucharistie à la cour du roi Louis XIV, Jésus montre son Cœur transpercé à sainte Marguerite-Marie et révèle les secrets de son amour. Il demande à l’Église d’instaurer la fête du Sacré-Cœur le vendredi qui suit l’octave de la Fête-Dieu. Liturgiquement, nous y contemplons davantage les mystères du Jeudi et du Vendredi saints. La figure de Jean, disciple bien-aimé, y prédomine.
À Cracovie, au 20ème siècle, à quelques kilomètres d’Oświęcim et des camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, le Christ donne à sainte Faustine Kowalska de contempler l’eau et le sang qui jaillissent de son côté ouvert, comme deux rayons, et avec eux toute la miséricorde de Dieu pour les hommes. Le Christ demande à l’Église d’instituer la fête de la Miséricorde. Ici, nous contemplons le Christ ressuscité, avec l’apôtre Thomas qui met sa main dans le côté resté ouvert de Jésus.
Dans son évangile, saint Jean atteste à trois reprises la véracité du coup de lance, du côté ouvert, et de l’eau et du sang qui en jaillissent. Nulle part ailleurs dans son évangile nous ne lisons ce triple témoignage : « Un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage et son témoignage est conforme à la vérité, et d’ailleurs celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi vous croyiez » (Jn 19, 34-35).
Paray-le-Monial (le côté ouvert) et Cracovie (le sang et l’eau qui en jaillissent) se répondent et s’enrichissent. Ensemble, ces deux cités révèlent comment Dieu a choisi de rappeler son amour passionné pour les hommes.
Ce message n’est pas nouveau. « Dieu est amour ! », s’écrie saint Jean (1Jn 4, 8). « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? » interroge, de son côté, saint Paul (Rm 8, 35), qui répond lui-même : « Oui, j’en ai la certitude, ni mort, ni vie, ni présent, ni avenir, rien ne nous séparera de l’amour du Christ. » Cet amour « répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rm 5, 5) est l’expérience fondatrice de tous les saints depuis la naissance de l’Église, et beaucoup, dans l’Église d’Orient et d’Occident, prendront le temps de contempler la plaie du côté.
Néanmoins, Jésus avait précisé à sainte Gertrude d’Hefta, au 14ème siècle, que « la douce éloquence des battements de son Cœur [était] réservée aux temps modernes, afin que le monde vieillissant puisse s’y réchauffer ». Avec les apparitions de Jésus à sainte Marguerite-Marie, puis à sainte Faustine, et ses appels adressés au monde entier, nous pouvons comprendre que ces temps sont arrivés. Mais c’est aussi positivement le temps où Jésus vient manifester l’amour qui habite son cœur transpercé. Depuis trois siècles, à travers ces grandes révélations, le Christ déploie le mystère de son cœur ouvert et ne cesse de nous redire son désir d’embrasser tous les hommes sur son cœur. Il nous semble réentendre cette plainte de Jésus : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes… et vous n’avez pas voulu ! » (Lc 13, 34)
Nous voyons donc la pédagogie du Christ à travers l’histoire et son insistance pour nous réchauffer le cœur et montrer son amour passionné à chacun de nous. Surcroît de miséricorde, Dieu continue de descendre au milieu de son peuple pour lui faire comprendre les mystères de son amour, pourtant révélé depuis des siècles à Jérusalem, au Golgotha et au Cénacle.
La Cité du Sacré-Cœur
Paray-le-Monial a reçu le titre de « Cité du Sacré-Cœur ». Elle est la cité du réveil de la miséricorde, le lieu où les flammes ardentes qui habitent le cœur de Jésus attendent d’être répandues par toute la terre par le moyen de ses disciples bien-aimés.
Qu’est-ce que le Sacré-Cœur ? « Ce n’est pas une quatrième personne de la Trinité ! » répète souvent sœur Myriam, petite sœur servante du Cœur de Jésus à Paray-le-Monial. Il s’agit bien du Sacré-Cœur de Jésus, la deuxième personne de la Trinité. D’autre part, en vénérant le cœur du Christ, nous ne nous focalisons pas sur son muscle cardiaque, même si, de fait, « Jésus nous a aimés avec un cœur d’homme5 », comme le Concile Vatican II nous l’a rappelé. Dans notre langage humain, le cœur est le signe de l’amour ; honorer le Sacré-Cœur, c’est donc honorer l’amour de Jésus pour les hommes. Dans l’Écriture, le cœur est plus que le siège des sentiments : il est aussi le centre de la personne, le lieu profond de son être, ce qui la définit. Contempler le Sacré-Cœur de Jésus, c’est donc contempler Jésus qui, « ayant aimé les siens qui était dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1). Ce faisant, nous ne nous limitons pas à contempler un mystère passé. Contempler le Sacré-Cœur, c’est prendre conscience que Jésus nous appelle ses amis, que nous sommes siens : « Je ne te prie pas, Père, pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous ! » (Jn 17, 20-21). L’enjeu, c’est d’être en Lui.
Pourquoi utilise-t-on l’adjectif « sacré » ? On peut mésinterpréter ce mot en sous-évaluant les réalités religieuses et spirituelles qu’il désigne, mais aussi en les surévaluant tellement qu’elles deviennent inaccessibles. Dans les deux cas, on se trompe. Lors d’une mission de rue, un homme s’interrogeait justement sur ce qualificatif. « Pourquoi parle-t-on de Sacré-Cœur ? » demandait-il. La réponse de Jacqueline fut limpide : « Parce qu’il a un cœur tellement grand qu’il est passionné d’amour pour les hommes, et pour vous en particulier. » Et le passant de répondre : « S’il est capable de m’aimer, alors il a vraiment un sacré cœur, en effet ! » Oui, le Sacré-Cœur de Jésus, ce cœur à la fois humain et divin, est capable de rejoindre chacun, de nous rejoindre dans notre humanité, de nous rejoindre dans les endroits les plus secrets, cachés, perdus de notre vie.
À la suite de saint Jean et de sainte Marguerite-Marie, beaucoup d’hommes et de femmes continuent à faire l’expérience qu’ils sont aimés de Jésus.
Au milieu d’une assemblée de jeunes adolescents venus découvrir le message de Paray-le-Monial, Berthe se distingue. Cette quadragénaire est arrivée de Côte-d’Ivoire en France pour participer à un colloque à Marseille. Arrivée le matin même à Paris, elle a décidé de venir passer une journée à Paray-le-Monial. Les jeunes n’en reviennent pas… Venir à Paray-le-Monial depuis la Côte-d’Ivoire ? Pourquoi ne pas profiter plutôt de Paris ou de Marseille ? Qu’y a-t-il de si important dans cette petite ville de Bourgogne ? Il y a que Berthe a une dévotion spéciale au Sacré-Cœur de Jésus. Il est présent dans sa vie en Côte d’Ivoire et elle désire profiter de ce voyage pour venir à la source.
Nine est venu de Croatie pour un pèlerinage dans plusieurs sanctuaires de France. Après Paray-le-Monial, il veut aller à Lourdes. Mais au terme de sa première journée dans la cité du Cœur de Jésus, il s’interroge : « Pourquoi partir à Lourdes demain ? J’ai tout ici ! » Nine découvre à Paray l’amour miséricordieux du Christ pour lui. Il témoigne : « Je savais que Jésus m’aimait, mais c’était théoriquement, dans ma tête. Ici je l’expérimente au niveau du cœur. » La Vierge Marie saura l’aider par la suite à intégrer dans son quotidien cette expérience nouvelle.
Quelques semaines auparavant, une femme venue vivre une session pour retraités a découvert, elle aussi, cet amour passionné de Jésus : « Je suis allée prier dans la chapelle d’adoration sans comprendre vraiment ce que je devais y faire. Le prêtre nous a invités à dire à Dieu notre désir de vivre la même expérience que Marguerite-Marie. Devant le Saint-Sacrement, je me suis sentie remplie d’amour au fond de mon cœur. À un moment, c’était trop fort… Je lui ai demandé de pouvoir arrêter et cette sensation d’amour a diminué. En regardant ma montre, j’ai réalisé avec surprise que j’étais là depuis une heure et demie. »
La première expérience à faire à Paray-le-Monial est de venir se poser, se reposer, sur le cœur de Jésus, à l’invitation du Christ : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau et moi je vous soulagerai » (Mt 11, 28).
Se recentrer sur le Cœur
À trente kilomètres au Nord de Paray-le-Monial se trouve la ville de Gueugnon, surnommé la « cité de l’inox ». La proximité de ces deux villes, la cité de l’inox et la cité du Sacré-Cœur, me rappelle cette parole d’Ezéchiel : « Je changerai votre cœur de pierre, en cœur de chair » (Ez 36, 26).
C’est le deuxième appel que Jésus adresse à Paray-le-Monial : « Je changerai votre cœur de pierre en cœur de chair », ou encore, pour reprendre la comparaison entre les deux cités bourguignonnes : « Je changerai votre cœur d’acier en Sacré-Cœur ! » Ce jeu de mot va plus loin que la parole d’Ezéchiel, parole qui s’arrête au cœur de chair et trouve son accomplissement dans l’appel du Christ. Le nouveau commandement que Jésus nous laisse est : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! » (Jn 13, 34). La vie chrétienne consiste non seulement à découvrir l’amour personnel du Christ, mais à devenir miséricordieux comme le Christ. « Nous aimerons avec le Cœur du Christ », dit le cardinal Montini, futur pape Paul VI, au terme d’une très belle exhortation.
Florent Pagny, natif de Chalôn-sur-Saône, ville située à quelques kilomètres de Paray, nous donne un beau programme de vie dans sa chanson « Apprendre à aimer » :
Savoir sourire
à une inconnue qui passe,
n’en garder aucune trace,
sinon celle du plaisir.
Savoir aimer
sans rien attendre en retour,
ni égard, ni grand amour,
pas même l’espoir d’être aimé…
Mais savoir donner,
donner sans reprendre,
ne rien faire qu’apprendre,
apprendre à aimer,
aimer sans attendre,
aimer à tout prendre,
apprendre à sourire,
rien que pour le geste,
sans vouloir le reste,
et apprendre à vivre
et s’en aller…
Et nous, où en sommes-nous dans l’amour ? En vérité, nous constatons que notre cœur est encore un cœur de pierre, un cœur en inox ! Arrêtons-nous un instant et pensons à une personne que nous n’aimons pas. Contemplons maintenant combien le Christ l’aime… Demandons à Jésus de nous aider à l’aimer comme il l’aime, jusqu’à venir l’aimer en nous et à travers nous.
Venir à Paray-le-Monial, c’est découvrir le cœur de Jésus et son amour pour nous, c’est en faire une expérience personnelle à la suite de milliers de pèlerins. Si Paray n’est pas un lieu où les guérisons physiques sont aussi nombreuses qu’à Lourdes, c’est en revanche un lieu de guérisons spirituelles, un lieu où l’on découvre que le Christ est présent à nos côtés et nous accompagne dans nos épreuves. C’est le lieu d’une guérison du cœur qui pousse à aimer et à témoigner de l’Amour par toute notre vie.
Venir à Paray-le-Monial, c’est recevoir un cœur nouveau, c’est changer de cœur et choisir d’aimer. C’est apprendre à aimer comme Jésus nous aime. Finalement, c’est aimer avec le cœur de Jésus, c’est laisser le Christ aimer en nous.
Venir à Paray-le-Monial, c’est donc se recentrer sur le cœur, revenir à l’essentiel. Quel est le cœur de notre vie ? Le Christ nous dit que nous sommes faits pour porter du fruit : « Je vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jn 15, 16). Où Jésus m’appelle-t-il à porter un fruit qui demeure ?
Disciple bien-aimé du Sacré-Cœur
Au terme de la première apparition, le Christ confie à Marguerite-Marie : « Si jusqu’à présent tu ne t’es attribué que le titre de ma servante, je veux faire de toi la disciple bien-aimée de mon Sacré-Cœur ! »
La dévotion au Sacré-Cœur ne consiste pas d’abord dans des attitudes ou des prières. Ne confondons pas les moyens et la fin. La vraie dévotion consiste à vivre en disciple bien-aimé du Christ. Telle est la magnifique vocation à laquelle sainte Marguerite-Marie a répondu. Mais cette vocation n’est pas limitée à saint Jean et à la visitandine : elle est pour tous ! Ce petit livre a pour principal but de vous dire, de vous redire que le Christ désire que vous soyez les disciples bien-aimés de son cœur.
La grande prière de Paray-le-Monial, c’est : « Jésus, doux et humble de cœur, rends mon cœur semblable au tien.» Le disciple est celui qui aime comme son maître. Et nous voulons non seulement tout mettre en œuvre pour aimer comme Jésus, mais aussi lui demander la grâce de nous donner ce cœur semblable au sien.
Le plan de ce livre est simple : nous reprendrons les trois grandes apparitions du Christ à Marguerite-Marie et nous tâcherons de comprendre comment le Sacré-Cœur veut se révéler à nous et jusqu’où il nous propose de le suivre. Ce chemin sera l’occasion de renouveler notre désir du Christ, notre désir de goûter l’amour de son cœur, notre désir de grandir dans une amitié avec lui et de le suivre.
